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Gnassingbe Eyadema (volume VI)

De
247 pages
Les interventions du Président Gnassingbe Eyadema de 2000 à 2004 sont marquées par la poursuite des objectifs du troisième millénaire. Le Togo, encore sous le poids des sanctions, suite aux nombreux troubles qui ont jalonné son processus démocratique, organise un dialogue inter-togolais sous le regard de Bruxelles. On note dans les discours un ton d'apaisement qui vise la recherche d'un consensus dans les négociations et le retour à la normalisation de la vie politique nationale.
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Assiongbor FOLIVI

© L’Harmattan, 2010 5-7, rue de l’Ecole polytechnique, 75005 Paris http://www.librairieharmattan.com diffusion.harmattan@wanado.fr harmattan1@wanadoo.fr ISBN : 978-2-296-10462-4 EAN : 9782296104624

Grandes Figures d’Afrique
Collection dirigée par André Julien Mbem

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Gnassingbe Eyadema Discours et Allocutions Volume III (1981-1986) Textes préfacés par Assiongbor Folivi Gnassingbe Eyadema Discours et Allocutions Volume IV (1987-1992) Textes préfacés par Assiongbor Folivi Gnassingbe Eyadema Discours et Allocutions Volume V (1993-1999) Textes préfacés par Assiongbor Folivi

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A LA SOURCE DE L’HISTOIRE TOGOLAISE

L’intérêt de la publication de l’intégralité des discours officiels du Général Gnassingbé Eyadema, Président de la République togolaise entre 1967 et 2005, ne fait aucun doute. Un tel document constitue un matériau essentiel pour qui veut revisiter la pensée et l’œuvre du président Eyadema que « la Commission de Réhabilitation de l’Histoire » a décidé de faire entrer dans la mémoire collective comme le Père de la Nation togolaise. Que l’on soit un thuriféraire ou un contempteur, le répertoire de ses discours est un précieux outil pour mieux comprendre des pans entiers de l’histoire du Togo et, accessoirement, celle de l’évolution récente du continent africain. Il offre pour tout chercheur, l’opportunité d’étudier les dimensions insoupçonnées (politique, sociologique, littéraire, linguistique etc.) que recèle toute communication publique, a fortiori celle d’un dirigeant africain d’envergure. Ce caractère didactique impose le choix d’une édition des discours dans leur état brut, sans commentaires ni annotations, afin de laisser libre cours à toute réflexion, évaluation et appropriation dans la mesure où ces textes tombés dans le domaine public, sont accessibles à tous. Dans les six volumes de la présente édition, figurent quelques 435 discours qu’il a fallu pendant plusieurs mois extirper des archives, recenser et rassembler. Ce panorama historique commence le 13 janvier 1967 lorsque, en sa qualité de Chef d’Etat Major des Forces Armées togolaises (FAT), il s’adressa pour la première fois au peuple togolais, par les ondes de Radio Lomé. Dans un style dépouillé et bien trempé qui ne le quittera plus jamais, il donna les raisons de la prise du pouvoir par l’armée, et communiqua les premières mesures politiques des insurgés. Ce premier discours est fondateur puisqu’il projette déjà devant la scène nationale, la marque de celui qui, trois mois plus tard, le 14 avril 1967, deviendra le Chef de l’Etat de fait, après la dissolution du Comité de Réconciliation Nationale mis en place en janvier. 9

