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Blida 1962

De
170 pages
1962 est le moment où un jeune professeur de lettres au lycée de Blida rencontre une femme qu'il va aimer passionnément et pour laquelle il commence à écrire un journal intime. Il y évoque le combat mené par les Français d'Algérie contre l'abandon de leur pays, et il penche de plus en plus vers la solution originale d'une "république pied-noire". Ses derniers espoirs s'évanouissent en même temps que l'échec des accords OAS-FLN. Ecrites avec une grande sensibilité poétique, ces pages constituent un témoignage singulier sur les grands événements aussi bien que sur la vie quotidienne de l'époque.
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Mémoires e duXX siècle
Georges-Pierre HOURANT
BLIDA 1962 Journal d’un jeune piednoir
Série SMaghreb
Blida 1962 Journal d’un jeune pied-noir
e Mémoires du XX siècle Déjà parus Roger COLOMBIER,Les Juifs oubliés de Mantes-la-Jolie 1940-1944,2017. Collectif,1914–1918 : Les 119 anciens de l’externat Saint-Maurille, 2017. morts pour la France Robert CHRISTOPHE,Les années perdues. Journal de guerre et de captivité 1939-1945, 2017. Auguste VONDERHEYDEN,De Verdun à la Somme, La bataille de Verdun racontée au jour le jour. Cahiers de guerre II (23 février 1916- novembre 1916),2017. Léon NOGUÉRO,Prisonnier de guerre en Allemagne (1940-1945), Récits de guerre et de captivité, Tome 2,2017. Léon NOGUÉRO,Soldat en Alsace-Lorraine(1939-1940), Récits de guerre et de captivité, Tome 1,2017. Éric BROTHÉ,Un chevalier de la France libre, Jacquelin de la Porte des Vaux,2017. Bouzid et Mehdi BOUMEZOUED,Mémoires de guerre d'un combattant kabyle, De la Deuxième Guerre mondiale à la guerre d'Algérie,2016.Grégory ROMINSKYJ,De l’Ukraine à la France, Mémoires d'un déplacé (DP) dans l'Europe de la tourmente (1939-1945),2016. Daniel BARON,Du Côté de la Vie. Correspondance de Maryse (1926-1940),2016. Micheline MAUREL,Danse au bord du précipice. Lettres et écrits des années de guerre (1939-1945),2016. Larissa CAIN,Souvenirs d’enfance et de Pologne,2016.Michel GASPARD,Eaux mêlées à Montmartre, Une histoire familiale, Deuxième période : 1936-1950,2016.Michel GASPARD,Eaux mêlées à Montmartre, Une histoire familiale, Première période : 1880-1936,2016.Henri CHENNEBENOIST,Carnets de Chine (1900-1901).Un Français dans la guerre des Boxers,2016.
Georges-Pierre HOURANTBLIDA1962 Journal d’un jeune pied-noir L’Harmattan
Du même auteur :
-Ils ont tant aimé l’Algérie, dix écrivains voyageurs à l’époque française,Mémoire de Notre Temps (2003).
- Nombreux articles d’histoire et de littérature dansl’Algérianiste,revue du Cercle algérianiste, qui a pourobjectif de sauvegarder le patrimoine culturel né de laprésence française en Afrique du Nord.
© L’Harmattan, 2017 5-7, rue de l’École-Polytechnique ; 75005 Paris http://www.editions-harmattan.fr ISBN : 978-2-343-13460-4 EAN : 9782343134604
Avant-propos  L’un de mes amis, écrivain et historien, m’a suggéré de publier le journal que j’avais écrit en 1962, du 13 février au 21 juin, alors que j’étais jeune professeur de lettres à Blida. La première date est celle où commence ma liaison avec la femme tant aimée pour qui j’écrivis ces pages, la seconde celle où je quittais, sans elle, mon pays natal.  L’époque et l’état d’esprit que j’évoquais dans ce journal, peuvent présenter, me dit-il, un intérêt mêlé de curiosité, car ils sont aux antipodes de ceux d’aujourd’hui. Mon ami, qui s’intéresse spécialement en ce moment à la fin de l’Algérie française, pensait que ce carnet, si mince soit-il, pouvait figurer au nombre des témoignages les plus singuliers qu’il ait lus sur ce sujet. En effet, j’évoquais, avec une écriture très personnelle, à la fois la vie quotidienne en Algérie, les faits marquants de ma vie individuelle, et les grands événements qui nous concernaient tous. Sur ces derniers, j’étais particulièrement bien renseigné par les relations que j’entretenais avec les milieux proches de l’OAS. C’est ainsi que sont relatés des épisodes du double combat qu’elle menait contre le FLN et contre le « pouvoir gaulliste » comme on disait, mais aussi les dissensions meurtrières entre les différents clans qui la composaient. Fervent partisan de l’Algérie française, je penchais de plus en plus vers l’autre solution, celle d’une république pied-noir proposée par certains de mes amis, et mes derniers espoirs s’évanouirent en même temps que l’échec des accords conclus entre le FLN et l’OAS, accords bien oubliés de nos jours, mais qui m’avaient paru si importants sur le moment.  Bien évidemment, il m’a fallu mettre au point mon manuscrit. Mais j’en ai respecté le texte originel, y compris la ponctuation, tout en modifiant le nom de
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quelques personnes, et en y ajoutant des notes, une annexe, une chronologie, et un index des sigles.
