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Chroniques Ivoiriennes

De
234 pages
Plongée dans les eaux troubles d'une Côte d'Ivoire désorganisée par la disparition d'Houphouët-Boigny puis par le renversement de son dauphin, son Excellence Henri Konan Bedie, puis par l'assassinat du Général Gueï, Chroniques ivoiriennes est avant tout le récit d'une épopée optimiste : le pari que la culture, la coopération entre les citoyens et le respect des différences sont les clés d'un futur pacifié. Avec l'Association Zyggy, l'objectif était d'implanter une bibliothèque informatisée à Kolia. Il a été atteint.
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Chroniques ivoiriennes

www.Jibrairieharmattan.com harmattanl @wanadoo.fr
(Ç) L'Harmattan, 2005 ISBN: 2-7475-9286-3 EAN 9782747592864

Cyrille Cléran

Chroniques

ivoiriennes

Photographies d'Elisabeth Lhomelet

L'Harmattan 5-7, rue de l'École-Polytechnique; 75005 Paris FRANCE
L'Hannattan Hongrie Kônyvesbolt Kossuth L. u. 14-16 1053 Budapest
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Université

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La Côte d'Ivoire Cartes de M. Pierre Judie

Ethnies et religions Economie Milieu physique et hiérarchie urbaine

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La Côte d'Ivoire en quelques dates

La Côte d'Ivoire en quelques dates Du XIe au XVe siècle: migration des Mandé (Dioula*) vers la Côte d'Ivoire. Ils s'installent au Nord et à l'Ouest dans le but de contrôler le commerce d'or et de kola*. «Ils descendent jusqu'à la lisière de la forêt pour y échanger des produits du Nord contre ceux du Sud, s'installant parfois en cours de route. » 1 XIe et XIIe siècle: fondation de la ville de Kong par des commerçants dioula. XIVe siècle: fondation de Korhogo. 1471 : les premiers Européens établissent des relations avec la population du littoral ivoirien. Ces Européens sont des Portugais. Ils découvrent les fleuves Cavally, Sassandra, Bandama, Comoé, qu'ils baptisent de noms portugais (Sassandra vient de San Andrea). XVIe siècle: arrivée des Hollandais qui dominent le commerce jusqu'au XVIIe siècle. Ils s'installent en bordure de la mer, entre Fresco et Elmina, la côte actuelle du Ghana. 1687 : création du comptoir d'Assinie. XVIe et XVIIe siècle: arrivée des Français et des Anglais. Au cours de leurs explorations, les Français rencontrent les peuples des forêts: « ces petits hommes pacifiques, dans les pays où l'on peut suivre leur cheminement, n'ont jamais fait front en cas de conflit avec de nouveaux arri-

vants. » 2
XVIIe siècle: début de la traite négrière. 1710 : christianisation des populations du littoral. XIXe siècle: les Français établissent les premiers comptoirs de commerce en Côte d'Ivoire pour faire parvenir en Europe les produits dont leur industrie a besoin. Le capitaine Bouet- Willaumez est chargé de protéger ces comptoirs et de lutter contre le trafic négrier. 1842: l'équipage tout entier d'un navire de commerce américain est massacré au large de Béréby par les Kroumen, une ethnie du Sud-Ouest 3. 1878 : Arthur Verdier devient le résident de la Côte d'Ivoire, c'est-à-dire le représentant de la France en Côte d'Ivoire.
Les mots suivis d'une astérisque (*) sont définis dans le glossaire en fin d'ouvrage.

