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Du rêve en bandoulière

De
364 pages

Faton est né le 24 juillet 1944. Fils et petit-fils de musiciens. Sept ans d’études d’architecture aux Beaux-Arts de Paris. Membre fondateur de Magma (1969) et ZAO (1973). Il enregistre ses compositions à New York en 1980, jouées par Miroslav Vitous, Jack DeJohnette et Michel Seguin, fait un duo avec Didier Lockwood (1982) et crée Faton Bloom avec Didier Malherbe (1984). Compositeur de musiques de films pour Philippe Garrel, Idrissa Ouedraogo, Laurence Ferreira-Barbosa, Raymond Depardon, il fait aussi des concerts de piano solo et des tournées dans le monde entier. Formation du groupe Faton en 1994, reformation de ZAO en 2004, tournées au Japon et en France et enfin, création du Faton Cahen Quintet avec François Causse en 2008.


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Cet ouvrage a été composé par Edilivre

175, boulevard Anatole France – 93200 Saint-Denis

Tél. : 01 41 62 14 40 – Fax : 01 41 62 14 50

Mail : client@edilivre.com

www.edilivre.com

 

Tous droits de reproduction, d’adaptation et de traduction,

intégrale ou partielle réservés pour tous pays.

 

ISBN numérique : 978-2-332-66910-0

 

© Edilivre, 2014

Prologue

Faton a écrit un texte sur l’amitié, dont je suis l’objet ; son épouse Clara me l’a fait lire et m’a demandé si je voulais à mon tour écrire quelque chose sur lui. C’est alors que je me suis rendu compte, en y réfléchissant, que je ne connaissais pas tellement de choses sur Faton Cahen, bien que je l’eusse connu depuis très longtemps (car j’étais un vieil ami de sa première femme Jacqueline, que j’avais connue avant même que Faton ne la rencontre). En tout cas, le fait que j’ai pu être ainsi distingué par Faton comme l’ami par excellence m’a, d’une certaine façon, mis devant une sorte de responsabilité morale.

Voici donc ce texte qui m’oblige à relever un défi, celui d’illustrer aussi bien Faton qu’il m’a illustré.

Sur l’amitié

par Faton Cahen

Écrire sur l’amitié, écrire à propos d’un ami, expliquer, analyser un sentiment si magnifique, si fréquemment cité, si décrit dans la littérature par les « maîtres », représente pour moi, Faton Cahen, musicien compositeur et non écrivain, une véritable gageure.

Je vais donc essayer.

Première difficulté : le choix de l’ami car j’en ai plusieurs, filles et garçons.

J’ai choisi Michel Martens, écrivain et scénariste de renom.

C’est de par ma première épouse, Jacqueline Cahen (ils avaient passé le bac option russe ensemble) que je fis la connaissance de Michel dans les années 1965, alors que je préparais le concours d’entrée aux Beaux-Arts, section architecture.

Comment naît le sentiment d’amitié ? C’est un peu comme l’amour avec la lucidité en plus. C’est l’être humain, bête sociale, qui a besoin de compagnons, de complices, de soutiens, de copains pour partager le pain.

Mais pas n’importe qui et pas n’importe comment. La déception risquerait d’être trop grande et dans des circonstances dangereuses le risque serait trop grave.

Il faut donc ne pas se tromper !

Personnellement, je me fie beaucoup à mon instinct. Je pense que l’apparence physique, l’habillement, le « look » ne sont pas des choses anodines. Ils sont les plumes dont le paon se pare pour bien dire qu’il est un paon.

Féru de jazz moderne noir américain, de littérature, de polars, d’aventures, de B. D., je me trouve donc un soir en face de Michel. Notre code immédiat de reconnaissance fut notre capacité réciproque de dire un maximum de bêtises en un minimum de temps.

Lui de savoir que je le prenais pour une sorte de métissage entre Woody Allen et Mortimer (de Blake et Mortimer par Edgar R. Jacobs), amoureux des pulls en cachemire, des chaussures Church’s, des vestes Harry’s tweed, de la bonne bouffe, du cognac, des cigares et des femmes de bonne famille un peu bourges, mais rigolotes et jolies.

Lui-même trouvait chez moi (je le suppose) un mélange parisien, rabelaisien, artiste aimant également le confort et les femmes intelligentes, celles qui savent toujours se rendre attirantes lorsqu’un homme leur plaît.

C’était un bon début, on pourrait toujours refaire le monde sans mourir ni de faim, ni de soif, ni manquer de lit.

On aimait la vie, quoi !

Et puis après, comme disent les joueurs d’échec : le temps ! –

C’est-à-dire le temps qui passe, le temps de la réflexion. Les multiples rencontres, les séjours à la campagne, les dîners, la présentation des amis communs (ce qui ne fonctionnait pas systémati­quement, les amis de nos amis n’étant pas forcément des amis).

