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Algérie 1956

De
157 pages
Ils sont mineurs de fond, sidérurgistes, agriculteurs, employés, instituteurs, ingénieurs, fonctionnaires; ils ont vingt-quatre ans, la plupart mariés, pères de famille et demeurent tous dans le Nord de la France. En avril 1956 ils ont été mobilisés. Une mission sans doute claire dans l'esprit des chefs mais bien vague pour ceux qui ne connaissent ni le pays ni les habitants. Ils vont s'engager sans réserve dans la "pacification", apprendre à connaître le pays, à concilier ses habitants.
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AVANT PROPOS Au début 1956 le gouvernement a décidé pour faire face à l’expansion de la rébellion dans les départements algériens de rappeler sous les drapeaux une classe de réservistes, soit à peu près 300 000 hommes. Un geste important puisque pour la première fois depuis 1944 il était fait appel à la conscription pour assurer la défense du territoire national. J’ai fait partie de ce rappel et durant une année j’ai assuré comme lieutenant chef de section puis comme commandant de compagnie la mission de « maintien de l’ordre et de pacification sur le territoire algérien ». Tout au long de cette période j’ai tenu des carnets dans lesquels je consignais les tâches quotidiennes de mon unité, les problèmes auxquels nous devions faire face et les réflexions que m’inspirait notre action. Cette mobilisation ne visait pas seulement à adapter les effectifs au développement de l’activité des rebelles. Elle avait aussi une signification politique. Elle démontrait la volonté du gouvernement de trouver une solution à la révolte dans le cadre national. Certes, répondre aux revendications à l’origine de celle-ci mais sans céder à la violence. Une démarche dont l’appel à la Nation en armes était le garant. Dans le cours d’un conflit qui durera huit ans, ce moment de la mobilisation de tous les Français, qui ne s’étendra que sur quelques mois, présente un caractère très particulier. Un caractère particulier par le nature des troupes engagées, par la mission spécifique qui leur a été confiée (on ne parle pas de guerre mais de pacification) et par les résultats obtenus.

Sans doute, la tentative a été trop limitée dans sa durée et ses résultats n’ont pas influencé durablement le cours de ce qui est devenu une guerre. Ce récit, tiré de mes carnets, n’est qu’un témoignage sur cette période particulière du conflit et « surtout » une marque de reconnaissance à tous ceux qui en furent les acteurs. J’ai volontairement modifié les noms de ceux à qui je n’ai pas pu le soumettre. Comme d’autres l’ont dit plus tard « Non, je ne regrette rien…! »

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Ire PARTIE

LE RAPPEL

LA MOBILISATION 4 JUIN 1956 Ce matin, la 13e Division légère d’Infanterie embarque sur les quais du camp de Sissone, direction l’Algérie et, plus précisément, le département d’ORAN. Constituée de deux régiments d’infanterie, d’un régiment de cavalerie, d’un régiment d’artillerie, d’un groupe de transport, d’une escadrille d’observation et de divers éléments organiques, sa caractéristique est d’être entièrement formée de réservistes mobilisés depuis le mois de mai précédent. Lieutenant d’infanterie, j’y appartiens au poste modeste de chef de la section du courrier de l’état-major. Il y a un mois, j’étais un civil tranquillement installé dans un quotidien sans histoire ; je suis aujourd’hui, un officier d’une unité qui vient de se préparer au combat. Une différence notable ! Le changement a été une surprise. La guerre d’Indochine, les débuts de la rébellion algérienne ont fait appel à l’armée professionnelle et au contingent. Aujourd’hui, c’est autre chose. On demande à des citoyens de quitter leur profession, leur famille pour, à nouveau, combattre. Certes, ils ont, en mémoire, les récits des anciens sur ce que furent les mobilisations de 1914 et de 1940. Et ils vérifient ce qu’on leur a dit, qu’il est possible en quelques semaines de passer de la pagaille civile à l’ordre militaire, d’une cohue d’individus à des formations opérationnelles. Et finalement, la transformation s’accomplit, sous nos yeux, sans difficultés majeures. L’organisation programmée s’impose rapidement, et, tout aussi rapidement, les mobilisés, dont je suis, retrouvent les réflexes du soldat. Certes, la soudaineté du rappel, alors que l’opinion n’accorde pas une attention particulière à ce qui apparaît,

