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Au fil des jours - Tome II

De
204 pages

Bénédicte nous invite à suivre, dans ce deuxième tome d’Au fil des jours, son quotidien sous forme de constats, de réflexions, de remises en questions, de prières, d’un mercredi 6 mars à un jeudi 9 janvier.

Mais ce quotidien qui est évidemment le sien nous pousse à nous interroger en permanence sur notre propre quotidien et notre propre vision de l’existence.

Écrit comme un livre de bord ou une ligne de vie, ce deuxième tome raconte les thèmes chers à Bénédicte, sa découverte permanente de la vie religieuse et son chemin de foi.


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Cet ouvrage a été composé par Edilivre

175, boulevard Anatole France – 93200 Saint-Denis

Tél. : 01 41 62 14 40 – Fax : 01 41 62 14 50

Mail : client@edilivre.com

www.edilivre.com

 

Tous droits de reproduction, d’adaptation et de traduction,

intégrale ou partielle réservés pour tous pays.

 

ISBN numérique : 978-2-332-90984-8

 

© Edilivre, 2015

Au fil des jours

 

 

Mercredi 6 mars.

Dur de s’y remettre, non que je n’ai rien à dire, bien loin de la, mais je vais assez mal. Hier certains collègues bien intentionnés m’ont fait aimablement remarquer que j’avais grossi et que je devais faire attention à quelle robe je portais.

Je sais parfaitement que j’ai pris quelques « grammes » hélas, mes traitements médicaux font prendre du poids, mais cette accusation en règle m’a profondément atteinte d’autant qu’elle était anonyme. Ce n’était pas une affirmation « tu devrais faire attention » mais « certains se gaussent de toi » et cet anonymat des critiques est d’autant plus anxiogène qu’on ne sait à qui s’adresser. Mes collègues masculins étant bien loin d’être des apollons, de prime abord ils devraient se regarder dans le miroir.

Que voulez-vous, je suis une femme et mon image est un perpétuel sujet d’angoisse. L’idée d’être séduisante doit être hormonale ou génétique, ou plus certainement d’ordre éducatif, mais j’ai besoin, même si c’est virtuel, je suis fidèle y compris en amour, de potentiellement séduire. L’œil de l’autre importe, il me renvoie à mes plus profondes angoisses et les aides et soutiens n’y font rien, si on critique mon physique je fond en pleurs.

Hier soir, je n’ai même pas mangé et me suis couchée à 20 heures. Avec un somnifère. Le médicament qui serait responsable de ma prise de poids, mis à la poubelle. Je sais parfaitement que c’est un corollaire à ce traitement qui me stabilise mais je préfère m’angoisser et déprimer que de ne pas perdre la tonne et demie que me renvoie fidèlement mon miroir.

Ce miroir, quelle angoisse aussi, et la balance qui perpétuellement m’avoue mes excès de grignotage nocturne.

Comment faire ? Que faire ? Je ne suis pourtant pas un thon, mais mes rondeurs me déplaisent copieusement que j’en oublie ce qui motive cette prise de parole, mon séjour au carmel de Compiègne ou j’ai finalement eu le courage d’aller faire retraite.

Courage, le mot n’est pas trop fort, le dimanche ou je devais y aller, j’étais dans un état d’inquiétude extrême. Je ne croyais pas être capable de faire le pas. Il a fallu tout l’amour de ma compagne pour me sécuriser et me pousser à franchir le Rubicon.

Le Frère, lui aussi, sentant peut être mon hésitation, m’avait envoyé un message d’encouragement la veille.

Je ne me suis pas sentie en capacité de déplaire à ces personnes qui croyaient en moi. Je reconnais après coup que ma peur était exagérée et irraisonnée, mais je ne saurais être une autre personne que moi-même et mes angoisses sont parties intégrantes de mon vécu. C’est terrifiant mais c’est terriblement vrai. Hélas.

Ainsi donc, j’ai passé trois jours délicieux à côtoyer ces charmantes et accueillantes carmélites.

Aujourd’hui je ne vais pas vous conter cela par le menu, ce sera pour demain.

Mercredi 13 mars.

Une semaine s’est passée. Sans écrire. Pas envie, du temps mais pas le besoin.

3 jours hors du temps, 3 jours à oublier mon quotidien, c’est cela ainsi que l’extrême émotion que j’ai ressentie pendant cette courte retraite au Carmel de J*** que je vais essayer de vous faire partager.