Nos valeurs sûres que sont les femmes, les enfants, la politique, le cinoche, les livres, le rugby.

Nos projets, nos réalisations, nos échecs, nos déprimes, nos angoisses et de s’apercevoir petit à petit qu’on n’est pas seul, qu’on est entouré, soutenu, et que soi-même on peut être un soutien, pas dans le sens de la charité chrétienne (que j’ai souvent trouvée un peu boutiquière), mais comme une manière de vivre assez naturelle que je qualifierais du mot noble.

Entre-temps, je vis maintenant depuis quinze ans avec une Clara qui travaille régulièrement pour Michel en lui tapant ses scénarios. J’aurais très mal vécu le fait qu’ils ne soient pas amis, ce n’est pas le cas.

J’aime personnellement beaucoup Marine, la compagne de Michel Martens.

Tout ça pour dire que l’amitié est un sentiment exigeant qui demande d’être d’accord sur l’essentiel.

Un ami doit savoir secouer les puces de son ami pour lui passer ensuite la main dans le dos. Lorsqu’on perd l’estime, on perd l’amitié. C’est de par l’amour et par l’amitié que l’homme existe et perdure.

L’histoire de l’humanité, c’est une vieille bagarre entre la bêtise et l’intelligence dont personne ne sait encore qui va sortir vainqueur… mais deux amis en virée, dans une partie serrée de « déconnage artistique », c’est quand même un réjouissant espoir dans cette triste partie des jeux du pouvoir.

Hedon et Rabelais qui reconnaissent tous deux une valeur morale au plaisir ne me contrediraient pas.

Ivry, le 1er janvier 2005

Comment lui retourner le compliment ? Comment découvrir l’homme, le musicien, l’artiste qu’il était et dont je n’avais qu’un aperçu fragmentaire, dilué sur quarante ans ? D’une seule manière, me semblait-il : en menant une enquête. Comme celle que mènerait un détective privé dans un vieux polar américain.

Je me suis donc mis à la recherche d’un ami aujourd’hui mort, et voici le compte rendu de mon enquête.

M. M.

Chapitre 1
Le lapin blanc

That which we are, we are.

Alfred, Lord Tennyson

Pour moi, dans mon souvenir de mes premières rencontres avec Faton, en 1965, celui-ci était aux Beaux-Arts où il faisait architecture. Sa mère, professeur de musique, lui avait enseigné le piano et souvent, chez Jacqueline, il n’hésitait pas à se mettre au piano et nous divertir en jouant du jazz américain.

Que lui est-il arrivé pour que quelques années plus tard, juste avant son diplôme, il bifurque ? Et le premier témoin que j’ai interrogé est Yochk’o Seffer, musicien, saxophoniste, d’origine hongroise. Pourquoi Yochk’o ? Parce que nous réveillonnons tous les ans chez un ami commun, Marcel Benabou, qui lui aussi avait été un ami de jeunesse de Jacqueline. De plus, Jacqueline a été associée à Judith, l’épouse de Yochk’o. Toutes deux avaient un stand de fringues déjantées aux Puces de Saint-Ouen.

Donc, je connaissais Yochk’o et je savais qu’il avait joué avec Faton. Réfugié en France en 1956, il a participé à tout un pan de la musique française des quarante dernières années. En me rendant chez lui, je me rends compte que je n’ai jamais parlé musique avec Yochk’o, et cela au bout de quelque vingt ou trente réveillons de la Nouvelle Année. C’est drôle, il faut la mort d’un ami pour que, tout à coup, je m’intéresse à cet aspect, ô combien important, de sa vie…

Yochk’o habite une double maison, rue Doudeauville, dans le XVIIIe arrondissement. Pour arriver chez lui à hauteur de Château-Rouge, on traverse un coin d’Afrique, haut en couleurs, en sons, en costumes et boubous divers. Chez lui, dans son intérieur environné d’une dizaine de saxophones, il trône comme un bouddha, avec un sourire aussi sibyllin et un accent hongrois qui enrobe le français d’une sonorité métallique.

Le détective improvisé que je suis assène sans délicatesse sa première question :

– Yochk’o, peux-tu m’expliquer comment quelqu’un qui a fait six/sept ans de Beaux-Arts laisse tout tomber à quelques mois de son diplôme pour se lancer dans la musique de jazz ?

– D’abord ce n’était pas du jazz ; c’était ce qui allait devenir Magma. Mais avant, souviens-toi du Centre culturel américain. C’est là que tout a commencé.

