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Enfourche tes rêves...

De
254 pages

Mozart applaudissant le podium de Barry Sheene, Baudelaire au milieu des bikers, Audiard et Dark Vador cramponnés au guidon d'un side-car, le Mouvement de libération de la femme et la Fédération française des motards en colère unis dans la même révolte... Tout ce petit monde réuni autour d'un motard sillonnant entre les lignes de sa vie.
Dédiaboliser la moto : telle est la volonté de l'auteur dans ce récit intimiste chargé d'humour et d'émotion. Quelques coups de gueule, pas mal de dérision... La fiévre-passion d'un homme « moto-morphosé ». Le motard tel que vous ne l'auriez jamais imaginé !


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C o u v e r t u r eC o p y r i g h t













Cet ouvrage a été composér Edilivre
175, boulevard Anatole France – 93200 Saint-Denis
Tél. : 01 41 62 14 40 – Fax : 01 41 62 14 50
Mail : client@edilivre.com
www.edilivre.com

Tous droits de reproduction, d'adaptation et de traduction,
intégrale ou partielle réservés pour tous pays.

ISBN numérique : 978-2-334-04792-0

© Edilivre, 2015D é d i c a c e


A tout ceux qui nous ont prématurément quittés au détour d’un virage…C i t a t i o n


« L’homme n’est qu’un poisson rouge… Il tourne… Il bulle… Il oublie qu’il est en
vie… »
Évangile selon Saint Magueule.Note de l’auteur :
Afin de vous rendre la lecture plus agréable, et surtout conscient qu’il existe bel et bien un
« jargon motard » au cœur de ce monde d’Ostrogoths mal dégrossis, seront juxtaposés à
certains termes barbares un astérisque (*) vous invitant à vous reporter au glossaire de fin de
livre.P r é f a c e
de Monique IGNAM.(*)
Pigiste à Moto Journal 1972-1973,
Présidente du MCP Rabelaisien (*)
Les hasards de l’informatique et du net, si souvent décriés, ont fait qu’un jour je croise la route de Sylvain. J’avais alors un blog moto, et ai découvert
le sien. Les mois passeront avant que ne soit lancée l’idée un peu folle de se rencontrer.
C’est ainsi qu’un beau jour, je partirai vers Bordeaux retrouver un groupe hétéroclite réuni par la moto…
Sylvain, garçon sensible et généreux, saura faire fi des âges, du clivage des marques et autres en organisant cette rencontre. Ce week-end sera
magique à bien des égards. Il sera aussi le départ d’une belle amitié.
Le monde motard, un monde à part où, comme le dit la chanson, ils portent des bottes de moto et des tenues de cuir. Bien souvent aussi des
tatouages ainsi que des écussons, souvenir de balades ou de clubs amis. Ils adorent leurs machines et leur sacrifient bien des choses.
Drôles d’individus… Une sorte de grande famille, avec ses sous-groupes, ses codes et ses lois.
Drôles d’engins… Pour aller vite, pour aller loin, qu’il pleuve ou vente, avec la musique du moteur pour seule compagnie sur des centaines de
kilomètres… Presque humains ces engins… Mieux qu’humains vous diront-ils !
Comment expliquer ?
Au fil de ces pages, Sylvain vous fera découvrir le monde de la moto, et lorsque vous croiserez un motard sur la route, vous ne le regarderez plus tout
à fait comme avant.
Bien sûr, il y aura des jours sombres avec pluie, avec froid, mais toujours les copains à l’arrivée. De même, toujours il y aura au bout de la route le
partage d’un verre, d’un repas en commun, avec ce qu’on a sous la main, peu importe…
Je sais Sylvain, que tu sauras partager ta passion, la nôtre. Celle qui fait oublier bien des choses, et nous apporte tant de joies.
Dis-leur les kilomètres, l’hiver pour retrouver les copains. Nos retrouvailles autour d’un feu de camp.
Dis-leur l’été quand les blés sont mûrs et le soleil cuisant.
Dis-leur l’eau fraîche du ruisseau pendant la halte.
Dis-leur l’amitié dans nos groupes. La douleur quand l’un de nous manque définitivement.
Dis-leur ce qu’est la fraternité !
Ce 2 juillet 2015.
1973 – Monique, lors de l’opération des Anges de la route,
avec Europe 1.Chapitre I
L’ancien testament
« Le récit n’est plus l’écriture d’une aventure, mais l’aventure d’une écriture »
Jean Ricardou.
Avril 2014 : Écran noir, page blanche, grise mine…
Dix-huit mois… Dix-huit putains de mois où l’on se perd en de stériles recherches… Où l’on
se bluffe, lâchement retranché sur le piédestal d’un « vrai-faux » argument… Où passion se
retire et raison prend place.
