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Art de la danse et spiritualité

De
123 pages
Issu d'une famille camerounaise où la création et l'expression artistiques sont largement partagées, Ayissi Le Duc commence à danser à l'âge de 9 ans, autour du feu de bois, au clair de lune, encouragé par son grand-père. Son itinéraire artistique est indissociable de son itinéraire spirituel. Héritier de l'Afrique traditionnelle, mais aussi de courants de pensée préoccupés par l'émancipation de l'homme, Ayissi Le Duc livre son parcours dans ce récit.
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Art de la danse et spiritualité

<0L'Harmattan, 2008 5-7, rue de l'Ecole polytechnique; 75005 Paris http://www.librairiehannattan.com diffusion.hannattan@wanadoo.& hannattan 1@wanadoo.& ISBN: 978-2-296-06558-1 E~:9782296065581

Ayissi Le Duc

Art de la danse et spiritualité

L'Harmattan

Rue des Ecoles
Cette collection accueille des essais, certain mais ne pouvant supporter de diffusion large. La collection Rue des Ecoles a pour tous travaux personnels, venus de tous philosophique, politique, etc. d'un intérêt éditorial gros tirages et une principe l'édition de horizons: historique,

Déjà parus

Joseph BONNET, Le Chemin de Compostelle. Témoignage, 2008. Paule Louise DASSAN, Le boulier solitaire, 2008. Pierre JENOUDET, De la lumière aux ténèbres. Lieutenant en Indochine, 1951-1954,2008. Bernadette LEDOUX-BRODSKY, Ici et ailleurs. Parisienne dans le Maryland, 2008. Magui Chazalmartin, Journal d'une institutrice débutante, 2008. Claude LE BORGNE, Dites voir, Seigneur..., 2008. Sylvette DUPUY, Souvenirs à ranger, 2008. Jacques RAYNAUD, Parfums de jeunes se, 2007. Leao da SILVA, Jésus révolutionnaire! une condamnation politiquement correcte, 2007. Ma-Thé, Portraits croisés de femmes, 2007. Jean SANITAS, Je devais le dire. Poèmes,2007. Madeleine TICHETTE, La vie d'une mulâtresse de Cayenne. 1901 1997, Les cahiers de Madeleine., 2007. Bernard REMACK, Petite ... Prends ma main, 2007. Julien CABOCEL, Remix Paul Pi, 2007. Isabelle LUCAZEAU, La vie du capitaine Rolland (17621841),2007. Albert SALON, Colas colo - Colas colère, 2007. François SAUTERON, Quelques vies oubliées, 2007.

I

Mon éveil au monde

de l'art

Je suis né dans une famille où la création et l'expression artistiques sont largement partagées. C'est dès l'âge de 9 ans que je commence à danser autour des braises incandescentes du feu de bois, sous la lumière du clair de lune, encouragé par mon grand-père Fouda Tabi Luc. Polygame, toutes ses épouses chantaient et composaient des odes en son honneur. Lorsque résonnaient les tamtams, le village tout entier était en fête. Pour son enthousiasme et sa ferveur communicative, le village l'avait surnommé Awu Ya Mane Melë, ce qui veut dire « l'Homme qui a Dominé la Mort aux Trois Carrefours ». Mon itinéraire artistique est bien entendu indissociable de mon itinéraire spirituel. Je les évoque séparément pour des raisons davantage liées à la forme qu'au fond. Dès mes jeunes années, je dansais surtout pour me détendre. C'est grâce à l'écoute attentive de mon grand-père, que j'ai compris que je pouvais exploiter cette richesse. Avec passion et opiniâtreté, j'ai embrassé la carrière d'artiste qui m'a conduit à privilégier l'art aux études. Une anecdote illustre cet enthousiasme naissant pour l'art. Mon père m'avait donné de l'argent pour aller payer ma scolarité mais je le lui restituai, lui faisant part de ma décision de me consacrer à corps perdu à la danse. C'était évidemment contraire à ce qu'il attendait de moi. Il se résigna malgré tout. Une sollicitation intérieure constante me poussait à agir ainsi. Sur le chemin de l'école, pendant et après la classe, je ne pouvais me soustraire à l'envie de me vouer à la danse. Aussitôt informé de mes choix, mon grand-père, lors d'une réunion familiale, se chargea d'apaiser les tensions qui en résultèrent J'avais rendez-vous avec mon destin. Je n'avais plus qu'à partir vers la réalisation d'une vie d'artiste. Encouragé et soutenu par ma mère, il me fallait sans cesse repousser mes limites pour convaincre mon père. Cet effort sur moi-même fut aussi un exercice de la volonté qui sera plus tard essentiel dans mon cheminement. Quelque chose m'avait néanmoins marqué chez mon père: alors que je n'avais que 12 ans, il me recommandait des neuvaines, durant lesquelles il me demandait d'aller prier tous les midis à la grande église de mon école. Seul, 9

