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Entre Orient, Russie et Occident

De
362 pages

Chacun pense qu'il est élu par le destin. Je tente de décrire les événements qui peuvent jeter l'homme dehors, hors de chez lui, hors de son pays. Bien sûr, nous faisons aussi nos propres choix. Les idéaux souhaités par tant d'entre nous sont parfois des illusions. Et s'ils sont vrais, ils perdent quelque temps leur arôme...
Il n'y a pas de pareil pays et il n'y en aura jamais plus.
Ce livre tente de suivre les événements qui se sont produits dans ma vie, en suivant également l'histoire des pays dans lesquels j'ai vécu.
Tous les habitants de la République soviétique ont subi un violent choc après la "perestroïka".
Il m'est aujourd'hui impossible d'oublier le temps où tout le monde vivait ensemble, en démocratie et sans racisme.
L'homme continue d'aimer ce passé malgré les illusions perdues.


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Cet ouvrage a été composér Edilivre

175, boulevard Anatole France – 93200 Saint-Denis

Tél. : 01 41 62 14 40 – Fax : 01 41 62 14 50

Mail : client@edilivre.com

www.edilivre.com

 

Tous droits de reproduction, d'adaptation et de traduction,

intégrale ou partielle réservés pour tous pays.

 

ISBN numérique : 978-2-332-91777-5

 

© Edilivre, 2016

Dédicace

 

À mon père et à ma sœur qui ont porté le poids de la nationalité avec résignation.

Remerciements

Je suis immigrante et la question de l’immigration est, selon moi, assez complexe.

Beaucoup de gens quittent leur terre natale pour la Russie, l’Europe, les États-Unis, souvent sans but précis, sans projet. Nous discutions souvent de cela avec ma traductrice. C’est elle qui m’a suggéré d’écrire un livre. Et j’aimerais lui exprimer toute ma reconnaissance aujourd’hui.

« Je crois que vous écrirez un grand livre », m’a-t-elle dit.

Je ne sais pas si j’ai écrit un « grand livre ». Sans doute, faudra-t-il plusieurs volumes pour aborder tous les aspects de ce thème qui n’est pas simple.

Ce livre n’aurait pas été possible sans les aides de mes travailleurs sociaux, Véronique Vogel (CADA Espoir), Dominique Piquet (CHRS ESPOIR), les associations Espoir et Bleu Nuit, la préfecture du Haut-Rhin et tous leurs collaborateurs. Je remercie également mes médecins, Mme Roselyne Valentin et M. Christian Pélissier qui m’ont donné l’espoir qui m’a permis de continuer à vivre.

Je leur adresse un grand merci.

Introduction

L’idée d’écrire ce livre m’a été suggérée par ma traductrice, madame A. W.

Nous nous trouvions alors dans une libraire, à Paris, et regardions quelques nouveaux livres, dans la section « Société et sociologie ». Parmi eux se trouvait celui de Michèle Tribalat,Les yeux grands fermés. Madame A. W. m’a dit : « Vous pourriez écrire un petit livre à ce sujet et ensuite nous le traduirions ensemble. »

Elle pensait que le thème de l’immigration ne serait pas difficile pour moi.

C’est vrai… à première vue. Cela devait être relativement facile, mais le sujet est vaste parce que chaque pas débouche sur une nouvelle question.

« Les yeux grands fermés ». « Grands fermés » ou « grands ouverts » ? Personne ne peut donner de réponse à l’immigration. Tous tournent autour du pot et il y a une raison principale : la démographie. Bien sûr, c’est une raison importante car il s’agit de la survie de la nation. Elle peut ne pas avoir assez d’ouvriers, de soldats et d’intellectuels. Les ouvriers peuvent être étrangers : des esclaves modernes. Les soldats peuvent être d’une autre nationalité, car le monde contemporain s’oriente vers une armée de métier.

Les intellectuels… C’est une question compliquée. Chaque nation a l’espoir d’être meilleure que les autres. L’étranger, dans ce cas, n’a aucune chance. Il doit rester là où il est. Dieu nous a donné un cerveau et des capacités intellectuelles, mais n’a pas privilégié de nation en particulier. Le don de Dieu ne dépend pas de notre nationalité.

Qu’est-ce qu’un immigrant ? Qu’est-ce que « l’immigration » ? Je voudrais bien répondre à cette question et il me semble que je ne le peux pas. Le problème est sérieux et il vous enlise comme le monde s’enlise dans le chaos. L’immigration est un chaos dont le but est la destruction des nations.

Qu’est-ce que l’immigration ? Le mélange des nations, la confusion des langues, des coutumes, des cultures et la création d’une nation universelle avec une même langue pour tous ? Pourquoi les intellectuels n’ont-ils aucun pouvoir ? Peut-être que leurs idées risquent de « casser » le monde ?