Elle est partie pour se donner à un autre, reprenant liberté de s’offrir à l’avenue du destin.
Je suis devant page blanche, et les mots se dérobent. L’écriture m’échappe, alors que Marc
Levy nous annonce la sortie d’« Une autre idée du bonheur », son quinzième roman.
Non, rassurez-vous, il n’y a pas d’erreur. Je ne vous parle pas d’une femme. Néanmoins,
aussi inconcevable que cela puisse paraître, la vente d’une moto peut s’avérer pour un
passionné aussi déchirante qu’une rupture amoureuse. Preuve en est me concernant. Au
risque de surprendre, dès les premiers coups de fil, mes échanges avec tous acheteurs
potentiels se verront martelés par le rythme de chacun de mes mots, chacune de mes phrases
en de véritables coups de butoir ! La mise en vente d’une bécane pour une mise à mort de
l’âme…
C’est un matin de février 2012 qu’elle m’a quitté, non sans avoir enquillé une toute dernière
fois quelques tours de roues en ma compagnie. Un ronronnement hypnotique en ligne droite,
une incomparable fluidité dans le mouvement, des hurlements tout aussi enchanteurs en
entrée de courbe, puis, le silence… Fièrement dressée sur sa béquille, les échappements
encore brûlants, je la revois solidement sanglée sur la remorque de son nouveau propriétaire,
me scrutant du coin du phare dans un dernier « pourquoi ? ». La fin d’une belle complicité…
Le début d’une autre histoire. Une nouvelle région aussi pour un nouveau job, de nouveaux
projets. Le virage raisonnable et raisonné d’une vie jusqu’à ce jour en pointillés. Adieu
famille… Adieu fureur… Bonjour sagesse !
Le mélodrame aurait pu se limiter à ça, mais bien souvent, derrière la version officielle des
choses, se cache une tout autre vérité : oui, elle est partie, mais parce que je ne me suis pas
montré assez fort pour elle ! Parce ce que n’ai pas su la préserver ! Je ne suis plus aujourd’hui
qu’ombre et poussières… Un amas de cendres sur lequel demain je me suis promis le retour
brûlant du Phoenix. La passion de la moto est mienne et le restera à jamais. Elle est une force.
Elle est mon essence et ma joie de vivre. Elle est mon quotidien. Elle m’a quitté pour une tout
autre direction… A chacun sa voie désormais… Longue soit ta route !… Que la mienne le soit
aussi…
Tel était mon état d’esprit en ce début d’année 2012… Loin d’être glorieux il faut bien
l’admettre. Mais retirez au peintre ses pinceaux, au musher ses chiens, au gitan sa guitare, et
la flamme viendra naturellement à s’éteindre. Tout vrai passionné privé de son guide ne peut
que s’enfoncer vers une inévitable mort spirituelle.
Dix-huit mois… Dix-huit longs mois donc, où bien malgré moi, je clouerai casque et blouson
sur la croix du Golgotha. Crucifié certes, mais loin d’être mort ! Et dans cette retraite imposée,
l’écriture deviendra un exutoire… Un compagnon d’infortune… L’écriture d’une vie-passion !…
L’écriture d’une aventure dont le point d’orgue semble invariablement trouver son origine au
sein de « l’ancien testament » de ma vie.
Il faut remonter loin… Extrêmement loin dans mes souvenirs pour comprendre l’instant :
trente-cinq ans en arrière pour en faire précisément sauter le verrou… Passez cette porte, et
devenez en toute simplicité le voyageur témoin de mon histoire à l’image de ce que Sartre
soulignait :« Pour que l’événement le plus banal devienne une aventure, il faut et il suffit qu’on se
mette à le raconter. »
Je ne devais pas avoir plus de dix ans, lorsque sont venues pour la première fois danser
autour de moi les muses du Dieu Motorrad (*). Je n’irais pas jusqu’à dire que je suis passé du
berceau à la moto, mais les faits sont là !… Aussi clairs à mes yeux que ne l’était la conviction
d’Einstein sur sa théorie de la relativité. Mais je m’égare… Disons qu’au fil des années, je me
suis comme moto-morphosé. Un addict pur jus de la pratique moto, sous toutes ses formes,
par tous les temps, en tout endroit. Ce que l’on appelle dans notre jargon un motard quatre
saisons. Mais avant d’être, il faut avoir été…
20 Avril 1980 : Autoroute A11, quelque part entre Rouen et Paris.
Me voilà donc, à tout juste dix ans, mollement avachi sur la banquette arrière de la berline
familiale. Je louche sur l’autoradio supplicié qui beugle à qui veut l’entendre le dernier tube de
« Stone et Charden ». Nous sommes sur la route du retour et je ne peux qu’applaudir des deux
mains. J’en ai ma claque, tout gamin que je suis de ces séances de torture ! Ras la casquette
de ces repas de famille qui s’éternisent autour des « Oooh » de ces dames endimanchées,
s’émerveillant sur la tarte aux fraises de tata Jeanine… Plein les pattes des « Aaah » de
bienséance de ces messieurs, lorgnant sur le quinze ans d’âge du pousse-café. Par dessus la
tête aussi de ces sempiternels débats politico-merdiques de nos tablées dominicales !