Je me rappelle cette grande baraque, avec un immense jardin sise 261, boulevard Raspail. Fondé à Paris dans les années trente, l’American Center for Students and Artists était une institution privée de promotion de la culture américaine en France. Il accueillait les plus grands artistes américains, écrivains, peintres, danseurs, musiciens et représentait un haut lieu de culture. Son propos était d’encourager des avant-gardes. À sa place s’est édifiée maintenant la Fondation Cartier. Après Mai 68, le Centre américain a été investi par des groupes divers…

Je laisse Yochk’o continuer :

– Musiciens pour la plupart. Chacun, professionnel ou non, vient jouer, s’agréger à d’autres, former des ensembles qui ne durent que le temps de jouer ensemble cette nuit-là. Une liberté extraordinaire. On y entrait et sortait comme dans un moulin. Des filles, des mecs, ça draguait à tout va, dans certaines pièces il y avait des réunions politiques, activistes, etc. C’était la grande époque de la guerre du Vietnam qui monopolisait la jeunesse. Et puis, il y avait ceux qui venaient faire leur musique, comme Faton qui venait jouer du jazz qu’il jouait avec ses propres improvisations. Le Centre aimantait toute une jeunesse qui venait à la fois pour militer (contre la guerre du Vietnam, pour l’autogestion, pour plein de rêveries soixante-huitardes), ou pour écouter des musiciens amateurs ou professionnels qui venaient jouer, faire un « bœuf » qui pouvait durer toute la nuit, pendant laquelle, pour tenir, on fumait des pétards.

Et Yochk’o arrête là le robinet nostalgique pour me recommander de voir Jacques Vidal :

– Il te racontera le début de tout, de Magma…

Il marque une pause, puis conclut d’un ton empreint d’une sonorité romanesque :

– Car c’est bien grâce à Vidal que Faton fera plus tard la connaissance de Vander. Sa vie, sans qu’il le sache totalement à ce moment-là, va basculer et prendre une voie, une voix, un chemin dont il ne déviera plus. C’est Christian qui lui apporte une pensée musicale à laquelle, lui, Faton, avait déjà réfléchi, mais qui s’est cristallisée au Centre américain. Faton a soudain trouvé l’endroit où il voulait, à son insu, se réaliser. Et c’est Vander, le batteur du futur Magma, qui le lui a révélé. C’est Christian qui lui a permis de devenir le musicien qu’il rêvait peut-être d’être, mais qui s’est bonifié à ce moment-là… Va donc voir Vidal, et reviens me voir.

Il termine son témoignage aussi abruptement qu’il l’a commencé. Mais en le regardant, j’ai une illumination. Je constate que je viens de voir le Lapin Blanc, et maintenant, comme Alice, je n’aurais qu’à suivre les directions qu’il me désignera. Ainsi, Yochk’o me fera entrer dans le pays des merveilles musicales. Et d’ailleurs, quand on y réfléchit bien, c’est vrai qu’il a l’air d’un gros lapin, tendance bouddhique zen peut-être, mais qu’importe, il a la clé qui va m’ouvrir toutes les portes.

*
*       *

Donc le lendemain, je traverse à nouveau Paris pour aller du côté du boulevard Voltaire, parler avec Jacques Vidal, le contrebassiste. Qui habite une petite impasse qui donne sur un restaurant chinois du Hunan, une nourriture épicée dans un décor de formica des années cinquante.

Jacques Vidal a une petite voix fluette en harmonie avec son personnage, discret et persifleur :

– C’est exactement cela, me dit Vidal, j’ai connu Faton en 1969, autour du Centre américain. J’arrivais de ma banlieue, je ne connaissais personne. Un copain m’avait parlé de ce lieu magique, le Centre culturel américain. J’y suis allé, il y avait des mecs qui faisaient un bœuf. Je les ai rejoints avec ma contrebasse, ils m’ont fait une place, j’ai joué avec, et depuis je n’ai jamais arrêté. Mais bon, c’est comme ça que cela a commencé pour moi. Au piano, il y avait Faton. À la fin, vers 3 heures du matin, on s’est arrêté. Faton m’a demandé où je créchais ; je lui ai dit que j’en savais rien. J’avais quitté cette nuit ma banlieue pour de bon. Faton m’a fait un grand sourire et m’a dit : « Pas de problème, viens à la maison. » Il habitait un deux-pièces rue Cler, dans le VIIe arrondissement, avec sa femme, Jacqueline, et Sylvain, leur môme. J’y suis resté un an. Il était comme ça, Faton, simple et généreux. Il m’a dit : « J’ai une chambre à la maison, on n’en fait rien, c’est le débarras, mais il y a un lit. »

Oui, il était bien comme ça, Faton, tel que Jacques le décrivait. À l’époque il était en dernière année d’architecture, mais il passait toutes ses soirées ou presque à jouer pour le plaisir. Le Centre américain fonctionnait à plein temps et les musiciens américains de passage à Paris venaient y faire un tour : Art Ensemble de Chicago, Archie Shepp, Cannonball Adderley, Lee Morgan, Philly Joe Jones, etc. Et le plus incroyable, c’était que les jeunes musiciens français pouvaient monter sur scène, les rejoindre et faire un bœuf avec eux. Ils n’en revenaient pas ! C’est comme ça que mon pote Gros Loup qui croyait n’avoir aucune notion musicale s’est retrouvé un soir à taper sur un balafon et souffler d’un tuyau pour accompagner Don Cherry !

