L’École d’Aurélien

L’École d’Aurélien

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Livres
110 pages

Description

Sous la forme d'un dialogue avec son fils, l'auteur expose les impressions du bachelier sur sa scolarité. Dans ce « témoignage véritable, authentique », il offre une transcription fidèle du style langagier et de la personnalité de son interlocuteur âgé de dix-neuf ans. S'il ne s'agit pas d'un élève très zélé, voire même plutôt désintéressé, il sait se montrer reconnaissant devant l'implication de certains professeurs. Doué pour apprendre, il a apprécié acquérir des connaissances dans des disciplines telles que la philosophie ou l'histoire. Ouvert à la critique, l'auteur stimule une parole libre et aborde des problématiques variées, touchant par exemple à l'autorité parentale ou au quotidien du lycéen. Grâce aux remarques de son fils, le père tente d'initier une réflexion sur les possibles améliorations à apporter au système scolaire actuel. Lui-même enseignant, il accorde une importance cruciale à l'éducation et porte un regard confiant sur l'avenir de la jeunesse.


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Ajouté le 10 novembre 2016
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EAN13 9782334239028
Licence : Tous droits réservés
Langue Français
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Cet ouvrage a été composér Edilivre

175, boulevard Anatole France – 93200 Saint-Denis

Tél. : 01 41 62 14 40 – Fax : 01 41 62 14 50

Mail : client@edilivre.com

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Tous droits de reproduction, d'adaptation et de traduction,

intégrale ou partielle réservés pour tous pays.

 

ISBN numérique : 978-2-334-23900-4

 

© Edilivre, 2016

Ciatation

 

Nous irons, ce soir, sur les chemins de mémoire,

Parcourir à nouveau les chaleurs de l’enfance ;

Nous irons en silence et nos pas dans le noir,

Auront cette saveur des jeux de l’innocence.

L’École d’Aurélien

 

Pour situer l’endroit, le coin de France où cela se passe, je pourrais vous dire qu’il y a une église dont le clocher apprécie autant les nuages que le soleil. Non loin de cet édifice un artisan boulanger officie au partage du pain et chaque matin, très tôt, l’odeur qui s’échappe du fournil rappelle aux hommes qu’ils ont raison d’aimer la vie. Quelques rues plus loin, vers neuf heures, tous les jours, se font entendre les sons joyeux qu’émettent les cours de récréation dans ce qu’autrefois on appelait la Communale. Dans la rue du grand Chêne trois couleurs flottent à l’extrémité d’une hampe et nous signalent qu’en cet illustre bâtiment nos édiles veillent à la destinée de tous les membres de la communauté.

Il serait ainsi possible de parcourir les rues une à une, d’ouvrir les portes des boutiques, de nommer les personnages historiques qui sont passés ou ont vécu en ce lieu. Ainsi chacun saurait qu’il n’y a pas que les coureurs du tour de France qui connaissent nos chemins et nos coteaux.

Mais sans doute vous direz-vous, si vous allez au bout de ces quelques pages, que cela se passe un peu partout dans notre beau pays. Peut-être vous direz-vous que ce jeune homme c’est vous, ou bien que vous connaissez quelqu’un qui lui est étrangement semblable. Peut-être penserez-vous que le père de ce jeune homme a plus que quelques points communs avec vous. Peut-être votre esprit sera-t-il traversé par l’idée que ce professeur qui apparaît sur une page impaire n’aurait aucun mal à vous prêter certains de ses propres traits.

Alors, dans le souci de respecter les personnes, je vous dirai qu’il est bien inutile de chercher à savoir les noms véritables, de chercher à connaître l’apparence des choses. L’essentiel est ailleurs.

Les années qui viennent de passer n’ont pas été de tout repos. Seize se sont écoulées depuis l’entrée en maternelle du jeune homme qui répond à mes questions. Quel lien nous unit ? Le plus fort il me semble. Depuis qu’il sait parler Aurélien m’appelle papa. Sans conteste, il est avec sa sœur aînée l’un des deux êtres que j’aime le plus dans cet univers. Cependant je dois dire que si je ne devais pas à l’hérédité la couleur de mes cheveux (gris) c’est bien vers lui que se porteraient mes investigations si je cherchais alors à en connaître l’origine.