L’immigration est une folie. Mais les gens sautent dans cet « abîme » avec un grand espoir. Ils pensent qu’ils saisiront, au vol, l’oiseau du bonheur. Chaque immigrant possède sa propre histoire qui est celle de son pays et de sa famille. Sans cela, il est impossible de comprendre les raisons qui le font bondir de sa place. Si on pense à sa vie et à sa patrie, cela devient un problème psychologique. Si on ne connaît rien de son passé, ce même problème apparaît quand même. Il a aussi ses propres problèmes et tout le reste n’est que futilités d’âme. D’ailleurs, les problèmes se posent si vous ne connaissez pas son histoire et ses origines. Les gens vivent de mythes et l’immigration en fait partie. L’immigrant ne surgit pas du néant, car il existe des circonstances qui lui parlent : il lui faut réagir et fuir. Pourquoi et où ? C’est une infime partie du problème. Mais cela n’a pas de signification pour les Russes. Le sens a une victoire au-dessus de la raison. L’émotion et l’élan, la vérité et le mythe, la pensée et l’action, la foi et la rébellion. L’âme cherche une place pour sa quiétude. L’immigrant est venu en Europe mais a trouvé un « espace mort ». Il ressent une profonde déception, car la spiritualité et l’utilité ne peuvent cohabiter. La spiritualité n’est d’aucun intérêt pour la société. Les gens vivent pour « l’utilité ». La première place étant accordée à l’utilité pour soi-même. D’autres populations sont attirées par l’immigration parce qu’elles sont très informées et ont un but clair : manger et travailler, travailler et manger. Nombreux, parmi eux, veulent avoir le statut de réfugié, alors ils peuvent manger sans travailler. Peut-être j’exagère un peu. Bien sûr, parmi les émigrants se trouvent des gens différents. Je ne veux outrager personne, mais je fais partie des immigrants depuis huit ans déjà. Les immigrants ont toujours lutté, etce, dans tous les domaines : travail, éducation, logement, entrée dans la société française où ils sont considérés comme des visiteurs fâcheux. L’immigration est une arme à double tranchant !

D’un côté, les Français veulent bien accepter les immigrants, parce qu’ils ont besoin de travailleurs manuels. D’un autre côté, les immigrants veulent avoir un meilleur travail et, pour leurs enfants, une bonne éducation et un vrai métier. L’immigrant est, aux yeux des Français, un « sauvage et un esclave ». Une immigrante que j’ai connue aimait la musique symphonique. Un jour, tandis qu’elle était allée à un concert, elle a rencontré dans la salle sa « déléguée » sociale. Cette dame fut très étonnée de voir qu’une immigrante s’intéressait à l’art lyrique. Voilà… C’est la réalité !

La question del’immigration a été étudiée par beaucoup d’auteurs. Mais quel but ces auteurs poursuivent-ils ? Leur but est-il d’écrire la vérité sur l’immigration ? Celle-ci est-elle une impasse ou une issue ? Sommes-nous véritablement égaux ? Quelle est la motivation d’un pays qui accepte les immigrants ? Souhaite-t-il avoir une « nation propre » ou un pays métissé ? Veut-il avoir deux nations ? Une « nation titulaire » ou une « nation dans la nation » (Esther Benbassa) ?

Il n’y a pas d’allusion au « racisme » parce que c’est un problème pour la société et pour chaque homme, individuellement. Il y a le « droit étranger » et il y a le « droit de la nation ». Quelles sont les corrélations entre « ces droits » ? S’agit-il de problèmes de morale ou d’éthique ? Voire de problèmes philosophiques ou anthropologiques ?

L’Homme est-il une créature divine ou est-il, seulement, au même niveau que l’animal comme le pensent les darwinistes ? Si c’est ainsi, alors l’homme n’est rien. « Rien » n’est rien ! C’est la nullité. Mais nul n’a besoin d’avoir des « droits de l’homme » : humanisme, déontologisme, socialisme, communisme, talibanisme, bouddhisme, philosophisme, etc.

L’immigrant est privé, tout d’un coup, de cet environnement. Pour lui, une seule fonction : un travail pénible. La société a peur face à cette concurrence qui cache, peut-être, un complexe d’infériorité. Vous devez rester dans la ligne que vous a tracée la société, à la place qu’elle vous a donnée. Chaque mouvement au sein de cette société vous est interdit.

Kafka, Camus, Beckett, Ionesco ne sont-ils pas des fantômes ? C’est la réalité de la société contemporaine où vit homme. Il doit s’accoutumer à des règles nouvelles. L’homme est une nullité, la société est absurde, la culture est un mythe, la loi est un fantôme.