C’est une première clameur… Un rugissement phénoménal qui m’arrache brutalement à
cette léthargie patente. Bondissant comme un diable hors de sa boîte, je me fixe alors sur les
bruits sourds et grandissants venant de l’extérieur. L’ouverture de rideau !… Rien de moins
dans le regard du marmot que je suis, qu’un brillant opus d’opéra wagnérien ! Un spectacle qui
aura sur moi d’inéluctables répercussions.
En cet après-midi de printemps, au beau milieu des événements que l’on appellera par la
suite en Khabilie « le printemps berbère », cinquante mille motards quitteront les plaines
sarthoises des « 24 heures du Mans ». Cinquante mille motards reprendront la route pour
Paris et sa banlieue. Cinquante mille motards se partageront l’A11 avec les «
Gigotsflageolets » du dimanche. Cinquante mille motards seront pour la première fois touchés des
yeux par un gamin de dix ans !
Soudain, un second hurlement !… Cette fois solidement embusqué à hauteur de hayon,
j’élabore à la hâte un poste d’observation, puis, à l’image d’une sentinelle, me mets à scruter
l’horizon : De notre voiture, le panorama déprimant d’une fin de week-end des plus ordinaires.
Face à moi, je ne vois qu’un troupeau bêlant de charrettes remontant le ruban d’asphalte vers
les embouteillages parisiens. Contre toute attente, de vives lueurs viennent alors subitement
égayer ce sombre tableau. En un flot intarissable, commence à se détacher de ce champ de
voitures comme une nuée de sauterelles. Une irrépressible armada de coléoptères
motorisées ! La vague sans fin d’un véritable raz-de-marée moto.
Cramponné au repose-tête, genoux rivés sur la banquette, regard contemplatif, ma curiosité
fait soudainement place à une outrancière excitation. Chaque moto, dans ce ballet improvisé,
semble vouloir me saluer de sa voix caractéristique. « Valse mélancolique et langoureux
vertige ! » Bicylindres, deux temps, mono, six cylindres en ligne, trois pattes… Le baryton
chante pour le soprano, le ténor rend hommage au castrat. Des voix ensorcelantes ! A l’image
d’Ulysse devant le détroit de Messine, je sens ces sirènes me happer dans le tourbillon de leur
écho. Subjugué par la prestance de cette horde, je flotte, magnétisé par ces monstres d’acier.
Ils paraissent indestructibles… Inébranlables ! De véritables icônes à l’image de ce qu’un
môme ressent devant l’archétype du héros qu’il se fabrique au quotidien. Ce père fictif que la
sombre réalité vient finalement détruire sur le palier du monde adulte.
Dans mon euphorie grandissante, je ne remarque pas de suite ce motard échoué au guidon
d’une authentique chimère, trois mètres tout au plus de mon observatoire. Comme un papillon
piégé à la lueur d’une bougie, je me vois proprement scotché par le halo de lumière de sesphares additionnels. Le dragon de métal me scrute en prédateur féroce… En un réflexe
purement instinctif, je me terre un court instant tel un garenne en panique. Mes petits gestes,
lancés timidement à cette légion auraient-ils été mal perçus par l’un d’entre eux ?…
Oreilles tendues, moustache au vent, je finis par relever museau et billes de loto. Dans ce
regard, une expression d’admiration que le motard, sous sa paire de climax (*), finira par
apercevoir. L’homme me regarde… Il est rayonnant, monstrueux de force et de puissance. Je
ne salue plus de la main. Je suis figé, telle une proie face au rapace. Puis, un groupe de
motards se manifestera en un coup de klaxon rageur. J’entreverrai brièvement la main gauche
du paladin quitter le réservoir sang et or. Le destrier de feu déboîtera alors sur ma droite, et
fera lentement mouvement vers notre flanc. Le dragon vociférera en un feulement rauque et
tourmenté. Son souffle sera brûlant, son brame terrifiant. Tétanisé, je quitterai du regard le
cheval d’acier pour le pilote. Là, je distinguerai nettement les Climax m’adresser un large
sourire… Franc… Chaleureux… A moi ! Tout juste dix ans, et une expérience du 2 roues se
limitant à mes courses de vélos de quartier ! Je vous laisse imaginer l’explosion de fierté qu’un
enfant peut ressentir en un tel instant !… Instant que l’on souhaiterait éternel… Un moment où
tout semble s’arrêter !… Une pause sur les chemins de la vie…
Je crois avoir esquissé un geste frileux, auquel un poing ganté m’a rendu la pareille, index
et majeur tendus en un « V » parfait. Je n’en comprendrai pas sur l’instant la symbolique. Le
seigneur des routes ne m’en laissera pas le temps. Il lâchera une vitesse et quittera terre dans
un hurlement « tsunamistique »… Une déflagration qui, aujourd’hui encore, résonne au plus
profond de moi. Ce motard ne le saura probablement jamais, mais il est à l’origine de la
naissance d’une véritable passion dont ce 20 avril aura été le berceau.