Le dimanche 24 février je m’apprête à partir pour faire cette retraite que j’ai, totalement épouvantée, repoussée depuis des mois. Je suis morte d’anxiété et d’appréhension et il faut toute la fraternité du Frère G*** et l’affection d’AM pour que j’accepte d’honorer mon engagement vis-à-vis des sœurs de la communauté.

Sale temps pour voyager, la neige tombe dru et j’arrive, après une petite heure de route, au monastère sous un manteau de neige collante.

J’entre dans le bâtiment, et trouve à l’accueil une sœur à l’œil pétillant, elle me reçoit joyeusement et me met à l’aise de suite en me proposant une collation que serais bien incapable d’ingurgiter tant ma gorge est nouée De visu elle est d’un certain âge, toute tassée sous son habit.

Mon pygmalion dynamique me fait visiter les lieux, salle à manger spacieuse et claire, commodités diverses et deux cellules d’invités. Elle en ouvre une et me dit que ce sera mon logis. Ma foi, c’est une cellule spacieuse et claire qui donne sur les jardins en contrebas. Meublée simplement elle me convient parfaitement.

J’en profite pour vous faire part des horaires très précis que je trouve dans un document posé sur le bureau :

• 6h30 – 7h30 oraison

• Jusqu’à 8 h office de Laudes

• Petit déjeuner libre

• 11h messe

• 12h15 repas du midi

• 17h – 18h seconde oraison

• 18h – 19h office de vêpres

• Repas du soir

• 20h10 office de complies.

Ben ! Je ne serai pas inoccupée pendant ces trois jours. Je profite du temps qui me reste avant mon rendez-vous avec Sr A*** la prieure pour passer un bref appel téléphonique à ma compagne que je rassure. Tout va bien, je suis installée et bien à mon aise. ; Etrangement d’ailleurs.

C’est la même sœur qui me mène à un parloir où je dois attendre la venue de la Prieure. Une chose m’étonne beaucoup : l’écriteau sur les portes où est précisé « clôture » ça résonne comme « là commence l’intimité de la Communauté » moi qui n’ai jamais fréquenté d’aussi près un couvent, je suis très impressionnée.

Au bout de quelques longues minutes, apparaît la Prieure, souriante, avenante, elle aussi sans âge, je suis d’ailleurs frappée de cette impossibilité de donner un âge à une religieuse, peut-être est-ce le voile ou la présence continuelle de la prière qui les rend si harmonieuses. Elle me tend une main agréable et vive, s’assoit promptement, mon expérience précédente au carmel de M*** me poussait plutôt à me mettre sur mon quant à soi. J’avais tort, j’ai face à moi une femme empathique et affable, d’une intelligence évidente avec qui je converse de Thérèse, de frère G*** que nous connaissons toutes les deux et apprécions de même. Nous évoquons mon parcours, cela dit AM m’avait recommandé de passer sous silence ma période musulmane et mon homosexualité.

Ainsi donc, ma compagne est devenue mon compagnon, je vous avoue que ça m’a fait bizarre d’autant que mon oncle nous a élevées dans la haine du mensonge, qui a ses yeux n’était jamais tolérable. Etant petite, je devais avoir 10 ans, je lui ai menti, prisonnière d’une bêtise assez grave que j’avais commise, il s’est limité à me dire « tu m’as profondément déçu » ça m’a tétanisée beaucoup plus qu’une paire de gifles, je me suis juré de ne plus jamais y avoir recours. Je n’ai pas basé ma vie sur la tromperie. De plus ma relation avec Sr A*** ne saurait que se fonder sur la confiance, ici on laisse son passé de coté, on doit vivre l’instant tel que Jésus nous l’a recommandé. On doit être honnête jusqu’au bout, ne rien cacher, ne rien retrancher, alors être obligée de mentir m’a mise réellement et extrêmement mal à l’aise.

Elle entreprend ensuite de me parler de l’appel qu’elle a reçu, de ce qu’était le Carmel avant la réforme qui à beaucoup libéralisé l’ordre. Au travers de son exemple je commence à mieux cerner ce qu’est la vocation et par conséquent ce que j’éprouve à mon tour mais dont je ne lui parlerai pas. Je me limiterai à dire que j’envisage d’entrer dans l’Ordre Séculier.