Trente sept ans plus tard, le 29 décembre 2004, comme pour faire ses adieux au monde, il délivra au corps diplomatique accrédité auprès de la République togolaise, son dernier discours officiel dans lequel il lança un ultime appel aux pays du Nord en vue d’une solidarité plus accrue envers les pays pauvres. Dernière parole publique d’un homme d’Etat qui a consacré une grande partie de sa vie pour conduire la destinée du Togo. La disparition du président Eyadema, le 05 février 2005, mit un terme à un parcours somme toute exceptionnel d’un fils de paysan devenu l’une des grandes figures de l’Afrique contemporaine. La publication des discours du président Eyadema est par ailleurs justifiée par le fait que l’ex-Chef d’Etat n’a pas écrit ses mémoires. Sans doute projetait-il de le faire avant que le sort en décidât autrement. Les historiens ou tout simplement le citoyen lambda n’aurait-il pas voulu qu’il révèle les aspects occultés de certains faits, ses sentiments personnels, ses motivations, ses déceptions, son rêve pour son pays ? Et à l’instar des dirigeants qui ont eu la chance de laisser leurs mémoires, eût-il rappelé ses souvenirs d’enfance, ses moments de joie et les peines qui ont jalonné son exercice du pouvoir ? Faute de mémoire ou de récit autobiographique, on peut dire aujourd’hui que ses interventions parlent pour lui et peuvent faire office d’écrits mémoriaux. Ses discours, qu’ils soient les fondements de sa philosophie politique ou de sa praxis, les fruits de ses réflexions, l’explication d’un acte posé ou sa vision sur les grandes questions universelles, ont par conséquent une importance indéniable pour le décryptage de l’histoire du Togo. C’est une contribution, si modeste soit-elle, à la lecture de l’histoire mouvementée du Togo loin des préjugés et des perceptions politiciennes. Soldat et autodidacte, le président EYADEMA était connu pour son verbe sobre, épuré, direct, bref sa sémantique sans fioritures. Un franc parler qui lui a fait frôler un incident diplomatique majeur lorsque, le 22 novembre 1972, lors de la visite officielle à Lomé du Président de la République française, M Georges POMPIDOU, il esquissa publiquement une réflexion sur un réajustement de la parité du CFA par rapport au franc français. Initiative hardie qu’aucun de ses pairs n’osa à l’époque. L’unité nationale, la recherche de la paix, la démocratie, l’intégration régionale et africaine, les problèmes de développement, le nouvel ordre économique, la coopération internationale, étaient ces thèmes de prédilection. On se rappelle que pendant des décennies le Togo était l’objet de toutes les sollicitations. En dehors de ses médiations dont on redécouvre dans les pages suivantes le fil conducteur, d’autres interventions sont prononcées à l’occasion de la signature dans la capitale togolaise des quatre Conventions ACP et CEE appelées 10

Conventions de Lomé, de la Conférence des Chefs d’Etat de France et d’Afrique, de la création de la CEDEAO dont la décision a été prise à Lomé au cours d’une réunion des ministres des affaires étrangères et du passage de l’Organisation de l’Union Africaine à l’Union Africaine. L’action du président Eyadema a un goût d’inachevé. Alité, il n’a pas prononcé, pour la première fois, son incontournable message à la nation, le 13 janvier 2005. Dans le climat difficile et complexe des années 2000, il n’a pas pu parachever la politique de libéralisation des institutions en dépit de l’amorce du dialogue intertogolais sous l’égide de Bruxelles et de la reprise partielle de la coopération avec l’Union Européenne rompue en 1993 pour cause de déficit démocratique. Devant l’homme d’Etat, ses discours, ses pensées et son œuvre, l’histoire sera le seul juge. Aujourd’hui, faute d’avoir une vision commune de l’histoire, des hommes politiques, des historiens ou des chercheurs togolais, chacun attaché à sa chapelle, livrent leur version des annales de la vie nationale. Ce qui pose l’équation si présente à nos esprits de l’objectivité de l’histoire par rapport à l’impartialité de l’historien. Et si, au moment où les nouvelles autorités togolaises engagent une procédure pour le triomphe de l’indissociable triptyque : vérité, justice et réconciliation, l’on tentait de s’entendre sur la même écriture des éléments fondateurs de la nation togolaise réconciliée avec elle-même et pour y parvenir, de mettre à disposition une documentation adéquate ! Comportant une chronologie qui permet de suivre pas à pas l’évolution du pays et les temps forts du règne du Président Eyadema de 1967 à 2005, cette édition de ses discours, s’inscrit dans cette perspective.

