D'Artagnan, Capitaine des mousquetaires du Roi

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Charles Samaran a en grande partie écrit ce livre pour les lecteurs des Trois Mousquetaires. À la plupart d'entre eux, il apprenait la vie réelle du héros d'Alexandre Dumas. Et quelle vie !

Grâce à son exceptionnelle érudition, il a réussi à démêler le vrai du faux, partant à la recherche de son héros dans les archives, un univers qui lui était familier, rectifiant la chronologie quelque peu fantaisiste voulue par le romancier, et si, en certains cas, les textes restent muets, il ne dédaigne pas de donner la parole au romancier.

Rien d'ordinaire, ni de banal dans la vie du vrai d'Artagnan, mais bien au contraire, du panache et de la gloire ! Jeune cadet de Gascogne, né à Lupiac (Gers), au temps du roi Louis XIII, prêt à défendre son honneur et celui de son roi à la pointe de sa rapière, homme de confiance de Mazarin, d'Anne d'Autriche, de Louis XIV, qui n'hésitaient pas à le charger des missions les plus délicates, capitaine-lieutenant de la première compagnie des mousquetaires à cheval de la garde du roi, homme de guerre ayant pris part aux principales campagnes de son temps, jusqu'à sa mort glorieuse au siège de Maastricht, le 25 juin 1673, Charles de Batz de Castelmore d'Artagnan n'a rien à envier à son double de légende.


20140220

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Date de parution 30 janvier 2013
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EAN13 9782350683423
Langue Français