En fin d’entretien nous évoquons la Grande Thérèse telle que me le décrit toujours Frère G*** sainte Thérèse d’Avila dont je viens d’acheter l’intégrale dans la Pléiade.

C’est une belle rencontre humaine, je ne me suis jamais sentie ni jugée ni soupesée, uniquement accueillie par un être humain, un vrai. Dans mon carnet c’est d’ailleurs cela que je noterai. Certaines personnes vous laissent le sentiment de vous écouter réellement, d’être en sympathie et en écoute auprès de vous, c’est ce que j’ai ressenti. Un échange riche et intense d’autant que réciproque.

17 heures, rendez-vous à la chapelle pour ma première oraison.

Elle m’apparait plus petite que dans les photos que j’avais vues mais j’aime sa sobriété. Au centre, l’autel, tout simple. Devant lui les stalles des sœurs et derrière, juste devant moi qui me tiens à la porte, les sièges pour les laïcs.

J’ai froid, ayant omis de prendre mon manteau je grelotte. Dans le chœur une personne prie à genoux, je m’étonne car elle n’est pas en habit et je me demande ce qu’elle fait là. Plus tard j’apprendrai qu’il s’agit d’une postulante. Pendant cette année de postulat elles restent en vêtements « civils. » Elle est très dévote et pendant mon court séjour elle sera toujours la première à la chapelle et ne jettera jamais un regard vers le public, déjà toute entière dans sa foi.

Je suis tellement impressionnée que je ne sais trop quelle attitude prendre ni où me placer. Au hasard je reste dans le fond de la chapelle. Tout est une première pour moi, être dans un couvent, faire oraison une heure entière, et l’office de Vêpres qui suit.

Je me fais toute petite, essaie d’être le plus invisible possible, la béotienne que je suis ne voudrait surtout pas commettre un impair.

L’heure d’oraison passée, le restant de la communauté arrive. Silencieusement, l’une après l’autre se place chacune dans sa stalle, l’organisation est bien réglée, je note beaucoup de fluidité dans ce rituel et ça me plait. Certaines me sourient et mon cœur bat plus fort alors. Ces petites complicités dureront tout le temps de mon séjour. J’ai le sentiment qu’elles souhaiteraient que je participe aux chants, mais trop tendue, je reste coite cette fois-ci.

C’est une expérience terriblement émouvante pour moi je suis en direct là où je souhaite être le plus au monde. Elles chantent et leurs voix apaisées me transportent. Quelles sont pieuses, je suis réellement en adoration ! Dans un état assez étrange, partagée entre l’idée que le Christ m’habite totalement et la beauté de ces femmes chantant. Rien ne pourrait me faire sortir de cet état de béatitude extrême. Je vis une expérience toute nouvelle pour moi, l’extase mystique.

J’assiste en spectatrice presque indiscrète au rituel de prière de cette communauté. Après le chant elles prennent leur bréviaire, lisent un passage, tout est parfaitement coordonné, tout s’ordonne dans une indicible douceur.

Avec un certain désarroi je constate qu’une majorité de sœurs semble âgée, j’ai soudainement de l’inquiétude pour cette communauté de quelques femmes et sa pérennité. Comme me le fera remarquer la sœur qui m’a guidée, douze personnes, c’est bien peu pour tout le travail à faire.

A l’office de complies, le soir, j’ai eu la surprise de voir une sœur s’approcher de moi et me glisser à l’oreille qu’elle a placé le bréviaire sur ma chaise au second rang. Je m’inquiète, ne sachant pas le lire, elle me rassure tranquillement « je l’ai mis à la bonne page ». Je ne reste plus dans le fond ! J’ai fait des progrès.

Vous voyez, c’est ce genre d’attention qui fait énormément plaisir et qui montre la capacité d’accueil de ces femmes. J’apprécie cette sincérité, je vois bien qu’elles essaient de me mettre en confiance et cela marche. Je suis conquise, totalement.

L’office de complies est particulier, il ne comporte que des lectures, l’assemblée se divise en deux parties, droite et gauche qui récitent en réponse. C’est réellement très beau et émouvant. Je ressens un grand émoi et une immense paix intérieure.

J’ai décidé d’y prendre ma place et me mets à lire en suivant le groupe dans lequel je suis placée par le hasard. Le son de leurs voix si claires et si apaisées me bouleverse et c’est un privilège que de participer à cet office. Je me suis sentie admise.