Il n’y avait pas de cases formatées ; la liberté de jouer, sans programme, sans tickets d’entrée, sans formalisme social aucun, était totale. Les sessions commençaient à minuit. Vidal qui se souvient encore qu’elles duraient jusqu’au petit matin reprend son fil narratif : Jacques avait 19 ans et Faton avait déjà une assurance folle. Tranquille et surtout amicale.

– On a joué comme ça, plein de nuits…. Moi, je venais pour apprendre, me perfectionner, car dans ma vie il n’y avait aucune dissonance, je voulais être musicien, et Faton m’a beaucoup apporté. Il m’a permis de vivre et de bouffer à Paris durant un an, et cela m’a permis de faire mon trou. Super généreux, comme un frère aîné, voilà Faton.

À Bourg-la-Reine d’où il vient, Vidal connaît Teddy Lasry, qui à cette époque travaille avec Ariane Mnouchkine au sein d’un quartet jazzique. Moi aussi, ça me rappelle quelque chose. Brève rencontre… Ah ! il ne fallait lui en promettre. Vir major, la Mnouchkine ! On s’est croisé alors qu’elle n’était encore qu’une pétroleuse. Une Louise Michel qui n’a pas trouvé son Victor Hugo !

Et Vidal de poursuivre :

– Par un copain à nous, je vais faire un bœuf au Chat-qui-Pêche avec Ted Curson, et je rencontre un pianiste qui s’appelle Michel Draguet qui me dit qu’il y a un batteur, Christian Vander, qui cherche un bassiste. Je téléphone et on se rencontre. On fait un bœuf ensemble au Chat-qui-Pêche, et je tombe sur un batteur qui joue de la batterie comme personne et qui ne dit pas un mot. À la fin de la soirée, Vander a dû me taper sur l’épaule et me dire : « Je t’aime bien, toi », et il continue en me disant : « Je vais monter un groupe. La terre entière va en parler. » Et il ajoute : « Si tu connais des musiciens, des saxophonistes, des pianistes, tu me les envoies. » Alors, immédiatement, je pense à Teddy Lasry et Faton. C’est comme cela que Magma s’est créé. Il y avait Claude Engel, le guitariste, qui a beaucoup évolué dans le blues, la variété. Christian a amené un saxophoniste, René Garber, et un percussionniste, trompettiste, Paco Charlery, un as du timbale, des congas, bongos… Ce Martiniquais jouait de tous les instruments. Et on se retrouvait chez Faton, qui adorait bouffer et qui cuisinait des dîners succulents… Et les répétitions commençaient. Vander avait une vénération jamais démentie pour Coltrane. Alors on joue un morceau et une heure et demie après on est toujours en train de jouer le même morceau. Christian jouait tellement puissamment sur sa batterie que des peaux se sont pétées. Un mec qui dit des trucs du genre : « Je suis en train de monter un groupe, ça va être le plus grand groupe du monde. » On était sidéré. C’est comme ça que cela a démarré, en 1969.

Jacques s’arrête une seconde, immergé qu’il est dans ses souvenirs. Je lui demande si Teddy Lasry, Faton, lui-même, Jacques Vidal, avaient le sentiment de participer à quelque chose d’important sous l’impulsion de ce batteur-leader du groupe, Christian Vander.

– En tout cas, quelque chose de nouveau. Il y avait une attitude aussi dedans. L’attitude, c’était de sortir des sentiers battus du jazz, c’est-à-dire de faire une cassure un peu avec tout ça, parce que dans le système du jazz, c’étaient des gens qui jouaient des standards du jazz dans les clubs, qui jouaient une, deux, trois semaines. Il y avait un bassiste régulier, une rythmique régulière, puis quand un bassiste partait, il y avait un autre qui venait… Magma, ce n’était pas du tout ça.

– Qu’est-ce que c’était ?

– C’était vouloir créer un truc complètement nouveau avec des conceptions différentes, avec des influences de beaucoup de musiques différentes, entre autres celle de Coltrane, celle de Stravinsky. On créait un groupe ensemble, il n’était donc pas question de remplacement d’un quelconque des musiciens…

Vidal est maintenant lancé, il a relié tous les fils vieux de plus de quarante ans, mais le tissage qu’il en fait est aussi harmonieux, limpide, clair que le timbre de sa voix.

– La première année de Magma avec Faton était le Magma le plus créatif. Après cette année-là, Christian n’a plus laissé tellement de place aux compositions de ses musiciens. Magma, cela devenait l’expression unique de Vander. C’est pour ça que Faton est parti, qu’il a monté son propre groupe, et il est devenu son propre chef.