A. FOLIVI

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Togolaises, Togolais, Au seuil de l’année nouvelle, qui est aussi le commencement d’un nouveau siècle, c’est un grand plaisir pour moi de renouveler à chacune et à chacun d’entre vous, à vos familles, à vos amis et à tous ceux qui vous sont chers, mes vœux les plus sincères de santé, de prospérité de bonheur. Je souhaite que le troisième millénaire dans lequel nous venons d’entrer, apporte à vous tous, la paix. La paix dans les foyers. La paix dans les cités, dans les villages et dans les hameaux les plus reculés. Que cette paix rayonne dans la sous-région, sur le continent et partout dans le monde. Ce nouveau siècle est porteur de beaucoup d’espoir, mais aussi de nombreuses exigences. C’est le siècle de la mondialisation, de la libéralisation totale des échanges. Il demande que les Etats du Sud renforcent leurs regroupements et leur unité, s’ils veulent relever les grands défis de la globalisation de l’économie. Nous n’y parviendrons pas sans une démocratie apaisée et sans un Etat de droit respectueux des libertés individuelles et collectives. Mes Chers Compatriotes, Les erreurs, les fautes, les intransigeances et les dissensions, qui ont conduit notre pays dans la situation difficile où il se trouve, ont perturbé notre processus de démocratisation, ruiné l’économie et causé trop de mal au peuple et la nation. Nous avons voulu, dans l’enthousiasme et la passion, instaurer la démocratie, un système que les nations, même les plus avancées, ont mis des siècles à mettre en place. Nous avons connu des ratés. Nous nous sommes heurtés aux difficultés inhérentes à toute entreprise improvisée. Nous avons réalisé, un peu tard et à nos dépens, qu’à vouloir se coucher sans s’asseoir au préalable, on risque de tomber. 13

Mais il est fort regrettable que certains acteurs politiques qui ont été les responsables de ces événements douloureux, n’aient pas encore pris conscience de l’immense gravité de leurs actes et continuent de freiner les efforts que les uns et les autres consentent pour surmonter les divergences internes et ramener la paix sociale. Nous ne devons jamais perdre de vue que la démocratie est une entreprise de longue haleine, une école de la patience, de la tolérance et de la tempérance où nous devons rechercher sans cesse, à dominer les passions et à œuvrer ensemble pour faire triompher la paix et la liberté sur le désordre et la violence. Aujourd’hui, nous sommes au rendez-vous de la reconstruction nationale. La recherche d’une issue heureuse et rapide aux dissensions socio-politiques qui perturbent, depuis des années notre pays, est un préalable qui nous interpelle au premier chef. La volonté que nous avons manifestée de nous pardonner mutuellement, de refermer les pages sombres du passé, de regarder désormais l’avenir avec sérénité et dans un climat de confiance réciproque, est un signal fort pour la réconciliation générale de tous les fils de la nation. Avec l’Accord-Cadre de Lomé, nous nous sommes engagés dans cette voie. Nos actes doivent désormais démontrer que chacun a pris conscience de l’importance de l’enjeu. Nous ne devons, par conséquent, ménager aucun effort pour éviter le blocage de la situation. Je voudrais ici rendre de nouveau, un hommage mérité aux facilitateurs qui nous assistent dans le dialogue inter-togolais qui a abouti à l’Accord-Cadre de Lomé. Je souhaite que l’amour que nous avons tous, pour notre cher Togo, anime et guide les travaux du Comité Paritaire de Suivi, afin que les résultats permettent à notre pays de poursuivre son processus de démocratisation dans la paix et dans le respect des institutions. Mes Chers Compatriotes, Le redressement de l’économie nationale est l’une de nos priorités. Nous sommes aujourd’hui confrontés à des difficultés que le Togo n’a jamais connues. Avant les années 90, grâce à la rigueur de la gestion, à la paix et à la sécurité qui régnaient dans notre pays, notre économie était florissante. 14

Les travailleurs, les retraités et les étudiants étaient régulièrement payés et une avance d’un mois de salaire, remboursable en un an et sans intérêt, était octroyée à tous. Nos finances étaient si saines et nos réserves si importantes, que la Banque Mondiale et le Fonds Monétaire International nous avaient demandé en 1987 de payer par anticipation notre dette extérieure. Nous n’avions pas cédé et pour cette raison, ils avaient refusé d’approuver notre programme qui fut accepté seulement en 1988, sans condition. A cette époque les recettes douanières avoisinaient 3 milliards 500 millions de francs CFA par mois. Trois milliards suffisaient pour payer les salaires et les 500 millions de francs CFA étaient régulièrement épargnés. Le dérapage a commencé en 1991. La gestion financière, à cette période, était totalement désordonnée. Avec la grève générale de neuf mois dite illimitée et non négociable et ses incidences sur l’économie, les recettes douanières qui étaient, avant 1990, de 3 milliards 500 millions de francs CFA par mois étaient tombées pendant la transition à 40 millions de francs CFA.. Cependant, le gouvernement de transition offrait des primes d’un an de salaire à tous ceux qui partaient normalement à la retraite. Ce que nous avions dû arrêter. Ce gouvernement avait même poussé le droit de découvert de 18 milliards que l’Etat avait auprès de la Banque Centrale jusqu’à 35 milliards, crevant ainsi le plafond autorisé et obligeant les Finances publiques à payer, chaque mois, 500 millions d’intérêts. Après la transition, l’Etat accusait 7 mois d’arriérés de salaires et 9 mois d’arriérés de pensions, représentant plus de 21 milliards de francs CFA. Lorsque nous étions revenus aux affaires, nous avions progressivement apuré ces arriérés et ramené à 18 milliards de francs CFA le découvert de 35 milliards laissé par la transition à la Banque Centrale. Le désordre et la mauvaise gestion avaient perturbé tous les secteurs d’activités. L’Office Togolais des Phosphates, l’un des poumons de l’économie nationale, avait vu également chuter ses exportations et ses ressources. 15

