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Bertha von Suttner 1843-1914

356 pages

Née dans « le monde d'hier » cher à son compatriote Stefan Zweig, morte le 21 juin 1914 à la veille du déclenchement d’une guerre qu’elle appelle Weltkrieg, Bertha von Suttner témoigne d’un parcours hors du commun dans un moment crucial où s’amorcent les conflits générés par les militarismes et les nationalismes menant inexorablement à la catastrophe. Arpenteuse d’Europe, voyageuse du Nouveau Monde, elle voit dans « l’américanisation du monde » une raison de construire dans la paix et la coopération mutuelle une Europe en devenir capable de s’opposer à la « course à la ruine » du continent. Initiatrice de nombreuses institutions encore existantes – Tribunal international/Cour d’arbitrage de La Haye ou Bureau International de la Paix à Berne –, elle sera la première femme à obtenir le Prix Nobel de la paix qu’elle avait suggéré à Alfred Nobel, dont elle fut la secrétaire. Aristocrate très attachée à ses origines, devenue par son engagement public et ses « écrits de propagande » une travailleuse de la paix , Bertha von Suttner est aussi l’auteure du best-seller Die Waffen nieder!, vibrant plaidoyer contre la guerre salué par Tolstoï et qui fait entendre la voix des femmes dans le domaine de la guerre et de la paix. Par son itinéraire singulier, par ses choix et ses écrits, la Friedensbertha illustre l’entrée des femmes dans le domaine réservé de la politique et des relations internationales et permet une approche autre de l’histoire des femmes reconsidérée ici dans ses rapports avec le pacifisme et l’internationalisme.


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Bertha von Suttner 1843-1914 Amazone de la paix
Marie-Claire Hoock-Demarle (dir.)
Éditeur : Presses universitaires du Septentrion Lieu d'édition : Villeneuve d'Ascq Année d'édition : 2014 Date de mise en ligne : 30 juin 2016 Collection : Histoire et civilisations ISBN électronique : 9782757414248
http://books.openedition.org
Édition imprimée ISBN : 9782757407387 Nombre de pages : 356
Référence électronique HOOCK-DEMARLE, Marie-Claire (dir.).Bertha von Suttner 1843-1914 : Amazone de la paix. Nouvelle édition [en ligne]. Villeneuve d'Ascq : Presses universitaires du Septentrion, 2014 (généré le 06 juillet 2016). Disponible sur Internet : . ISBN : 9782757414248. DOI : 10.4000/books.septentrion.7257.
Ce document a été généré automatiquement le 6 juillet 2016.
© Presses universitaires du Septentrion, 2014 Conditions d’utilisation : http://www.openedition.org/6540
Née dans « le monde d'hier » cher à son compatriote Stefan Zweig, morte le 21 juin 1914 à la veille du déclenchement d’une guerre qu’elle appelleWeltkrieg, Bertha von Suttner témoigne d’un parcours hors du commun dans un moment crucial où s’amorcent les conflits générés par les militarismes et les nationalismes menant inexorablement à la catastrophe. Arpenteuse d’Europe, voyageuse du Nouveau Monde, elle voit dans « l’américanisation du monde » une raison de construire dans la paix et la coopération mutuelle une Europe en devenir capable de s’opposer à la « course à la ruine » du continent. Initiatrice de nombreuses institutions encore existantes – Tribunal international/Cour d’arbitrage de La Haye ou Bureau International de la Paix à Berne –, elle sera la première femme à obtenir le Prix Nobel de la paix qu’elle avait suggéré à Alfred Nobel, dont elle fut la secrétaire. Aristocrate très attachée à ses origines, devenue par son engagement public et ses « écrits de propagande » une travailleuse de la paix , Bertha von Suttner est aussi l’auteure du best-sellerDie Waffen nieder!, vibrant plaidoyer contre la guerre salué par Tolstoï et qui fait entendre la voix des femmes dans le domaine de la guerre et de la paix. Par son itinéraire singulier, par ses choix et ses écrits, laFriedensberthaillustre l’entrée des femmes dans le domaine réservé de la politique et des relations internationales et permet une approche autre de l’histoire des femmes reconsidérée ici dans ses rapports avec le pacifisme et l’internationalisme.
