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L'enfant du pardon : itinéraire d'un chercheur de vérité

De
336 pages

Soixante de vie. Cette biographie nous fait traverser une période bouillonnante de créativité et de changements : celle de 1960 à 1980. A travers l’histoire personnelle de l’auteur, c’est toute une génération que nous découvrons débordante des idéaux les plus fous et des expériences les plus extrêmes. La révolution culturelle des Beatniks, l’espérance folle des hippies, les vagabondages de par le monde, le retour à la terre, les nouvelles communautés, le jaillissement des courants charismatiques... Mais aussi les tentatives de nombreux d’entre eux pour traverser l’effondrement de leurs espoirs, à travers la mise en place d’une vie plus ordinaire, avec ses drames, ses échecs mais aussi ses victoires. Le tout ponctué par une recherche d’absolu marquée par la rencontre avec le Christ et d’autres religions.


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Cet ouvrage a été composé par Edilivre
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Tous droits de reproduction, d’adaptation et de traduction, intégrale ou partielle réservés pour tous pays.
ISBN numérique : 978-2-332-69025-8
© Edilivre, 2014
Avis de l’auteur
Le fleuve du temps, depuis la création du monde, s’écoule en charriant naissances et morts, joie et tristesses, rires et pleurs, violences et douceurs, paix et guerres, comme une gigantesque palette multicolore aux mélodies des vies. Décrire tout cela couvrirait la terre entière de pages manuscrites. Et pourtant ! Tant d’efforts et d’espérances dont il ne reste rien, disparus comme fumée quand le feu s’est éteint. J’ai aimé ! Que sont devenus mes amours ? J’ai connu des fureurs et des colères, cela me paraît si dérisoire maintenant. Que de soucis et d’inquiétudes vécus pour rien. Il ne me reste que le goût amer d’avoir si souvent brassé du vent. Ce n’est pas le nombre, ni même l’intensité des expériences qui m’apporte la joie et nourrit mon présent mais leur qualité d’amour, d’authenticité et de vrai désir. Oui cela seul a de l’importance. Cela seul demeure au-delà du temps et sait jouer aux harmonies des étoiles comme dans la mémoire collective des hommes. Cela seul, seulement cela, demeure et peut aussi s’inscrire dans l’exultation extatique des bienheureux qui se nourrissent d’éternité. C’est dans cette optique, et à la demande de nombreuses personnes, que je me suis décidé de retracer le chemin de mon existence. J’ai un passé bien chargé pour ne pas dire encombré. Les souvenirs se bousculent dans ma mémoire. Par leur nombre, leur variété et leur originalité je pourrais dire sans orgueil que j’ai eu une vie bien remplie. Mais je le redis encore, ils ne sont rien par eux-mêmes. « Oui, vanité, les fils de l’homme ! Mensonge, les fils de l’homme. Dans une balance ils monteraient tous ensemble, plus légers qu’un souffle » (Psaumes 62:9-10). Je voudrais tenter avec la grâce de Dieu d’y faire surgir Sa Présence. De pouvoir partager avec le lecteur les réponses et les réflexions qui ont poussé dans ces sillons. Je ne voudrais surtout pas faire de ce récit un retour sur moi-même dans la complaisance nombriliste de mon misérable ego. Cependant, je ne prétends pas faire un récit objectif. Il sera inévitablement marqué par mon ressenti et le sens que je lui ai donné au moment où je l’ai vécu. De plus, la mémoire est sélective et transforme les souvenirs. Le plus important est de montrer la relation que chacun peut avoir avec un événement. Trois témoins ne décriront pas de la même manière une situation qu’ils auront vécue ensemble. Chacun a son regard et c’est là toute la richesse de nos différences. Comme dit le dicton populaire « chacun voit midi à sa porte ». C’est avant tout pour toi, lecteur, que j’écris, en espérant que tu puisses trouver, dans ce modeste essai, quelques réponses aux questions que tu te poses, aux tourments qui t’habitent, un baume pour guérir ce qui t’a blessé. Peut-être cela peut te paraître prétentieux, mais je suis sûr que toute vie est unique et lorsque nous l’offrons à l’autre comme un don elle devient canal de grâce, par lequel la source de Tout Amour peut irriguer notre terre. « Nous sommes responsables (pour les autres) de ce que nous pensons » (Chiara Lubich). J’ai rencontré de nombreuses personnes qui, dans une vie toute simple, ont plus côtoyé le merveilleux que moi dans toutes mes aventures. Et lorsqu’ils m’ont dévoilé pudiquement avec tant de simplicité, ces fleurs de leur quotidien, j’en suis resté ébloui et édifié. Bien souvent ils m’ont dévoilé de nouveaux horizons et leur paroles ont déposé dans mon cœur des richesses qui vitalisent encore mon présent. Donc, ami lecteur, je pars avec toi en voyage et te remercie de m’accompagner. Ne te laisse pas éblouir par l’extraordinaire, mais fais-moi en retour le cadeau d’y récolter les fleurs de simplicité et d’amour et de les distribuer à ton tour à ceux et celles qui apprécieront leurs couleurs et parfums.
