Indigirka, mon nord liquide
70 pages
Français

Indigirka, mon nord liquide

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Description

L'auteur s'est lancé le défi d'accomplir un exploit auquel personne avant lui n'avait osé se mesurer. Son goût du risque le pousse à se rendre seul en Sibérie orientale pour descendre le tumultueux fleuve Indigirka en kayak. À la rencontre de l'inconnu au milieu des grands espaces sauvages, il se mue en intrépide aventurier. Pour atteindre son but, il doit repousser ses limites physiques et psychologiques. Malgré ses préparatifs, son expédition en Yakoutie ne se passe pas comme prévu. Confronté à un milieu hostile, sa longue route sera semée d'embûches, mais aussi de belles rencontres avec les autochtones. En quête d'accomplissement personnel, il revient grandi de ce voyage au bout du monde, la tête pleine de projets et un trésor en poche : des ossements de mammouths.


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Date de parution 31 mai 2017
Nombre de lectures 1
EAN13 9782414037834
Licence : Tous droits réservés
Langue Français

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intégrale ou partielle réservés pour tous pays.

 

ISBN numérique : 978-2-414-03781-0

 

© Edilivre, 2017

Chronique d’une aventure
au fil de l’eau en Yakoutie


Partie 1

Expédition Indigirka

Juillet-août 2014

 

 

L’objectif de cette périlleuse excursion est de réussir à descendre, pour la première fois, le fleuve Indigirka dans sa totalité, seul et en kayak. Ce cours d’eau, situé en Sibérie orientale dans la république de Sakha, s’écoule du sud au nord pour atteindre la Mer de Sibérie Orientale. Après un voyage effectué l’été précédent, je ne pouvais que songer à naviguer sur une rivière plus longue, plus lointaine encore et aussi un peu plus engagée. C’est mon quatrième voyage en Russie depuis 2005. Après la magie du lac Baïkal, la séduisante lenteur du transsibérien, c’est en Iakoutie que les grands espaces m’ont appelés. Je n’ai rien d’un kayakiste né, l’eau m’effraie. Mais tant que je reste à la surface tout va bien…

Je pourrais ajouter que des « petits défis » font partis de ce que j’ai l’habitude de mettre en place et de surmonter. Celui-ci, je le classe parmi les grands défis que je me suis lancé au cours des trente dernières années. Les différences avec les autres sont de taille. Je suis plus vieux de vingt ans par rapport à l’expédition précédente et je vais m’y engager seul.

Outre la difficulté de mettre en place une telle expédition, il me faudra, parfois, faire face à des rapides dangereux, une administration étonnante, des brigands de grand chemin, une faune sauvage. La population locale ? Je n’en ai aucune idée. J’ai juste l’intention de nuire le moins possible à quiconque et surtout pas à Dame Nature. Pour les contacts, je compte sur ma maîtrise hésitante de la langue russe.

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Atterrissage en douceur à Yakutsk où il me faut trouver un moyen de me rendre sur la rivière à presque mille kilomètres de là, plus à l’est, et faire mes ultimes achats.

La peur

Et dire que je pensais être ici même un jour plus tôt ! Le conducteur du minibus m’avait pourtant affirmé qu’il lui faudrait 24 h pour effectuer le trajet de Yakutsk à Tomtor… Nous avons juste mis le double. Ah ! La Russie réserve bien des surprises, et cela ne sera sans doute pas la dernière ! Nous sommes restés bloqué une nuit de faible obscurité face à un cours d’eau trop important pour ce petit 4x4 japonnais. Afin d’avertir quelqu’un de notre position peu confortable j’ai passé mon téléphone satellite au conducteur pour qu’il appelle un ami. Et là, stupeur ! Mon téléphone n’est pas paramétré pour fonctionner en Russie. Mais qu’a fait la fille de la boutique ? Elle m’a assuré qu’elle s’en chargeait… Pour le coup je pars sans moyen de communication. Enfin je pars et c’est bien là l’essentiel, même si je demeure contrarié par cette déconvenue. Je suis un peu fébrile.

Nous sommes tout de même arrivé au bord d’un émissaire de l’Indigirka. Et je n’ai qu’une envie, sortir du véhicule, tout décharger et enfin débuter ce périple sur l’eau.

La passivité depuis tant d’heures me pousse à l’action plus rapidement que de coutume. Mes affaires sont débarquées prestement sur la berge. Elle n’attendent que moi et moi je n’attends que le départ de mes deux sbires avec lesquels je suis en route depuis la capitale. Mais non, ils restent là et veulent m’assister dans le montage du bateau et dans la répartition des affaires. Leur motivation et mon empressement ont vite raison de la tâche. C’est un peu en vrac que certains sacs sont entassés dans l’embarcation et que d’autres finiront rassemblées sur le pont dans mon gros sac de voyage.

Vers 18 h, ultime photo de ma vie d’avant et je m’élance sur cette petite rivière que je trouve un peu trop rapide pour commencer…

Après une petite heure de navigation, je débouche sur l’affluent de l’Indigirka. Le courant est toujours aussi fort et le niveau d’eau est tel que la rivière s’écoule par dessus les berges, dans la forêt. Surtout ne pas s’approcher trop près des bords.