1887-1889 : exploration de la Côte d'Ivoire par le capitaine Binger. 10 mars 1893 : décret de création de la Guinée française, de la Côte d'Ivoire avec Grand-Bassam pour capitale (les Français donnent ce nom à cause du commerce actif des dents d'éléphants sur la côte) et du Bénin, décret signé par le président de la République française M-F. Sadi Carnot. 1894 : le capitaine Marchand fait la jonction entre la Côte d'Ivoire et le Soudan français qui est l'actuel Mali. Samory Touré fuit le Soudan français pour se réfugier en Côte d'Ivoire. 1898 : fin d'une guerre débutée en 1882 entre les Français et l'Empereur Samory Touré qui défendait son empire. 1899 : la colonie de Côte d'Ivoire intègre l'Afrique occidentale française (AOF). 1900 : mort de Samory Touré, qui a été capturé et déporté au Gabon. 1903 : construction du chemin de fer, du télégraphe et des routes par les Français. 1905 : naissance à Yamoussoukro de Félix Houphouët-Boigny. 1912 : division administrative de la Côte d'Ivoire. 1914 : processus de mise en place des communes de Côte d'Ivoire. Grand-Bassam est la première commune. 1910-1915 : résistance des Abbey dans la région d'Agboville. 24 novembre 1927 : naissance de l'écrivain Ahmadou Kourouma, près de Boundiali, dans une famille musulmane. 1933 : Abidjan est érigée en commune. 1934 : Abidjan devient capitale de la Côte d'Ivoire. Une association de défense des intérêts des autochtones de Côte d'Ivoire est créée; sa revendication principale auprès de l'administration coloniale porte sur le fait que celle-ci accorde une part trop belle aux Sénégalais et aux Dahoméens dans les emplois publics. 6 mars 1941 : naissance de Robert Gueï. 1942 : naissance d'Alassane Dramane Ouattara à Dimbokro. 1943 : naissance de Zana Dramane Konaté, le chef actuel du village, à Kolia. 1944 : Félix Houphouët-Boigny conçoit le Syndicat agricole africain (10 juillet) puis le Parti démocratique de Côte d'Ivoire (PDCI) ; tandis qu'est créée la première école de Kolia. 1945: le principe de représentation des différentes colonies à l'assemblée constituante de Paris est admis. Mort de Fakourou Touré, premier chef de 12

canton de Kolia et père d'Ahmadou Touré (24 septembre). 1946 : Félix Houphouët-Boigny fonde le Rassemblement démocratique africain (RDA). 1946-1959 : Félix Houphouët-Boigny est député au Palais-Bourbon. 1er janvier 1953 : naissance de Seydou Koné, alias Alpha Blondy. 1957 : Félix Houphouët-Boigny, président du grand conseil de l'AOF, proclame sa ferme intention de mener la Côte d'Ivoire à l'indépendance. 1958 : pogroms à l'encontre des Dahoméens, endigués rapidement par Houphouët-Boigny, alors premier ministre de la Côte d'Ivoire en France,

tandis qu'un gouverneur français est en place 4. Un accord de défense
entre la France et la Côte d'Ivoire est signé (24 avril). 1960 : indépendance de la Côte d'Ivoire (7 août) qui adhère à l'Organisation des nations unies (ONU) le 29 septembre; Félix Houphouët-Boigny, à la tête du PDCI, est élu président (27 novembre) ; il sera réélu en 1965, 1970, 1975, 1980, 1985 et en 1990 avec 82 % des voix devant Laurent Gbagbo. 1962 : mort de Gon Coulibaly, chef de canton de Korhogo. 1963 : Robert Gueï fait ses études à l'école spéciale militaire de Saint-Cyr à Coëtquidan. 1964 : adoption d'une série de réformes dont l'abolition de la polygamie. 23 juin 1968 : naissance du chanteur Tiken Jah Fakoly à Odienné. 1970: l'armée et la gendarmerie répriment dans le sang la tentative sécessionniste du leader nationaliste bété Nragbé Kragbé (quatre mille morts) qui voulait créer l'Ebumie, à l'Ouest du pays. 31 janvier 1971 : inauguration de l'institut national Raoul Follereau, dédié à la lutte contre la lèpre, à Adzopé, village situé à cent vingt-trois kilomètres au nord d'Abidjan. 26 mars 1974 : Houphouët-Boigny passe à Kolia, puis s'arrête à Gbon, un village voisin. 1979: la visite du Président guinéen Ahmed Sékou Touré en Côte d'Ivoire scelle la réconciliation entre les deux pays, en conflit depuis le « non» guinéen au référendum organisé par la France en 1958 sur l'intégration à la communauté française. 1982 : Laurent Gbagbo crée dans la clandestinité, en compagnie d'une poignée de cadres bété, l'embryon de son futur parti, le Front populaire ivoirien (FPI) puis prend le chemin de l'exils. 1983 : Alpha Blondy enregistre Jah Glory avec un titre phare « Brigadier 13