La production de phosphate qui était de 3 millions de tonnes en 1989, a connu une baisse constante pour se situer à 1 millions 700 mille tonnes en 1999. Cette récession est aussi consécutive au manque d’entretien des outils de production durant la période des troubles et à l’état de dégradation avancée dans lequel ils étaient laissés. Aujourd’hui, l’Office Togolais des Phosphates a investi plus de 6 milliards de francs CFA pour renouveler les équipements. Nous espérons que ces nouveaux outils permettront, après leur période de rodage, de reclasser la production. Malgré les perturbations que l’économie nationale a connues avec les troubles, la reprise a été rapide. En 1997, le taux de croissance économique a été de 11,3% par rapport à 1996 et supérieur au taux de croissance démographique. En 1998, la crise énergétique qui a quasiment bloqué les activités économiques pendant près de sept mois, dans presque tous les secteurs, a fait chuter le taux de croissance à 2,6%. A cette crise se sont ajoutés les effets de la mauvaise pluviométrie qui ont entraîné la baisse du Produit intérieur Brut. Cette crise a eu des répercussions négatives sur les entreprises et sur les Finances publiques qui avaient déjà accumulé des arriérés intérieurs et extérieurs, en raison de la dévaluation du franc CFA. En 1999, cette situation morose, caractérisée essentiellement par le ralentissement général des activités économiques, la chute des cours de nos matières premières, la baisse des recettes d’exportation, des recettes douanières, des recettes fiscales et le gel des ressources extérieures depuis huit ans, a entraîné pour l’Etat, des manques à gagner qui sont les causes du non paiement régulier des salaires des agents de l’Etat et des dettes publiques envers le secteur privé. Ce ralentissement est également dû à une certaine prudence que les opérateurs économiques avaient observée auparavant, redoutant les conséquences imprévisibles que l’entrée en circulation de l’euro pourrait avoir sur la parité du franc CFA. Cette situation qui n’est que conjoncturelle, ne doit pas nous inquiéter ou nous démobiliser. Au contraire, elle doit nous stimuler, car avec la bonne volonté, la détermination et l’ardeur de tous au travail, nous redresserons la situation, comme nous l’avions déjà 16

fait, après la récession causée par le neuf mois de grève générale dite illimitée et non négociable. Le Togo a été une nation pilote. Il a d’importants atouts et d’énormes potentialités. En relançant notre politique de la révolution verte, nous accroîtrons notre production agricole, nous augmenterons le volume des produits vivriers et des produits de rente et par voie de conséquence, nos recettes d’exportation. En 1998, des recherches au large de nos côtes ont décelé des indices de pétrole. L’analyse des données atteste la présente de gisement de pétrole et le gaz dans nos eaux territoriales. Afin de vérifier le volume exact des réserves, des forages seront entrepris dans les mois à venir avec l’assistance de plusieurs partenaires. Ce sont là des potentialités parmi tant d’autres qui, sans nul doute, contribueront au développement économique de notre pays, pourvu que dans un élan de solidarité nationale, nous décidions de taire nos dissensions et de porter plus haut et plus loin de flambeau du renouveau. Mes Chers Compatriotes, La paix est le socle sur lequel nous voulons bâtir notre prospérité. Nous devons donc la préserver par tous les moyens. Il faudra, par conséquent, continuer à maîtriser la paix dans la sous-région en coopérant étroitement avec les services de sécurité des pays auxquels nous sommes liés par des accords dans ce domaine. Nous adressons nos compliments à nos agents des Forces de sécurité et surtout des Forces de l’Ordre pour les relations de coopération qu’elles ont déjà réussi à établir avec leurs homologues des pays voisins. Nous exprimons nos remerciements au gouvernement ghanéen qui, dans le cadre des accords qui lient nos Etats, a fait arrêter et extrader vers le Togo, des bandits qui se sont réfugiés au Ghana, après avoir commis des forfaits chez nous. Nous nous félicitons de la promptitude et de l’efficacité avec lesquelles nos deux pays ont coordonné leurs actions au niveau des chefs d’Etat pour faire échouer, le 16 août 1998, la tentative de coup de force perpétrée contre le Togo à partir du poste frontière d’Aflao par des terroristes. Nous invitons les autres pays signataires des Accords de Non Agression et des Accords quadripartites, à prendre l’exemple sur la coopération entre le Ghana et le Togo dans ce domaine. 17

