Itinérance d'un architecte

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Durant ses études à Clermont-Ferrand, Karam rencontrera le racisme. Dès lors, il se concentrera sur ses études, obtiendra le diplôme d’architecte et partira à Ouarzazat où il fera le deuil de ses parents morts alors qu’il n’avait que trois ans. Cependant, il sera émerveillé par l’architecture des ksars, Casbahs. Il élaborera un avant-projet du plan d’aménagement de la ville.
Embauché ensuite à Casablanca où il sera séduit par les grands chefs-d’œuvre d’architecture, conçus par des architectes au temps du protectorat, mais aussi et surtout par la formidable prouesse technique de la grande Mosquée Hassan II et ses abords.
À Fès, il découvrira une ville nouvelle et une autre plus traditionnelle, millénaire témoignage vivant de l’histoire du Maroc.
De retour à Casablanca, il ouvrira un cabinet d’archi, mais il se rendra compte qu’il doit s’arrêter, car les obstacles rencontrés seront nombreux.

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Date de parution 04 octobre 2019
Nombre de visites sur la page 3
EAN13 9782312067308
Langue Français

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Itinérance
d’un architecte
Jawhar Tahar
Itinérance
d’un architecte
Quatre villes – quatre histoires :
Clermont-Ferrand, Ouarzazate, Casablanca et
Fès
Préface de Ludovic Ramadier
LES ÉDITIONS DU NET
126, rue du Landy 93400 St Ouen
© Les Éditions du Net, 2019
ISBN : 978-2-312-06730-8
« L’homme pense agir librement mais il est en fait inconscient des causes qui
déterminent son action. C’est ainsi que l’homme ivre pense agir librement alors
qu’il est sous l’emprise d’alcool. »
Baruch Spinoza
Toute ma gratitude et mes remerciements
À
Meyer ;
Azmi ;
Ramadier ;
Anas ;Hasnaa ;
Naima.
P r é f a c e
Jawhar Tahar est architecte diplômé de l’école d’architecture de
ClermontFerrand, école française, centre de la France, culture européenne, cartésienne :
et il vient du Maroc, alors il décrit le parcours entre les deux continents, deux
cultures, deux pays non exempts d’histoires communes.
Les questions qui se dégagent de cet ouvrage restent ouvertes et sont
sous-jacentes au livre.
De dominations en soumissions, les architectes errent au gré des politiques
et leurs rôles dans leur exercice de projet, est soumis au pouvoir, d’argent, de
politique.
Maitrise de territoires, de personnes, d’idéologies, l’architecture est souvent
ballottée, asservie. Jawhar Tahar effleure ces réalités, celles qui se cachent
derrière les façades de nos métropoles. Qu’elles soient du côté européen ou
africain.
Jawhar Tahar, ne s’exprime pas personnellement. Il suggère, met en
perspective, décrit. Il y a du courage dans ce parcours, comme il y a du courage
pour construire des cités, urbaniser des villes, décider et affronter le choix des
possibles. L’architecte est celui qui parcoure dans sa vie ce choix des possibles
en essayant de rester objectif. C’est-à-dire en se privant volontairement d’a
priori.
L’auteur reste un architecte neutre, libre, d’écouter et de penser, ce que
certains appellent de la naïveté, est l’ultime sagesse. Celle de la page blanche.
– Les Maghrébins ont-ils, avant les Européens, écrit dans la pierre, les
premières pages d’architecture ;
– Faut-il renier l’apport occidental, essentiellement français dans
l’architecture marocaine ?
Lui seul, arrive à concilier ces mondes contradictoires, ou univers
parallèles. Lui seul navigue sans difficulté, entre Clermont-Ferrand et
Casablanca et trouve de la beauté dans un jardin clermontois, le jardin Lecocq,
comme dans un ordonnancement de plan d’une casbah de Rabat ou d’un
quartier de Habous à Casa.