Sabari », chanté en dioula et inspiré par une opération coup-de-poing de la police ivoirienne. Yamoussoukro devient capitale politique de la Côte d'Ivoire (21 mars). 1985 : la CEE déboute la demande britannique qui voudrait faire du chocolat sans cacao. Or, « l'acijonction de matières grasses végétales autres que le beurre de cacao aurait inévitablement pour effet la dégradation substantielle du chocolat. Du reste, le cacao constitue un produit stratégique important et essentiel pour la subsistance de millions de familles. »6 1986 : en compagnie des Wailers, Alpha Blondy sort Jérusalem, album enregistré dans les studios Tuff Gong en Jamaïque. 1988 : Serge Varsano, PDG de Sucres et denrées, achète quatre cent mille tonnes de cacao (valeur: un milliard de dollars) à la caisse de stabilisation de Côte d'Ivoire. 1989 : le prix du cacao payé à l'exploitation passe de quatre cents à deux cent cinquante francs CFA (5 juin) puis à deux cents l'année suivante. Yacouba Touré, frère d'Ahmadou Touré, feu le chef de canton, reçoit son tracteur Ford (29 juillet). 1990 : inauguration de la basilique Notre-Dame-de-Ia-Paix à Yamoussoukro. Technocrate réputé, Alassane Ouattara est nommé Premier ministre afin de redresser l'économie (fin de son mandat en 1993) ; avènement du multipartisme; année blanche sur toute l'étendue du territoire. 18 février 1992 : Laurent Gbagbo est condamné à deux ans de prison. Il ne purgera que quelques mois. 1993 : l'article Il de la constitution qui faisait du Premier ministre le président intérimaire est remplacé par un article qui place le président de l'Assemblée nationale au poste de président en cas de vacance du pouvoir. Après avoir été ambassadeur de Côte d'Ivoire aux Etats-Unis et président de l'Assemblée nationale, Henri Konan Bédié succède constitutionnellement à Houphouët-Boigny et un nouveau code électoral restreignant le droit d'élection aux citoyens nés de parents ivoiriens est adopté (23 novembre). La mort du président Houphouët est annoncée le 7 décembre. 1994: dévaluation du franc CFA (Compagnie financière africaine) tandis qu'Alassane Ouattara est nommé directeur adjoint du Fonds monétaire international (FMI) : fin de son mandat en 1999. 1995 : boycott actif des élections par le front républicain composé du 14

RDR et du FPI ; ministre des Sports, Robert Gueï, soupçonné de fomenter un coup d'État, est mis à la retraite anticipée. 1996 : les saisies de cocaïne atteignent vingt-quatre kg rien que pour l'aéroport Houphouët-Boigny d'Abidjan. Bédié est élu à la présidence de la république avec plus de 95 % des suffrages (22 octobre). Yamoussoukro devient un district autonome administré par un ministre résident. 8 août 1997 : remaniement de la constitution et du code électoral. 1998: conférence scientifique à Abidjan sur l'ulcère de Buruli* causé par le mycobacterium ulcerans (du 6 au 8 juillet). A l'initiative des chefs d'Etat et de gouvernement de la Communauté économique des Etats de l'Afrique de l'Ouest (CEDEAO), un moratoire sur l'importation, l'exportation et la fabrication d'armes légères est annoncé par la voix du président malien Alpha Oumar Konaré (31 octobre) ; en décembre, la Côte d'Ivoire se dote d'une législation répressive qui déclare que les mutilations génitales exercées sur les femmes sont nuisibles pour leur santé et qu'elles seront punies d'un emprisonnement de un à cinq ans et d'une amende de deux cents mille à deux millions de francs CFA. Une peine de vingt ans frappera le responsable de l'excision si la femme meurt et l'interdiction d'exercer la profession peut aller jusqu'à cinq ans si l'auteur est membre du corps médical ou paramédical. 1999 : le groupe de Vincent Bolloré prévoit d'investir quatre cents millions de francs français (soit quarante milliards de francs CFA) dans la filière du cacao avec l'objectif d'exporter deux cents mille tonnes de fèves par campagne. Suite à un coup d'Etat, l'ancien chef d'état-major Robert Gueï destitue Henri Konan Bédié et prend le pouvoir (24 décembre). Il dissout les institutions republicaines et crée un Comité national de salut public (CNSP). L'opposant Alassane Ouattara rentre de son exil en France. Entre cinq et douze mille fermiers burkinabé sont expulsés suite à des tensions avec les Kroumen, une ethnie du Sud-Ouest 7.Des militaires nordistes comme Diomandé dit « la Grenade », San-San Kambiré ou Aboudramani Ouattara, sont assassinés. 23 juillet 2000 : une nouvelle constitution est adoptée par referendum. 17-18 septembre 2000 : attaque dite « complot du cheval blanc» contre le domicile du général Gueï, lequel ce soir-là dormait dans une autre de ses résidences; cette mise en scène de coup d'Etat sera suivie d'arrestations réelles parmi les militaires et la garde rapprochée du général soupçonnés de soutenir le RDR. 15

