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Brisé par l'exil

De
134 pages

Un jeune togolais est prêt à tout pour retrouver son père exilé en Europe. Il effectuera plusieurs tentatives, au cours desquelles il sera escroqué et même arrêté pour usage de faux papiers.

Arrivé à Cotonou, la capitale béninoise, il est aidé par un passeur qui l'abandonnera au cours de son aventure. Le jeune aventurier va alors affronter la vie des sans-papiers en Europe - à travers la zone de transit des aéroports - ainsi que les tribunaux et les centres de détention en Suisse et en Hollande. Immigré illégal, sans-papiers, criminel, il connaîtra l'ensemble de ces terminologies avilissantes durant tout le temps de l’épisode européen de son aventure. Son sort sera finalement scellé par un renvoi dans son pays d'origine, à bord d’un vol spécial, dans des conditions inhumaines...


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Cet ouvrage a été composé par Edilivre

175, boulevard Anatole France – 93200 Saint-Denis

Tél. : 01 41 62 14 40 – Fax : 01 41 62 14 50

Mail : client@edilivre.com

www.edilivre.com

 

Tous droits de reproduction, d’adaptation et de traduction,

intégrale ou partielle réservés pour tous pays.

 

ISBN numérique : 978-2-332-66673-4

 

© Edilivre, 2015

Épilogue

Un jeune Togolais pris par l’envie de retrouver son papa exilé en Europe alors qu’il était encore gamin, est prêt à prendre tous les risques pour y parvenir. Après plusieurs tentatives au cours desquelles il a été escroqué et arrêté pour usage de faux, il est aidé par un passeur Béninois à partir de Cotonou, capitale du Bénin. Finalement, le passeur béninois le laisse seul en chemin dans un aéroport européen. Là commence une aventure sans précédent pour le jeune Togolais. Il parvient néanmoins à destination, mais, le jeune aventurier va alors affronter la vie des sans-papiers en Europe, à travers la zone de transit des aéroports, les tribunaux et les centres de détentions en Suisse et en Hollande. Immigré illégal, sans-papiers, voire criminel, il connaîtra toutes ces terminologies avilissantes tout le temps de cet épisode européenne de sa vie.

Au bout de compte, son sort est scellé. Un renvoi dans son pays natal à bord d’un vol spécial, dans des conditions inhumaines.

Ce récit de Matthieu est le témoignage patent d’une aventure aux péripéties rocambolesques qui a marqué à vie son auteur.

Matthieu

Je m’appelle Matthieu, un jeune homme comme les autres. Pour être plus précis, Africain, Togolais. Mais mon éducation, les parcours de ma vie, ajoutés à l’environnement dans lequel j’ai fait mes études et dans lequel j’ai grandi, ont fait de moi un homme de talents et d’expériences dans des domaines divers de la vie. Toutes ces expériences m’ont permis d’affronter certaines situations de la vie avec plus de souplesse. Parfois, j’en ris d’ailleurs.

Né en 1982 à Agoé Nyivé, Préfecture du Golfe en région Maritime au Togo, je suis le fils ainé d’une famille modeste. Mon père, peintre automobile de profession, était aussi agriculteur. Il aimait beaucoup élever les canards et ce qui me plaisait chez-lui en ce moment, est que je le prenais pour le plus puissant de tous les hommes. Il avait la capacité de remplacer les œufs pondus par ses poules par des œufs de pintades. Et pour moi c’était de la magie. Il avait promis me l’enseigner à mes moments libres. Quand je n’étais pas à l’école ou en train d’apprendre mes leçons par cœur avant qu’il ne revienne du service, je ne pensais qu’à ça : la magie que papa avait promis de m’apprendre. Je ne redoutais donc pas d’aller avec lui au champ les week-ends ou les mercredis soirs au retour de l’école. Au champ, nous allions soit pour sarcler soit pour surveiller la semence que dévoraient les oiseaux sauvages.