Neuf longues années passeront. En ce 17 novembre de l’an de grâce 1989, je serai enfin
adoubé chevalier. Un motard à part entière qui depuis, jamais ne manque d’adresser un signe
amical aux enfants… Parce que cette passion est dévorante… Parce notre devoir est de
transmettre aux générations futures cette inestimable valeur de partage.
Ce fameux « V »… Signe de victoire… Patrimoine s’il en est de la culture motarde…
Je ne m’y intéresserai que bien des années plus tard, époque où, derrière mon statut de
collégien, je tentais de me cacher sous un épais duvet post-pubère. Ce geste étrange était
régulièrement réalisé par deux anciens du lycée qui venaient chaque samedi se poster devant
la sortie du bahut au guidon d’imposantes motos. Bien sûr nous les connaissions tous de vue,
à commencer par les filles de Terminale ! Les nymphettes se regroupaient systématiquement
autour du duo qui se voyait ainsi assiégé par d’immanquables et langoureux papillonnements
de paupières… Le printemps sans doute !… Ce binôme distillait pour moi une toute autre
saveur : il y avait je ne sais quelle note sucrée à côtoyer ces anciens élèves. Que dis-je ?…
Ces deux mercenaires, qui semblaient se présenter à moi en ambassade, comme dépêchés
par le roi d’une puissante contrée. Sur leur parchemin, un message subliminal : « Un jour, toi
aussi tu seras motard… ».
Le premier, grand rouquin filiforme, n’avait jamais eu bonne presse à mes yeux. On se
serait cru en sa présence, face à une sorte de pantin désarticulé. Une marionnette de bois et
de chiffons déambulant maladroitement dans les couloirs du bahut… Mais quelle
métamorphose au guidon de sa machine ! Cet épouvantail « Poil de Carotte » avait
soudainement la prestance d’un dieu Grec au teint d’albâtre. Sa monture quant à elle, je
n’avais pas mis bien longtemps à la reconnaître : cette même Honda 1000 GL Goldwing sang
et or, chevauchée par le fantasmagorique chevalier de mon enfance. Majestueuse de force et
de sobriété, ses trois énormes phares me transperçaient à nouveau, quatre ans plus tard, du
même halo magnétique de lumière.
eLe second, frère aîné de l’un de nos potes de 3 , était visage bien connu, parce que
coqueluche de la gente féminine du lycée. Aussi mat de peau que le teint de son acolyte était
crayeux. Un Apollon malgré lui : réservé et mystérieux là où son leprechaun de compagnon
pouvait se montrer exubérant et festif. Il chevauchait, pour sa part, une magnifique Suzuki XN85 Turbo d’un envoûtant gris bleuté. Cette moto fut à son époque, injustement boudée parce
que réputée trop sage aux yeux des puristes. Il est des mystères que l’on se satisfait à ne
jamais vouloir résoudre.
En bref, tout semblait vouloir opposer les deux amis : Irlandais hirsute au teint blafard…
Latino angélique aux yeux de braise. L’improbable amitié d’un centaure avec un « Bonnet
rouge » de gobelin écossais. Aussi invraisemblable que cela puisse paraître, ils n’en étaient
pas moins soudés par cette passion commune… Deux anciens du lycée. Deux tout jeunes
Seigneurs des routes… Deux messagers du Dieu Motorrad, unis dans le même geste, me
murmurant en écho : « Un jour, toi aussi tu seras motard ».
Ce geste donc… Ce fameux « V », quelle en sont les origines ?