Prologue
La plage est immense, sans dune, floconneuse comme une mer de nuages. Le sable lumineux rayonne d’une étrange clarté tandis qu’un océan aux eaux transparentes, vague après vague, inscrit sur la rive, en dentelles d’écumes, un mystérieux alphabet. La voûte d’un ciel miroir réfléchit toutes les nuances du sol. Le bas et le haut se confondent. L’horizon s’éloigne toujours à mesure que l’on regarde au loin. Un silence musical règne en ce lieu, débordant d’une présence indéfinissable, douce comme un souffle de printemps. Trois enfants nus jouent sur la plage. Leurs cheveux sont comme de la lumière et leurs grands yeux aux couleurs du ciel ont une telle intensité d’innocence amoureuse que leurs visages, tout en sourire, sont devenus regard. Trois enfants, semblables et si différents, trois reflets éblouissants issus de cette même lumière qui irradie tout le paysage. Leurs jeux se déploient comme un vaste éventail, comme l’ombrelle magique de « Ferme l’œil », l’elfe lunaire des rêves d’enfant. Et pourtant, pas un seul instant ils ne se quittent des yeux. Quel est ce lieu où se croise leur regard ? Quel est ce présent, où passé et futur s’unissent dans une même étreinte?…………… Un instant dans l’instant ils cessent leurs jeux, si attentifs l’un à l’autre, dans une telle communion autour d’une même pensée qu’ils semblent disparaître dans un éblouissement de lumière. Dans un autre instant dans l’instant ils se lèvent ensemble et se tournent vers la mer. Ils tiennent dans leurs mains unies une conque d’or qu’ils portent à hauteur de leurs visages. Leurs lèvres se rapprochent l’une de l’autre et s’unissent dans un baiser d’amour et de joie. Le souffle qui en jaillit fait naître au cœur de la conque le son qui porte en germe tous les sons. Le son qui, dans son rayonnement symphonique, va faire surgir les mondes. Le « Je Suis » aux chatoiements de l’espace et du temps.
