Correspondance du comte de Thiard

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253 pages
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Cette correspondance met en lumière l'ascension passionnante d'un cadet de famille sans fortune au XVIIIe siècle : général intrépide mais réfléchi, gouverneur de provinces avisé, gentilhomme des Lumières, libéral, il opte pour des réformes dans la mesure. Il s'agit ici des chroniques d'un homme, emporté auprès du roi dans toutes les journées tragiques de la Révolution, qui verra ses illusions s'écrouler en même temps que le régime.

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Ajouté le 01 décembre 2010
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EAN13 9782296449602
Langue Français
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CORRESPONDANCE DU COMTE DE THIARD
Historiques dirigée par Bruno Péquignot et Denis Rolland La collection "Historiques" a pour vocation de présenter les recherches les plus récentes en sciences historiques. La collection est ouverte à la diversité des thèmes d'étude et des périodes historiques. Elle comprend deux séries : la première s'intitulant "Travaux" est ouverte aux études respectant une démarche scientifique (l'accent est particulièrement mis sur la recherche universitaire) tandis que la seconde, intitulée "Sources", a pour objectif d'éditer des témoignages de contemporains relatifs à des événements d'ampleur historique ou de publier tout texte dont la diffusion enrichira le corpus documentaire de l'historien. Déjà parus dans la série ‘Sources’ Yves BLAVIER,Fournier l'Américain. Mémoires secrets et autres textes, 2010. Lydia OLCHITZKY-GAILLET,Spoliation et enfants cachés, 2010.
Henri-Charles de Thiard de Bissy CORRESPONDANCE DU COMTE DE THIARD
Textes revus, avant-propos et notes par Bernard Alis L’Harmattan
Du même auteur Les Thiard, guerriers et beaux esprits, L’Harmattan, Paris, 1997. Mademoiselle Desmares, de la Comédie-Française, et le baron Hogguer, S.D.E., Paris, 2004. Deux drames de l’Algérie française, BAT, 92 Châtillon, 2006. En illustration : Blason des Thiard, cliché Raymond Cucchi, Paris. © L’Harmattan, 2010 5-7, rue de l’Ecole-Polytechnique, 75005 Paris http://www.librairieharmattan.com diffusion.harmattan@wanadoo.fr harmattan1@wanadoo.fr ISBN : 978-2-296-13609-0 EAN : 9782296136090
 Maurice Tourneux, après avoir identifié cet « officier général de la réserve du prince de Condé », écrit :  « Si l’on parvenait à retrouver une centaine de lettres de M. de Thiard, nous compterions un épistolaire de plus. »  Le compte est bien dépassé dans ce recueil de lettres pleines de talent.  HenriCharles de Thiard, comte de Thiard, est né dans une famille de Bourguignons, parisiens d’adoption, tous fidèles aux rois. Guerriers, cavaliers, évêques, cardinaux, religieuses, abbés et abbesses, le virus des lettres s’est transmis de génération en génération.  La famille se distinguera d’abord sous Charles VI de France.  S’illustrèrent entre autres, pendant les guerres de religion, Héliodore de Thiard, gouverneur de VerdunsurleDoubs. Sa femme, Marguerite de Busseuil, meurt dans l’explosion de la poudrière du château, alors que restée seule, elle le défendait et distribuait les munitions.  Pontus de Tyard, de la Pléiade, nouveau Pic de la Mirandole, a pour muse Louise Labé, la Belle Cordière. Le lyonnais Maurice Scève vient faire ses visites à BissysurFley. Pontus de Tyard sauve Henri III aux états généraux de Blois de 1576.  Claude V bat les Turcs avec ses cent escadrons de front dans la plaine hongroise contre le Grand Vizir, et en écrit une relation que le marquis de Thiard, de la branche de Bragny, publie en même temps qu’une histoire de la famille. Il se bat en Espagne, au siège de Lille, conquiert deux fois la Franche
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Correspondance du Comte de Thiard Comté avec le Grand Condé, gouverne Auxonne et construit le magnifique château de PierredeBresse.  HenriPons, le cardinal de Bissy, abbé de SaintGermaindes Prés, conseiller de Louis XIV, de Madame de Maintenon et du Régent, obtient l’évêché de Meaux après Bossuet, arrive à bout du jansénisme et laisse des milliers de mandements, requêtes et écrits divers, principalement théologiques.  Enfin, viennent les presque jumeaux, Claude VIII, comte de Bissy, et HenriCharles, comte de Thiard. Le jeune marquis AnneLouis, leur cousin, est tué en pleine gloire au siège de Maastricht, soixantequinze ans après d’Artagnan, au même endroit du rempart.  