La sécurité intérieure est le préalable à la paix sous-régionale et continentale. C’est pourquoi nous tenons à renforcer, au sein de la CEDEAO, nos relations au plan sécuritaire, pour éviter la prolifération des foyers de tension et les conflits armés qui retardent le développement de notre communauté. Les missions que notre pays a menées dans le cadre du règlement des conflits et du maintien de la paix dans notre sous-région, témoignent de notre conviction profonde que c’est dans la paix et la sécurité que nous pourrons redresser l’économie de nos Etats. Nous savons quand et comment l’insécurité a gagné notre pays. Il est de notre devoir de nous mobiliser pour l’éloigner définitivement de notre nation qui a besoin de retrouver son image de terre de paix, de place financière et de Suisse africaine. Mes Chers Compatriotes, L’Etat ne tolérera pas que la crise conjoncturelle que nous traversons, soit un prétexte pour paralyser les activités des établissements scolaires et des autres secteurs de l’économie. Je voudrais rappeler aux enseignants la lourde responsabilité qui est la leur dans l’éducation et la formation et la jeunesse, relève de demain. Est-il normal qu’en raison de deux mois de retard dans le paiement des salaires et des bourses, certains professeurs à la solde de quelques acteurs politiques, se sentent obligés de pousser les élèves et les étudiants dans la rue, de les inciter à aller d’établissement en établissement pour casser et déloger de force d’autres qui ne désirent qu’à étudier en paix ? En vertu de quel pouvoir font-ils cela, dans un Etat de droit ? Nous sommes au Togo et nous nous connaissons bien. Les politiciens et les enseignants des établissements primaires, secondaires, professionnels et supérieurs qui détournent les jeunes de leurs études savent parfaitement l’objectif qu’ils visent. Alors qu’ils ont tous leurs enfants dans des établissements à l’étranger, ils conseillent à ceux qui suivent les cours au Togo à faire des grèves, les poussant à accumuler les retards, à rater leur formation et à aller grossir l’effectif des délinquants. Ainsi, demain, au moment d’entrer dans la vie active, ce sont leurs enfants qui auront reçu des formations solides à l’extérieur qui reviendront les remplacer à leurs postes de commandement pour diriger ceux qui sont aujourd’hui manipulés et 18

jetés dans la rue. Au fond, ils luttent pour garantir des emplois à leurs enfants. C’est pour éviter cela et donner une égalité de chance à tous les jeunes Togolais que nous avons multiplié l’ouverture des écoles primaires, secondaires et des centres de formation sur toute l’étendue du territoire. C’est également dans cet esprit que nous avons créé l’Université du Bénin puis celle de Kara dont la mise en place des infrastructures est en cours. J’invite les enseignants à considérer les jeunes dont ils ont la charge d’assurer la formation comme leurs propres enfants, pour éviter qu’il y ait demain dans notre pays, deux catégories de citoyens. J’invite aussi les parents d’élèves à prodiguer des conseils à leurs enfants et à les envoyer à l’école. L’Etat, malgré les contraintes que lui impose la conjoncture, n’a jamais négligé l’éducation des jeunes dont la formation coûte chaque année près de 39 milliards de francs CFA. L’avenir est à vous les jeunes. Aux âmes bien nées la valeur n’attend point le nombre des années. Vous devez, à votre âge, prendre conscience de votre avenir et savoir si votre intérêt se trouve dans les études, dans les grèves ou dans les actes de vandalisme. Je voudrais ici mettre en garde contre les provocations, les incitations au soulèvement et les activités de nature à troubler l’ordre public, sous quelque prétexte que ce soit, les dirigeants des syndicats et surtout les enseignants retraités qui reviennent au devant de la scène pour manipuler les étudiants. Les troubles du 5 octobre 1990 qui ont permis à certains de s’enrichir illégalement au détriment du peuple et qui ont mis à genoux notre pays, sont terminés. Désormais, le désordre et l’anarchie ne passeront plus. Tous ceux qui se livreront à des actes qui entraîneront des casses seront punis conformément à la loi. C’est par le dialogue, la concertation et les négociations qui sont initiés par le gouvernement à tous les niveaux, que nous trouverons des solutions acceptables et durables à nos problèmes. Mes Chers Compatriotes, Notre pays, malgré tout bénéficie d’un capital d’estime et de confiance que nous 19