2010-2011

France.

Préface
Ma famille et moi

« Et le drapeau russe est au-dessus de la Khiva blanche ! »

N. Goumillev
Les généraux du Turkestan

« … Au-dessus du désert, la lune était claire et le bruissement du sable rompait le silence. Il regardait le ciel jonché d’étoiles. Demain ils devront aller loin, ce sera à nouveau du sable, de la chaleur, de la fatigue. Il faut trouver un puits. Il n’a plus d’eau malgré les restrictions. Mais à quoi bon chercher un puits ? Qu’est-ce qu’on peut attendre de demain ? La campagne prend fin, le pire est passé et grand merci au soldat russe qui a supporté le poids de la campagne. Le général Skobelev se penche au-dessus de ses notes : ils ont parcouru près de quatre cents kilomètres, encore un peu et le but sera atteint. L’aube venait de poindre et déjà Skobelev montait à cheval. Encore les derniers vingt kilomètres avant la chaleur et ce sera gagné. »

Skobelev a été le conquérant de l’Asie Centrale et le gouverneur de la région de Ferghana (1875-1876). Il a été une légende pour mes parents et un mythe pour moi.Il avait du caractère rude. Lui nom inspirait la terreur par indigène au Turkestan. C’était grande mensonge, parce que pouvoir bolcheviks interdisait prononcer noms anciennes gouverveur d’Empire Russe. Lui nomprononçaient dans notre famille en chuchotant. Il était homme d’Etat et a fait d’organisation des services municipaux. Il a commencé à construire le chemin de fer, télégraphe, la poste.

Lui nom a été passé sous silence au temps soviétique. Bien sûr, il a été figure inconvenant pour bolcheviks car, leur opinion et idélogie nieaient totalement personnes de regime du tsarisme. C’était haine de classe. Ils ont fait la propagande de lutte des classes malgré que chefs de Révolte n’ont pas été « classe populaire ». Le monument du Skobelev a détruit en 1919 à Moscou confirmement d’ordre titre de Lénine. Peut-être à causes : 1875 truppe du Scobelev a écrasé l’armée du Khan de Kokande. La défaire et captivée tout l’armée de Vesselle-Pasha. 1880 il a expédition Akhal-Tekinskaya. Lui truppe a pris fortesse Khiva. Il annulait esclavage là-bas et marchande des enfants. Mon grand-père aussi avait été « colonisateur » en Asie centrale.J’ai entendu que je suis descendante de colonisateur en 1982 à Moscou. Je ne pensais jamais à ce fait et qui nous sommes là-bas. Il est ému seulement Moscou.Mes aïeuls ont quitté leur terre natale, la Russie, pour l’Asie et j’ai quitté à mon tour ma terre natale, l’Asie, après eux.

Mes grands-parents sont nés en Russie au bord de la Volga. La Volga, pour le Russe, est le symbole de l’âme russe qui est aussi large que cette rivière. Elle est très large comme la Volga et très douce comme le bouleau. C’est ce que pensent les Russes. Pour ce qui est du bouleau, j’ai dit à mes amis russes : « Il me semble toujours que le bouleau n’est pas doux. C’est l’arbre qui incarne la fêlure et l’imagination maladive des Russes. »

Ce point de vue les étonnait beaucoup. Si on regarde très attentivement son tronc blanc, cette pensée est naturelle. Je me souviens du film d’Andjeï Vayïda,La Boulaie,où le jeune homme est atteint de tuberculose et va mourir. Il y a cette scène où il court dans la boulaie et les arbres reflètent son état d’âme. Les troncs blancs sont immaculés, excepté des taches noires qui sont autant de souillures qui rongent cette grande pureté. Précisément, le bouleau a l’air innocent et fragile au sein de la nature russe qui est rude et s’étend à perte de vue.

« L’homme est très large, il faut l’étriquer », disait Dimitri Karamazov dans le roman de Dostoïevski,Les frères Karamazov. Lui-même était une âme typique : une nature large dotée d’une fêlure intérieure.

Je ne sais pas si mes grands-parents maternels étaient semblables à cette rivière ou non. J’étais petite quand ils sont morts. Néanmoins, demeurent les mots, les récits et l’atmosphère de notre famille. Mon grand-père n’est jamais retourné en Russie après son déménagement en Asie. Ma grand-mère, quant à elle, est souvent retournée sur le territoire russe parce qu’elle faisait du commerce avec des fabriques de confiserie à Saint-Pétersbourg et à Moscou. Elle avait une poigne de fer. Les aînés l’accompagnaient. Ils aimaient la suivre, mais détestaient le commerce, sauf moi. Ma mère, surtout, détestait le commerce. Je suis née pendant la période soviétique et le commerce avait alors un surnom : « la spéculation ». Le mot « spéculateur » était honteux parce que les spéculateurs s’enrichissaient des difficultés de la guerre. Ceux qui faisaient du commerce, en ce temps-là, ont risqué leur liberté. Quelques-uns ont été fusillés.

