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Faim de vivre

De
88 pages

« Il faut que je fasse confiance à mon corps ; c’est lui qui gère mes besoins. »
L’auteure raconte dans ce récit le tourbillon de l’anorexie, ses deux hospitalisations successives puis sa longue reconstruction. Elle est aujourd’hui une jeune fille épanouie, mais à quel prix ?


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Cet ouvrage a été composér Edilivre
175, boulevard Anatole France – 93200 Saint-Denis
Tél. : 01 41 62 14 40 – Fax : 01 41 62 14 50
Mail : client@edilivre.com
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Tous droits de reproduction, d'adaptation et de traduction, intégrale ou partielle réservés pour tous pays.
ISBN numérique : 978-2-334-24833-4
© Edilivre, 2017
Préambule
Les contractions se sont cristallisées en moi, ont pris forme, et ont transpercés mes chairs. Je me suis trop souvent tue. Trop souvent, j’ai voulu épargner les consciences. Aujourd’hui, j’ai décidé de rompre le silence. Les paradoxes me rongent de l’intérieur. Pourquoi ai-je éprouvé ma liberté, celle de ne pas manger, jusqu’à en être privée, lors de mes hospitalisations ? Pourquoi ai-je ressenti le besoin de repousser toujours plus loin les limites de mon corps ? J’ai ressenti des choses qui dépassent l’expérience de chacun. Si j’ai décidé de mettre mes maux en mots, c’est pour vous faire partager cette expérience. Peut-être que certaines de mes idées se contredisent. Ne me blâmez pas pour cela. Ce sont elles qui, poussées à leur paroxysme, montrent leurs limites. Ce qui, au départ, n’était qu’idéel, ce qui n’avait d’existence que dans mon esprit, s’est incarné dans mon corps décharné. Je ne veux plus m’enfermer dans la restriction alimentaire. Je ne veux plus que les passants me regardent avec une expression d’horreur ou de pitié dans la rue. Je veux jouir de la vie, éprouver de nouvelles sensations, goûter aux délices du bonheur. Mais pour cela, je sens que j’ai besoin de verbaliser mon vécu. Certains choisissent une cure psychanalytique pour cela ; moi, j’ai choisi l’écriture. Avec quels, mots exprimer l’indicible puisque, par définition, l’indicible dépasse toute formulation ? Comment exprimer les idées obsessionnelles, la dénutrition, la réanimation, les médicaments, l’isolement de l’hôpital, puis la confrontation avec le monde extérieur ? Comment expliquer que je me suis souvent heurtée à l’incompréhension de mes proches qui, pour essayer de me comprendre, ont souvent adopté un point de vue réducteur de la maladie ? L’anorexie est un mal insaisissable, indiscernable, sournois. Même les nombreux soignants arborant fièrement un préfixe en psy – (psychiatre, psychothérapeute, psychologue, psychanalyste) n’ont jamais réussi à poser des mots sur ce que je pouvais ressentir. Avec le temps, j’ai compris que ce n’était pas à eux de le faire, mais bien à moi. Mon passé m’appartient et il ne tient qu’à moi d’écrire mon avenir. Je n’extériorise pas mon vécu pour m’exposer ni pour attirer la compassion. A vrai dire, j’éprouve une sorte de honte sourde à l’idée de ce que j’ai pu faire subir à mes proches. Si je ne me suis pas exprimée jusqu’à présent, c’est par peur du rejet, par peur d’être jugée aussi. Comme je savais que personne ne pourrait m’aider, je me suis tue. Après mon hospitalisation, j’ai beaucoup réfléchi et entrepris un long travail sur moi-même. Ce sont ces réflexions que j’aborderai avec vous dans les pages suivantes. Nous évoquerons d’abord la spirale de l’anorexie, puis mes deux hospitalisations successives, avant d’aborder ma lente reconstruction. Si après cette lecture, vous désirez me poser des questions, c’est avec plaisir que j’y répondrai sur ma page Facebook : https://www.facebook.com/faim.de.vivre/
Chapitre 1 Le tourbillon infernal de l’anorexie