Première partie
Le corps tissé d’étoiles. Naissance
Combien de temps pour tisser un corps d’homme de chair et d’esprit ? «Dès le sein maternel j’ai été sous ta garde, Dès le ventre de ma mère tu as été mon Dieu » (Psaumes 22:10).Combien de métamorphoses dans l’espace et le temps ? La lumière était un jaillissement de joie dans l’éclatement premier tandis que prenait corps le creuset des galaxies. La lumière a continué de hurler son bonheur en symphonie d’étoiles et de planètes. L’eau recouvrait la terre et la lumière a chanté la vie, si petite, si fragile en son commencement dans les profondeurs abyssales, et la vie est remontée à la surface des océans à l’appel du soleil se transformant sans cesse. Il y eut la terre et les végétaux, les animaux petits et grands, ceux qui nageaient dans les eaux et leur descendance qui rampaient et leur descendance qui avait des pattes, et ceux qui volaient inscrivant dans le ciel de grandes lettres de silence ; il y eut… il y eut… Vois ! Tout est relié. Chaque espèce est interdépendante des autres, chaque étape de l’évolution indissociable communion de l’écosystème, image de la communion qui les a fait être. Je les porte en moi, tous. J’ai été pétri de la terre mère. C’est pour cela que je peux chanter avec le pauvre d’Assise : mes frères, mes sœurs… mon frère le soleil, ma sœur l’eau, mes sœurs les plantes, les arbres, les fleurs, les animaux, par lesquels mon corps et celui de tous les corps humains ont été façonnés. Mais je suis aussi homme, fils du Très Haut, conscience de l’univers parce qu’il y a eu ce moment sacré entre tous où le Créateur s’est penché sur moi, sur nous. Son souffle nous a pénétré, jusque dans les profondeurs de notre cosmos intérieur, créant l’âme indissociablement mariée à mon être de chair, miroir éternel où refléter Sa Gloire et l’écho de Son Amour. Je suis devenu une parole vivante, verbe jaillissant du Verbe : âme immortelle, jubilation inaltérable de liberté pour répondre au « je t’aime » divin.
* * *
Toute cette œuvre de lumière, le Créateur l’a accomplie dans l’étreinte d’amour de mon père et ma mère qui ont su renouveler jour après jour cette tendre relation dans la simplicité du quotidien. C’est pour cela qu’ils étaient vraiment donneurs de vie. De cette vie accueillie qui s’épanouie, qui féconde, qui se prolonge dans la naissance des enfants. «Ta femme est comme une vigne féconde Dans l’intérieur de ta maison ; Tes fils sont comme des plants d’olivier, Autour de ta table. »(Psaumes 128:3). Deux garçons et une fille sont venus réjouir leur couple. Puis la terrible guerre emporta mon père loin de son foyer, prisonnier durant cinq années. Longue attente, profonde souffrance où leur amour fidèle a su mûrir. Le retour fut l’éblouissement d’une joie nouvelle qui eut le goût des premières épousailles. Mais il fallait aussi tout reconstruire, redécouvrir ces enfants que mon père n’avait pas vu grandir, reprendre à zéro son métier d’architecte, retrouver une clientèle. Trois années de dur labeur pour que l’enfant tant désiré puisse naître dans un environnement favorable. Naître ! Par l’acte sacré du couple, la messe de cette église domestique, si belle, si noble ; une seule chair, un seul cœur, une seule âme. Naître ! Par cet instant d’intimité qui a goût d’éternité tandis que le plaisir emporte les corps dans une sorte d’extase. Naître ! Par cet instant que Dieu bénit particulièrement car il est l’image de Sa vie, Lui Relation éternelle. Naître ! Dans le silence de cette communion étoilée de soupirs, de gémissements et de cris, où Dieu est toujours présent, car elle se joue aux mélodies de la création, elle est accomplissement d’un vouloir divin dont notre compréhension ne fait qu’effleurer la profondeur. C’est le seul acte d’unité par lequel nous faisons surgir du néant un être vivant, vase d’argile
où Dieu dépose l’âme, les berçant d’amour. C’est pour cela qu’il est très grave de le galvauder. On ne peut traîner dans la boue ce qui est lumière. Il ne s’agit pas de moralité, ni d’interdit. C’est hors sujet. Il s’agit de l’ajustement au sacré. De même que la pudeur n’est pas un concept mais le voile posé sur un mystère. Réduire l’acte sexuel à un produit de consommation c’est vouloir mettre le divin dans un sachet plastique sur un étalage de supermarché. Et en ce domaine nous sommes devenus surdoués. Naître ! oui naître ! Ce fut chose faite le 2 septembre 1947 à Paris. Petit bonhomme que j’étais, petit bonhomme que je suis encore.