Mes grands-parents étaient russes. Ma grand-mère avait la physionomie d’une Russe, le tempérament russe, mais mon grand-père ressemblait un peu à un Mongol, car la Russie a subi l’invasion des Mongols Tatars. Cette question est problématique et malsaine pour l’histoire russe et est un mensonge faisant partie de l’histoire des Tatars qui vivaient depuis longtemps et étroitement côte à côte. À présent, on discute beaucoup pour savoir si le Tatar est russe ou si le Russe est tatar. Mais c’est l’affaire des historiens. Les Tatars vivaient sur les rives de la Volga qui s’appelait alors « l’Idel ». Les aïeuls tatars vivaient aussi là-bas. Leur nom signifiait « ancien Bulgare ». Ma mère et ma tante cadette Nina avaient le visage mi-russe, mi-asiatique. J’ai hérité du côté asiatique : cheveux noirs, yeux bruns, visage typiquement asiatique. Le physique de mon père était à part.

L’ancien État des Tatars reste un problème douloureux pour l’amour-propre maladif des Russes. L’histoire des Tatars a donné lieu à de nombreux mensonges et d’altérations. En particulier, je sais que « croissant de lune » ou « hilal » vient de l’ancien turc, et non de l’arabe ou de la charia, car les Tatars sont turcs. Gengis Khan était issu d’une ethnie turque. Cette hypothèse est développée par la célèbre turcologue, Akhmetsaki Validi Tougann. Je cite également Gali Enikéev et son livreSuivre les traces de la légende noire(édition Medina, Russie).

Mon père a vu le jour non loin de l’endroit où sont nés mes grands-parents maternels. Il est né dans un village tatar, comme il nous l’a expliqué, entouré de villages habités par des Russes, des Tatars, des Méchares, des Bulgares. Son village était peuplé d’anciens Bulgares, quiétaient inscrits comme Tatars. Les Tatars sont les descendants d’anciens Bulgares des IXeet XIIIe siècles (cette question est sujette à discussions). Entre le XIIIeet le XVsiècle, ils firent partie de la « Horde d’or » qui se désagrégea aux XVeet XVIsiècles. Au XVIsiècle, l’État souverain du Khanat de Kazan fut annexé au territoire russe. Des sources sûres arabes et persanes, datant des Xeet XIIsiècles, disent que de nombreux habitants étaient déjà musulmans avant922. (Source Yuzéev).Cette date est officiellement celle de la conversion de l’ancienne Bulgarie à l’Islam. Ils contestaient l’islam sunnite.

Je veux rapporter un fait intéressant que l’on trouve dans le livre d’Ayïdar Yuzéev,La pensée philosophique des populations tatares. « Un problème irrésolu pour le Bulgare, la nuit courte en été et la faible lumière du jour en hiver, a donné lieu à bien des discussions parmi les imams et les théologiens jusqu’au XXsiècle. C’est délicat de faire la cinquième prière après le coucher du soleil quand vient l’heure du crépuscule. En été, sur les bords de l’Idel (Volga), le soleil ne disparaît pas au moment de la cinquième prière. » C’était l’opinion des savants bulgares. Quatre prières, c’était déjà une réalité au Xe siècle. Après la chute de Kazan, en octobre 1552, l’islam pressentait la persécution par le pouvoir russe. J’en parle brièvement car mon but est autre, mais il s’agit de l’histoire du peuple auquel appartenait mon père.Kazan a réduit en cendres.Depuis ce jour, les Tatars ont été humiliés.