Je lui ai simplement demandé de porter témoignage sur sa scolarité entre la maternelle et la terminale. Pour cela je lui ai posé de nombreuses questions et il y a répondu avec toute la franchise que je lui connais. Nous avons travaillé avec un magnétophone. J’ai songé que plus tard, une fois devenu un homme mûr, il ne serait pas mécontent de relire ce qu’il pensait de ses études primaires et secondaires à l’âge de dix-neuf ans. Quant à moi, les réponses qu’il m’a faites me permettent une relecture immédiate de toutes ces années riches en événements, mais également riches d’enseignements. J’ai songé aussi que son témoignage véritable, authentique (je n’ai pas changé un mot à ses réponses), pouvait aider les adultes (parents, professeurs, professionnels de l’éducation) à se poser à leur tour des questions. J’ai pensé que les jeunes gens (collégiens, lycéens, mais aussi ceux qui sont sortis de l’enseignement secondaire) pourraient aussi se poser des questions, qu’ils pourraient également trouver du réconfort, des raisons de croire que la vie est belle, de croire que les difficultés d’aujourd’hui ne nous empêchent pas de trouver un trésor demain : un trésor de beauté, un trésor d’amour, un trésor d’accomplissement. Je continue à le croire et à l’espérer pour Aurélien. J’ai confiance en l’avenir et j’ai confiance en lui.

 

Qu’est-ce que tu as pensé de ta réussite au baccalauréat ?

Ça change que j’en ai fini avec le lycée, que je peux enfin aller en fac et faire ce que j’aime, et voilà ! Et après c’était quoi d’autre ? C’était ce que je pense de ma réussite au bac ?

Ben, je pense que c’était un gros coup de chance quand même si je l’ai eu. Mais bon, je ne le méritais pas ! Tant qu’on me le donne, moi je ne dis pas non, voilà !

Qu’est-ce que c’est que le mérite ?

Le mérite c’est d’avoir travaillé pendant toute l’année et puis de clôturer ce travail par une réussite à la fin. Alors que moi, je n’ai rien fait pendant toute l’année et je l’ai eu quand même. Donc, c’est quand même une petite injustice par rapport aux autres qui ont travaillé et qui l’ont eu ou l’ont eu au “repêche”. Voilà !

Les notes que tu as obtenues correspondent aux devoirs que tu as rendus le jour de l’examen.

Euh, pardon ?

Les notes que tu as eues au bac correspondent à ce que tu as fait le jour de l’examen. Le correcteur lui, n’en a rien à fiche de ton passé. Il a noté ce que tu as fait le jour de l’examen. Où est l’injustice ? En quoi y a-t-il manque de mérite ?

Ben, normalement il faut quand même faire un minimum de travail pendant l’année. Le bac correspond à un récapitulatif de ce qu’on a fait pendant l’année. Si je n’avais produit que ce que j’ai fait pendant l’année, je ne serais pas resté très longtemps dans les salles d’examen.

C’est-à-dire ?

Ben, étant donné que je n’ai quasiment rien fait, je n’aurais pas pu mettre grand-chose sur les copies.

Et comment se fait-il que tu aies pu mettre quelque chose ?

Parce que j’ai travaillé juste avant l’examen.

Tu as une appréciation morale quand tu dis que tu ne l’as pas mérité. La réussite à un examen se fiche complètement de la morale. Mais alors complètement ! On te demande un résultat. On te pose des questions et l’on attend que tu répondes à ces questions. Il n’y a aucune considération morale là-dedans.

Quel est le professeur que tu as préféré cette année et pourquoi ?

Je pense que le professeur que j’ai le plus aimé c’est le prof de philo. Le prof de philo parce que ses cours étaient intéressants et la matière me plaisait.

En tant que personne, je pense que c’était Monsieur Moreau, le prof d’économie-droit, parce que je pense que c’est un type bien, qui fait attention à ses élèves. Et même s’il s’emporte il aime ses élèves et il aime son métier. Et même s’il n’arrive pas très bien à faire ses cours dans des classes trop nombreuses, je suis sûr qu’avec des effectifs plus restreints il serait bien meilleur et les élèves en seraient heureux.

A quoi voit-on qu’un professeur aime ses élèves ?

Ben, quand on voit qu’il nous laisse son numéro de téléphone si l’on a un problème. Dès qu’on ne comprend pas il nous dit : « Vous pouvez venir à la fin des cours si vous voulez me poser des questions ». Quand on voit qu’il est là le jour de l’examen ; il est là le jour des résultats ; il est même là le jour des “repêches”. Donc, il est tout le temps avec nous et dès qu’on a besoin de quelque chose on peut le lui demander. Et puis, même si l’on ne veut pas parler de cours mais parler d’autre chose on peut aller lui parler. Pas de problème !

Tu as parlé de cours intéressants à propos de philosophie. Qu’est-ce que c’est que des cours intéressants ?

Des cours intéressants ? Ben, euh ! C’est la philosophie qui est intéressante. Enfin, c’était la pseudo-philososphie qu’on nous a faite. Tout ce qui est réflexion, tous les sujets, l’histoire, la nature. Ça c’était intéressant à voir.