On attribue bien souvent la paternité de ce symbole à un mythe de la moto. En effet, si
Barry Sheene s’avère internationalement reconnu par sa couronne de double champion du
monde, sa légende traverse, quant à elle, les époques grâce à l’empreinte qu’il a laissée sur
les circuits… Le pilote avait pris l’habitude de saluer le public durant le tour d’honneur de
chacune de ses victoires, bras tendu bien haut, les deux doigts en forme de « V »… Ce geste
sera rapidement repris par toute une génération de passionnés pour finalement se populariser
en un rituel incontournable. Aujourd’hui, quel que soit le pays, ce signe de ralliement se voit
réalisé par tout motard croisant son homologue sur les routes. Derrière ce geste, se cache la
plus emblématique des symboliques motardes, synonyme de cohésion, de respect et de
solidarité. L’origine du geste est en revanche nettement moins connue…
Il aurait été lancé pour la première fois le 26 août 1346 par les archers anglais d’Édouard
III… Un message émis, au beau milieu de la guerre de cent ans, à l’attention des badauds de
France et de Navarre croisés sur le retour de la bataille de Crécy. Ce choc restera dans les
mémoires comme l’une des plus cuisantes déculottées de la France de Philippe VI face aux
armées d’invasion. En effet, solidement retranchés derrière un mur d’épieux, aucune approche
de la cavalerie française ne se voyait possible. Les archers anglais, par jets nourris de flèches
ont ce jour-là, littéralement taillé en pièce notre chevalerie et sa noblesse. Une véritable
séance de tir aux pigeons ! Les pertes, selon les sources, se sont avérées catastrophiques. En
cette pluvieuse après-midi, pas moins de mille cinq cents chevaliers et deux mille trois cents
Gênois auraient été balayés par la faucheuse. Une revanche à l’anglaise envers une infanterie
française qui avait pris pour habitude à l’époque de trancher index et majeur des archers faits
prisonniers. Cette « charmante » tradition qui, reconnaissons-le, a tendance de nos jours à se
perdre, avait pour but de les empêcher à nouveau de bander un arc. Cette coutume amènera
de ce fait presque naturellement les Britanniques à faire ce fameux geste en guise de pied de
nez. Ainsi, chaque fait d’armes, chaque victoire sera l’occasion de montrer bien haut à l’ennemi
les doigts d’une main épargnée !
Barry Sheene, de son côté, nous a quittés en 2003, des suites d’un cancer foudroyant.
Nous avons perdu l’un des plus grands champions de sa génération, mais sa légende traverse
désormais les âges aux quatre coins du globe derrière ce signe de partage auquel il a
redonné, bien malgré lui, une véritable dimension…Chapitre II
La naissance d’une légende
« Il n’y a pas de héros sans auditoire »
André Malraux.
C’est à l’aube de mon quatorzième printemps que je me suis lancé à la conquête du Saint
Graal ! Deux anciens du lycée à moto vous disais-je ? Ce simple état de fait sonnait désormais
comme une évidence ! L’impossible me paraissait subitement accessible, et ce message
redondant chantait en moi en doux refrain : « Toi aussi, un jour… Toi aussi ! ».
L’objectif se résumait finalement à peu de choses sur le papier… Sur le papier bien
évidement ! Primo, me procurer une mob’. Secundo, trouver un mentor et faire mes premières
armes.
J’allais très vite me rendre compte que la confrontation parents-ado serait tôt ou tard
inévitable. Par la même occasion, j’allais prendre conscience que le pouvoir est la propriété du
plus fort ! C’est dans ce genre de circonstance que l’on réalise que l’adolescence n’est pas le
statut idéal pour se mesurer au collège parental ! Tout du moins, c’était encore le cas il y a
trente ans, sacro-sainte époque où, en tant qu’adultes, nous n’étions pas obligés de nous
lancer dans de longues négociations pour accéder à la télécommande de la télévision.
L’autorité justement… Il allait falloir que je demande audience.
Juin 1985 :
Stupéfiant l’imagination florissante que l’on a dès que motivation et entêtement jouent de
paire. Effarant de même, la quantité colossale d’arguments plus foireux les uns que les autres,
que l’on sert à ses parents à propos de l’acquisition d’une mobylette : moins de fatigue,
mobilité accrue, et autonomie décuplée démultipliant l’espace-temps parental «
télécharentaises ». Quoi qu’il en soit, après six mois de guérilla intempestive, d’embuscades
stratégiquement calculées et autres harcèlements psychologiques, les despotes avaient fini
par tomber pavillon ! Je reste néanmoins, aujourd’hui encore, convaincu qu’une profonde
lassitude du bloc parental ne soit à l’origine de la signature de ce « traité de paix ». Peu
importe les moyens, l’essentiel est d’arriver à ses fins ! Il aura donc fallu attendre l’aube de
mes seize ans pour enfin toucher à la sacralisation.
Août 1985 :
Me voilà à nouveau dans la berline familiale, casque flambant neuf en main. Je contemple
le museau de la R25 avalant, imperturbable, la ligne blanche de la départementale. J’ai peine
à croire que je serai bientôt au guidon d’une mobylette. La demi-heure me séparant encore de
mon destrier me permet de retracer les événements du week-end précédent.