En 1555, à Kazan, la religion orthodoxe a été imposée : les Tatars devaient se convertir à l’orthodoxie.L’ordonnance du Ivan IV parlait : ne prendre rien chez habitants de Kazan tatar ni un sou, et ni prendre eux en captifs. Seulement arrêter tsar Ediguer-Magomed,s’approprier tous drapeaux tsaristes et de même des canons. Quant à de la conversion à l’orthodoxie tant Tsar Ivan Terrible a donné l’instruction du l’archevêque de Gouri : la population de Kazan doit faire volontairement nouvelle religion s’il va avec son désir. Le XVI siècle n’avait pas encore assez tolérance et l’indication du tsar tout le monde comprenait : qu’il faut détruire tout tatar. C’est pourquoi commençait la destruction de la culture nationale, de la langue, de la littérature et de la conscience ethnique de la population tatare. Les mosquées ont été détruites.Les Tatars ont été frappés d’un impôt supérieur à leurs moyens, et les terrains des Tatars et Bachkirs furent conquis. La nations’appauvrissait. Mais c’est une pratique mondiale de la conquête d’un pays. Elle existe et temps moderne. L’histoiredes Tatars était calomniée, mais la Russie ne pouvait pas imposer une nation « orthodoxe » d’autorité. Les Tatars ont participé à la révolte. Ils étaient contre la réquisition des terrains par les Russes et contre le Grand Fiscal et le travail pour la construction des routes. Plus de cent milles Tatars ont participé à la révolte de Pougatchev (1773-1775). Ce dernier avait promis la non-persécution des Tatars musulmans et l’exemption du Grand Fiscal.

En 1776, Catherine II fit éditer un décret qui donnait le droit aux marchands tatars de faire du commerce partout sur le territoire russe. En 1788, le mourza tatar a obtenu les mêmes droits que ceux accordés aux princes russes. Mais le peuple demeura pauvre.

Dans notre famille, se rencontraient l’Orient et l’Occident. Les Tatars ont vécu pendant près de mille ans avec les Russes. Il y avait une grande tolérance religieuse. Sur le territoire du Khanat de Kazan et de la Horde d’or, ily avait des églises russes, des mosquées tatares et khazares. Leur pouvoir était puissant. Ils avaient des contacts avec des marchands d’Asie Centrale et des relations à Boukhara, qui était le centre de la vie religieuse et intellectuelle. Les Tatars partaient souvent étudier à Boukhara. Mais, quand les Russes sont arrivés, ils ont commencé à « trier » la population selon la nationalité. J’en parlerai plus loin, car je dois revenir à mon père.

Les Russes partaient en Asie Centrale, parce qu’ils cherchaient des débouchés pour leur consommation courante. L’industrie russe avait besoin de coton, mais acheter du coton à l’Amérique du Nord était très coûteux. La Russie travaillait avec l’Asie Centrale, dont le climat était favorable à la culture du coton. L’industrie textile exigeait beaucoup de coton.

La Grande-Bretagne avait alors des colonies en Inde et tâchait d’avoir de l’influence via des traités en Afghanistan et en Asie Centrale. La Russie ne pouvait pas l’admettre. Les intérêts d’État sont souvent à l’origine de bouleversements dans la vie des peuples.

En juin 1865, la ville de Tachkent fut prise par l’armée russe commandée par le général MikhaïlTcherniaïev. Ce moment est historique pour les Russes en Asie Centrale. Jadis, le territoire du Turkestan était réparti en trois khanats : Khiva, Boukhara et Kokand. Boukhara et Khiva avaient signé des traités avec l’Empire russe. Ils étaient devenus des États indépendants, mais Kokand fut pris par les troupes russes en 1876 et s’appela par la suite la vallée de Ferghana.

Avant l’arrivée des Russes, Les Tatars avaient des relations commerciales, culturelles et religieuses. L’auteur E. Glouchko dit dans son livre,Les héros de l’Empire,queles mollahs tatars réactionnaires et sombres faisaient de la propagande contre les Russes. Je ne connais pas la portée de cette affirmation. Mais elle est peut-être l’équivalent d’une piqûre de moustique. Quoi qu’il en soit, ces attaques se faisaient au préjudice des Tatars eux-mêmes, car les mollahs instruits voulaient l’instruction pour la population tatare.

Je ne me plonge dans l’histoire ancienne des Tatars que pour donner un cadre à la vie de l’auteure que je suis, née en Orient, qui en a respiré l’air et qui se trouve entre deux mondes constamment.

Mon grand-père était officier de l’armée de l’Empire. En 1888, il arriva au Turkestan pour faire son service militaire. Il avait dix-huit ans. C’était six ans après la disparation du gouverneur du Turkestan, le général K. Kaufmann et du général M. Skobelev, également gouverneur de cette région.Lui l’étalon de grand capitaine qu’à été Napoléon. Il voulait répéter la campagne d’Égypte. L’Asie Central il prenait comme un théâtre de guerre pareille de la campagne de Napoléon. C’était une figure contestable, un talent de guerre, mais il été si exigeant qu’il frisait la sévérité. Parmi les indigènes il a eu une réputation homme cruel. Il est mort à Saint-Pétersbourg pendant congé de circonstance suspect à l’âge trente-huit.Il était une légende pour les Russes en Asie Centrale. J’en ai toujours entendu parler par mes parents quand j’étais enfant. Mon grand-père n’a pas eu à livrer de batailles terribles, mais a connu des échauffourées avec la tribu des Turkmènes et de petits groupements du Khan Kokand. La vie en Asie était normale, parce que le gouvernement permettait l’ouverture des commerces. La première usine de coton fut créée.