dans le plus grand silence, j'écoutais mon cœur me parler comme si j'étais isolé au milieu du désert. Dans mon fort intérieur, j'entendais une voix me dire: « le choix est fait, obéis et suis le chemin. Spiritualité, art, culture, communication seront tes chemins dans la vie. Reçois». En 1982, mon père fut invité à une soirée culturelle organisée par le ministère camerounais des affaires sociales. Ma mère savait que je devais danser ce jour-là mais ne dit rien à mon père Pendant la soirée, divers artistes se succédaient. Puis ce fut mon tour, accompagné du musicien camerounais Mekongo Président. Quelques minutes après le début de ma prestation, mon père s'exclama en ces termes: «Comme il danse bien! c'est l'enfant de qui?» Certes, j'étais habillé en tenue traditionnelle, la peau recouverte de peintures rituelles...Et ma mère de répondre: «Mais tu ne reconnais plus ton fils, regarde, c'est Fouda! ». Ebahi, mon père resta bouche bée. Emu par les applaudissements du public et les commentaires enthousiastes, il monta en compagnie de ma mère sur scène et posa des coupures de billets de banque sur mon visage en signe de joie et d'encouragement. Le lendemain, il m'offrit des cadeaux et devint par la suite mon conseiller artistique. Quant à ma mère, elle se chargea d'organiser dans tous le pays mes tournées dont je garde un excellent souvenir. Membre du Ballet national du Cameroun, de différents orchestres, m'illustrant dans de nombreux cabarets, j'ai été sollicité par une pléiade de vedettes et de stars de la musique camerounaise, entre autres: Manu Dibango, Ali Baba, Tokoto Ashanti, René Zogo, AnneMarie Nzié, Sallé John, Boni Mballa, Messi Martin, Marthe Zambo, Beti Beti, Jojo Ngallè, Alhadji Touré, Toto Guillaume, Dina Bell, Nkotti François, Mekongo Président, Princesse Asta Djimbé, Julia Young, Nkodo Sitony, Jeannette Ndiaye, Prince Nico Mbarga.... Avec la bénédiction des miens, je pus former en 1982 un groupe de danse: le groupe Ayissi le DUC ( Danses Unies du Cameroun). Je me suis toujours considéré comme un ambassadeur de la culture camerounaise. Dans ma pratique artistique au contact d'une génération d'artistes du monde, j'ai toujours mêlé rythmes africains et 10

mélodies européennes. Et dans cette synthèse culturelle, la danse Bikut-si révèle son énergie et son mystère. C'est aussi dans ce mystère que l'Art en général, la danse en particulier, se révèle comme l'une des manifestations les plus hautes et les plus subtiles de l'Esprit. Ils sont nombreux qui s'ignorent lumineux, valeureux, utiles, pleins de talents et riches de convictions nobles. Les divergences d'opinion, les oppositions entre les systèmes religieux et les écoles philosophiques, accréditent dans certains esprits l'idée qu'il existe entre les hommes des barrières insurmontables. J'ai voulu m'appuyer sur l'une des valeurs essentielles des cultures africaines qui tient une place centrale dans ma vie, à savoir la spiritualité, pour témoigner d'une expérience personnelle et d'une espérance profonde. L'Art, l'une des formes d'expression les plus élevées de l'homme dans sa recherche permanente de l'Absolu, est au cœur de ma vie depuis ma tendre enfance. Travailler avec le monde de l'art et de la culture fut capital, aussi bien en tant qu'outil de communication, de communion avec le public que modalité de mon accomplissement spirituel. Tout a débuté pour moi par des visions, des signes riches de sens, et surtout par une écoute attentive de mon grand-père et des sages d'Mrique. Dès mon enfance, ils m'enseignaient les piliers de la sagesse traditionnelle, histoires et généalogies. Au fil des conversations, des échanges et des réponses, je me rapprochais d'une idée de l'humain dans ses dimensions aussi bien temporelle que spirituelle. Je découvris cette Mrique que décrit et célèbre dans ses poèmes Birago Diop: « Ecoute plus souvent Les Choses que les Etres La Voix du Feu s'entend, Entends la Voix de l'Eau Ecoute dans le Vent Le Buisson en sanglots: C'est le souffle des ancêtres morts Qui ne sont pas partis

Il

Qui ne sont pas sous la Terre

Qui ne sont pas morts

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Cette éducation au sacré fut si présente dans les premières années de ma vie que, à l'âge de 12 ans, je pris conscience de ma fascination pour l'univers de la spiritualité et des potentialités qui se manifestaient en moi. De cette expérience, j'ai tiré la conclusion que le divin est en chacun de nous. La relation à Dieu est pensée d'amour et de justice. Notre devoir consiste à révéler cette vérité si nous voulons guérir l'humanité de ses plaies. La spiritualité doit être avant tout la nourriture saine de l'âme. De jour en jour, j'ai appris à me tenir droit au milieu des épreuves et des obstacles. Non seulement je me suis beaucoup enrichi, mais en plus, la force de l'Esprit m'a donné le courage de surmonter les difficultés de la vie. Après chaque orage venait le beau temps. Et très vite, je pris conscience de ma vocation dans la vie. Au-delà de l'enracinement de ma culture spirituelle en terre africaine, j'ai réalisé que dans toutes les cultures, dans toutes les civilisations, les besoins spirituels des hommes s'expriment autour de principes identiques. L'énergie première de la vie, la conscience universelle, la puissance créatrice, le saint-esprit, le bien-être, l'amour, la bonté, la paix signifient également DMN, ZEN, ALLAH, BOUDDHA, ZAMBE etc. MEBEGUE signifie "CELUI QUI EST EN SOI". Dans la langue du sud du Cameroun d'où il tire son origine, ce mot est émotion d'amour, de joie et de paix. Il interpelle la vie intérieure de tous. Il exprime aussi une force intérieure qui brille en chacun de nous comme une lumière incandescente, une énergie, une manière d'être, un esprit, une force divine et cosmique liée à notre système solaire. MEBEGUE c'est donc un médicament qu'il faut savoir consommer, au risque de voir notre vie intérieure réduite en un désert totalement aride. Ce message n'est pas sans rapport avec le CHRIST notre OINT qui est aussi puissance créatrice, amour, bonté, paix.
Birago Diop, Leurres et Lueurs, Présence africaine, 1960. 12

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