23 octobre 2000 : des élections présidentielles sont organisées. Le prix Renaudot est décerné à Amadou Kourouma pour Allah n'est pas obligé. 25 et 26 octobre 2000 : descente du peuple dans la rue contre le général Gueï, lequel pensait avoir gagné les élections. Les partisans d'Alassane Dramane Ouattara, surnommé Ado, réclament la reprise des élections considérées non valables. De nombreux dérapages d'une rare violence ont lieu comme à Yopougon, perpétrés par des escadrons de la mort, des manifestants aveuglés par la xénophobie et des gendarmes déboussolés, ce qui occasionne plusieurs centaines de victimes, parmi lesquelles le comédien Camara Yêrêfê dit « H ». Selon un rapport belge du Groupe de recherche et d'information sur la paix et la sécurité (GRIP), « suite à des manifestations de rue réfutant la victoire prétendue de Gueï qui s'était autoproclamé président quelques heures auparavant (..) Abidjan et quelques autres villes plongent dans le chaos. » 4 décembre 2000 : la carte de la Côte d'Ivoire est coupée en deux par les patriotes. 10 décembre 2000 : le FPI créé en 1982 par Laurent Gbagbo, remporte les élections législatives avec quatre-vingt-onze sièges contre soixantedix pour le PDCI. Le RDR, Rassemblement des républicains, fondé en 1994 par Djéni Kobena, qui soutient la légitimité de la candidature d'Alassane Ouattara, boycotte le scrutin. Laurent Gbagbo décrète l'état d'urgence et impose un couvre-feu. 2001 : coup d'Etat mystérieux et manqué, qui ne fait aucune victime sur le coup, surnommé « complot de la Mercedes noire» ; il sera néanmoins suivi d'arrestations de sympathisants du RDR (7 janvier). Le chef de canton de Kolia, Ahmadou Touré, décède à 19h50 le 8 juillet; tandis que le département d'Etat américain dénombre vingt-trois guerres larvées ou latentes sur le continent, qui touchent notamment l'Angola, le Burundi, le Cameroun, la Côte d'Ivoire, Djibouti, l'Erythrée, la Guinée, la GuinéeBissau, le Kenya, le Liberia, le Nigeria, l'Ouganda, la république du Congo, la république démocratique du Congo (ex-Zaïre), le Rwanda, le Sénégal, la Sierra Leone, la Somalie, le Soudan, la Tanzanie, Zanzibar, le Tchad et le Zimbabwe. Bref, vingt-trois pays de l'Afrique subsaharienne sur quarante-huit sont en état de guerre 8. 2002 : coup d'Etat manqué: l'attaque de la Côte d'Ivoire était organisée par des militaires ivoiriens. Le général Gueï est assassiné (19 septembre), ainsi qu'Emile Boga Doudou, ancien ministre de l'Intérieur et de la 16