J’avais, en cette fin d’après-midi, reçu une convocation en règle dans le salon du PDG
familial. Vous savez ?… Ce type d’invitation fleurie derrière laquelle se cache un ultimatum
sans équivoque !
Un couloir sombre… Un étroit vestibule… Une lourde porte… Un pas, et me voici dans
l’antre du mâle dominant. La pièce monacale me semblait soudainement immense ! Un long,
bien trop long hall pour rejoindre la salle d’audience au milieu de laquelle trônait un vaste
fauteuil. Mozart, quant à lui, s’était fait fort de m’accompagner dans mon chemin de croix de sa
symphonie n° 40 « Molto Allegro »… Mon père, pourtant assis, semblait me surpasser d’une
tête. En un regard je fus invité à prendre place sur le canapé, pour instantanément être happé
par une kyrielle de coussins-gloutons, avec cette soudaine et désagréable impression de
m’être embourbé en terrain hostile. Je pris un air faussement détaché, mais soyons clair,
j’étais à la limite de la syncope, suivant des yeux les ostensibles mouvements d’épaules du
fauteuil patriarcal. Une voix sourde s’amplifia enfin dans un raclement de gorge, étouffant par
la même les violons du virtuose salzbourgeois. Et Mozart retint son souffle !« Bon ! Samedi, il faudra te lever tôt !… ».
Sueur froide… Main gauche rivetée à l’accoudoir… Fesse droite définitivement incrustée
dans quinze centimètres de plumes d’oie !
« Je t’ai trouvé une mobylette. J’ai pris rendez-vous pour la semaine prochaine ».
Silence dubitatif… L’insondable reflet d’une paire de lunettes finira par croiser mon regard…
Je me surprends encore aujourd’hui à entendre cette mélodie émise subitement par le piano.
Un Mozart soudainement subliminal, debout sur ses partitions, et m’accompagnant dans mes
rêveries, sur une version gutturale d’un « Learning to fly »(*) mystifié ! Je crois n’avoir jamais
autant aimé la musique classique que ce jour là !
« 9h00, c’est bon pour toi ? » me relancera la voix. Silence…
« Euh oui… 9h00, c’est bien je pense… ». Derrière un flegme d’apparence Churchillien, je
n’étais plus que « duckwalck »(*) d’un Angus Young surexcité !
Tu parles Charles ! Mon père m’aurait proposé ce même rendez-vous à deux heures du
mat’, que cela m’aurait semblé tout aussi bien ! Je touchais enfin du bout des doigts ce fameux
Graal ! Plongé dans mes fantasmes, je m’imaginais déjà chevauchant la mob’ de mes rêves.
Le 103 Peugeot MVL, Mesdames et Messieurs : Monocylindre 2 temps équipé de
3l’incomparable moteur à variateur de 49,9 cm à carburateur Gurtner de 12 mm… Vitesse de
pointe, vent dans le dos de 45 km/h sous vos applaudissements !!! La Rolex des cyclos de
l’époque, pouvant être modifiée à outrance avec guidon bracelets, « carbu » de 14 Dell’Orto,
pot d’échappement Cobra III et autre siège chopper ! Fendre le bitume sans but précis à
l’image des derniers vrais rebelles de la route. Glisser sur la vague d’asphalte, cheveux au
vent tel Peter Fonda, du soleil levant au crépuscule. Le cliché s’il en est, propre à ce que tout
gosse normalement constitué a au moins une fois secrètement rêvé de vivre ! Cet
incomparable sentiment d’être aux yeux du monde, un pirate solitaire, bravant les interdits et
fuyant toutes contraintes liées au conformisme des hommes. Devenir au regard des copains le
sombre et taciturne guerrier prônant un art de vivre basé sur la liberté de ses propres
valeurs… Muter sur les pages des journaux intimes des copines en un incorruptible chevalier
de lumière… Ce cyclomoteur n’était pour moi, rien de mieux que LE moyen de m’émanciper.