Jacques me raconte avec enthousiasme cette première année où Magma s’est créé autour de Christian et son invention du kobaïen, une sorte de langue universelle comme le volapük. Pour Vander, il s’agit d’un langage extraterrestre provenant de la planète Kobaïa. La quasi-totalité des morceaux sont chantés dans cette langue. Avec cette invention étonnante d’une langue sidérale, Magma s’installe sur le fronton de la nouveauté. Intrigué, je veux en savoir davantage. Ça amuse Vidal qui préfère laisser à son inventeur le soin de m’en parler plus tard quand je le rencontrerai.

À côté de ça, comme il le résume, l’orchestre de Vander donne des concerts et donc commence à gagner régulièrement de l’argent. À la base, il y avait des morceaux de Teddy Lasry, de Faton, de Coltrane et autres. La finalité de ces couleurs, à cette époque, n’était pas le free jazz, mais le plaisir de jouer et d’improviser s’il le fallait sur des standards.

Jacques Vidal m’a fait une assez bonne synthèse de la naissance de Magma. Je le quitte, muni donc d’un premier viatique. Je pars en laissant derrière moi le boulevard Voltaire, et par des rues transversales je traverse le boulevard Beaumarchais, les Filles du Calvaire et j’arrive rue de Turenne. J’en profite pour faire un tour dans le Marais, en jetant un œil sur les hôtels particuliers aujourd’hui rénovés.

Je me rappelle une balade faite dans ce même quartier il y a une quarantaine d’années avec Faton qui en connaissait tous les recoins. C’était le quartier où Simone, la mère de Faton, avait vécu avec ses parents, Gustave et Gaby, rue de la Folie-Méricourt et c’était là que ses parents s’étaient connus.

C’était une époque sans digicode, donc on pouvait franchir n’importe quelle porte cochère et se retrouver dans de vieilles cours aux pavés disjoints où se dressaient des hôtels délabrés mais superbes. Faton m’en faisait tranquillement l’histoire. Puis, dès que nous faisions halte dans un troquet, il me parlait de ce qu’il faisait, car avec moi, c’était tranquille, je ne connaissais rien de sa musique, et quand il me parlait, c’est comme s’il se parlait à lui-même. Car moi, je ne faisais que hocher la tête. Mais il y a des trucs qui me sont restés parce que cela recoupait des scènes que j’avais vécues.

Faton me raconte le Centre américain qu’il découvre en 1961, en allant écouter Philly Joe Jones… Et la belle voix ample de Faton résonne à mon oreille encore aujourd’hui :

– Avec Philly Joe Jones, natif de Philadelphie, junkie notoire qui s’était entiché de Londres et de Paris, il y avait Hank Mobley qui jouait du saxophone ténor dans un style situé entre l’agressivité de Coltrane et la douceur de Stan Getz, avec un jeu subtil et mélodique ; il y avait Siegfried Kessler, baptisé Siggy par ses collègues musiciens, pianiste, claviériste, organiste, harmoniciste et flûtiste, un fondu de Stockhausen qui s’intéressait à toutes les formes de jazz. À la fin de leurs concerts, il y avait des jam sessions, on jouait avec les musiciens… C’est là que tout s’est cristallisé pour moi. Je continuais les Beaux-Arts et j’étais tout le temps fourré, le soir, au Centre américain. Jacqueline est géniale, elle bosse, elle s’occupe de Sylvain, et moi je vadrouille dans la musique, et un beau jour, on crée avec Vander Magma.

Faton était ce jour-là en veine de confidences ; je sentis qu’il avait besoin de faire une pause, de faire le point, de regarder les quatre années (nous étions en 1973) qui s’étaient écoulées. Et j’étais un pote qui n’avait rien à voir avec la musique, qui vivait dans un autre univers que le sien avec d’autres préoccupations, et donc cela lui permettait de prendre la distance suffisante pour se confier.

– Au fond, tu sais, si je fais de la musique, c’est sans doute parce que j’en ai toujours fait. Ma mère, Simone, était professeur de musique. Lorsque j’ai eu cinq/six ans, je me suis mis au piano avec elle. Enfin, elle m’a confié à une amie professeur, Madame Tavernier, une femme que j’ai beaucoup aimée. Elle me mettait sur ses genoux, la tête entre ses deux seins généreux, mes mains sur le clavier. Oui, c’est comme ça qu’elle m’a appris à jouer du piano, Michel.

Il s’interrompit, égayé par ce souvenir.