La fin est aussi émotionnellement forte, une des participantes va restreindre la lumière, la Vierge de l’annonciation qui trône dans le Chœur est seule éclairée, le reste de la chapelle est dans le noir et là elles entament un magnifique chant en latin, j’en avais les larmes aux yeux et le nœud au ventre.

A la fin, je m’éclipse doucement, comme à la sauvette, toujours sous le coup de tant de si puissantes émotions. C’est la fin d’une journée à grand contenu passionnel auquel je n’étais pas préparée.

*
*       *

Second jour.

J’ai mal dormi ou pas assez, le changement de lit déjà, mais surtout ce surplus d’émotions très fortes font que mon lever est difficile mais je me presse car j’ai rendez-vous à la chapelle à 6h30 pour l’oraison du matin.

Il fait terriblement froid, pourtant, j’ai pris la précaution de me munir de mon manteau. Je plains les sœurs qui n’ont qu’un léger gilet sur leur habit.

J’ai un colocataire depuis hier soir, un prêtre qui vient souvent visiter les sœurs. Lui arrive vers 7 heures, je note, amusée, qu’il est moins ponctuel que moi.

Il me faut vous confier que j’ai une habitude étrange quand je fais oraison, je lève la tête au ciel. C’est assez étonnant, voire inconfortable mais quand je suis prise par ma prière je le fais systématiquement.

J’ai fait une très belle oraison, je me suis sentie portée, en apesanteur, comme soulevée du sol, le temps passe comme un songe. Pensez, une heure entière à se laisser visiter par son Dieu, se confier à lui en totale confiance, ne faire que l’écouter me parler. Je suis totalement chamboulée par cette expérience. Je me sens consciente et parallèlement en état émotionnel très fort. Un amour infini m’environne, je le perçois clairement.

A la fin, j’en suis tellement perturbée que je m’éclipse sans me rappeler que l’office de Laudes est conjoint à l’oraison. Je reviens aussitôt et penaude à la chapelle, je me terre sur ma chaise. Personne ne semble avoir remarqué mon absence. Quelle belle prière que Laudes, je suis déjà en impesanteur après l’oraison mais entendre la communauté chanter et réciter placidement est totalement extraordinaire, je suis pleinement apaisée.

Petit déjeuner ensuite, pris toute seule, saisie de notes sur mon carnet et je reviens à la chapelle pour la messe. C’est mon voisin le prêtre qui est l’officiant. Bien sûr, toute cette journée est une première pour moi mais je me demande comment se passe la messe dans un couvent, je me sens assez empruntée. Comme il n’y a pas d’orgue, la sœur chantre s’aide d’un harmonica. Je constate une fois de plus avec étonnement leur profonde ferveur. Leur piété me fait bondir le cœur. Je finis par me demander qui je puis être pour être admise à cet office divin. Je choisis de rester spectatrice, enfin je choisis, ma peur de mal faire me fait prendre cette voie.

C’est la communion qui m’a étonnée. Le rituel est tout nouveau pour l’ignorante que je suis. La sœur sacristine va chercher deux coupes, remplies de vin auxquelles le prêtre ajoute une goutte d’eau. Se dessinent deux files, chaque sœur va communier par le pain et le vin, c’est très émouvant de les voir se suivre placidement pour aller boire à l’une des coupes. S’éclipser pour laisser la place à la suivante.

Pour nous autres laïcs, ce ne sera que l’hostie, heureusement car ne buvant jamais d’alcool, je m’interdis même un goute je me demande avec inquiétude ce que j’aurai fait, bien que sur le moment j’ai trouvé cela assez discriminant je dois le reconnaître la pratique consistant, maladroitement, à nous laisser penser qu’il y a deux sortes de chrétiens, les consacrés qui sont éligibles à la communion liquide et les laïcs à qui on ne permet que la communion par le pain.

J’avais un convive pour le déjeuner, le prêtre mangea avec moi. Croyez-le c’est la première fois que je déjeune avec un père. C’est assez surprenant, je me demande avec appréhension, comme d’habitude, ce qui va se passer.

Et bien ça s’est passé au mieux, c’est un convive agréable, il est très impliqué dans le monde et non uniquement dans son ministère. Nous faisons la vaisselle en commun, moi au lavage et lui à l’essuyage.

Avant de me quitter il me lance un « merci pour ce que vous faites », allusion à mes activités syndicales, qui me touche beaucoup.