Éprouver tout au moins ce sentiment d’être quelqu’un de reconnu et de respecté. Effacer enfin
d’un revers de main, le mal-être d’un gamin ne trouvant pas sa place au milieu d’une société
où bêler tel un mouton de Panurge s’avérait inacceptable ! J’en souris aujourd’hui en prenant
la mesure des choses. Trente années ont passé, et mes convictions n’ont pas changé d’un
iota. En ce milieu des années 80, je ne comprenais ni les lois ni les absurdités de notre
e monde. Aujourd’hui, en ce début de XXI siècle, je le vomis. La connerie humaine n’a plus
aucune limite et s’expose invariablement chaque soir dans les titres du 20h. Cela fait bien
longtemps que religion et politique dominent le monde. Trop longtemps que l’on en est tous
conscients, mais que chacun de nous joue à l’autruche, la tête profondément enfoncée dans le
sable ! Inconcevable d’intégrer l’idée qu’être de nos jours l’auteur d’un dessin satyrique vous
expose à plus de risques que de s’enrôler dans la légion étrangère ! Tout parti politique le
souligne, toute caste religieuse le condamne, tout pays le déplore, puis chacun s’en retourne
contempler les parois de sa caverne… Cabu, « Charb » et autre Wolinski ne le savent que trop
bien !
« Panem et circenses » disait-on dans la Rome antique, expression latine toujours de
circonstance deux mille ans plus tard ; l’élite continuant à vivre sur le dos du peuple !… Je
préfère oublier cette arène, ses jeux et notre bien triste condition humaine pour en revenir à
Mozart qui vient de quitter son costume de « Chauffeur de salle » pour me laisser l’exclusivité
de la scène.
Dans mon One-Man-Show, le rebelle que j’aspirais à devenir allait bien vite tomber de son
armoire à la vue de sa toute première monture.
Me voici, Acte I, scène 1, sortant de la voiture et me plantant face à la porte d’un garage,
oreilles et menton soudés aux épaules à l’image d’un gaulois résigné à se prendre le ciel sur latête.
Je revois, Acte I, scène 2, mon père alléger son portefeuille de quelques billets, au moment
même où, à la hâte, l’ancien propriétaire s’empressait de balancer au fond de sa crypte le
cageot à légumes fixé sur le porte-paquet de mon… De ma… Euh, que dire ?… Les mots me
manquent… De la relique ressemblant vaguement sous les toiles d’araignée à un cyclomoteur
fossilisé dans le terreau des bacs à géraniums !
Je crus reconnaître Acte I, scène 3, un Peugeot 102 MS : aux yeux de nos grands-parents,
« une bonne pétoire »… Pour notre génération, rien de plus qu’une antiquité !
Pire encore, Acte I, scène 4 : sa couleur, que je n’ai jamais réussi à définir avec précision !
Une sorte de jaune-pipi, marron-caca ou vert-dégueulis, allez savoir !
Je reste par contre intimement convaincu que les ingénieurs ayant pondu ce coloris avaient
méchamment forcé sur l’ecstasy avant de sauter sur leurs palettes graphiques ! A moins qu’un
stagiaire en art déco n’ait fini par faire accepter son projet au staff des hautes sphères lors
d’un debrief’ sévèrement arrosé !
Mon père, devant ma mine déconfite, a rapidement diagnostiqué que ce n’était pas le bol
de café du « p’tit dej’ » qui me restait sur l’estomac. Malgré un ton rassurant, je restais muet de
dépit… Aussi sceptique que peut l’être la fosse ! Je l’entends encore argumenter, en orateur
mirifique, que le tromblon d’un autre âge prendrait une toute autre dimension avec quelques
modifications et un coup de bombe de peinture. Je ne voyais rien d’autre pour ma part, qu’un
cheval de trait que l’on tente de maquiller en étalon. J’étais décomposé, complètement
anéanti, aussi vif qu’une pièce de bœuf sur un étal de boucherie !
Terminés les rêves de gloire : ma légende ne dépassera jamais le quartier. C’est tout du
moins ce que j’ai ressenti sur le moment.
« Compte plutôt sur ton âne que sur le cheval de ton voisin » disait le proverbe auvergnat.
C’est donc avec résignation que je n’allais pas tarder à me lancer à l’assaut de terres
inconnues au guidon de cette pétrolette, repoussant jour après jour les frontières de mon
royaume. Grand bien m’en fasse : au fil du temps, cette petite mobylette deviendra pour moi,
pour les autres également, aussi incontournable que Joly Jumper ne l’est pour Lucky Luke.
Repeinte en un bleu électrique du plus bel effet, son look atypique et son vrombissement
caractéristique de moustique névropathe finiront presque par devenir une marque déposée.
« Où tu iras, j’irai ! » aurait pu être notre devise ! Quel que soit l’endroit où j’étais, jamais bien
loin était béquillé ce vaillant petit berlingot, que je me pose aux bordures du monde connu, ou
à la table d’une taverne de bourgade reculée des steppes désertiques du fin fond du Val
d’Oise. Cette monture me talonnait en une même destinée. Nous étions fusionnels ! Une sorte
de « homme-bylette », hybride douteux tout droit sorti de l’un des romans d’anticipation les
plus fous de Dean Koontz. Ne me restait plus qu’à trouver un mentor… Un maître Jedi… Un
moine Shaolin… Un esthète se ralliant à ma cause et susceptible d’être en mesure d’écrire les
parchemins de ma propre croisade. Il me fallait désormais lever bien haut couleurs et
armoiries, puis faire mes premiers tours de roues à la conquête d’une planète méconnue.