encore, comme une révolte sans lendemain, a provoqué des réactions parfois vives chez ceux qui en sont l’objet. Mais, il faut bien dire, qu’à la 13e DLI, elles se calment rapidement et l’unité se constitue sans grandes difficultés. La presse, la radio et la télévision ont tendance à grossir quelques incidents un peu violents. Le 4 juin, jour du départ, tout est rentré dans l’ordre et les péripéties parfois cocasses, du passage du civil au militaire sont oubliées. L’unité constituée est prête à l’action, sinon parfaitement rôdée à sa conduite. De ces semaines de mise en place, je conserve des souvenirs qui mêlent la rigueur du rappel, l’apparent désordre du départ et des situations parfois amusantes. L’Etat Major de la 13e DLI Je dois, sans doute, mon affectation à l’état-major de la 13e au fait que je suis en cours d’obtention de la qualité d’ORSEM*. Tous les autres officiers de réserve de l’étatmajor sont, déjà, brevetés dans cette spécialité. Néanmoins, nous avons le sentiment d’être des amateurs parmi les professionnels qui nous entourent. Et pourtant, cet état-major a été formé à la hâte en prélevant les officiers d’active dans des corps de troupes ou des services de la 1re Région militaire. Ils ont constitué, immédiatement, autour du général désigné et de son adjoint, une équipe homogène qui travaille sans à-coup. La plupart des officiers supérieurs sont brevetés d’état-major et tous possèdent une longue expérience qui, commencée dès avant 1940, s’est poursuivie dans les combats de la Libération puis dans ceux d’Indochine. La guerre est une seconde nature pour eux.
* ORSEM. Officier de réserve du service d’Etat Major.

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L’accueil des réservistes est sympathique mais on nous prévient qu’il faudra rapidement s’adapter au rythme de fonctionnement de l’ensemble. Notre inexpérience n’est pas une excuse. En soi le challenge vaut la peine d’être relevé… comme dans toute profession ! L’équipe soudée que nous intégrons comprend cependant quantité d’individualités qui contribuent chacun à l’esprit de l’unité dans le travail. Le général, pour commencer, un polytechnicien d’origine, grand spécialiste des armes savantes. Il n’en sait sans doute pas plus que nous sur le type de combat que nous allons devoir affronter… Il se plonge, immédiatement, dans l’étude du nouveau problème qu’il doit résoudre. Son adjoint porte un nom qui sert la France depuis des siècles. Il a été un homme de terrain depuis plus de vingt ans… un nouveau terrain se présente, il y entre sans hésitation. Le responsable des blindés, lui aussi un homme de tradition militaire, est le témoignage vivant de l’histoire guerrière récente du pays. Il a perdu un œil en 1940, une jambe en Tunisie en 1943 et un bras en Indochine. Mais en bon cavalier, il va toujours de l’avant. Le commandant de l’artillerie a fait ses premières armes en Italie, à Cassino… et n’a plus cessé de servir. Tous les autres officiers sont à l’avenant et je me fais petit et discret dans ma fonction de scribouillard… je ne suis pas destiné à devenir un héros ! Popotier Comme je suis le moins élevé en grade, sinon le plus jeune, le chef d’état-major, un pète-sec, service service, m’informe, sans ménagement, que je suis, de droit, popotier du PC divisionnaire. Une faveur dont je me serais bien passé et qui m’inquiète un peu, tant ce qui touche au ravitaillement, à l’organisation des repas, à la comptabilité 15