devons préserver. En dépit des difficultés auxquelles nous sommes confrontés, toutes les nations du monde soutiennent notre politique de paix, qui a fait du Togo une terre de dialogue et de concertation recherchée. Les conférences au sommet de l’UEMOA et de la CEDEAO que notre capitale vient d’abriter et qui ont été couronnées de succès, en sont des témoignages éloquents. Le soutien des Etats membres de la CEDEAO à la candidature du Togo pour abriter les cérémonies du renouvellement de la Convention ACP-UE, est une marque d’attachement à notre pays. Nous sommes très sensibles à cet appui collectif et nous tenons à renouveler tous nos remerciements aux chefs d’Etat et de gouvernement de la CEDEAO. Au cours de cette année, notre pays accueillera la prochaine session ordinaire de la conférence au sommet des chefs d’Etat et de gouvernement de l’Organisation de l’Unité Africaine. Ce choix est une grande confiance qui est témoignée au peuple togolais. La réussite de ce sommet sera le succès de la nation tout entière. Pour cela, j’invite chacune et chacun d’entre vous à réfléchir dès à présent sur la contribution qu’il pourra apporter pour assurer la réussite de cette conférence que notre capitale aura le privilège d’abriter. Mes Chers Compatriotes, En nous mettant tous au travail et en acceptant de consentir le sacrifice qu’exige la conjoncture nationale et internationale, nous remettrons notre pays sur les rails et nous lui donnerons toutes les chances de surmonter les difficultés économique et politique qu’il traverse et de renouer avec la croissance. Je suis convaincu que tous unis, nous referons de notre chère patrie, terre bénie de nos aïeux, un pays de paix, de sécurité, de liberté et de prospérité. Vive l’Unité nationale ! Vive la République. !

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Monsieur le Président en Exercice de la Conférence des Chefs d’Etat et de Gouvernement de l’OUA, Messieurs les Chefs d’Etat et de Gouvernement, Mesdames et Messieurs les Chefs de Délégations, Monsieur le Secrétaire Général de l’Organisation des Nations Unies, Monsieur le Secrétaire Général de l’Organisation de l’Unité Africaine, Mesdames et Messieurs les Ministres, Excellences, Mesdames et Messieurs les Ambassadeurs et Représentants des Organisations Internationales, Honorables Invités, Mesdames et Messieurs, Après Alger l’année dernière, nous voici de nouveau réunis, pour échanger nos vues sur la situation en Afrique et dans le monde et décider de l’avenir de notre continent. Le Togo se réjouit d’accueillir cette 36e session ordinaire de la conférence des chefs d’Etat et de gouvernement de l’Organisation de l’Unité Africaine. La tenue à Lomé de cette importante rencontre, la première du troisième millénaire, témoigne de l’estime que vous portez à notre pays ainsi que de la confiance et de l’honneur que vous lui faites. Je voudrais, au nom du peuple togolais, au nom du gouvernement et en mon nom personnel, vous souhaiter une chaleureuse et cordiale bienvenue sur cette terre africaine du Togo, où je vous invite à vous sentir comme chez vous. Messieurs les Chefs d’Etat et de Gouvernement, Honorables Invités, Mesdames et Messieurs, Cette 36e conférence nous offre une occasion privilégiée de poser de nouveaux 21