Ce sera en compagnie de la fine fleur de la chevalerie du comté de Montmorency que je
ferais mon apprentissage, en cette année 1986. En cette glorieuse époque, où Robert Palmer
réalisait non sans une certaine satisfaction qu’il était « addicted to love », le Val d’Oise se
montrait pour nous aussi vaste qu’un continent… La vallée de Montmorency aussi étendue
qu’une puissante monarchie ! Nous contemplions encore le lac d’Enghien en un insondable
océan vierge de toute traversée. La commune de Sannois, berceau de notre empire, se
dressait en une opulente capitale, notre lycée s’élevant en une imprenable forteresse ! Tout
nous semblait démesuré. Un périple de vingt bornes en terre hostile au guidon de nos
pétrolettes, et nous n’étions pas moins que l’égal de Vasco de Gama ! C’est ainsi que des
noms de légende m’ont bientôt rejoint sur les tablettes des moines copistes de nos contrées.
Parmi eux, nous citerons notamment Messire Alex « Perceval des bas fonds de Pasteur », au
guidon de son rital de bidet Piaggio en plastique. Sire Stéphane « Karadoc des maraisfétides » et sa fidèle monture paléolithique se rallieront à notre bannière. Le paladin Eric
« Lancelot du Gros Noyer de Saint-Prix » bravera les interdits en se rapprochant de nous, du
haut de son superbe chopper Peugeot « Heavy Métal ». Des seigneurs des routes quelque
peu oubliés de nos jours, et dont la gloire passée doit croupir dans d’humides couloirs
d’archives, sous de poussiéreux grimoires. Messire Alex, en compagnie du Chevalier Olivier
« Bohort du saint-ordre des oubliés de Normandie » tentent aujourd’hui de reprendre place
atour de la Table Ronde, mais le chemin semble vouloir être long et chaotique ! Le premier
cherche toujours le mode d’emploi de son nouveau char d’assaut teuton, tandis que le second
nous chante depuis vingt-cinq ans en ménestrel accompli, une ode plaintive sur son éventuel
futur ex-retour au premier plan. Soyons clair : sur l’ensemble de mes amis d’enfance, je pense
être le seul à avoir été ensorcelé par l’enchanteur Merlin. Le seul à avoir une âme de motard…
Il nous arrive parfois cependant de nous retrouver, comme à la parade, pour se remémorer
ces temps héroïques. S’ensuivent alors les récits de nos tumultueux périples, non sans une
certaine nostalgie et de nombreuses tranches de franches rigolades ! Une chance rarissime
que de réussir à préserver trente-cinq ans de souvenirs autour d’une amitié remontant au
primaire. Souvenir, à l’image de notre plus grande aventure en ce week-end de printemps où,
du donjon d’Alex, « nous partîmes cinq cents » ou presque, sacs à dos remplis de victuailles.
Notre quête principale se résumait à franchir l’« impénétrable » massif du plateau des
Champeaux ! Contourner ensuite le château de la chasse au cœur de l’insondable forêt de
Montmorency, puis, rejoindre les terres fertiles des aïeux d’Eric, ne seraient que pures
formalités. Une croisade de onze kilomètres ! Deux mémorables journées dont l’initiative
revient à notre « Hardos » de l’époque : un week-end dont je garde un souvenir poignant. La
toute première fois qu’au milieu d’un verger, nous bravions l’inconnu en sirotant du bout des
lèvres nos premiers vrais instants de liberté. La toute première fois où des copines,
cramponnées elles aussi à leurs « trottinettes à moteur », prenaient le risque insensé de
partager une tranche de vie avec des garçons. La toute première fois que je jouais, clope au
bec, au vieil habitué devant les filles en allumant maladroitement un poussif feu de camp. La
première fois qu’Eric aiguisait, pensif, une lame que John Rambo lui même n’aurait osé
prendre en main, en contemplant notre baroudeur de Stéphane, plié sur une carte routière du
meilleur des états-majors. La première fois que l’on s’émancipait au guidon de mob’s
improbables et que notre désir de vivre prenait toute son ampleur.Mes liens :
– Vintage Bike Company :
http://www.vintagebikecompany.com/
– Musée de la moto de Savigny-Lès-Beaune :
http://reception-aviation.chateau-savigny.com/musee.htm
– Rêve de bisons :
http://www.revedebisons.com/
– Les Motards en Vadrouille :
http://mev.95.free.fr/index.html
– Le Grill du...