Mon père avait un vélo. Il faisait partie des privilégiés du village. Un vélo tout neuf de marque Phœnix. Il me remorquait à l’arrière et pour éviter que je n’aie mal aux fesses, il mettait un bout de pagne sur le siège en fer pour amortir l’impact sur moi et alléger la douleur.

On n’était pas riche, mais pour moi c’était déjà la belle vie, comparée à celle que menaient les autres gosses de notre quartier et du village.

J’ai commencé l’école à sept ans, l’âge requis pour y être admis à l’époque. Ma première école fut l’Ecole Primaire Publique du quartier. Il se trouvait à près de cinq kilomètres de notre domicile.

En 1990, un an après mon admission à l’EPP Agoè Nyivé, mon père me changea d’école. Je fus admis dans une école privée qui avait ouvert ses portes l’année précédente. J’avais alors commencé le Cours Elémentaire Deuxième année (CEP2) à l’école privée laïque “LA SOURCE” sise à Agoé Nyivé à un peu moins de cinq kilomètres de notre domicile. Pour tout dire, aller dans une école privée à l’époque, était tout un privilège, un signe de richesse, d’aisance financière et donc de pouvoir.

Comme tous les autres gamins, lorsque j’avais intégré l’école je voulais répondre à toutes les questions. Je me souviens encore de mes « moi monsieur… Moi monsieur » pour être désigné pour répondre à la question posée par l’instituteur ou pour aller au tableau. Je n’étais pas meilleur dans beaucoup de matières mais en calcul et arithmétique, j’étais très bon. Je n’étais quand même pas nul en lettres et dictée : moyen. Tous les soirs je devais réciter, par cœur et devant papa, tout ce que nous avait appris le maître en classe. Et il ne s’empêchait pas de me pincer les oreilles quand j’hésitais sur la prononciation d’un mot ou que je faisais une faute grave.

Il était un modèle pour moi, mon héros. Je m’appliquais pour avoir une aussi bonne écriture comme la sienne et aussi sa manière de colorier les croquis de science naturelle et de géographie. J’avais la chance de trouver dans ces vieux cartons quelques de ces vieux cahiers qui m’inspiraient beaucoup. Quelques, fois je le montrais à mes amis, mais pas à n’importe lesquels ; les vrais, ceux-là avec qui je partageais tout.

Franchement le vieux avait une très bonne écriture dans le temps. Lorsqu’une fois séduit pas son écriture je lui avais demandé pourquoi il avait arrêté les études, il m’avait répondu que c’était par faute de moyens financiers. Il était encore gamin quand son papa était décédé et, c’est seuls sa maman et ses oncles maternels qui avaient payé ses études jusqu’en classe de quatrième.

Je poursuivis mes études dans la même routine et la même rigueur. L’école, les travaux champêtres, l’élevage des canards et des pintades à la maison jusqu’en 1993, année où tout à basculer.

Vers la fin du mois d’octobre 1993, plus précisément le 23 octobre 1993, mon papa disparu sans un au-revoir, sans laisser de traces ni un mot pour nous orienter.

Je me souviens encore de ce jour-là comme si c’était hier parce que de toute ma putain de vie, il demeure le jour où j’ai eu le plus pleur.

Cette matinée-là, je lui avais dit que je devais aller à la chasse avec des amis. Il m’avait répondu qu’il se chargera de me trouver tous les condiments pour cuir le gibier que nous aurions ramené. Parce que avant tout, les participants de la chasse étaient tous de la même famille, des cousins, des grand-frères et autres. Au retour de la chasse, tout le monde contribuerait à réunir les condiments nécessaires pour la cuisson des gibiers. Les chasseurs en mangeraient une partie entre eux autour du feu et le reste serait partagé dans des bols que chacun emporterait dans son foyer pour partager avec ses frères et ses parents.

Alors j’avais annoncé aux autres cousins que mon père s’était proposé de nous payer tous les condiments nécessaires à notre retour de la chasse et tout le monde en était fier.