Le livre de Jawhar Tahar n’est pas complaisant ni avec des intentions
politiques, ni avec des civilisations. Il n’est pas esthétiquement gratuit. Il ne
galvaude pas la réalité, il la décrit cruellement au sens d’Antonin Arthaud. Cruel
théâtre d’édifices européens sous le ciel marocain. Cruel théâtre d’une culture
apprise loin du désert d’Ouarzazate. Alors, J.T. s’adapte et d’intelligence en
fascination, il traverse « en rêve », comme il dit et ses souvenirs fabriquent
l’intégration de deux mondes que l’on croyait aux antipodes.
Si l’on ne peut donner de définition, peut-être peut-on parler du lieu
d’exercice de l’architecture avec ses modes, ses programmes de société.
Tout ici, n’est pas compréhensible ou explicable. Trop de facteurs,paramètres entre en compte pour donner un livre exhaustif. Il faut un angle de
perception, de lecture restreinte pour mettre à jour les mécaniques obscures,
sans les caricaturer.
Cet exercice de décryptage, le propose au lecteur sans tomber dans les
traverses de l’outrance ou du parti pris. J.T., écrit, décrit, trace et retrace à la
recherche de souvenirs qu’il nomme illusions. Des deux côtés de la
Méditerranée, il nous fait partager sa réalité construite par l’architecture.
Cela deviendrait presque une définition du souvenir, de la trace, de
l’histoire. Inscrit dans les bâtiments, J.T. Fascine en détaillant l’historique des
villes marocaines (Ouarzazate, Casablanca, Fès). Sa mémoire devient mémoire
archétype.
Questionnement philosophique qui place l’architecte vers le centre,
signifiant central de culture, de société.
Articulation des décors.
Façades : accent sur l’importance de la façade, discours et décors de
façade.
Risque et prise totale de risque lorsqu’on change de continent, de
coutumes.
Codes nouveaux à décrypter.
Adaptations.
Intelligence de J.T. Dans sa démarche lorsqu’il navigue et décode les
coutumes occidentales, la pensée orientale, nord-sud de la Méditerranée.
Congruente géographique qui oriente est la pensée.
Vers une architecture géographique, spatialité de la pensée et importe des
concepts occidentaux, vers l’orient. Exportation architecturale.
J.T. Reste au centre, explicite les anecdotes, tapis méthodique,
méthodologique et « support » de la pensée. Il y a un brouillage et un
débrouillage, un codage et un décodage à l’intérieur du récit qui affecte le
lecteur, le déconcertent ; façades, bâtiments officiels, administratifs, expression
des lourdeurs et apparats des systèmes. Cela s’éclaire par réciprocité
conceptuelle.
Un miroir symbolique de part et d’autre de la Méditerranée, trace deux
continents, deux pensées qui loin d’être identiques ses « subversives » l’une.
Certains diraient : s’enrichissent, d’autres l’influencent.
J.T. Ne se prononce pas, il démontre, traverse, dévoile quelques détails
pour surtout, laisser chacun définir son propre paradigme et situer sa propre
démarche.
En cela, J.T. Met en exergue la liberté dans l’architecture et ne s’avilit pas à
la démonstration d’un point de vue, parce qu’il a compris qu’il n’y a pas qu’une
vérité en architecture comme dans sa vie. Il nous laisse le choix, le choix des
possibles, des réalités possibles.
Historisation de la pensée architecturale.
Casa, la ville blanche, « Dar-El-Beida ».De retour de Casa, impression d’avoir tout vu, tout traversé. Les Kissariats,
les anciennes et les nouvelles médinas, les architectures françaises des
années 1912 à 1956.
Grandes avenues blanches et vestiges des temps révolus du protectorat
français. Souvenirs laissés par ces immeubles d’art déco, fastes de
l’architecture de cette époque.
Temps où l’on décidait la ville, où l’on traçait les avenues et structurait les
futures. Lyautey agrandissait les ports, les modes de vie. Lyautey, grande
ambiguïté de la pensée occidentale, paternaliste et protectrice (protectorat).
eCasa, la ville laboratoire du début du XX siècle. Les Français allaient faire
leur première expérience, testaient leur savoir médical.