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Charles Samaran D’Artagnan Capitaine des mousquetaires du roi Histoire véridique d’un héros de roman Préface de Jean Favier Avant-propos de Odile Bordaz
Illustration de couverture :
Maison du Roi, mousquetaires, Louis XIV, 1663
David Gustave
Paris, Musée de l’armée, Dist. RMN ISBN : 978-2-350683-42-3
© Cairn, 2012 www.editions-cairn.fr
AVANT-PROPOS
Les nombreux articles de presse parus en 1912, lors de la publication du livre de Charles Samaran, D’Artagnan, Capitaine des M ousquetaires du Roi. Histoire véridique d’un héros de roman, révèlent l’inquiétude qui avait saisi, de prime abord, bien des journalistes en découvrant le titre et le sous-titre de l’ouvrage. À témoin, ces propos dans Le Figaro du 15 janvier 1912 : « Allons, bon, voilà encore un gêneur qui va se mêler de démolir une légende et de nous raconter de froides et grises vérités », ou encore, deux mois plus tard, ceux d’un journaliste duTemps: « Avant d’ouvrir le livre, j’étais navré ; la lecture faite, je respire ; notre d’Artagnan national, celui du père Dumas, nous est conservé. »
Un jugement unanimement positif salua la biographie que le jeune chartiste venait de consacrer avec bonheur à son célèbre compatriote. On appréciait le ton léger du livre, qui en rendait la lecture agréable, tout autant que les informations solides qu’il contenait, car l’auteur n’avait pas donné dans la facilité et la presse reconnaissait en lui le biographe le plus consciencieux que l’on pût trouver, un historien professionnel, homme de vérité s’il en fût.
Comme il l’a lui-même déclaré, Charles Samaran avait en grande partie écrit son livre pour les lecteurs d e sousquetairesTrois M . À la plupart d’entre eux, il apprenait l’existenc e du héros d’Alexandre Dumas. Et quelle existence ! « À quelques anecdotes près, c’est la même aventure, qui se termine par une mort sublime, que l’Histoire raconte après le roman », soulignait le journaliste duTemps.
L’existence de d’Artagnan avait été révélée à Dumas par la lecture desM émoires . d’Artagnande M , ouvrage apocryphe d’un romancier du siècle de Louis XIV, Gatien Courtils de Sandras. Charles Samaran s’était donc trouvé face à trois d’Artagnan : celui de Courtils, celui de Dumas et celui de l’Histoire ; c’est ce dernier qui l’intéressait et qu’il voulait replacer dans le contexte de son époque. Grâce à son exceptionnelle érudition, il a réussi à démêler le vrai du faux, partant à la recherche de son héros dans les archives, un univers qui lui était f amilier, rectifiant la chronologie quelque peu fantaisiste voulue par le romancier, ne dédaignant pas à l’occasion de prendre comme point de départ de ses recherches quelques passages du récit de Courti ls de Sandras, qui a eu le mérite de fournir une trame historique la plupart du temps exacte. En bref, si le vrai d’Artagnan a bien commencé sa carrière dans la compagnie des mousquetaires sous le règne de Louis XIII, il en a accompli l’essentiel sous le règne de son successeur, le Roi Soleil.
Prenant des faits attribués au mousquetaire par les romanciers, Charles Samaran, à la lumière des documents, s’est attaché à rétablir la vérité, et s i, en certains cas, les textes restent muets, il ne dédaignait pas de donner la parole à ces conteurs hors pair que sont les deux romanciers, non sans en prévenir le lecteur, lui offrant ainsi la liberté de juger par lui-même. Comme l’a souligné un journaliste de La Liberté dans son article du 16 mars 1912 cons acré au livre de M. Samaran et dans lequel il évoque également l’ouvrage de Jean de Jaurgain,Troisvilles,ousquetairesd’Artagnan et les Trois M , paru quelques années plus tôt :
« Alexandre Dumas aura donc rendu à l’Histoire ce d ouble service de lui assurer un public innombrable et de fournir aux chercheurs d’excellents sujets d’études. » Un personnage hors du commun, attaché à d’Artagnan par des liens familiaux, a rendu un hommage tout particulier au travail de M. Samaran. Il s’agit du poète, prince du Tout Paris de la Belle Époque, le comte Robert de Montesquiou-Fezensac.
À la sortie de son livre, Charles Samaran lui en avait adressé un exemplaire. Comme nous le savons grâce à l’échange de correspondances qui s’ensuivit, le poète, fort accaparé par sa vie mondaine, les brillantes réceptions qu’il ne cessait de donner, ses voyages, ses séjours dans son ancestral château d’Artagnan, en Bigorre, n’avait pas répondu à l’envoi de l’auteur. La guerre était arrivée, les éloignant l’un et l’autre de Paris. C’est au cœur de la tourmente de la première guerre mondiale, que « rédigeant quelques notes familiales et familières » en sa dem eure d’Artagnan, Robert de Montesquiou avait retrouvé cet ouvrage rangé dans sa bibliothèque. Pris de remords, il avait aussitôt adressé à son auteur une carte de remerciements et de félicitations, l’invitant, si l’occasion s’en présentait, à aller le voir à Artagnan. « Nous causerons à l’abri d’une ombre, celle de « La grand plume au vent de son feutre exhumé. »