Ici maintenant
* * *
Tandis que j’écris le temps s’est arrêté. Le soleil joue au rideau de tulle nacré des fenêtres. Je peux contempler en transparence les belles montagnes de l’Ardèche. Le vent fait danser et murmurer le feuillage du grand tilleul en fleur. Les fleurs sont des touches de blancheur pastel posées sur le vert des feuilles. Je passe quelque temps chez mon dernier fils et son amie. Leur amour et leur accueil sont un bouquet de joie. Vivant en Inde depuis cinq ans, j’ai une maison chez eux où je me sens vraiment chez moi, durant mes brefs séjours en France. Voila bientôt soixante et un ans que Dieu m’a fait la grâce de naître. Ma reconnaissance est immense et je n’aurai jamais assez de l’éternité pour Lui dire merci ainsi qu’à mes chers parents. Le présent et le passé se confondent. Ou plutôt, le présent est tissé de tous ces moments vécus. Souffrance et joie, bien et mal, rencontre et abandon, fidélité et trahison, tous ces événements qui se sont entrelacés comme l’ivraie et le blé sur le grand champ de la vie et ont mûri en fruits d’amour dans l’instant présent. Il devient si fécond, cet instant, lorsque nous le vivons comme le seul espace d’une réelle rencontre avec ce soi-même donné à l’Autre, à tous les autres. Je ne saurais vivre en dehors de cette relation d’amour. Elle est ma vie, ma joie, mon espérance. J’ai traversé tant de paysages trompeurs, succombant aux mirages chatoyants de fausses lumières. J’ai eu des visions fulgurantes aux paradis artificiels qui ont creusé en moi des blessures devenues sillons pour les semences du pardon, des amours interdits, de riches amitiés qui m’ont laissé croire qu’elles pouvaient combler mon cœur mais qui parfois se sont effritées avec le temps, la paresse ou la trahison. Il y a eu des voyages, d’autres peuples, d’autres cultures qui ont élargi mon âme, vie parmi des myriades d’autres toutse aussi importantes les unes que les autres, qui ensemble en communion forment le grand océan de lumière qui se reflète dans le regard de Dieu. Ensemble, en relation d’amour, là est le secret si simple qui évite que nos petites existences s’évaporent comme goutte au soleil, inutiles et stériles ne pouvant même pas devenir nuage pour abreuver la terre. Tout est relation d’amour, c’est pour cela que je vous redonne cette parole qui est comme un cri venu du fond de mon cœur : « Je ne saurais vivre en dehors de cette relation d’Amour. Elle est ma vie, ma joie, mon espérance. »
Enfance Ébauche de souvenirs
Enfant désiré et choyé, je suis entouré de beaucoup d’affections. L’amour ne manque pas au rendez-vous de ma vie. Ma sœur est toute attentive à son petit frère, ainsi qu’une femme de ménage qui a été embauchée un an auparavant. Cette dernière est ma confidente et sait découvrir au milieu de mes nombreux défauts un cœur assoiffé d’amour et de générosité. Elle fait montre d’une grande indulgence et ferme les yeux sur beaucoup de choses. Elle est et sera pour moi comme une seconde mère et une confidente, et cela même plusieurs années après que j’ai quitté la maison familiale. Mes parents s’aiment profondément. Catholiques pratiquants, ils n’en font pas étalage. Cependant, jaillissant du secret de leur prière, toute leur vie en est imprégnée. Ils manifestent une profonde honnêteté et une ouverture à tous, quelque soit leur origine sociale. Jamais de disputes ni de cris ne viennent ternir cette douce intimité, parfois quelques remarques dites avec humour, rien de plus. Il est de tradition familiale d’exclure tout conflit et mauvaise tête. « Faire la gueule » n’est pas de mise. Cela présente l’avantage de préserver un climat de paix, mais bien souvent toutes questions ou sujets pouvant entraîner un éventuel conflit sont mis de côté. J’aurai à assumer une grande vulnérabilité face au conflit et serai souvent démuni pour m’affirmer devant l’autre. De plus je vivrai un manque profond en terme de vérité. C’est sans doute un des facteurs, parmi d’autres, qui