Mon père, médecin, lui aussi était là-bas en début d’exercice de sa
profession. Bref passage en pays musulman, religion dont il faudrait parler
davantage.
De pays chrétiens en pays musulman, l’architecture est-elle le lieu des
croyances ? Les Français ont réinventé leurs mosquées et aujourd’hui encore,
ils continuent de construire des lieux de culte. Bouygues est le constructeur
désigné pour la mosquée d’Hassan II à Casa.
Architecturer des lieux qu’ils soient de culte, d’habitat, d’entreprise. Quel
que soit l’objet, les architectes français répondent aux programmes et des rues
construites dans les années 1920, urbanisme et agrandissement des villes,
l’urbain, même de nos jours, se tournent vers l’Europe pour édifier ses
monuments.
J.T. Traverse ces questions et explore bien au-delà des intérêts
commerciaux, l’origine de ces projets aux multiples programmes.
eDans le courant du XX siècle, Casablanca s’est inscrite par son
emplacement comme le port dynamique de l’Afrique du Nord.
Jawhar Tahar, nous décrit ce passage et à travers son parcours personnel,
il nous permet de comprendre cette émergence urbaine. À notre époque, en
2018, cela constitue un véritable patrimoine.
Un patrimoine se détermine lorsque les populations, les pouvoirs publics
ont admis l’intérêt, la beauté et le bénéfice de sa conservation. Le patrimoine est
de l’ordre de l’appropriation, mise en perspective d’une histoire, d’un passé. Et
ce n’est pas simple pour le Maroc. Exister, avoir une identité propre et admettre
de prendre en compte, admettre l’influence de la France, sorte de grand frère
méditerranéen. Faudrait-il que les deux pays se découvrent finalement des
rapprochements au-delà des frontières et de la Méditerranée. Reste l’obstacle
des religions, coutumes et des systèmes politiques – obstacles identitaires.
Nous avons parcouru Casablanca, le livre de J.T., est l’endroit exact de ce
carrefour entre les civilisations occidentale et orientale.
Ludovic Ramadier Architecte DPLG
A v a n t - p r o p o s
L’auteur, relatera à travers des faits réels ou imaginaires, les quatre
grandes étapes parcourues par Karam dans les villes de Clermont-Ferrand,
Ouarzazate, Casablanca, et Fès. Des villes, si différentes par l’histoire, la
géographie, l’architecture et l’urbanisme.
Durant son itinérance Karam tentera vaille que vaille de montrer la
complexité de l’exercice du métier d’architecte pris entre les forces sociales et
politiques, de même, il se demandera, si au fond la vie serait plus agréable pour
ses habitants et si elle n’est qu’une illusion, une préoccupation au quotidien et
une lutte perpétuelle pour l’existence, une structure coercitive, source de
nuisance, de pollution, d’anonymat, voire de délinquance, d’ennui et de
souffrance.
Pourtant, si Karam pense agir librement durant plusieurs années dans ces
villes, il n’en reste pas moins vrai qu’il ignore inconsciemment les causes
profondes qui l’ont incitée à choisir ces villes si différentes. Il se demanda, en fin
de compte, s’il n’est pas soumis malgré lui à la merci de la loi de la nécessité de
la nature et cela, comme disait ce qui suit le philosophe Michel Onfray citant
Spinoza :
« Lancé une pierre en air, elle continue, de grimper, de ralentir et pour finir
par tomber parce qu’elle obéit à la loi de la chute des corps. Donnée là, la
conscience et le langage, elle vous dira qu’elle a choisi de grimper, de ralentir,
de tomber. Elle se croyait libre alors qu’elle ignorait les causes qui la
déterminent ».
À Clermont-Ferrand, Karam dira et démontrera par des exemples préciscomment, il s’est adapté au mode de vie et à la culture française sans pour
autant renier sa propre culture d’origine. Mais aussi comment il a rencontré le
racisme et ses effets dévastateurs dont ils sont victimes de nombreux immigrés
arabes et africains et d’autres hommes de couleur.