Partis vers 8 heures le matin pour la chasse, nous en revenions vers 17 heures. Et comme d’habitude, personne ne rentra directement chez lui. Tous les chasseurs se réunirent sur la grande place du village et, aidés par les petits qui n’avaient pu aller, nous préparâmes les gibiers pour la cuisson. Déplumer les oiseaux, enlever les poils des animaux à quatre pattes… en les mettant légèrement au feu pour parfaire l’opération étaient de ces tâches d’après-chasse. Pour éviter que la nuit nous surprenne, nous nous étions répartis les tâches pour aller vite. Chacun devait enlever les poils sur les gibiers qui lui étaient confiés ; ouvrir leur ventre afin d’enlever tous les viscères et les excréments avant de les remettre à un autre qui devait les découper en menus morceaux.

Après avoir fini tout ce manège, j’avais couru pour amener les condiments que papa nous avait promis et que j’avais annoncé à mes cousins. A la maison mère était là, la figure défaite. Elle semblait avoir pleuré. De sa voix un peu déformée et les yeux embués de larmes, elle déclara en m’indiqua du doigt la table sur laquelle se trouvait un sachet plastique :

– Matthieu, regardes là, ton père a laissé ces choses pour toi.

Et j’avais couru récupérer le sachet et en c’est repartant que j’avais demandé à maman où était mon papa. « Il est sorti » avait-elle répondu. Moi, j’avais plus important : rejoindre là-bas le groupe de chasseurs et participé la fête d’après-chasse.

Je me souviens encore comme d’hier : plus de deux semaines avant ce soir fatidique où papa était parti, il était devenu tout bizarre, revenant souvent tard, quelques fois ne revenant même pas. Il était devenu comme quelqu’un qui avait des choses à cacher. Il n’était plus du tout le même papa que nous connaissions. Et ne faisait plus attention à ses pintades, ni aux canards. D’ailleurs, c’est à moi qu’il avait carrément laissé le soin de veiller à ces volailles.

La nuit de la chasse, j’étais rentré tard à la maison, très fatigué à cause de la chasse et aussi de la petite fête. Mais, papa n’était toujours pas de retour et c’est dans cette attente que le sommeil avait eu raison de moi.

Le lendemain matin au réveil, après avoir fait la vaisselle, j’avais donné des graines de maïs mélangés avec du mil aux pintades et une pâte fait d’un mélange de plusieurs céréales aux petits canards.

Après avoir passé quelques minutes à observer les pintades et autres, je m’étais rappelé que je n’avais pas vu mon papa depuis la veille. Je m’étais alors précipité dans la chambre de maman :

– Dis maman, papa est-il réveillé ? avais-je susurré à l’endroit de maman en évitant que papa m’entende de sa chambre, s’il y était.

– Il n’est pas rentré hier. Il a fait un petit voyage et va revenir dans quelques jours, avait répondu ma mère.

J’étais comme assommé. Pourquoi il ne m’avait-il rien dit ? Pourquoi ? Cette question m’avait torturé toute la journée. C’est vrai, je n’allais pas le laisser partir aussi facilement s’il me l’avait dit, mais il devait me le dire. Il devait ! Car, j’avais sûrement des choses à lui dire. Sûrement des choses du genre “bonne chance” ou “je t’aime” ou au simplement le serrer dans mes bras pour garder en moi un peu de sa vigueur et de sa présence. Puisque, à voir la façon dont maman avait parlé du voyage de papa, il était évident que je n’allais pas le voir avant longtemps. Elle maîtrisait l’art de minimiser les faits, de sorte que tout ce qui était grave devenait tout bénin et ce qui l’était moins devenait vraiment urgent. Elle confirma deux jours après ce que je craignais en ces termes : « C’est un peu loin là où papa est allé et il est a pris l’avion, donc je ne sais pas quand il va revenir ».

J’étais vraiment fâché contre lui du fait qu’il ne m’avait rien dit avant de s’en aller.