J’ai conscience que c’est une vraie famille que je suis amenée à côtoyer pendant ce court laps de temps. Cette communauté fraternelle, à l’image des premières communautés chrétiennes me séduit profondément. Je leur suis d’une infinie reconnaissance d’avoir bien voulu me faire partager un peu de leur quotidien.

Je les vois réellement comme une belle réminiscence des communautés chrétiennes primitives telles qu’elles sont décrites dans les Actes des Apôtres.

Chouette, quelle belle journée d’apprentissage. Cette découverte si riche est si intense pour moi que je goûte avec un plaisir infini cette magnifique expérience

Trois jours à n’être que la croyante fervente que je constate, avec une demie surprise, être. C’est miraculeux d’oublier le « monde » pour ne penser qu’oraison, prière, chant et ferveur. Ne vivre que sa Foi.

 *
*       *

Troisième jour.

Réveil en fanfare à 6h15, mon téléphone que j’ai oublié de brancher s’est déchargé et ne m’a donc pas réveillée à 6 heures. Je presse le pas, enfile mes vêtements en vitesse, laisse le lit en friche et me voilà partie pour la chapelle.

La postulante m’a précédée, elle est déjà en prière dans le chœur.

L’oraison c’est déjà un rituel. En ce qui me concerne, je fais des exercices de respiration, essaie de ralentir le flux d’air pendant plusieurs minutes pour m’apaiser.

J’ai choisi une phrase qui est mon fil conducteur, chaque priant a certainement sa méthode, moi je me répète « Seigneur, je ne suis pas digne de te recevoir, mais dis seulement une parole et je serai guérie » elle me touche énormément, j’éprouve un sentiment d’abandon et de confiance ineffable en me la récitant.

Thérèse d’Avila me semble-t-il se projetait à coté de Jésus, la dernière nuit au jardin de Gethsémani, j’essaie quelques fois aussi de me mettre par la pensée à coté du Christ priant son père lors de son ultime nuit terrestre. C’est très intense que de s’imaginer côte à côte avec Lui, unis dans la même prière.

Ce ne fut pas la plus belle que je fis dans cette agréable chapelle, loin de là, mes oraisons ne sont pas constantes hélas, mais elle fut intense quand même. La chose qui m’a le plus étonnée de moi c’est ma capacité à rester en prière silencieuse une heure durant sans qu’à aucun moment je ne m’ennuie du tout. Je vis ces moments d’abandon comme une réelle communion avec Dieu.

Après Laudes, je prends mon petit déjeuner en solitaire, prépare mon bagage et me rend pour 11 heures à ma dernière Eucharistie.

C’est un nouvel officiant, la sœur sacristine ayant dans ses fonctions de trouver un prêtre tous les jours. Dernière communion également.

Je suis très satisfaite de mon séjour en ces murs. Je crois que le mot qui le qualifie le mieux est « partage ». J’ai partagé avec elles beaucoup plus que du pain. J’ai partagé leurs prières, leur humanité, ces sourires échangés à la chapelle me resteront longtemps dans la mémoire. Sans oublier ces deux adorables ainées qui m’ont guidée avec autant de délicatesse que de prévenance. J’ai côtoyé l’harmonie de leur communauté et ça m’a profondément touchée au cœur.

J’ai également beaucoup appris sur moi, sur ma Foi, sur ma conscience de Dieu, sur ma capacité à entrer en prière, enfin. J’ignorais en arrivant si j’en serai capable et je constate que tout a été harmonie et simplicité. Je suis toute retournée de ce que j’aurai à digérer. Tellement que j’ai attendu quelques semaines pour reprendre mes notes et rédiger ce que vous lisez, j’avais besoin de prendre du recul. J’étais déjà croyante fidèle, je le suis plus. Ma foi a gagné en intensité et mes prières en ferveur. Leur piété si simple si évidente m’a profondément troublée et conquise.

Je finis mon dernier repas de midi, seule. Fais la vaisselle. Me dis que c’est la dernière que je rangerai en ce lieu avant longtemps. J’ai déjà le regret.

Le temps de mettre mes affaires dans la voiture, je souhaite les saluer et les remercier de vive voix mais leur repas semble s’éterniser et personne ne sort de la clôture. En désespoir de cause je m’éclipse presque en douce.

La voiture démarre, il ne neige plus. Je suis satisfaite, de mon appréhension vaincue et surtout j’ai tellement d’émotions gravées dans mon cœur qu’il en déborde.

