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En résistance d'un continent à l'autre

De
242 pages
L'auteur donne à lire dans ses mémoires son compte-rendu des époques qu'il a traversé et d'un monde qui a disparu... Se souvenir pour écrire un récit universel sur une vie singulière et survivre ainsi à 13 mois d'emprisonnement politique en 1969 à Sao Paulo. Vivre et changer de milieu social, de continent, de langue et néanmoins, dans sa langue maternelle, ouvrir le carnet de ses expériences, de ses réussites et de ses combats.
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Aniès
en
Jacques Breyton
En résistance d’un continent à l’autre Mémoires
Les impliqués É d i t e u r
EN RÉSISTANCEDUN CONTINENT À LAUTRE
Les impliqués Éditeur Structure éditoriale récente fondée par L’Harmattan, Les Impliqués Éditeur a pour ambition de proposer au public des ouvrages de tous horizons, essentiellement dans les domaines des sciences humaines et de la création littéraire.
Déjà parus
Lebarton (Cécile),L’estacade de la folie, roman, 2017. Chalon (Tristan),Au pied de la Croix, roman, 2017. Merone (Lovely),Chroniques d’un oiseau blessé. Le journal de Leslie, 2017. Leconte (Bernard),La mort passe, récits, 2017. Willay Adams (Roland),Le petit chien qui se voulait humain, récit, 2017. Buisson (Georges),Un si joli village ou le combat d'Aimée, roman, 2017. Anglade (Pierre),La stratégie du saumon, suivi de Fragments critiques à l’usage du dernier des Mohicans, 2017. Von Bülow (Katherina),La gardienne, 2017 Tabary (Bernard),L’Autre Rive, 2017. Ngouloubi (Malachie Cyrille Roson),Le soleil des élites, poèmes, 2017.
Ces dix derniers titres de ce secteur sont classés par ordre chronologique en commençant par le plus récent. La liste complète des parutions, avec une courte présentation du contenu des ouvrages, peut être consultée sur le site : www.lesimpliques.fr
Jacques Breyton
En résistance d’un continent à l’autre Mémoires Les impliqués Éditeur
© Les impliqués Éditeur, 2017 21 bis, rue des écoles, 75005 Paris www.lesimpliques.fr contact@lesimpliques.fr ISBN : 978-2-343-12554-1 EAN : 9782343125541
I – L’AVANT-GUERRE
Préambule
Ce préambule reproduit les histoires que mes parents ou grands-parents m’ont racontées : elles aideront à situer la famille Breyton. Les courtes histoires qui le suivent sont des réminiscences de ma mémoire d’enfant ou d’adulte. J’ai pu reconstituer la plupart d’entre elles dans le calme d’une cellule, les griffonner sur un cahier d’écolier qui a miraculeusement échappé aux contrôles à ma sortie de prison. Prisonnier politique de la dictature brésilienne, durant 13 mois en 1969-1970, je faisais de ce retour au passé un exercice de survie de mon individualité face à un monde collectif et concentrationnaire. Mon père Charles naît en 1891. Cordonnier de son métier, il a peu étudié, probablement jusqu’au certificat d’études primaires. Son père Frédéric, employé dans un commerce de vente de safran, va en 1870, du lointain Saint-Agnan en Vercors, où son père est paysan, à la grande ville d’Orléans. Frédéric se marie avec Léontine Lamadon, fille d’un tonnelier de Sologne. Ils ont trois enfants, Charles mon père, Françoise morte très jeune et Victor qui s’enrichira dans le commerce à Orléans. Charles fait son service militaire en 1911, cela dure deux ans. Puis, sans interruption, il est mobilisé pendant la guerre de l4-18 et attend une année avant de rentrer chez lui, au total 7 ans passent. Il a combattu dans la région de Verdun, l’enfer de la Grande Guerre, en compagnie d’Émile Dubois, mon grand-père, le père de Marguerite. Marguerite, ma mère, est née en 1899, l’autre siècle, comme ses enfants disent ironiquement, fille d’Émile