Plus personne pour m’aider à apprendre mes leçons. A papa, je devais réciter lui tous les soirs les leçons sur lesquelles on pourrait m’interroger en classe le lendemain. Ce qui me rassurait sur ce que j’avais compris de la leçon du jour. Je m’étais habitué à bien bosser tous les soirs, avant le retour de papa, de sorte à ne pas faillir à ses interrogations et subir les coûts de bâton ou encore la pression de ses robustes doigts sur mes petites oreilles.

Après le départ de papa, il n’y avait donc plus personne pour m’obliger à apprendre par cœur mes leçons et à les réciter chaque soir. Pour maman, c’était bien facile ! Il suffisait de passer un laps de temps devant la table, avec un cahier ou un livre ouvert et c’était fini. D’ailleurs, elle ne comprendrait rien si je lui récitais les leçons que nous enseignait le maître à l’école. Je m’étais donc efforcé d’apprendre seul, un bout de temps, mais pas avec la même assiduité que quand je devais rendre compte à papa. Maman n’ayant appris ses quelques mots de français qu’à la maison, personne n’allait m’interroger. J’étais devenu du coût libre de faire ce que je voulais c'est-à-dire apprendre ou ne pas apprendre.

J’avais néanmoins continué par faire de mon mieux pour apprendre mes leçons. Avec le temps, maman avait dû se rendre compte que je ne faisais que dormir sur ma table d’étude et avait décidé de me trouver un professeur à la maison.

Longtemps après ces années passées sans papa, les vrais problèmes commencèrent. Des questions multiples dansaient dans ma tête : Comment faire ci ? Comment faire ça ? Comment ? Comment ? Et toujours comment ? Des questions du genre que l’adolescent que j’étais devenu devait poser à son papa sur sa masculinité et sur les affaires de filles, les comportements qu’un homme doit adopter face à telle ou telle situation et ainsi de suite. J’étais plus attaché à papa et il m’aurait été un peu plus facile de lui poser ces questions que je n’envisageais même pas évoquer auprès de maman.

Restait la seule personne à qui je pouvais poser ces genres de questions et qui était mon ami. C’était une fille, donc c’était normal que j’éprouvais un embarras à lui poser, à elle aussi, certaines questions. Les années passèrent encore et je fus admis à mon CEPD, le certificat d’étude du premier degré, avec la mention passable. Après le CEPD, j’avais continué mes études dans le même établissement scolaire privé où papa m’avait inscrit dès la deuxième année de ma scolarisation. La plupart des professeurs qui me connaissait, me poussaient tous à bosser. C’était d’ailleurs le cas pour tous les élèves de l’établissement. Mais il me semblait qu’une attention particulière m’était accordée lorsque les professeurs nous incitaient à l’étude. C’est vrai que je bossais un peu malgré moi, pour échapper aux coups de bâtons. Avec cette pression, j’avais fini quand même par réussir à mon BEPC dans les quatre ans que nécessite le cours secondaire et j’étais rentré au lycée. Avec l’habitude que j’avais prise à bosser au primaire et au collège, je m’étais efforcé de l’appliquer au lycée. J’avais donc continué dans la même lancée alors qu’il n’y avait plus personne avec un bâton pour m’inciter à le faire. J’avais enfin pris le goût des études. En trois ans, j’étais passé de la classe de Seconde à celle de Terminale avec le couronnement de ma réussite au BAC II en juillet de la troisième année. J’entrai donc à l’Université, à l’époque “Université du Bénin (UB) ” où les années et la vie dévirent pour moi un vrai parcours de combattant. Il me semblait que j’étais à bord d’un bateau où j’étais le seul passager et l’équipage, essentiellement composé de ma foi et de moi-même.

J’étais alors le seul maître de mon destin. La moindre prise de mauvaise décision ferait chavirer mon bateau et moi avec. Le seul conseil que je pouvais avoir était les résolutions que je prenais de mes heures de réflexion. Ceci étant, je faisais beaucoup d’erreurs et celles-ci avaient largement contribué à me former et me construire une personnalité. La plupart de mes leçons de vie ne me viennent pas des conseils qu’on me prodiguait, mais des diverses situations que...