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Je n'ai jamais été vieille !

De
121 pages
Accompagner sa mère au fil des jours a d'abord été un devoir. Le fils que je suis s'y est astreint au fur et à mesure de l'entrée en âge de celle-ci. Mais ces rencontres régulières nous ont permis de nous découvrir. Elles ont suscité progressivement un face à face singulier qui nous a conduit l'une et l'autre à cheminer. Apprenant à mieux nous connaître et à apprivoiser ce que le temps apportait, sans nous en apercevoir nous nous sommes transformés. Ce recueil retrace l'évolution de notre relation.
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à ma mère. Que Celle qui m’a accompagné, cœur et âme, sur le chemin de cet ouvrage, soit ici remerciée pour la confiance exigeante et m’a qu’elle ferveur la exprimées.

- F A I R E

F A C E -

Qu’elles soient lues en guise de préface ou de postface, les lignes qui vont suivre accompagnent les moments de vie dont j’ai été acteur et témoin. J’ai été, je suis, le témoin engagé, l’acteur empêché d’instants qui participent de la fin de la vie de ma mère, période singulière de ma propre existence. J’ai commencé à écrire pour échapper au huis clos de ce tête à tête que, d’emblée, je n’avais pas souhaité, que j’ai accepté à reculons. Mon ordinateur portable m’a permis d’éviter « l’insupportable à vivre » que je ne voulais surtout pas connaître au début de ces rencontres, alors dominicales et bimensuelles. J’écrivais lorsque ma mère dormait ou de retour chez moi, après mes visites. En reprenant ces moments, j’ai été surpris de m’apercevoir petit à petit, moins nerveux, moins intransigeant, plus apaisé dans l’accompagnement que j’apportais à ma mère. J’ai accepté qu’elle entre dans la vieillesse, j’ai eu moins peur de ce qui lui arrivait et de ce qui, dans mon for intérieur, survenait. De fait, j’ai été moins tendu, moins pressé de fuir dès que je la rencontrais…. Et j’ai pu partager avec elle dans le présent, des instants heureux qui ne tenaient plus qu’à ce que nous étions capables d’être alors. J’ai voulu dire l’amour d’un fils pour sa mère et laisser entendre les difficultés et les joies qu’une telle relation pouvait contenir. 9

Dire à ma façon, toute relative et exigeante, égoïste aussi, combien nous avions les unes, les autres à nous parler pour grandir en humanité, mûrir, évoluer et autant que faire se pouvait, avant qu’il ne soit trop tard, nous aimer… J’ai voulu également traduire ce combat opiniâtre et quotidien auquel j’ai pris part, chaque fois que je la retrouvais. J’ai souhaité attester au fil des jours, par les mots qu’elle prononçait, les actes qu’elle portait, au travers des évènements récurrents, de la lutte sisyphienne de nos anciens. ‘’Tu verras ce que c’est de devenir vieux !’’ m’a-t-elle averti à plusieurs reprises. nous L’entrée dans le grand âge et la vieillesse confrontent au plus contradictoire des paradoxes : C’est à l’heure où l’on désapprend tous les jours que l’on a le plus besoin d’apprendre ! Dans le temps où notre tête, et souvent d’un jour sur l’autre, doute de plus en plus d’elle-même, nous pouvons découvrir le matin en nous levant que nous ne pouvons plus faire ce dont nous étions encore capables la veille. Qui peut sereinement affronter une telle adversité sans merci ?! Avoir conscience de cette réalité complexe lorsque nous allons au devant de nos parents âgés, pourrait nous rendre peut-être moins perplexes face à eux et nous permettre de les considérer, avec des yeux plus grands ouverts…. P.G. Octobre 2008

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- Être fils – Maman aura quatre-vingt-neuf ans dans moins de deux mois. Papa nous a quittés voici plus de dix sept ans et Elle souffre de l’avoir perdu. Elle le dit au fil des visites que je lui fais, répétant combien ce serait différent s’ « IL » était là. «Toi aussi tu as été sans personne pendant plusieurs années ; tu sais ce que c’est que d’être seul » Je n’ai rien à dire, je ne peux qu’acquiescer et l’écouter reprendre cette vérité immuable, qui la mine et me navre. « A quoi bon ressasser tout cela ! » se pense dans ma tête. Et tandis qu’en moi se relayent compassion et agacement, cherchant la disponibilité qui se dérobe, je m’arme de patience. « Si ton père avait été là, ça n’aurait pas été pareil ! » Et maman suscite la présence de mon père une énième fois le faisant vivre au travers de ses mots. Elle me questionne même : «- Il n’a pas été là, au début !?! » -Non, maman, papa n’a jamais été ici avec toi. Vous avez visité l’appartement témoin et acheté sur plan. » Tandis que les murs montaient chaque jour un peu plus, je priais de mon coté pour que la construction s’achève et qu’il puisse en profiter! Hélas ! La résidence n’a été terminée approximativement qu’un an après son départ…... « - Je ne trouve plus mes clefs ! m’annonce ma mère - Bon, nous allons les chercher ! » ai-je rétorqué, ravalant le plus gros du soupir qui m’est venu à cet instant. Maman égare souvent ses clés. Les retrouver ! ? Mais où ?!

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Cela tiendrait presque du comique à répétition si cela ne la mettait dans tous ses états. Elle furète partout jusqu’au moment où elle ne se souvient plus de ce qu’elle cherche. J’ai voulu alors lui prouver que j’avais raison et j’ai porté l’estocade! Elle qui déteste les médicaments et qui défend qu’on ne peut refuser de vieillir, que les autres, ceux de son âge, perdent aussi la mémoire, qu’il faut bien accepter de se trouver vieux et usé. Je l’ai poussée dans ses retranchements : « -Tu vois, c’est pour que tu aies le moins de moments comme ceux là qu’un médicament pour la mémoire peut t’être utile ! » Trois pièces pour vivre ce n’est pas très vaste. Mais cela tient souvent du labyrinthe quand il s’agit d’y « perdre » ce sésame incontournable pour accéder à son appartement ! En général, le jeu de piste en vaut la chandelle et ce petit bout d’indispensable se laisse apercevoir en évidence parfois, sur le fauteuil dans l’entrée. Quand ses clefs ne se logent pas dans son sac, lui aussi introuvable et pouvant jouer des siennes et n’apparaître qu’après des semblants de cache-cache. Plus rarement, il est arrivé qu’on ne trouve rien et qu’il faille simplement en refaire quelques exemplaires, histoire de se prémunir d’une possible autre perte. Aujourd’hui, ce n’est pas tout à fait ce qui s’est reproduit. Maman a bien son trousseau, mais ce qui fait défaut ce sont les deux doubles destinés à la dépanner (si d’aventure elle n’avait plus le sien) ou qu’il faille permettre l’accès de son intérieur aux infirmières. Après le repas et une partie de scrabble au salon, nous sommes revenus vers les choses sérieuses !

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