Je ne me sens pas à l’aise, je n’ai pas le bateau en main, la rivière est effrayante et la fatigue s’est installée dans mes membres au fil des trop longues heures du voyage. Le jour est permanent. Inutile d’attendre la nuit pour planter la tente.

Enfin, je débouche sur le fleuve Indigirka. Impressions amplifiées, malaise certain et peur à fleur de peau. Tout y est plus grand, plus rapide et me semble infiniment plus dangereux. Enfin, j’y suis. Je devrais jubiler mais je n’y arrive pas…

Cette eau sombre constitue une menace permanente. Les berges ont accueilli des quantités considérables de tronc d’arbre, quand ce n’est pas l’eau qui les submerge pour s’enfoncer dans les bois. J’ai le choix entre me prendre un tronc, d’une manière ou d’une autre ou naviguer au centre du courant, le plus éloigné possible des arbres. C’est ce que je m’efforce de faire avec succès. Au bout de trois heures, je suis stressé, fatigué et je n’aspire plus qu’à une chose : monter le camp.

Pour cela il me faut bien m’approcher du bord ! Je longe par conséquent une berge qui me parait plus sûre. Je ne m’accorde pas assez de temps de recherche et décide de m’arrêter dans un espace libre trop restreint et peu pratique de surcroît. Je me rends compte rapidement que l’endroit n’est pas bon, mais la lassitude me pousse à persister. Puis, en déséquilibre entre les troncs d’arbre, le bateau gîte plus que de raison et l’eau y pénètre par l’hiloire. Penché dans le kayak qui se maintient sur le flanc, je suis en sursis avec ma pagaie qui touche le fond, sur laquelle je me cramponne, encore dans le bateau. Me voyant dans cette position si peu académique, je me décide à empoigner la sangle de la jupe. Après une forte traction, l’élastique se détend et je me retrouve avec de l’eau jusqu’au ventre. L’eau est entrée dans la partie étanche du kayak, la chaussette1Rapidement, je prends pied sur ce pied de colline si peu accueillant, entouré d’arbres brûlés et de chablis2 en tous sens. La première chose à faire, et qui restera une constante durant les prochaines semaines, est d’allumer un feu. Lorsque ce dernier est bien alimenté, je débarque le matériel de couchage. La tente, rapidement montée, abrite enfin le matelas gonflable et le sac de couchage. Je me prépare un bon dîner. Il est 21 h passées et le soleil est encore très haut, il ne se couchera que vers minuit, pour 2h. Le compteur affiche 28 km. Ce n’est pas beaucoup. Mais il faut un début à toute chose et cette première journée me laisse déjà un peu perplexe quant à la suite de la descente ! Je pense à ce départ peu encourageant, tout en épongeant l’eau à l’intérieur de la chaussette…

La tente est très pratique. Malgré tout, il me faut un bon moment pour me réchauffer les pieds. L’eau n’est pas très chaude et j’ai gardé mes chaussures mouillées jusqu’au moment de me coucher.

Le crépuscule a rapidement rejoint l’aube au milieu de la nuit. Le chaud soleil du matin rend vite l’ambiance de la tente insupportable. Je m’extirpe de là pour subir les assauts de nombreux moustiques voraces. Il faudra m’y faire, tous les coins de l’Arctique que j’ai pu visiter recèlent des moustiques en été. La Sibérie ne fait pas exception à la règle, loin s’en faut !

Mais fort heureusement je me protège la tête des nombreux assauts avec une moustiquaire. Je n’ai pas de lotion anti-moustique.

Au camp, arrêté au bord de la rivière, je prends conscience de la grande vitesse du courant. Cela file à une folle allure. Démontage express du camp, petit déjeuner frugal et départ la boule au ventre pour une première vraie journée.

Je suis tout autant décidé à commencer ce périple sans précipitation qu’à m’élancer avec ardeur pour une longue journée de pagayage. L’organisation m’a occupé pendant neuf mois. J’ai dû tout gérer seul. La recherche de partenaires, les achats, la communication ainsi que l’apprentissage pour me servir des instruments de navigation, du téléphone satellite… Mon impatience est donc à son comble. Là, j’y suis enfin et n’ai pas besoin de me pincer pour réaliser ce que je vis. Mes doutes sont néanmoins trop importants pour que je profite pleinement de cette réalité.

Après quelques minutes de navigation, en passant sous un mélèze penché, la moustiquaire que j’avais laissé sur mon chapeau reste accrochée dans les branches. La vitesse du courant m’empêche de faire demi tour. Je ne suis qu’à J2, bien loin de la fin du périple. Je deviens en quelques secondes une proie de choix pour les moustiques…

La rivière reste encore haute et dangereuse. La sagesse l’emporte sur mon impulsivité. Après seulement 5 h de navigation, je jette l’ancre sur une île de galets au milieu des flots. Journée courte mais éprouvante. Je n’ai pas encore récupéré des deux nuits blanches passées sur la route et des dernières semaines de préparatifs entre mon travail et mes travaux de rénovation dans ma maison des Hautes-Alpes.

Pour la troisième fois aujourd’hui, j’allume un feu. La fumée dégagée me protège...