Quelle différence entre pseudo-philosophie et philosophie ?

Ben… Nous, ce qu’on nous a fait c’était les prémices d’une philosophie future. C’était juste pour nous apprendre à raisonner et à commencer à réfléchir. La vraie philosophie, c’est vraiment rentrer dans les vies des auteurs, dans ce qu’ils ont dit, dans ce qu’ils pensent. C’est lire beaucoup, connaître par cœur des auteurs, des écrivains.

Est-ce qu’il y a un prof que tu as détesté cette année, et si oui pourquoi ?

Calléjan, Monsieur Callejan le prof d’espagnol. Il voulait tellement se faire aimer des élèves qu’il a réussi à s’en faire détester. Il jouait le rôle – un peu – du prof révolté contre l’établissement, qui est pour les élèves, qui s’occupe bien des élèves, alors que pas du tout. C’est un prof inintéressant et ses cours de même. Sans aucun intérêt !

Est-ce qu’il y a d’autres professeurs que tu n’as pas appréciés ?

Il y a d’autres profs que je n’ai pas appréciés mais pas pour de bonnes raisons.

C’est-à-dire ?

Madame Cèves parce qu’elle n’arrêtait pas de m’embêter avec mes absences ou autre.

C’est normal ça ! Ça fait partie de son travail !

Comme je l’ai dit ce n’était pas pour de bonnes raisons. D’autres profs que je n’ai pas aimés ? Et bien ma foi non.

Est-ce qu’il y a un prof qui t’a aidé cette année ?

Non.

Est-ce que tu as demandé à un professeur de t’aider cette année ?

Non.

Quel est l’élève que tu as le plus apprécié dans ta classe et pourquoi ?

Je pense que c’est Denis parce qu’on s’entendait bien. On était un peu sur la même longueur d’onde comme on dit. On aimait tous les deux la philo et on se comprenait.

Qu’est-ce que ça veut dire ?

On se comprenait ?

Oui.

Ben… Je ne sais pas trop l’expliquer. On a pas mal de centres d’intérêt qui se recoupent. On avait à peu près les mêmes appréciations sur les gens qui étaient autour de nous. C’est tout.

Est-ce qu’il y avait des élèves qui avaient une bonne influence sur le travail de la classe ?

Non.

Vraiment aucun ? Il n’y avait aucun élève qui avait envie de travailler pendant les cours ?

Ah si ! Il y avait Caroline qui avait envie de travailler.

Une seule élève sur trente-six ?

Euh oui, qui avait vraiment envie de travailler. Après il y en avait d’autres dans le coin de la classe mais elles ne se manifestaient pas.

Et toi, tu penses que tu as eu quelle influence sur la classe ?

Aucune. C’était plutôt papier peint. Déjà je suis venu par intermittence. Donc on ne peut pas dire que j’ai gêné le déroulement de l’année. Je ne pense pas laisser une trace impérissable dans l’esprit de mes confrères.

Qu’est-ce que tu as été heureux d’apprendre cette année en terminale ?

Comme matières ?

Oui.

L’histoire, intéressante. La philosophie.

Et en particulier en histoire ?

En histoire le plus intéressant : on a fait surtout la seconde guerre mondiale. Le plus intéressant, ce sont les répercussions au niveau philosophique. Des hommes qui massacrent des hommes. C’est la nature humaine. Ça se recoupe avec la philosophie, donc ça m’a intéressé.

L’anglais m’a intéressé à la fin de l’année. Ça c’est grâce à la prof. Cette prof m’a aidé.

Comment ?

Elle est venue me parler plusieurs fois en me disant que j’étais assez bon en anglais, que j’avais un bon accent et que pour elle je n’étais qu’un gros “branleur” mais, que j’étais assez intelligent et que je pourrais faire quelque chose si je m’en donnais la peine. Du coup je suis passé de huit à treize en anglais, je crois, je ne sais plus. Donc j’ai participé davantage, j’ai travaillé les contrôles. J’ai eu des bonnes notes en contrôles. Elle était contente, moi aussi. Je suis même allé devant pendant ses cours pour écouter. C’est vrai qu’au fond de la classe on n’entend pas grand-chose. Voilà.

Est-ce que ça veut dire que tu ne travailles une matière que si le professeur t’aide ou si le professeur te plaît ?

A peu près oui. Si je vois que le professeur me prend pour un débile ou pour un “con” je n’ai pas envie de bosser pour lui. Pour moi je ne voyais pas l’intérêt de travailler dans ces matières parce que ça ne m’apportait rien. A part en philo ou en histoire où c’est vraiment des trucs que j’ai envie d’apprendre pour moi. Après, dans les autres matières – c’est bête à dire – c’est surtout pour le prof...