SOMMAIRE
Exergue
Avant-propos Stéphane Hessel
Introduction
Chapitre I. Enfance et adolescence dans un ‘Monde d’hier’ Généalogie familiale Impressions d’enfance. L’éducation d’une jeune aristocrate. Amitiés adolescentes. Regard rétrospectif.
Chapitre II. Les années d’apprentissages La découverte du monde Sociabilités de villégiatures Paris, capitale de l’Europe
Chapitre III. Destin(s) de femme Les réalités de la vie La Maison Suttner Monsieur Alfred Nobel Il Matrimonio secreto.
Chapitre IV. Aux confins du monde occidental C’est quoi, le Caucase ? Les années géorgiennes Une expérience fondamentale Le goût de l’ écriture
Chapitre V. Retour en Europe Heimkehr D’une capitale à l’autre Découvertes
Chapitre VI. Écriture(s) Une entrée en écriture Une écriture qui se cherche « Si vis pacem….décris la guerre ». Naissance d’un best-seller Guerre et littérature, une combinaison risquée
Chapitre VII. L’année de tous les engagements Une année particulière La lutte contre l’antisémitisme L’autre combat : des institutions pour la Paix « Weltereignis », le Congrès de la Paix, Rome novembre 1891
Chapitre VIII. Une correspondance dans le siècle
De l’importance de l’épistolaire pour Bertha von Suttner Typologie d’une correspondance « Cher Ami, je vous écris souvent, n’estcepas (sic !) ? » “Don’t always call our peace-plans a dream.”
Chapitre IX. « Commis-voyageur de la Paix » La nouvelle vie de Bertha von Suttner Travailler pour la paix : le Bureau international de la paix Travailler pour la paix : le réseau européen des Sociétés des amis de la paix D’un Congrès l’autre « Vous êtes devenus de vrais commis-voyageurs de la paix »
Chapitre X. Le tournant 1898-1899 Constats amers. « Que faire ? » Contre la recrudescence de l’antisémitisme Face à l’Affaire Dreyfus « Ça brûle ! ». Face aux conflits dans le monde Une aide inespérée, le « Manifeste » du Tsar La Conférence de La Haye (18 mai – 29 juillet 1899)
Chapitre XI. Genèse d’une écriture publique Écrire, encore et toujours L’activité littéraire de Bertha von Suttner. « Travaux de propagande » Interférences
Chapitre XII. L’Europe selon Bertha von Suttner L’Europe en héritage « Quand je parvins à la conscience européenne… » (M, p. 537) Le pacifisme, moderne cosmopolitisme „Das werdende Europa“, l’Europe en devenir L’Europe en devenir.
Chapitre XIII.The show must go on Le pacifisme après La Haye Le temps du veuvage Le temps des voyages L’adieu à la fiction „Die Pazifistin hat die Literatin getötet“ Le cri de Cassandre
Chapitre XIV. Une femme ‘nobélisée’ La fabrication du Prix Nobel de la Paix La conquête du Prix Nobel de la Paix Être femmeetprix Nobel de la paix Une identité féminine assumée Pacifisme, féminisme : même combat ?