jalons pour baliser la voie de l’Afrique, dans sa longue marche vers la grande union, la paix et le progrès. Un sommet des Chefs d’Etat. Un de plus et à quoi servira-t-il, se demanderont certains. Pourtant, c’est le moyen qu’a choisi notre organisation depuis sa création pour susciter en son sein, la réflexion collective en vue de prendre les décisions qui justifient sa raison d’être et qui visent la réalisation de ses nobles objectifs dans l’intérêt supérieur des peuples africains. Pour plusieurs raisons, ce sommet revêt, à notre sens, une importance et une signification particulière. En effet, il intervient immédiatement après le sommet ordinaire d’Alger et le sommet extraordinaire de Syrte à l’issue desquels d’importantes décisions ont été prises en ce qui concerne la réalisation de l’union Africaine afin que notre continent soit capable de relever les défis auxquels il est confronté. Ensuite, il se déroule également dans un contexte politique international qui oblige nos pays à constituer un front uni en vue de pouvoir tirer le meilleur parti de la mobilisation de l’économie. Enfin, il est aussi le premier du millénaire, porteur de grands enjeux, de grands défis et de grands espoirs pour notre humanité. Messieurs les Chefs d’Etat et de Gouvernement, Honorables Invités, Il vous en souvient qu’au sommet extraordinaire de Syrte, nous avons décidé de créer une Union Africaine, conformément aux objectifs fondamentaux de notre organisation et aux dispositions du traité d’Abuja instituant la Communauté Economique Africaine. Je voudrais, une fois de plus, réaffirmer que le Togo a souscrit à la Déclaration de Syrte qui entend faire de l’Afrique, un continent plus uni, plus fort et plus responsable, face aux autres blocs économiques et politiques. Cette déclaration qui s’inscrit dans la démarche des pères fondateurs de notre organisation, a redonné à nos pays une impulsion toute nouvelle pour la concrétisation effective de l’union africaine. En acceptant il y a plus de trois décennies, de conjuguer leurs efforts pour construire une Afrique politiquement unie, solidaire, économiquement viable et compétitive, les pays africains ont proclamé leur foi inébranlable en l’avenir de notre continent. 22

Malgré un contexte international difficile qui incite parfois au découragement, malgré les obstacles qui ont jalonné, le parcours de notre Organisation, la volonté de s’unir revêt toujours sa profonde signification et garde toute son actualité dans le cœur de nos peuples. Aujourd’hui, plus qu’hier, notre réussite dépend de notre ferme détermination à poursuivre courageusement la longue et difficile marche vers la réalisation des objectifs que nous nous sommes fixés : l’intégration de notre continent, aux plans politique, économique, social et culturel. Mais ces objectifs ne pourront être atteints sans un environnement socio-politique stable, serein, exempt de violence, d’agression, de guerre, de conflits fratricides, la paix et la sécurité devant constituer le socle sur lequel nous devons construire notre grand Union en vue d’un développement durable. En réaffirmant notre engagement à être nous-mêmes les artisans de notre propre destin, nous n’oublions pas que, dans ce monde interdépendant, nous pouvons compter sur le concours et l’appui de nos partenaires extérieurs dont je voudrais ici, saluer l’assistance multiforme et la disponibilité à nous accompagner, dans nos efforts de maintien de la paix et de développement. Nous n’insisterons jamais assez sur le fait que c’est ensemble, avec nos partenaires en développement, que le nouvel ordre économique international qui se dessine déjà à travers la mondialisation doit être conçu, bâti et mis en œuvre au profit des peuples tant du Nord que du Sud. Un nouvel ordre économique trop avantageux pour les plus puissants serait une nouvelle source de frustration, d’injustice et de conflit latent entre riches et pauvres. Messieurs les Chefs d’Etat et de Gouvernement, Honorables Invités, Dans le monde en pleine mutation, où de grands ensembles politiques et économiques se forment et se consolident, l’Afrique continuera d’être marginalisée si elle ne constitue pas un bloc uni, solide et fort pour se faire mieux entendre et démontrer en capacité à être un acteur qui compte et pèse sur la scène internationale. Il nous faut, dès lors, agir sans tarder et sans hésiter. Notre force réside dans l’action et la détermination à amener l’Afrique à faire face avec courage et responsabilité, à son propre devenir.

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C’est dans cet esprit que je vous renouvelle mes souhaits de bienvenue à Lomé tout en priant Dieu de bénir nos travaux pour que cette 36e session ordinaire de la Conférence des chefs d’Etat et de gouvernement de l’Organisation de l’Unité Africaine, connaisse un plein succès. Vive l’Union Africaine ! Je vous remercie.

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