Je m’appelle Julie. J’ai 20 ans et mesure 1 mètre 60.
Je regarde la balance : 29 kg.
Ma grand-mère vient me voir à Nanterre. Nous allons au Louvre et elle m’installe dans une chaise roulante le temps de la visite. Nous parcourons la partie concernant l’Egypte. Le midi, je mange un plat de régime hyper protéiné. Cependant, nous ne pouvons pas continuer d’explorer le Louvre : les forces me manquent. Nous sommes venues en métro, nous repartons en taxi. Le soir même, avant de repartir, et de me laisser seule dans mon appartement, elle me suggère d’appeler Mme Holmes, une ancienne prof d’anglais, qui promet de venir me rendre visite les jours prochains.
Je me sens de plus en plus mal, j’ai comme une barre dans la tête. Le lendemain, Mathieu, un ami, vient me voir. C’est sa visite qui me fait me raccrocher à la vie. Je sens mon cœur qui bat bizarrement. Une grosse douleur me paralyse le côté gauche de la poitrine et s’étend au côté droit.
Mme Holmes et un ancien prof lui d’histoire – alias Richard – viennent me voir en m’apportant un chaton. Nous discutons de ma maladie, de mon malaise social et, plus généralement, de la société. Ils me convainquent de revenir avec eux à Beuzeville, en me promettant de venir régulièrement me voir. Cela se passe dans la matinée. Le midi, ils mangent dans une pizzeria et me laissent prendre mon repas de mon côté. A leur retour, je fais quelques courses que nous chargeons dans la voiture : direction Beuzeville. Durant tout le trajet, je suis l’objet une surveillance constante dans le rétroviseur. Si à Nanterre j’arrivais à marcher tant bien que mal, je semble lâcher prise depuis que mes sauveurs sont là. Une fois à destination, Richard doit me prendre dans ses bras et me porter jusqu’à la maison de mes grands-parents.
Je suis logée chez mes grands-parents durant deux mois, pendant lesquels je refuse de me peser car le chiffre de la balance me fait peur. Mes oreilles se bouchent à cause de la dénutrition, j’ai des aphtes plein la bouche et j’ai de l’œdème aux chevilles.
En fait, je fais de la boulimie depuis mes 15 ans. Cela traduit l’expression d’un vide, d’un mal-être que je tente de combler tant bien que mal par de la nourriture. En effet j’ai été ème ème harcelée pendant toute la durée du collège. En 6 et 5 je me faisais insulter, frapper et ème humilier. En 4 j’adoptais des stratégies d’évitement pour échapper à la récréation (aller voir les profs au moment de la pause pour leur demander des explications sur un cours, aller ème faire des photocopies, rester enfermée dans les toilettes). En 3 je restais dans les couloirs du fait d’une opération au poignet (il ne fallait pas que je sois bousculée). Ensuite, vers 17 ans, j’ai enduré l’anorexie pendant un an, avant de souffrir d’anorexie mixte (c’est-à-dire que j’alternais les phases d’anorexie et de boulimie). Au moment où je raconte cette histoire toutefois, l’anorexie est plus forte, et je continue à perdre du poids. Qu’est-ce qui a enflammé la poudrière pour que l’anorexie l’emporte ? Deux choses. D’une part, ma réorientation en histoire. J’avais récupéré les cours de d’autres élèves et je devais passer les rattrapages de septembre afin de valider le dernier semestre. Malheureusement, les notes que je m’étais procurée étaient de médiocre qualité et ne s’avérèrent pas de grande utilité. L’anorexie m’a servi d’échappatoire. Je ne pouvais plus échouer à l’examen puisque je n’étais plus en état de le passer. D’autre part, je suis rentrée chez mes parents au début des grandes vacances. Et mes parents n’ont cessé de me répéter que j’avais maigri – c’était vrai, mais rien d’alarmant
puisque je n’avais perdu que deux malheureux kilos – ce qui m’a amené à focaliser sur mon poids – donc sur les calories. J’ai réduit petit à petit mes apports sans pouvoir m’arrêter. En fait, plus on...