À la retraite, mon grand-père déménagea à Kokand. Il a vécu en Asie vingt-cinq ans et avait décidé d’y rester, car c’était sa deuxième patrie. Ma mère est née à Kokand en 1906. Cette ville dynamique était le centre du commerce ; la célèbre« Voie de la Soie »allant du Proche-Orient à l’Inde et à la Chine en passant par Kokand. Avant la Révolution russe de 1917, cette ville possédait près de cinq cents mosquées et le clergé y résidait. En ville, on trouvait le palais Khan Khoudoyar, de beaux jardins, deux écoles d’enseignement classique (une pour les garçons et une pour les filles) et une école de commerce. Ma mère étudiait les lettres humaines. Lorsqu’a commencé la Révolution russe, elle avait à près douze ans. À Kokand, l’agitation était aussi grande qu’en Russie. Cette ville comptait de nombreux ouvriers, qui s’attelaient à la construction de chemins de fer, ainsi que de nombreux bolcheviks.

Malheureusement, le palais Khan Khoudoyar a été détruit en partie après la Grande Révolte, parce que les bolcheviks étaient athées. Les mosquées furent également détruites. Dans l’église russe, s’était installé le régiment de cavalerie avec ses chevaux. Les soldats y donnaient des rendez-vous aux demoiselles. Deux de mes tantes venaient y retrouver leurs cavaliers.

Avant la Grande Révolte, leTurkestanétait un pays développé, mais tout s’est effondré. « Nous ruinerons de fond en comble le vieux monde ! Nous construirons un nouveau monde », chantaient les ouvriers. Tout doit disparaître ! C’est le caractère du Russe. Il dit : « Démolir, ce n’est pas construire. »

Notre quartier était limitrophe du quartier de la « Vieille Ville » où avait été concentrée une population d’Ouzbeks à l’initiative du premier gouverneur du généralKaufmann, qui pensait qu’il ne fallait pas inquiéter la population indigène. Les Russes commençaient à construire leur quartier. Mais, après la perestroïka, les Ouzbeks dirent que les Russes voulaient maintenir la population asiatique dans l’ignorance. Ce système perdura pratiquement jusqu’à la perestroïka. Mais, quand la ville fut rebâtie, après le tremblement de terre de 1966, la population s’est mélangée. La population indigène vivait sa vie. Les Russes qui venaient rendre visite à des parents ou à des amis se rendaient dans la « Vieille Ville ». Elle était « exotique » à leurs yeux et ensoleillée, ce qui est rare en Russie, surtout à Saint-Pétersbourg. La célèbre tragédienne Vera Kommissarjevskaïa, qui lors d’une tournée vint séjourner à Boukhara, attrapa la variole noire : Elle contracta la maladie lors de la visite d’un bazar avec des amis. Elle est morte en 1910. L’intelligentsia russe qui se trouvait au Turkestan fut très choquée. Ce fut une mort terrible, car la maladie avait enlaidi le visage de la tragédienne. Elle possédait une résidence secondaire à Tachkent, où elle s’installait quand elle partait en tournée. Cette maison tomba en ruines lors du tremblement de terre de 1966.

La population du Turkestan était faiblement représentée à l’assemblée à Saint-Pétersbourg. Mais le 3 juillet 1907, le tsar Nikolaï II fit paraître un décret privant du droit de vote les populations de Sibérie et d’Asie centrale. En 1905, avait eu lieu la première révolte russe. Le tsar Nikolaï, en octobre 1905, signa le manifeste qui accordait la liberté d’expression, de la presse et de réunion. C’était la politique du gouvernement national de Russie. C’était la logique de fer : ne pas permettre aux « allogènes » d’être des hommes.

Le tsar Nikolaï eut un destin terrible. Le peuple russe l’aimait. Le « chauvinisme russe » mit en place quelques années plus tard un autre décret qui fut plus monstrueux que le précédent.

En 1915, le tsar Nikolaï II ouvrit ses frontières pour sauver les Arméniens du massacre par les Turcs. Trois cent soixante-quinze mille Arméniens rentrèrent sur le territoire russe. L’Europe et la Russie ont été indignées par ce massacre et peut-être que le tsar s’est énervé de cette initiative parce que grâce à lui les musulmans ont obtenu la citoyenneté. Ils pensaient établir la démocratie pour tous les peuples. Les Tatars ont joué un rôle important, car parmi eux se trouvaient beaucoup de réformateurs de l’islamisme. Cette réforme avait une portée civilisatrice exempte de tout fanatisme. Les Tatars étaient une nation libre et comptaient bien le rester. Ils voulaient l’instruction pour le peuple et adapter l’islam à la vie contemporaine. Cela provoqua une grande polémique au sein de l’État.