– Il faut dire que du côté de ma mère, la musique était un univers familier. Son père, mon grand-père maternel, Gustave Delabre, était chef d’orchestre de l’Harmonie de Montmartre. C’est lui qui m’a vraiment formé, qui m’a fait aimer la musique, qui m’a aussi fait aimer la peinture, en m’emmenant tous les jeudis au cours du Père Castor lorsque j’avais six ans. Il était drôle et très gentil, il avait écrit une œuvre symphonique qui s’intitule Le Camp d’Attila que j’ai entendu tout petit déjà.

Il part soudain d’un grand éclat de rire et ajoute, en avisant un bistrot qu’il aime bien et où nous allons nous installer devant une bonne bouteille de Mercurey :

– Pour en revenir au Centre américain, nous étions les rares musiciens à jouer la musique d’avant-garde américaine, le free jazz, Coltrane, Miles Davis, ce qui faisait tache avec le milieu du jazz français qui, lui, est très be-bop. Tout ça c’est venu, entre autres, par l’émission de Frank Ténot et Daniel Filipacchi, « Pour ceux qui aiment le jazz », et pour moi le déclencheur a été un disque de Thelonious Monk que m’avait offert pour mes treize ans ma mère. Un déclic. J’ai arrêté la musique classique et je n’ai plus joué que du jazz. Et puis, boum, Mai 68 et la rencontre avec Vander, et j’ai compris que je ne me mettrai jamais à la vie professionnelle d’architecte. Surtout qu’avec Magma, on a eu une démarche radicale. Il faut dire que la plupart des musiciens français restaient dans une couleur américaine.

Il vidait verre sur verre, à son accoutumée. Il intercepta mon regard et se mit à rire de nouveau :

– Tu sais, ma mère m’a raconté qu’à ma naissance, en juillet 1944, j’arrêtais pas de piailler. Et une voisine (à ce moment on vivait à la campagne, à Mémilons) lui a dit qu’il fallait me donner au moins deux biberons à la fois. Ça a marché, j’ai arrêté de gueuler. Et comme me dit toujours ma mère, aujourd’hui, ce double biberon fut à l’origine d’une propension certaine, un goût prolongé pour le « biberonnage ».

*
*       *

Le souvenir de Faton s’estompe, je suis devant le même petit troquet rue de la Perle où il m’a tenu son monologue-mise au point. Et tout en sirotant un verre à sa santé, je fais jouer la machine à remonter le temps.

En ces années-là, tout était possible, c’est ce que Faton a réalisé, et cela s’est fait très simplement. Jacqueline travaillait, rapportait du pognon à la maison, sans discuter ou barguigner le renversement progressif du destin de Faton. Elle avait toujours cru en lui, elle y croyait comme architecte, elle y croyait maintenant comme musicien. Elle m’avait dit à l’époque que Faton lui avait fait part de sa volonté de devenir musicien à temps complet. À cette époque, on n’utilisait pas le mot professionnel qui a bien entendu une connotation de formatage qui ne coïncide en rien avec cette époque-là où l’on ne parlait que d’envie et de plaisir.

C’est drôle, la mémoire, elle procède par bonds temporels en avant, en arrière. Et c’est alors que je me souviens durant l’hiver 1969 être allé avec Faton voir un match de rugby des Cinq Nations France-Irlande à Colombes. À la mi-temps, Faton se tourne vers moi et me fait part, très sereinement, de la nouvelle vie qui s’ouvre à lui :

– On monte un groupe, je suis au piano, je compose, je joue. Les mecs avec qui je suis sont formidables. C’est marrant, c’est arrivé simplement comme une certitude.

Moi, un peu bêta, je lui réponds :

– T’as une révélation comme Claudel à Notre-Dame ou quoi ?

À quoi il me rétorque qu’il n’y a aucun mysticisme dans la découverte qu’il a faite, à savoir construire sa vie autour de la musique. Que finalement, il se rend compte qu’il était destiné à faire cela, qu’il lui a fallu plus de vingt ans pour le réaliser. Que ce qu’il est, il est – rejoignant là Tennyson : « That which we are, we are. »

Il le dit avec un grand sourire et pour aplanir tout éberlument de ma part. Il m’invite, comme toujours, à dîner rue Cler, et pour me faire plaisir, il fera du chili con carne, comme au Rosebud, notre point de ralliement nocturne. J’y suis presque tous les soirs à partir de minuit ; Faton le sait, et de temps à autres je le vois débouler et on bouffe leur chili. Mais ce soir-là, c’est donc chez lui qu’on le mange, ce qui me permet de parler avec Jacqueline.