J’ai déjà envie de programmer mon prochain séjour ici. Quand pourrai-je revenir sans être inopportune ? Je m’interroge en roulant.

Me voilà rendue à ma vie. Je monte chez nous. Prend AM dans mes bras, caresse TŒ notre bichon qui me fait la fête.

Le surlendemain j’écrirai ce mail à Sr A*** la prieure :

Ma Sœur,

Merci,

Merci de m’avoir accueillie avec autant de disponibilité et d’empathie.

Merci à vos charmantes ainées qui se sont si gentiment occupées de moi et m’ont faire reprendre le kilo que j’avais eu tant de mal à perdre !

Merci à votre sens du partage.

Merci pour la piété de votre communauté qui m’a touchée au plus profond de moi.

Merci à ces sourires échangés avec les sœurs dans la chapelle qui m’ont fait bondir le cœur de joie.

Merci pour ces heures d’oraison à vos cotés que j’ignorais être en capacité de faire et qui vont tant me manquer maintenant.

Merci à vous toutes, je vous serre contre mon cœur.

Je me languis déjà de vous, n’en doutez pas, je reviendrai.

Bénédicte

PS : je lis actuellement le livre des Apôtres et ô combien je vois le sens du partage de votre communauté comme le pendant des premières communautés chrétiennes.

A quoi, tout simplement, comme à son habitude, elle répondra :

Cette litanie de merci va nous faire enfler les chevilles !!!

Mais nous sommes heureuses si vous avez pu trouver un espace de prière propice.

Belle suite de Carême

Sr A***

C’est une sacré expérience, et que je conseillerais à tout croyant.

Mardi 2 avril.

Pâques est passé. Le premier de ma vie. Oui, le premier, le seul jusqu’à présent où j’ai le sentiment de vivre pleinement cet événement. Je suis passée des œufs en chocolat et du lapin de pâques à la résurrection de Jésus et in fine de tous les croyants. C’est ma toute première résurrection si j’ose dire cela. Je n’ai raté qu’un seul office, celui du Jeudi saint et je le regrette, je ne voulais pas m’afficher trop « grenouille de bénitier » et puis, le suis-je ?

Peut être bien le verrez vous comme cela, mais j’ai pleinement vécu ma Foi dans toute sa consistance et j’en suis fort troublée. Depuis un mois et une semaine, je suivais le carême, la aussi, une première, j’’ai déjà fait Ramadan, mais le carême jamais. Bien sur, je ne parle pas strictement d’interdictions alimentaires, mais de réflexion sur la Foi, de retour sur Elle. J’ai suivi les enseignements des frères carmes de Paris qui faisaient une retraite de Carême par internet, et ainsi donc, j’ai prié avec eux tous les jours pendant ma demie heures d’oraison dans la suite de Sainte Thérèse d’Avila et de Saint Paul.

Toutes ces cérémonies m’étaient familières, je les connaissais par imprégnation depuis mon enfance, mais les vivre pleinement fut une nouveauté pour moi. Regardez, la cérémonie des rameaux, j’ai beaucoup aimé la procession et les bénédictions des rameaux, ces rites, autrefois vides de sens, sont devenus très puissants pour moi. Je sais pourquoi je participe à ces cérémonies, j’assiste pleinement, et de tout mon être.

Il est convenu de dire qu’on ressuscite à la suite du Christ, mais pour moi c’est une première. Etrange quand même que de dire « je ressuscite pour la première fois » presque marrant d’ailleurs. Mais à la suite de Jésus, nous devenons un humain nouveau.

Du moins je le vis de telle façon. Comme une belle douche qu’on s’est donnée mutuellement. Nous avons laissé nos vieux oripeaux et avons mué en un autre humain. Je sais il est aussi convenu de dire « un autre homme » mais je préfère dire humain ; moins connoté. Ou plutôt moins sexué.