motivera ma quête incessante du vrai. D’où je viens ? Pourquoi je vis ? Quelle est notre destinée ? Ces questions seront brûlures, mais aussi dynamique de vie me poussant à creuser toujours plus profond sur le champ de ma vie. Mais l’amour, principe premier de la famille, fera de moi un être aimant, voguant gaiement dans le climat de bonne humeur, de rire et de joie qui imprègne la réalité familiale. Mes parents cultivent l’amitié avec toute la délicatesse et la fidélité qu’exige cette jolie fleur de notre humanité. C’est pour cela qu’ils ont de nombreux amis. Ils se retrouvent régulièrement pour jouer au bridge, faire du tennis, chasser et faire la fête chez les uns et les autres. Quand cela se déroule à la maison, j’entends du fond de ma chambre les éclats de rire et les conversations bruyantes. Je finis par reconnaître les personnes à leur rire. Vers huit, neuf ans, mes parents m’emmènent à la chasse. Les repas sont le théâtre d’énorme chahut, de plaisanteries plutôt grossières, de projection de nourriture et bien d’autres extravagances qui me donne une image des adultes pour le moins choquante. Mon père me confie qu’il n’apprécie pas ces jeux avec la nourriture, mais cela ne l’empêche pas de rire lorsque se produisent ces débordements. Quand à moi je suis à l’aise dans ce genre de manifestations. Bien souvent on me demande de passer sous la table pour verser un verre d’eau dans les bottes ou autres fantaisies. En dehors de ces temps de détente je sers comme rabatteur en poussant de grands cris et tapant sur les arbres avec un bâton. J’aime le coté aventureux, les pérégrinations au milieu des roseaux lorsque l’eau me remplit les bottes, les bois touffus où il faut se frayer son chemin comme dans la jungle. Mais revenons à mes premières années. Ma mère prend la décision de ne pas travailler afin de consacrer son temps à son petit dernier. Ma sœur collabore à cette attention affectueuse jusqu’à ma cinquième année. C’est à cette période qu’elle rencontre l’âme sœur et convole dans de sages fiançailles avant de se marier. Mon frère aîné part au Congo alors que je suis encore bien jeune. Son éloignement et la grande différence d’age, vingt ans, m’empêcheront d’établir une relation profonde. Ce n’est que bien plus tard que je découvrirai en lui un vrai frère. J’aurai même pour lui une grande tendresse qui me le rendra particulièrement proche. Quant à mon cadet, il fait le désespoir de ses parents. Sa jeunesse se déroule en pleine période existentialiste. Les premières boites de nuit installées dans des caves apparaissent dans Paris. On y récite de la poésie, discute philosophie, écoute et joue du jazz. On boit sans retenue et les premières drogues y sont consommées, particulièrement la morphine. Une grande partie de la jeunesse contestataire ainsi que des artistes de tous poils s’y rencontrent.
En bon disciple de JP Sarthe, il porte des habits noirs, joue de la clarinette et de la batterie, écrit des poèmes et des nouvelles. Quand il vient à la maison entre deux « parties » c’est souvent avec de nombreux amis. L’appartement devient alors une scène de théâtre où les délires en tout genre s’expriment sans retenue. Cela le plus souvent en l’absence des parents. J’apprécie beaucoup toute cette petite bande qui me le rend bien. Ils s’amusent avec moi, ne me chassent pas de leurs fêtes animées. Mes parents tentent en vain d’y mettre le holà. Ce n’est pas un exemple idéal pour un enfant. Un jour ma mère prend une grande colère. Car, dans une de leur réunion animée, ils ont cassé plusieurs petites chaises, qu’elle vient d’acheter. Elle met entre les mains de son petit dernier, alors âgé de sept ans, un barreau, reste d’une des chaises, et lui demande de s’en servir pour donner des coups à son frère. Quand j’entre dans la chambre où celui-ci se trouve avec ses copains, je me précipite vers lui. Cela ne va pas loin, bien sûr, et tous rient de mes exploits vengeurs et je les rejoins