Heureuse comme tout. Son Faton a trouvé sa voie (voix), ce sera la musique, et même si financièrement ça veut dire que pendant un temps il lui faudra faire bouillir la marmite, elle le fera. D’ailleurs, elle l’a fait durant ses études d’architecture, et elle rigole : « Pour moi, rien ne change, archi ou musique, c’est toujours moi qui assure. » Et regardant Faton jouer, elle ajoute : « Il a toujours eu du plaisir à jouer du piano, et maintenant il a découvert qu’il a envie d’en faire sa vie. »

Voilà, c’était simple. Et l’époque permettait cette simplicité, sans prise de tête aucune, sans angoisse d’une précarité du lendemain. Et aujourd’hui donc je me rends compte que ce que m’a confié Faton sur un ton blagueur à Colombes lors du match de rugby était l’acte de naissance de Magma. Sur le coup, ça m’était entré par une oreille et sorti par l’autre. C’est à peine si j’avais vraiment suivi, pensant certainement qu’il vivait une foucade, comme nous en vivions tous, et à l’époque on changeait vite de foucades.

Et donc, je me retrouve quarante-cinq ans plus tard à reprendre le fil ténu de la trame de vie Faton, fil qu’il m’avait tendu en 1969 et que j’utilise seulement aujourd’hui pour tisser le patchwork qui est ce livre sur lui, sa musique, sa vie.

Pour en revenir à Jacqueline, disons qu’elle a été formidable. Elle croyait en son mari. Quand elle le vit abandonner archi et se lancer dans Magma, elle ne posa aucune question, ne fit aucune critique, aucune objection. C’était l’époque qui voulait ça, il était encore interdit d’interdire. Elle accompagnera donc le mouvement. Et moi, dans mon souvenir, qu’il ne devienne pas architecte et qu’il se mit professionnellement à la musique ne suscita aucune surprise en moi à cette époque. Aujourd’hui, oui, parce que, nolens volens, malgré soi, on est formaté par les critères prévalents d’aujourd’hui où il est impensable de ne pas avoir un métier pour gagner sa vie. À cette époque, 1968-80, l’idée d’avoir un métier pour survivre était une idée iconoclaste pour une jeunesse qui n’en avait rien à foutre. Faton, sous le choc d’une rencontre comme celle de Vander, qui tient du coup de foudre, se jeta donc tout habillé dans le bain de la musique, une musique nouvelle qui allait marquer la décennie.

J’arrête là mon pathos sociologico-culturel, car je cite un passé révolu, un passé aussi révolu que l’était pour moi à vingt ans la guerre de 1914. Et à me relire, je me fais l’effet d’un tambour major (pour rester dans le domaine de la musique) qui n’arrête pas de marteler avec ses baguettes les mêmes roulements de tambour. Je me pose même la question de les effacer ou non. Je les garde finalement, non comme les ratiocinations d’un vieux con qui soupire après la douceur de vie d’une époque antédiluvienne, mais comme une tentative, certes maladroite, de susciter une image, un son, une couleur pour que ce souvenir sépia s’illumine des couleurs de l’époque.

Chapitre 2
Do-mi-sol, re-fa-la, mi-sol-si

Si ça doit passer à la radio,

il ne faut pas que ça dépasse trois minutes.

Lord Faton

Revenons à mon enquête. J’ai quelques pièces du grand puzzle. Il m’en faut d’autres. Donc quelques jours plus tard, je reprends la direction du terrier de mon lapin blanc, Yochk’o Seffer.

Je me sens obligé de parler musique. Interrogé sur ses influences, il me dit :

– Mon grand-père est Bela Bartók et mon père est John Coltrane, tu vois ce que je veux dire ?

La formule est belle. Il est persuadé que la recherche permanente d’innovation est nécessaire à l’évolution du langage musical, mais qu’elle n’a de sens que si elle s’inscrit dans un cheminement personnel. Yochk’o a multiplié les expériences, les formations et les enregistrements. Il a même réhabilité le tarogato, saxophone traditionnel hongrois en bois, dont il est presque le seul musicien à jouer en France. Sacré lapin.

Admis au concours d’entrée aux Beaux-Arts de Paris il y est resté jusqu’en 1964. Spécialisé à cette époque dans les fresques d’églises et les vitraux, il occupe une bonne partie de son temps à visiter les nombreux musées français et se prend d’admiration pour des peintres comme Richard Lindner et Picabia et des sculpteurs tels que Arp ou Henry Moore. Après sa sortie des Beaux-Arts, Yochk’o n’a jamais cessé de chercher à réaliser sa propre synthèse des trois arts que sont sculpture, peinture et musique. À l’époque des Beaux-Arts, l’activité musicale essentielle de Yochk’o était de faire des bals, ce qui lui permettait de bien gagner sa vie, jusqu’à ce jour de 1963, où le saxophoniste Michel Gaucher lui propose de venir le rejoindre, en tant que second souffleur, au sein de l’orchestre d’Eddy Mitchell. Baptisé « Jeff » par Eddy, Yochk’o restera à ses côtés jusqu’en 1968.

Voilà, ça sera tout pour aujourd’hui. D’une voix toujours abrupte, il me dit d’aller voir maintenant Teddy Lasry dont il me donne les coordonnées, comme il l’avait fait pour Jacques Vidal.