Épilogue
Bibliographie
Exergue
Chère Baronne et amie ! Je viens d’achever la lecture de votre admirable chef-d’œuvre…. Combien de temps vous a-t-il pris de composer cette merveille ? Vous me le direz lorsque j’aurais l’honneur et le bonheur de vous serrer la main – cette main d’amazone qui fait si vaillamment la guerre à la guerre. er Alfred Nobel à Bertha von Suttner, 1 avril 1890
Avant-propos
Stéphane Hessel
Voilà, c’est déjà la guerre et une fois de plus on nous a tout caché, tout tenu secret. Pourquoi ne faites-vous rien, vous les jeunes ? C’est vous avant tout que cela concerne ! Défendez-vous, rassemblez-vous ! Ne nous laissez pas toujours tout faire, nous les quelques vieilles femmes que personne n’écoute ! Stefan Zweig,Die Welt von Gestern(1944) On est au printemps 1914, à Vienne, en pleine rue, et la vieille dame, une ‘indignée’ avant la lettre, qui apostrophe si rudement son compatriote viennois, l’écrivain Stefan Zweig, n’est autre que Madame la Baronne Bertha von Suttner, soixante et onze ans et un long passé de lutte pour la cause de la paix. Elle s’éteindra le 21 juin 1914, huit jours avant l’attentat de Sarajevo, quelques semaines avant l’éclatement d’une guerre à laquelle elle avait depuis longtemps donné son vrai nom de « guerre mondiale /Weltkrieg », prédisant au passage la « barbarisation des airs », titre de son dernier ouvrage. Celle que Stefan Zweig appelle la « Cassandre de notre temps », n’avait été promue ni par la naissance, ni par son milieu social d’origine – la haute aristocratie autrichienne – à un tel destin. La « conscience européenne » lui vient sur le tard après quelques ruptures avec la société de son temps et quelques rencontres mémorables comme celle d’Alfred Nobel dont elle fut brièvement la secrétaire personnelle dans les années soixante-dix. Elle entre en pacifisme, sa ‘mission’, par la littérature, écrivant d’un seul jet son roman contre la guerreDie Waffen nieder! e (1889), devenu le best-seller de la fin du XIX siècle et que Léon Tolstoï n’hésite pas à comparer à La case de l’oncle TomHarriet Beecher-Stowe. Dès lors, infatigable travailleuse de la paix, elle de participe à presque tous les Congrès universels de la paix, même quand ils se tiennent aux États-Unis d’Amérique où elle rencontre le Président Théodore Roosevelt, fonde sans relâche des sociétés de la paix sur le modèle de la Société autrichienne des amis de la paix, créée en 1891 avec le généreux soutien du ‘Roi de la dynamite’ Alfred Nobel et elle est vice-présidente du Bureau International de la paix à Berne pendant un quart de siècle. En 1905 son travail est enfin reconnu et couronné par le Prix Nobel de la paix, un prix dont elle avait inspiré l’idée à Nobel. Elle est la première femme à recevoir ce prix et il faudra attendre 1931 pour le voir de nouveau attribué à une femme, l’Américaine Jane Addams. Pourtant, laFriedensberthaa été l’objet de toutes les railleries et a suscité déjà de son vivant bien des caricatures. Sans doute, parce que, femme, elle s’immisçait dans le monde majoritairement misogyne des hommes politiques et que, profondément pacifiste, elle n’hésitait pas à fustiger les grandes conférences du tournant du siècle devenues à ses yeux des « assises de régulation de la guerre », elle qui ne voulait pas « réglementer », pas même – comme le prônait Henry Dunant – « humaniser » la guerre mais l’éradiquer (et par là même aussi les armements) par une politique d’arbitrage international entre les États. La création du tribunal international d’arbitrage de La Haye est en grande partie son œuvre. Il est temps de redonner toute sa place à celle qui inventa nombre de termes qui ont nourri, un demi-siècle et deux guerres mondiales plus tard, la Déclaration universelle des droits de l’homme de 1948. Car c’est bien l’ombre de Bertha von Suttner qui plane sur le discours tenu le 9 décembre 1948 à Paris, lors de l’adoption de la Déclaration, par Eleanor Roosevelt, veuve de Franklin D. Roosevelt et nièce de Théodore Roosevelt, celui-là même qui s’était entretenu avec Bertha
von Suttner à Washington en 1904 et qui lui succèdera dans l’attribution du Prix Nobel de la paix : This Declaration is based upon the spiritual fact that man must have freedom in which to develop his full stature and through common effort to raise the level of human dignity.L’une parle de paix, l’autre de liberté mais le message est le même pour les deux pionnières habitées par la même recherche de la dignité humaine dans la paix et la liberté. Il est temps aussi de redonner sa visibilité à celle qui a su faire passer ses idées de paix et de fraternité auprès d’un très large public à travers ses discours et ses romans transformés en tribunes de diffusion. Temps enfin de redonner vie à un parcours de femme peu ordinaire, trop vite étouffé par les conflits qu’elle avait vu venir et l’incompréhension des hommes face à cette Baronne qui n’hésite pas à se transformer pour la bonne cause en « vrai commis voyageur de la paix ».