Le 25 juin 1916, le tsar Nikolaï II fit éditer le décret « Avis de réquisition des allogènes » qui stipulait qu’il fallait mobiliser la population asiatique du Turkestan et du Pays de la steppe pour creuser des tranchées. Tous les hommes de dix-neuf à quarante-trois ans durent quitter leur maison et travailler à l’arrière-front. Mais tout le monde s’insurgea contre cet ordre. Édité durant la période du Ramadan et des travaux agricoles, ce décret poussa le peuple à la révolte.

Je ne veux pas faire un quelconque commentaire sur ces décrets. Ils parlent d’eux-mêmes. C’est la loi dictée par le Russe : il prive du droit d’éligibilité la population musulmane et leur impose des obligations militaires au même titre que les citoyens russes. Mais qui est privé dudroit d’éligibilité doit être exempté d’obligations militaires. Mais qui respectait ces lois quand le Tsar lui-même les changeait à volonté ? Ma tante Tatiana nous avait raconté ceci : « Ils vont en ville avec des pelles, des « ketmènes » et des bâtons. Il y avait une grande foule. Des cosaques et des policiers galopaient avec des nagaïkas et des fusils. C’était un cauchemar et je m’en souviens encore. La foule s’est dispersée. Il y a eu beaucoup d’Ouzbeks et de soldats russes blessés. Alors a débuté le premier chaos avant la Grande Révolution. Après la Révolte, se sont formées de nombreuses bandes de pillards attaquant et brûlant les maisons. »

Mais ce fait historique n’est pas apprenant exactement. Maintenant, les historiennes présument que c’était action de Britannique et Turque qui se proposent « frapper » de Russie de l’intérieur. Au contraire en Asie tout population a été en patriotisme contre guerre. Il marche au front volontairement. C’est pourquoi cette l’action était inattendu.Le gouvernement étouffa la révolte et envoya beaucoup d’« allogènes » en exil en Sibérie. Il en résulta une crise politique et une précipitation de la fin de l’État.

En fait, j’écoutais souvent ces récits et parfois je jouais au « cosaque et à la révolte ». Les enfants jouaient alors au jeu « cosaque-brigand ». Ce jeu existait déjà en Russie avant la Révolte.

Kokand prit un nouveau départ avec la disparition du dernier gouvernement. Mais le gouvernement bolchevik, encore faible, laissa place au chaos. Courir en Russie était impossible, alors les gens durent faire face à leur destinée. Dans l’Empire russe naquirent le panturquisme et le panislamisme très populaires, car le territoire était occupépar une importante population de musulmans tatars, de bachkirs. Cela eut des conséquences au niveau historique. La politique russe se maintenait souvent par la force.

En Asie centrale, ce fut le début de l’action nationale « La Choura-I-Islamia » et la montée du nationalisme comme les « Choura-I-Ûlema ». (Les instituteurs de religieux organisaient des actions pour former la République du Turkestan international et démocratique islamique). Mais les bolcheviks y étaient opposés, car ils avaient carte blanche pour soumettre une population d’« handicapés » et mettaient en prison tout individu suspecté d’internationalisme.

En 1917, était réalisée « l’Autonomie de Kokand » ; c’était l’idée de Moustafa Tchokaï, ministre des Affaires étrangères, à la tête de cette Autonomie. Moustafa Tchokaï, en tant que leader de l’action nationale, avait sa réputation parmi la population d’Asie centrale avant la Grande Révolte et était membre de la Douma, l’État à Saint-Pétersbourg où il représentait le groupe musulman du Turkestan. Il quitta Petrograd et retourna à Tachkent, où il créa le journalBirlik Tûï(Le drapeau d’unité). Il défendait l’idée d’indépendance des populations de langue turque. Quand les bolcheviks ont pris le pouvoir par la force, ils ont fixé la mise à prix de sa tête. Il était l’ennemi numéro un pour eux, parce qu’il souhaitait le Turkestan libre et international. Il partit à Kokand, où il dirigea le quatrième congrès du parti musulman qui annonçait la création de l’Autonomie du Turkestan.