Finalement, il expliquera, comment il a préparé et soutenu sa thèse de
mémoire de fin d’études et retourner aussitôt à son pays d’origine et ce, après
l’achèvement de ses études et sa réussite au diplôme d’architecte.
De retour au sud marocain, il dira et racontera, comment il a passé le
service civil à Ouarzazate et retrouvé le soleil, le désert, ses origines familiales,
ses souvenirs d’enfant abandonné, suite à la mort de ses parents dans un
accident tragique alors qu’il n’avait que trois ans.
Durant sa visite de reconnaissance de la ville et sa région, Karam
découvrira et décrira l’énorme contraste existant entre d’un côté les formes, les
décors et l’architecture de l’habitat collectif traditionnel tel que les « ksars »,
« les Casbahs », les citadelles « Klaas » et de l’autre côté une architecture en
damier, de la ville militaire localisée sur la butte et dominant tout le paysage
environnant.
Suite à plusieurs mois de travail au sein de la délégation régionale du
Ministère de l’habitat et de l’urbanisme, Karam dira comment il a procédé à
l’élaboration d’une première esquisse d’un plan d’aménagement urbain,
répondant intrinsèquement aux questions fondamentales que pose la ville pour
son développement.
À la fin de son service civil, Karam sera embauché comme architecte à la
communauté urbaine de Casablanca.
Sa présence dans cette ville lui permettra d’élargir ses horizons, d’acquérir
une expérience, de fonder une famille et de renouer le contact avec ses amis si
longtemps interrompus, de réaliser des projets d’architecture et d’élaborer une
étude de documentation et de réflexion concernant les points suivants :
– le centre-ville de Casablanca ;
– les différents styles d’architecture ;
– les chefs-lieux d’architecture ;
– architectes et leurs principales réalisations à Casablanca surtout entre les
deux guerres.

Karam, identifiera les quelques édifices patrimoniaux les plus significatifs du
centre-ville, ainsi, que ceux qui ont été intégralement démolis ou affectés par la
démolition, la dégradation et le manque d’entretien. Également, aussi ceux qui
sont bien entretenus, réhabilités, restaurés ou programmés pour être
prochainement rénovés ou reconvertis de même, il précisera les grandes
actions urbaines à réaliser pour la création d’un nouveau centre-ville s’articulant
essentiellement autour de la grande mosquée Hassan II et ses abords tels que :
– le projet de l’avenue royale ;
– l’aménagement de la nouvelle corniche ;– le projet de la Marina ;
– le parc de la ligue arabe (ex-parc Lyautey) ;
– d’autres projets.

Durant les nombreuses années passées à Casablanca, Karam sera affecté
en 2001 à la municipalité de Fès-Jdid et ce, par décision, s’inscrivant dans un
mouvement général relatif à la mobilité des cadres des collectivités locales.
À Fès, il dira comment il a découvert une ville nouvelle à l’européenne à
l’instar de Casablanca, mais aussi la médina qui est une ville traditionnelle,
millénaire témoignage vivant de l’histoire du Maroc. Malheureusement, il ne
tardera pas à constater l’existence d’un grand nombre de bâtisses dégradées et
menaçant ruine.
Pour cela, il propose quelques idées forces et critères simples à respecter
afin d’élaborer un avant-projet de réhabilitation et ce, pour préserver ce territoire
de toutes dégradations présentes ou éventuelles et d’éviter des pertes
humaines surtout durant la période des pluies.
Enfin, il y a deux années à Fès, Karam prend sa retraite et retournera à
Casablanca pour ouvrir une agence d’architecture, mais lui sera pas facile de
renouer des bienveillantes relations avec des gens de métier, tout en sachant
que l’architecture est avant tout une passion, un amour, une philosophie avant
d’être une science et une technique ?
PREMIÈRE PARTIE :
À Clermond-Ferrand
« Clermont-Ferrand est la ville agréable,
située dans l’un des plus beaux pays de
la terre. »