AUTEUR
STÉPHANE HESSEL Ambassadeur de France auprès de l’ONU, observateur lors de la rédaction de la Déclaration universelle des droits de l’homme (1948)
Introduction
e La première décennie du XX siècle a vu émerger deux Bertha, toutes deux d’origine germanique, l’une allemande, Bertha Krupp von Bohlen und Halbach (1886-1957), l’autre autrichienne, Bertha von Suttner (1843-1914). Bien que de générations différentes, les deux femmes se sont croisées, un bref échange de lettres en fait foi, puis, très tôt, la mémoire collective les a érigées en icônes diamétralement opposées, la ‘Gross-Bertha‘, canon mythique portant le prénom de l’épouse du constructeur, et la ‘Friedensbertha’, égérie de la paix dans un monde marqué par l’irrésistible course aux armements. D’un côté, une femme, héritière par défaut de l’empire Krupp géré officiellement par son mari prussien, s’intègre dans la société et la culture de son temps, cette « culture patriarcale qui privilégie les généalogies masculines et la société de l’entre-hommes, les femmes n’y apparaissant pas comme majeures mais comme biens de l’homme » . De l’autre, 1 une femme, actrice de son engagement public, s’immisce dans un domaine masculin de tout temps réservé, celui des armes, de la guerre et de la politique. L’opinion publique honorera bien plus la Bertha-instrument de guerre que la Bertha – travailleuse de la paix, encombrante Don Quichotte au féminin et objet de bien des railleries. La traversée du désert de la ‘Friedensbertha‘, commencée à la veille du premier conflit mondial, a été longue. Première femme à recevoir le Prix Nobel de la paix, celle qui avait décrit dans un de ses romans l’apocalypse de « l’explosion totale par condensation du radium » et qui avait prophétisé dès 1912 la « barbarisation des airs », ne sort que très lentement de l’ombre – qui ne relève pas toujours de l’oubli mais s’apparente souvent à une relégation forcée. Référence implicite pour Eleanor Roosevelt lors de l’élaboration de la Déclaration universelle des droits de l’homme en 1948, elle fait l’objet de quelques études dans les années 1960 et ne connaît de biographies importantes qu’à partir des années 1980, avec les ouvrages de Brigitte Hamann, Gisela Brinkler-Gabler, Beatrix Kempf, Erika Weinzierl ou Marianne Wintersteiner, entre autres. Le 2 développement du mouvement des femmes en Allemagne et en Autriche dans les années soixante-dix n’est sans doute pas étranger à cette renaissance – même si l’image d’une Bertha von Suttner féministe de la première génération laisse quelque peu sceptique. Écrire la vie d’un individu est une entreprise risquée à divers titres. Goethe en était bien conscient quand, travaillant à son autobiographie à la charnière de la poésie et de la vérité, il prend soin dans l’introduction de s’interroger sur le sens, le but de la biographie : Car, tandis que je m’efforçais de retracer l’un après l’autre les émois intérieurs, les influences extérieures et les étapes théoriquement et pratiquement franchies, je me vis projeté hors de mon étroite vie privée dans le vaste monde... Car c’est là, semble-t-il, la tâche de la biographie, décrire l’individu dans son temps et montrer dans quelle mesure tout lui résiste et dans quelle mesure tout le favorise, comment il s’en forge une vision du monde et des hommes et, comment, quand il est artiste, poète ou écrivain, il le réfléchit vers l’extérieur. 3 Comment écrire la vie d’un individu ? La question posée par Giovanni Levi dans son article sur « les usages de la biographie » revient en force à la lecture des Mémoires et des nombreuses œuvres de fiction de Bertha von Suttner. Écrire sa biographie, c’est d’emblée prendre en 4 compte nombre d’obstacles spécifiques, dont le plus évident vient de ce qu’elle est femme dans un e XIX siècle finissant, un moment où la visibilité des femmes, même engagées dans la vie publique, ne va pas de soi. Mais l’obstacle sans nul doute le plus singulier tient à la présence de sesMémoires, 542 pages publiées de son vivant en 1909. Comment en effet écrire la vie d’un individu quand celle-