Décentralisation qui était un membre influent du régime et qui avait été chargé de mettre en place un Office de l'immigration et de l'identification. La tentative de coup d'Etat à Abidjan dégénère en soulèvement armé. Les villes de Bouaké et de Korhogo, respectivement dans le centre et le nord du pays, tombent entre les mains des rebelles. Un chroniqueur de la télévision lâche haineusement à l'antenne: « La clef du succès, c lest le renvoi chez eux de cinq cent mille Burkinabé» (6 octobre). Au sud, les nordistes, majoritairement musulmans et traditionnellement porteurs de boubou *, sont victimes d'exactions, de sévices et d' humiliations de la part des « corps habillés ». Au Nord et à l'Ouest, le Mouvement patriotique de Côte d'Ivoire (MPCI) avec à sa tête Louis-André DacouryTabley, qui collabora avec Laurent Gbagbo avant de rompre avec le FPI, Guillaume Soro, ancien leader de la Fédération estudiantine et scolaire de Côte d'Ivoire (FESCI), le Mouvement pour la justice et la paix (MPJ) commandé par Gaspard Déli et d'autres mouvements rebelles comme le Mouvement populaire ivoirien du Grand Ouest (MPIGO) s'organisent pour affronter les Forces armées nationales de Côte d'Ivoire (FANCI). 17 octobre 2002 : le MPCI et le gouvernement ivoirien signent un accord de cessez-le-feu: la France accepte d'en superviser l'application, en attendant l'arrivée des troupes de la CEDEAO, par l'entremise de ses soldats stationnés en Côte d'Ivoire dans le cadre de l'opération Licorne. du 26 au 28 novembre 2002 : des diplomates français tels M. de Villepin rencontrent officiellement les présidents Gbagbo à Abidjan et Campaoré à Ouagadougou. Le cours du cacao n'a jamais été aussi haut depuis trois ans et demi. Les mauvaises récoltes du premier producteur mondial, la Côte d'Ivoire, expliquent les envolées du marché. du 15 au 24 janvier 2003 : sommet puis accords de Linas-Marcoussis sous la présidence conjointe de M. Pierre Mazeaud, membre du Conseil constitutionnel français, du juge Me Keba Mbaye et de M. Seydou Diarra, ancien Premier ministre et président du forum de réconciliation nationale. 8 août 2003 : concert gratuit à Bénodet du groupe Magic system, connu grâce à son tube « Premier gaou ». 21 octobre 2003 : le correspondant de RFI à Abidjan, Jean Hélène, est assassiné. 24-25 mars 2004: tueries à Abidjan suite à une marche réclamée par les partis d'opposition appelés G7 où deux grands partis figurent: le RDR et 17

le PDCI. Cette marche est réprimée par la force armée du pouvoir en place si bien qu'on dénombre cent vingt morts. Touré Inza perd un de ses amis qui a pris une balle perdue. Il s'appelait Coulibaly Mamadou. 20 avril 2004 : mort de Diarrasouba Madiara à Sissengué, la maman d'Amara Koné. En plus d'être un pilier de l'ONG SavaneDéveloppement, ce dernier est membre de l'Agence pour l'éducation et le développement (AED). 6 novembre 2004 : démontrant la vulnérabilité du plan Licorne, des avions Soukhoï bombardent une base française à Bouaké et font neuf victimes. Quelques jours plus tard, des heurts entre militaires français, gendarmes et civils ivoiriens autour de l'hôtel Ivoire à Abidjan font de nouvelles victimes parmi les manifestants (9 novembre). 10 février 2005 : le président du Conseil économique et social, M. Laurent Dona Fologo s'oppose à toute rupture des relations avec Paris. 20 avril 2005 : un entrefilet dans le Nouvel observateur n° 2110 annonce un nouvel accord de paix et que la candidature d'Alassane Ouattara, représentant les musulmans du Nord, devrait être autorisée. 5 et 7 mai 2005 : Tiken Jah Fakoly et Alpha Blondy montent sur scène lors de la trente-huitième édition rennaise du festival étudiant Rock 'n Solex. 14 mai 2005 : la troupe Yelemba d'Abidjan (djembés, doundoums, atoubIas, balafons, boloyes, chants et danses traditionnels, masques typiquement ivoiriens) se produit à Saint-Brieuc (22) lors du huitième festival Complet 'Mandingue. 29 juin 2005 : François-Xavier Verschave, le fondateur de l'association Survie, spécialiste de la Françafrique, meurt d'un cancer.