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Blida, mardi 13 février 1962  Tout à l’heure, je suis allé chez toi. J’ai osé. Depuis longtemps, j’avais envie de te revoir, d’être seul avec toi.  « Comment elle s’appelle? » j’avais demandé à Yvonne, « tu sais où elle habite? »… « Mais oui, tu peux y aller », elle m’avait répondu compatissante, « elle est libre », et elle m’a même trouvé une idée : « tu n’as qu’à lui dire que je voudrais des mandarines et des citrons. Elle fait son marché le matin, elle me les rapportera demain ».  Elle valait ce qu’elle valait son idée, et quand j’ai sonné à ta porte, je n’en menais pas large.  Tu m’as ouvert, tu n’avais pas l’air tellement surprise. « Entrez, monsieur », tu m’as dit, comme si tu m’attendais. Il faisait très chaud dans ton appartement, j’ai remarqué qu’un thermomètre dans le couloir marquait 26 degrés. Tu étais d’accord pour les courses, et même pour qu’on se retrouve dimanche tous les deux. Inespéré.  Boulevard des Orangers bouclé ce matin par les gendarmes mobiles, ceux qu’on appelle « les fourmis rouges »… un inspecteur des RG venait d’être tué par une rafale de mitraillette… agent gaulliste à n’en pas douter… Ils avaient mis moins d’empressement à rechercher les auteurs du raid FLN de la semaine dernière contre le foyer 1 rural de Montpensier … Les résistants de Blida et d’Alger sont persécutés, mais nos ennemis épargnés…  Pas classe demain après-midi, mais je n’irai pas chez mes parents à Alger, j’ai mon déménagement à préparer. Je penserai à toi toute la journée… Es-tu celle que j’attendais ? Je me croyais seul, abandonné… J’ai frappé à ta porte comme un naufragé qui s’accroche à une bouée… J’ai frappé à ta porte, et tu m’as ouvert sans hésiter…
1  Quartier de Blida.
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 Ce soir, j’ai envie de commencer à écrire un agenda pour toi…
Mercredi 14 février  Les livres d’abord… je les ai rangés dans les caisses. J’ai vidé la bibliothèque vitrée, celle qui me suit depuis Alger, elle contient mon petit univers… J’ai laissé dans les tiroirs mes Lagarde et Michard annotés, un paquet de copies pas encore corrigées, leBaillyet leGaffiotmes vieux amis… J’ai recruté deux Arabes qui passaient avec une vieille camionnette, et plus ou moins marchandé… deux cents francs pour transporter mes affaires au pied levé, ce sera bien suffisant… il y a aussi la penderie, quelques vêtements, le lit, et mon petit frigidaire… pas besoin de plus pour un homme seul…les affaires de bébé ne serviront plus à personne…  C’était vraiment urgent ; en revenant de Chréa dimanche en quinze, j’avais trouvé un mot épinglé sur la porte de mon appartement, « grand chef OAS », on avait écrit sur le papier… Après, je me suis souvenu que j’étais le seul Européen resté dans l’immeuble depuis longtemps… Je me suis rappelé l’affiche placardée dans l’ascenseur à la mi-janvier, cet ordre de mobilisation signé Salan… la belle affiche en arabe et en français, et les drapeaux tricolores entrecroisés au sommet… « Pour garder l’Algérie à la mère patrie », il avait dit… Ils ont dû faire le rapprochement avec moi… et puis, c’est vrai, je mettais systématiquement laMarseillaiseet des chants de paras, au moment des infos à la radio… de quoi couvrir leur tintamarre à eux… Alors, adieu mon HLM transformé en casbah, et l’odeur de leurs kanouns qui montait d’étage en étage…  Tu sais, les événements, c’est plutôt une toile de fond pour mon histoire… Ce récit qui commence avec toi… Blida et toi en un seul agenda… Hier soir, entouré
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par les caisses, je me suis endormi dans mes rêves avec toi… dehors, la nuit recouvrait doucement les lumières de Blida… Blida et toi comme une joie permanente au fond de moi…
Jeudi 15 février  Donc, je ne suis pas allé à la Fac aujourd’hui. D’un côté, cela me manque, mais d’un autre côté, je sais bien aussi que je ne peux pas sérieusement préparer l’agrég avec dix-neuf heures de cours à faire au lycée. Et les soucis que me donne la procédure de divorce, qui n’en finit plus… Et les allers-retours Alger-Blida avec ma vieille 4 CV pourrie… je l’aime bien, pourtant, cette route à travers les fermes aux toits de tuile et les vignobles tout autour… et mon univers familier et rassurant qui m’attend aux deux bouts du trajet… Jeudi dernier encore, j’étais tombé en panne entre Boufarik et Beni-Mered… elle consomme autant d’huile et d’eau que d’essence… heureusement pas un fellagha à guetter ce jour-là…  Le déménagement ne s’est pas trop mal passé, commencé à 9h et fini à midi… me voici installé Cité Marti. Ils ne m’ont volé apparemment que mon appareil photo, je m’attendais à pire… Tous mes livres ont l’air d’avoir suivi,Zorba etl’Etranger mes préférés, j’ai tout de suite vérifié, et tous les autres aussi, je crois… C’est bien petit bien sûr ici, rien à voir avec mon spacieux trois-pièces, tu aurais aimé le balcon que j’avais avec la vue sur la montagne… Un simple studio, il y en a trois en enfilade, mais belles baies vitrées… André est venu voir si tout allait bien, il m’a surtout transmis les consignes de son père, un proprio pas commode sans doute, et puis d’où il sort au juste cet Algérois, on veut bien qu’il paye un loyer, mais il faut se méfier… Moi, je t’imagine ici, tu entres et tu transformes tout par ton sourire…
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