Les deux frères, nés rue Monsieur le Prince, sont baptisés à SaintSulpice, et, élevés à la cour avec les princes, suivent l’éducation de jeunes gentilshommes voués aux armes.  Ils font la Guerre de Succession d’Autriche, la campagne d’Autriche et de Bohème, puis Ypres, Fontenoy, Raucourt, Laufeld, Maastricht. Claude VIII, remarqué par ses traductions de Bolingbroke, est élu à l’Académie à vingtneuf ans.  Les deux frères repartent ensuite pour la guerre de Sept Ans.  HenriCharles de Bissy, comte de Thiard, se couvre de gloire à Minden.et à Clostercamp. Son grand amour est la comtesse de Séran, adorée de Louis XV, connue par son salon du château de la Tour, près de Falaise. Lieutenant général, il est nommé commandant de Bretagne. Il fait enregistrer les édits de Lamoignon par le parlement de la province, en mai 1788, à Rennes, et réduit pacifiquement les premières émeutes. Lors du doublement du Tiers aux états généraux en janvier 1789, les deuxièmes soulèvements, avec en tête Moreau, étudiant, futur général, laissent sur la place les premiers morts de la Révolution. Chateaubriand les racontera dans les Mémoires
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Correspondance du Comte de Thiard d’Outretombe. Revenu près du roi et de la reine, laissant la Bretagne et le pays en pleine déliquescence, il sera à leurs côtés dans toutes les journées historiques. HenriCharles est arrêté et guillotiné.  Il repose maintenant à Picpus. Sa fille, la duchesse de Fitz James, aura la plus brillante des descendances.  Le fils de Claude, Théodore, général Thiard, revient de l’armée de Condé républicain converti et sincère. Il se brouille alors avec Napoléon quand celuici passe au régime absolu et héréditaire. Il mariera ses deux filles, aux marquis d’Étampes et de Bouillé.  Ce qui frappe d’abord chez HenriCharles de Thiard de Bissy, c’est le style, sa clarté, sa vigueur et sa concision, qui ne tranche pas néanmoins les incidentes et les incidents. Il décrit, il analyse, il raisonne : c’est un raisonneur.  Sa conception de l’existence, « Tout n’est que vanité », ne le conduit pas cependant à la résignation stérile, à l’abandon, à l’abdication ou au désespoir.  Si sa vie est un roman d’aventures, rien chez lui de fantasque, ni d’irréfléchi ou de frivole, comme le décrit Chateaubriand, trop jeune pour en juger ; bien au contraire, n’en déplaise au grand homme, elle est assujettie aux règles du parfait militaire et de l’administrateur exemplaire.  Ses vertus sont rehaussées par la politesse la plus aimable et la modestie dans la fierté de sa race.  Son manque de beauté, pour ne pas dire sa laideur, est compensé par son maintien et son adresse, de la danse aux exercices physiques ; mais c’est son élégance naturelle, son charme, son esprit, sa conversation, et sans doute, quelques
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Correspondance du Comte de Thiard talents cachés et appréciés des dames, qui lui vaudront tous les suffrages et toutes les conquêtes.  Il court les femmes avec distinction et discrétion. Le scandale mondain qu’il déclenche bien involontairement n’est pas de son fait, mais du vicomte de Ségur, véritable provocateur.  Il affronte les dangers avec courage et intrépidité. Il va se rendre compte de tout sur place, par luimême, avec minutie. Alors gouverneur à AixenProvence, il connaît l’enneigement, la contexture des roches des chemins de la haute vallée de Barcelonnette, puis il va voir de l’autre côté les aménagements du roi de Sardaigne vers le col de Tende. Au moment où tout s’écroule, il fait le tour de Bretagne, en totale anarchie.  Son optimisme et son espoir dans la sagesse des hommes le conduiront sans illusions, puisqu’il les a perdues, à la guillotine et à la fosse commune. Il avait cru jusqu’au bout, ou presque, que tout allait s’arranger : il avait vendu son argenterie, s’était rendu à AixlaChapelle, mais n’avait pas émigré. Étaitce l’engourdissement de l’âge avançant qui avait devancé cet homme aux décisions rapides ?  Mais le plus important peutêtre, en balance avec la pureté de sa langue, est qu’il reste un observateur et un analyste rare des évènements. Sous la Révolution, particulièrement, nous avons là un autre journal d’un parisien, comme les lettres de Nicolas Ruault à son frère, mais à un niveau différent, et c’est cela l’unique et l’exceptionnel : il est écrit par un noble, qui n’a pas les mêmes réflexes qu’un bourgeois. Il est en effet rarissime d’avoir des relations d’aristocrates écrites directement sous le feu des événements : ce sont des mémoires, souvent écrits longtemps après, au souvenir un peu émoussé, voire des
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