Donc, nous voici au 2 avril, à la fin des festivités pascales. J’en fais le bilan et m’émerveille de cette joie que j’éprouve d’avoir pleinement vécu cette période. La première de ma vie, et encore plus la première de ma vie de croyante. Je me suis même vue proposer de participer aux cérémonies, j’ai lu des textes lors de la Passion ; et bien, moi qui ai l’habitude parler en public, métier oblige, j’étais super stressée de parler à l’église devant les fidèles, bon, pas très nombreux il est vrai, mais très attentifs. J’ai aimé lire ce texte que le prêtre m’a demande de parcourir à chaque station paire, j’avais une co-lectrice pour les stations impaires. Elle est plus coutumière du fait et m’a donné quelques conseils avisés. Quand le prêtre est venu me voir le dimanche précédent à la sortie de la messe des rameaux pour me dire « vous avez une bonne voix, j’ai pensé que vous pourriez lire pendant la Passion des textes de Guy Gilbert » j’y ai vu l’occasion de m’impliquer dans la paroisse. J’ai ce besoin que d’être pleinement dedans, non à moitié. Et lors de la veillée pascale, quand il m’a proposé quelques lectures courtes je n’ai pas hésité, très contente qu’il pense à moi.

Je ne sais pas si je m’en suis bien tiré, mais j’ai beaucoup aimé cet office.

Pourtant tout n’est pas drôle, et ma vocation que je tiens en laisse me fait diablement souffrir. Assez pour que je prie tous les jours pour en être défalquée. Pourquoi le Seigneur m’impose t’il cette appétence pour le cloitre alors que ce vœu est impossible à vivre. La démarche de Thérèse de Lisieux sur ce sujet est très profitable : « seigneur je ne suis qu’un vermisseau, faible par définition, si tu as des projets pour moi, il te faut faire le nécessaire pour que ce soit possible » et bien, quelques fois ça m’apaise vous savez ?

Pas toujours hélas, et je dois porter ce fardeau en me demandant pourquoi Il me fait souffrir ainsi, pour rien que je ne puisse comprendre. Je me dis bien que tout cela est imaginaire et que le temps fait beaucoup pour amadouer ma douleur, mais dans l’immédiat je suis dans cette souffrance que d’avoir envie d’une existence que je sais parfaitement impossible à réaliser. J’espérais en être débarrassée, las ! Ce n’est pas le cas et très fréquemment, comme des crises, ça revient. J’en suis à penser qu’il ne s’agit que d’un mal du ressort de mon psychiatre. Ce qui est peut être vrai d’ailleurs et quelque part rassurant.

Je n’en suis pas sure, hélas !

Ma souffrance, elle, n’est pas imaginaire, alors m’impliquer dans la paroisse, même pour le peu que je puisse y faire, est une façon de vivre mon rêve inaccessible. Franchement c’est une torture, et j’en finis à bout d’argument par me dire que c’est l’attrait du costume qui me hante. Sans trop y croire, mais juste un peu, assez pour alimenter le doute nécessaire. J’ai toujours été fascinée par l’état monastique, même à l’époque ou j’étais hors du domaine de la Foi, quand je lisais frénétiquement « la religieuse » de Diderot, je me disais que dans son cas j’aurai été pleinement heureuse. D’être au couvent. Quelle ineptie non ? Il m’arrive de penser très fortement que je suis stupide.

Pourtant la Foi c’est tellement beau. Ça vous sublime, vous fait sortir de votre coquille La conscience de cet être d’amour qui est l’origine de tout est extraordinaire. Le problème n’est nullement de croire par appréhension de la mort comme le croient benoitement les athées “intégristes”, j’avoue ne pas avoir peur de cet événement inéluctable mais je le dois probablement plus à mes 11 tentatives de suicide (depuis la rédaction de ce texte j’en suis à 12) qu’à la bénédiction de Dieu. Je sais comme tous les humains que la vie n’est qu’une parenthèse, et contrairement à d’autres je ne feins pas l’ignorer. Mais croire c’est autre chose, c’est ne noyer dans l’amour de Dieu et du Christ. Avoir parfaitement conscience de cela, se sublimer, ne pas être faite que de désirs plus ou moins frustrants mais savoir de source sure que le sens de mon existence est lié ailleurs.

Les croyants ne sont pas des benêts qui par peur de l’issue inévitable font semblent de croire à une puissance supérieure. Pensez vous que spéculer sur l’univers insondable et sans limite est plus facile et sensé ? L’idée même « univers sans limite » est contraire à toute imagination et même compréhension, les athées eux croient en quelque chose, pas nécessairement plus logique, ils croient en la science ! C’est une forme de Foi.

Vous trouvez ça plus réaliste ? Remettre aux connaissances de demain, connaissances possibles, mais pas certaines, l’angoisse d’aujourd’hui ? Alors peut être que notre Foi dans notre créateur leur semble infantile, mais c’est tellement beau que c’est dommage que de passer...