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Dubois comptable toute sa vie dans la même industrie de chaudronnerie lourde où il était devenu l’ami du patron et son homme de confiance. Ma grand-mère, la femme d’Émile Dubois, Jeanne Petitjean, de santé fragile — c’est au moins ce qu’elle croyait ou laissait croire — vivait souvent alitée, sortait peu. Il faudra le bombardement d’Orléans en juin 1940, l’évacuation de la population et quelques nuits passées à la belle étoile, comme je le raconterai plus tard, pour qu’elle retrouve une bonne santé. Elle n’aura qu’une fille. Marguerite fait des études, elle obtient le Brevet et sera jusqu’à son mariage professeur dans la meilleure école pour jeunes filles d’Orléans, à la pension de mademoiselle Robichon, rue Royale. Elle voyage pour rendre visite à sa famille à Paris, elle raconte qu’elle y a vu Sarah Bernhard. Évidemment la guerre et la mobilisation d’Émile représentent un grand sacrifice pour Marguerite et sa mère Jeanne, deux femmes restées seules, mais toutes les familles françaises en sont là ! Charles et Émile, tous deux soldats sur le Front, font Verdun ensemble. Émile parle à Charles de sa fille en âge de se marier. Si les deux sortent vivants de cette sale guerre, Émile promet à Charles qu’il serait heureux de l’avoir pour gendre. La guerre terminée, Émile le plus âgé est démobilisé en 1918. Charles, plus jeune, devra attendre 1919. Aucun détail ne m’est jamais parvenu sur les amours et les fiançailles ! Charles et Marguerite se marient en mai 1920. Après son mariage, Marguerite devient secrétaire, car femme mariée, elle connaît le péché et ne peut plus continuer à enseigner en collège religieux dans un Orléans réactionnaire et encore monarchiste. Le 21 janvier 1921, à 5 h 30 (voir carte astrale), Marguerite ira directement de son bureau à la maternité et donnera naissance à leur premier héritier, Jacques, un gros bébé de dix livres, (on compte encore en livres), qu’il
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faudra réanimer : je suis né avec le cordon ombilical autour du cou. Charles, mon père, cordonnier avant la Grande Guerre, est devenu après la guerre professeur de cordonnerie dans une école technique de rééducation des mutilés de guerre. Mais comme son emploi est provisoire, il postule pour être maître bottier dans l’armée. Son affectation arrive, il est nommé à Valence. Marguerite est enceinte de Jean et se voit mal seule, avec un bébé de quelques mois, faire un déménagement. La famille décide de me laisser avec mes grands-parents, au moins jusqu’à la naissance de Jean. Il naît le 14 avril 1922 à Valence. Fin 1922 ou 1923, nouvelle mutation, dans cette période d’après-guerre tous les régiments sont dissous les uns après les autres et Charles, devenu militaire de carrière, cette fois va échoir à Blois, ville proche d’Orléans. La famille est à nouveau réunie. Le 1er juin 1924 Suzanne naît à Blois. Marguerite,Mouneles pour petits, a 25 ans et trois enfants. De cette période je me rappelle une anecdote, qu’elle m’a racontée : une petite bonne de l’Assistance Publique, si ma mémoire est fidèle, promène Jean (l an) et moi (2 ans) en landau, et à la descente d’un trottoir, renverse le landau et son contenu. En 1924, la famille est transférée de Blois à Saint-Avold en Moselle, puis en 1925 à Aumale en Algérie. Nous sommes en 1926, j’ai cinq ans et commence à pouvoir compter sur ma mémoire pour raconter les historiettes de la famille, ce que je vais tenter de faire.
1925 - 1926 Des souvenirs d’Afrique Aumale, Algérie
Charles, Marguerite et leurs trois enfants viennent s’installer en Algérie. Mon père, maître bottier de l’armée, a été muté de Saint-Avold en Moselle vers Aumale, Sour El-Ghozlane, en Algérie, apparemment un trou perdu au
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