C’était au mois de novembre 1915…
Les éditions Calmann-Lévy firent parvenir la missive à son destinataire, alors sur le front. Deux mois plus tard, le 25 janvier 1916, Charles Samaran lui en accusait réception depuis « son gîte creusé dans le fossé d’une route d’Artois ». Il reconnaissait que les malheurs du temps l’avaient quelque peu éloigné de son héros :
« Mon petit volume sur M. d’Artagnan, 1914, comme t out cela est loin ! Après dix-huit mois, j’ai quelque peine, je l’avoue, à me souvenir que je fus jadis l’indigne historiographe de ce Gascon avisé, de ce rude soldat. Mais avec quel plaisir je me rafraîchirai la mémoire s’il m’est donné, après la guerre, de répondre à votre aimable invite et d’échanger avec vous quelques propos paisibles sous les ombrages d’Artagnan ! »
Artagnan en val d’Adour était le berceau de la fami lle maternelle du futur mousquetaire, les Montesquiou, seigneurs d’Artagnan, en Bigorre, une famille à laquelle il doit un nom qu’il prit dès son arrivée à Paris.
En 1918, Robert de Montesquiou dut se défaire du château de ses ancêtres, devenu pour lui une trop lourde charge. La maladie, puis la mort, l’éloignèrent définitivement des terres de son illustre parent. Néanmoins, l’histoire ne s’arrête pas là…
Dans sesMémoiresposthumes,Les pas effacés, parus en 1923, Robert de Montesquiou a consacré un chapitre à d’Artagnan. Il y parle de cet illustre ancêtre, passé à la postérité grâce au plus célèbre roman de cape et d’épée et il s’interroge :
« Est-il admissible, est-il désirable, de voir un personnage de fiction l’emporter sur son modèle, au point de le reléguer à l’arrière-plan, et presque de se substituer à lui dans la mémoire des hommes ? Qu’il faille l’admettre, c’est de toute évidence, p uisque nous le voyons. Que l’on doive s’en accommoder, c’est moins obligatoire. » Pour Robert de Montesquiou, il n’y avait aucun dout e, le personnage dans sa réalité historique était
hautement préférable à celui du roman, d’où son enchantement à la lecture du livre de Charles Samaran. Avec le lyrisme du poète, Montesquiou n’hésitait pas à comparer cet ouvrage à un flacon précieux :
« Et ce flacon, il me paraît avoir revêtu la forme, précise et ornée, de l’intéressant et charmant volume, dans lequel M. Samaran a concentré l’élixir d’une mémoire, qui ne s’évaporera plus jamais.
« Ce flacon, il ressemble à ceux qui sont des chefs-d’œuvre de souffleurs de verre et renferment, filées sous leur transparente paroi, les reproductions dét aillées d’un combat naval ou d’une cellule de carmélite. Celui-là contient une vie d’homme, offerte en exemple, et qui n’a besoin, pour briller, ni de clinquant, ni de paillettes. »
Rien d’ordinaire, ni de banal, en effet, dans la vi e du vrai d’Artagnan, mais bien au contraire, du panache et de la gloire ! Jeune cadet de Gascogne, né à Lupiac (dans l’actuel département du Gers), au temps du roi Louis XIII, prêt à défendre son honneur et celui de son roi à la pointe de sa rapière, homme de confiance de Mazarin, d’Anne d’Autriche, de Loui s XIV, qui n’hésitaient pas à le charger des missions les plus délicates, capitaine-lieutenant de la première compagnie des mousquetaires à cheval de la garde du roi, homme de guerre ayant pris part aux principales campagnes de son temps, jusqu’à sa mort glorieuse au siège de Maastricht, le 25 juin 1 673, Charles de Batz de Castelmore d’Artagnan n’a rien à envier à son double de légende.
Charles Samaran a su réconcilier l’Histoire et le roman. Avec érudition et talent, il a mis en scène la vie de ce personnage exceptionnel, riche d’une humanité fort bien dépeinte par Alexandre Dumas, mais qui, d’après les témoignages mêmes de ses contemporains, nous apparaît doté d’une envergure insoupçonnée, largement supérieure en tout cas à celle d’un simple héros de roman, si brillant soit-il.
Qu’il me soit permis d’ajouter ici un souvenir plus personnel, empreint d’une infinie gratitude. Ayant rencontré M. Samaran alors que j’étais étudiante en Histoire à la Sorbonne, puis au tout début de ma carrière de conservateur du patrimoine, au pays de d’Artagnan, j’ai eu la chance de bénéficier de ses conseils et de ses encouragements. C’est lui qui m’ a incitée à reprendre des recherches sur le mousquetaire ; « il y a encore des archives à étudier et des choses à découvrir et à dire sur d’Artagnan », m’assurait-il. C’est ainsi que je me suis lancée à mon tour dans l’aventure des biographes de d’Artagnan.
Odile Bordaz