Cependant, l’Autonomie ne dura que quelques mois seulement et elle fut écrasée par les bolcheviks en février 1918. Les partisans de l’Autonomie se firent tuer ou bien fuirent. L’action nationale était faible et n’était pasaussi bien organisée pour lutter que les bolcheviks contre le tsarisme. Moustafa Tchokaï s’est prononcé à ce sujet : « Nous ne pouvons pas construire d’État rapidement, nous n’avons pas de cadre ni d’expérience. Nous n’avons pas le principal : l’armée est absente pour défendre notre Autonomie. La Russie est faible maintenant, mais elle est forte contre nous. Nous devons vivre en paix et créer des liens avec la Russie. C’est ce que dicte la géographie. J’estime que la politique des bolcheviks est inacceptable, mais je crois à leur force destructrice. » C’était vrai, car ils « l’ont prouvé par la suite ». Le président du Conseil des commissaires populaires de la République du Turkestan a dit :

« Nous ne pouvons pas donner le pouvoir aux populations musulmanes, car nous ne connaissons pas leur position chez nous. Ils n’ont pas d’organisation prolétaire. »

C’était du pur cynisme. L’Autonomie à Kokand a été annoncée en dépit de la loi. Des Bolcheviks et des communistes sont morts pour l’ancien territoire de l’URSS, mais des milliers de gens ont payé leurs idées de leur vie.

« Les Bolcheviks ont déclaré formellement le droit des peuples à disposer d’eux-mêmes et ont étendu l’idée d’indépendance aux nations qui ne sont pas russes », disait Tchokaï dix ans après.

L’Autonomie de Kokand liait par le sang les Bolcheviks et leurs partisans dachnaks. Cette histoire est tombée aux oubliettes, parce qu’à Kokand eurent lieu des massacres sanglants. La ville perdit dix mille hommes. Une autre source sûre donna le chiffre de quinze mille. Les Dachnaks étaient le pilier de l’Armée Rouge. Ilsappartenaient à une ethnie arménienne que l’Empire russe fit immigrer en Asie centrale. Ma mère est allée à l’école avec eux. La fille d’un marchand arménien taquinait ma mère : « Tu es un lièvre gris », lui disait-elle parce que presque toutes les filles du gymnase portaient un manteau gris. Les parents allaient acheter des vêtements pour leurs enfants à la boutique du père de cette fille.

« Nous étions toutes comme des lièvres gris », disait en riant ma mère quand elle se remémorait cet épisode. Même si elle riait, elle était nostalgique. Elle habitait dans une ville avec une collégienne, mais n’a pas cherché à la connaître.

Avant la Grande Révolution, les dachnaks faisaient passer des armes de Russie en Anatolie orientale pour leurs compatriotes. Le parti Dachnak organisait des détachements pour la Grande Révolte. On ne connaît pas le rôle qu’ils ont joué en Asie centrale vis-à-vis de la population russe. Et c’est toujours le cas aujourd’hui. Seul l’Azerbaïdjan en a parlé. L’Arménie s’est tue mais a parlé du génocide turc. D’innocentes populations à Kokand ont été rendues responsables du massacre turc. Ce génocide a eu lieu en 1915, mais l’autonomie fut réalisée en février 1918. Les habitants de Kokand sont toujours restés extérieurs à ce génocide. Ils étaient russes et les Ouzbeks musulmans. L’action nationale s’inspirait du courant des « Jeunes Turcs » et le panturquisme était populaire au Turkestan. Il voulait prendre exemple sur le parti des « Jeunes Turcs » de l’Empire d’Osmanlie pour l’organisation du Turkestan islamique avec la Russie. Mais cette idée s’est perdue dans le sang. C’est pourquoi les « dachnaks » se sont fait engager dans l’Armée Rouge. C’est ce qu’a pensé l’agence Nurani.

Les femmes et les hommes sont morts dans se massacre malgré son âge et nationalité.Pourquoi ont-ils été tués ? On en parlait beaucoup en famille quand j’étais petite et je ne comprenais rien. J’ai aimé étudier la Révolte à l’école. L’information est pauvre à son sujet. En 1925, au Tachkent, le livre de Tourar Ryiskoulov,La révolution aborigène du Turkestan(chapitre : « Que faisaient les dachnaks en Ferghana. »), est pratiquement la seule source disponible sur la question. On ne mentait pas à l’époque comme aujourd’hui, c’est pourquoi on peut se fier à cette source. L’histoire du parti Dachnak, on n’en parle pas. Dans mon enfance, j’ai entendu parfois le mot « dachnak » mais je n’y ai jamais prêté attention.

Les Ouzbeks se taisent aujourd’hui et n’en parlent pas à chaque coin de rue. Cependant, au moment du tremblement de terre de Spitak en 1989, sont arrivés beaucoup d’Arméniens. Mais ils ont quitté le territoire de la République très vite. Je ne sais pas pourquoi. Tout le monde sentait que l’époque de l’URSS allait s’achever. Pour l’heure, la République avait beaucoup de problèmes avec les Turcs Meskhètes notamment.