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Préface

Préface

Le voyage dans l'âme et le souhait de réaliser une belle aventure, voilà qui sied à nos aventuriers bretons en terre africaine. Bien sûr il semble y avoir du Kafka parfois dans ce dédale d'administrations, mais il s'agit d'apprendre, rencontrer une civilisation, respecter un autre mode de vie. Carnet de route à l'usage des porteurs de projets et autres animateurs de la vie citoyenne (République de Côte d'Ivoire) réalisé durant l'hiver 200 I -2002 car tel était le titre initialement prévu pour cet ouvrage, voilà qui peut paraître ambitieux. Et pourtant malgré les revers de médaille, cette chronique sociale et ethno-anthropologique montre le jour par jour du montage de la finalisation d'un projet profondément humaniste. Enthousiaste et volcanique, la mort apparaît fréquemment et pour cause, elle y est moins dissimulée, moins honteuse que « chez nous ». Les descriptions achalandées non austères mais très exhaustives nous donnent à observer et voir vivre l'Afrique contemporaine et dresse des ponts par les références partagées comme Alpha Blondy. Ce récit fourmille de détails qui ne s'arrêtent pas à qui n'exclue pas les appétences gastronomiques, d'une page à l'autre: « Quand la pauvreté frappe à ta porte» fait écho à l'en tête de la page 94 sur le respect et la considération à témoigner à la femme. Un peu plus loin dans le récit un proverbe apporte le point final à l'altercation verbale: « Mieux vaut dire la vérité à son prochain même s 'i!pleure au lieu de lui mentir pour qu 'i! rit ». Entre autres mérites, ce récit d'une narration qui ne laisse rien au hasard est de vanter la simplicité de l'action: donner l'élan, l'impulsion enfin bref d'ouvrir la brèche comme tant l'ont fait depuis Lawrence d'Arabie quelques audacieux. Il ne s'agit pas ici d'une simple visite en long et en large de la République ivoirienne. Le rendu du style expose la totalité du chemin parcouru et dans cette foule de gens rencontrés, il y a eu tant d'amitiés et d'aides récoltées qu'avant même l'achèvement du projet c'est déjà une réussite au vu et su de l'enthousiasme généré. Kolia le mardi 19 février 2002 : « L'Eternel est mon berger et je ne manquerai de rien (Psaumes 23/1). » Ce travail, en collaboration avec la photographe Zabou, l'ONG Savane-Développement, ne s'époumone pas en vain dans la transpiration 21

torride même sous le souffle de I'harmattan. Kolia, jeudi 21 février 2002, 7h 13 : les maîtres de cérémonie la bénissaient cette si attendue bibliothèque sans oublier les festivités... La concrétisation du projet approchant, on glisse avec la légèreté suave teintée d'amertume du style dans le récit d'un repas convivial avec le récit de contes dans un village avoisinant. Se profilent également sous la plume du narrateur de subtiles analyses sur les rapports et les alliances inter-ethniques. Une constante: conserver toujours la distance et la réserve respectueuse du visiteur. Chaleur et convivialité, gratitude incontestable. Parsemé de rapports, de rêves et petites brèves de la vie locale. Notre narrateur semble savoir comment sonner la clochette du mérite et distraire le lecteur avec de petites fables comme celle de Sozani, le lapin. Une citation fort belle que je retiens entre toutes page 203 : « La route peut inciter aux longues conversations, mais aussi à la sieste ou à la méditation. Avec

la vie de couple - puis la vie de famille - voyager est la façon la plus
complète d'apprendre à vivre. » IlIa donne à sentir, à se laisser caresser par cette langueur africaine, comme il le dit dans le quotidien africain: « Il n 'y a là rien d'insolite. Rien d'extraordinaire. » « Ce que nous appelons la promiscuité est pour eux un cocon fraternel. » Finesse de l'analyse et compréhension de la société africaine dans ses clans et ses fratries: une leçon de vie grandeur nature. Dans le récit de cette épopée moderne, il y a quelque chose du marchand ambulant de petit bonheur que vous, lecteurs saurez saisir dans sa beauté frustre, simple et sincère; et la conclusion de l'inauguration de la bibliothèque de Kolia est comme la gratitude éternelle d'un projet mené à bien pour son prochain; effectivement cher auteur transmettre le savoir est indispensable à l'homme.

Charles Lescuyer

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Premiers pas