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Teddy vit en face de la gare du Nord, dans un grand appartement avec sa femme Talila, la grande chanteuse yiddish. Nous sommes assis, Teddy et moi, dans sa cuisine, buvant du café et émiettant des biscuits comme deux vieux oiseaux déplumés et caquetants.

– Comment as-tu connu Faton ?

– Par Jacques Vidal. On avait formé un quartet, Michel Derouin au piano, Jacques à la contrebasse, Olaf Estienne à la batterie et moi au saxo soprano, puisque j’avais une formation de clarinettiste.

Je l’interromps en lui résumant ce que Vidal m’a narré… Teddy rebondit instantanément :

– Vidal a parlé de moi à Faton, et il est venu m’écouter à Chatou où j’habitais et où on répétait. Faton a beaucoup aimé, et c’est lui qui m’a emmené chez Vander. Et voilà comment Magma s’est constitué. Faton m’intriguait et me fascinait quelque peu. Il sortait des Beaux-Arts, il avait 25 ans, il était marié, avait un enfant. Et nous, on avait tout juste 20 ans, Christian n’en avait que 19. Faton était donc l’aîné. Très vite il est devenu la partie solide du groupe. C’était un grand frère. D’abord, il avait le sens relationnel, ce que personne n’avait dans le groupe. On était des fous furieux, on envoyait paître tout le monde. J’étais le seul avec Claude Engel, qui jouait de la guitare électrique, à avoir un bagage musical, conservatoire, etc. Faton, qui avait le sien, écrivait la musique et la lisait très bien. Vander, lui, était un autodidacte. Un extraordinaire technicien de la batterie, où il était faramineux. Donc entre Faton et moi, on s’est partagé les tâches au sein du groupe. Rythmiquement, j’étais bon, et je dirigeais les répétitions. Faton avait une très bonne technique de piano, mais à l’époque, il n’avait pas encore le métier. Il compensait par son sens de l’organisation et de la direction artistique. Christian était évidemment le leader, mais on ne jouait pas avec lui, on jouait contre lui. C’était une force contre laquelle on devait se protéger. Mais le résultat était là : dès le début, Magma est un groupe, un vrai. On faisait des œuvres fleuves, c’était vraiment coltranien, il y avait des morceaux qui duraient dix ou même quinze minutes. Or Faton avait écrit un morceau qui ne faisait que trois minutes. Pour moi, c’était incompréhensible, et en fait j’ai compris car il m’a dit : « Tu sais, si ça doit passer à la radio, il ne faut pas que ça dépasse les trois minutes. » Du Faton tout craché. Déjà un leader et un organisateur. Il avait le sens de ça. Quant à Vander, il ne connaissait que Coltrane, et c’est do-mi-sol, re-fa-la, mi-sol-si, ce qu’on appelle la musique modale, où tout se joue sur des touches blanches. Donc Christian, qui n’écrivait pas la musique, la jouait au piano et Faton l’écrivait en l’arrangeant, car il était un très bon mélodiste, et puis nous, on savait quoi jouer grâce à Faton. Et je me suis très vite lié à Faton qui n’était pas aussi fou furieux que le reste du groupe.

C’est ainsi que Teddy prit l’habitude d’aller souvent chez Faton et Jacqueline, rue Cler.

– Il se trouve que j’étais embarqué dans une histoire sentimentale très complexe et ils m’ont aidé à m’en dépatouiller. On sortait beaucoup ensemble, on voyageait. Je me souviens d’une virée à Bruges. Et puis Faton, il avait cette dimension relationnelle incroyable. Il faisait tout de suite ami avec quiconque lui plaisait. Si on allait voir un spectacle par exemple, et que le comédien lui avait plu, il allait le voir à la fin de la représentation, et ils sympathisaient tout de suite. Et ça finissait tard dans un bistrot, à boire et à bouffer et à refaire le monde… Tiens, je me souviens qu’il m’a dit un soir au débotté : « Viens, on va aller voir un mec formidable qui joue dans un spectacle de Romain Bouteille, au Café de la Gare. Il s’appelle Coluche. » Eh bien, il a non seulement sympathisé avec Coluche, chez qui on a fini par aller dîner, mais Faton, tout de go, lui demande de venir nous apprendre à nous tenir en scène, de s’occuper en quelque sorte du groupe sur le plan du jeu scénique. Et il l’a fait. Il est venu à deux ou trois représentations, puis il est parti en courant, en gueulant et se marrant en même temps : « C’est une bande de fous fêlés. De toute façon, Christian, y’a rien à lui apprendre. Et vous êtes tous des dingues. »

Un peu abasourdi, je lui demande ce qu’il entend par dinguerie ?

– On ne pouvait rien structurer, à part la musique, et encore. On ne pouvait jamais avoir une discussion sérieuse. On était excités comme des...