rapidement dans leur hilarité. J’ai une grande admiration pour ce frère qui me raconte des foules d’histoires et me fait rêver. Il connaît le père Noël, peut voir des éléphants volants. Un jour, me montrant le ciel, il m’explique comment les repérer. Ils ne volent que par temps couvert et l’on peut deviner leur présence lorsqu’apparaît dans les nuages un petit point gris qui bouge. Il me montre du doigt ces fameux points et j’y crois dur comme fer. Je les vois dans les moindres mouvements de nuages ou dans les nuances de leurs teintes. Il y a encore beaucoup de choses que je partage avec mon cadet : pur fabulation, vécus romancés ou histoires vraies. Il est pour moi un vrai frère avec lequel j’aime me retrouver et à qui je veux ressembler. Ce qui m’attire le plus vers lui à cette époque, c’est le fait qu’il m’introduit dans sa vie, ses amis, sa musique, ses histoires. Il est fier de présenter son petit frère. Il me parle comme un égal. Il sait spontanément me faire rentrer dans ce qui est essentiel pour un jeune enfant : le monde de l’imaginaire et du merveilleux. C’est pour cela qu’il a eu un si grand impact dans ma vie. Ma sœur, plus présente que lui à mes côtés, a l’attention pleine de tendresse de l’aînée. Mais elle représente pour moi la raison, la sagesse, le devoir. Et c’est sans doute pour cela qu’elle ne me marque pas autant. La nature humaine est ainsi faite, surtout dans le vécu psychologique et affectif de l’enfant, que ce qui touche le cœur et les facultés de rêve attire toujours plus que le sens du devoir avec ses lois et ses exigences. N’est-ce pas un signe que ces domaines approchent de plus près nos soifs fondamentales ? Que notre être, créé pour une vie sans frontières dans les demeures éternelles, y sent intuitivement palpiter le divin. Comme l’eau d’un lac reflète le ciel. La raison, les lois, structurent notre personnalité, mais sont sans vie. C’est un peu comme les canaux d’irrigation d’un jardin. S’il manque l’eau ils ne sont pas d’une grande utilité. L’eau est fluide, imprévisible, elle obéit à sa propre loi. Elle facilite le rêve et l’évasion, mais en même temps possède une grande fécondité. Elle est l’élément indispensable de la germination des graines et de la croissance des végétaux. Elle touche à tous les domaines du vivant. Mais si elle n’est pas canalisée elle devient destructrice. Elle transforme les terres fertiles en marécage, elle détruit tout dans la fureur de ses flots. Ainsi en est-il pour nous. Le rêve, l’imaginaire, les mouvements de notre cœur sont indispensables ; ils sont le vivant qui crie sa liberté, qui nous pousse à l’aventure, qui écarte les limites, qui ose les imprudences. Mais si la raison et les lois ne sont pas là, alors se lèvent les passions qui nous enchaînent, la recherche éperdue du senti qui amoindrit notre vouloir, le rêve vécu pour lui-même qui nous décolle du réel et peut nous conduire à la folie. Tous les fanatismes et excès, même s’ils sont travestis par de fausses sagesses afin de mieux nous tromper, sont toujours le fruit des passions irraisonnables, des peurs et des frustrations. Ainsi en est-il pour le bambin que je suis. Dès mon plus jeune âge j’accueille avec prédilection cette déité au double visage et me laisse enivrer par son parfum. Je suis habité par une grande soif. Quelque chose me pousse à aller voir derrière le décor de quoi il en retourne. Je ne sais pourquoi, mais les chemins que parcourent la plupart des hommes m’ennuient. Dés les petites classes je me fais l’ami des marginaux, leur protecteur, leur
confident. Je joue à la guerre comme la plupart des enfants de mon âge. Mon armée est composée des exclus. Mais je sais aussi me faire l’ami du leader de la partie adverse. Ainsi je joue, et jouerai toujours, sur ces deux plans les événements de mon existence. Tiraillé entre un besoin de sécurité et de morale et la folie des espaces sans limites, la compagnie des laissés-pour-compte et des jouisseurs et celles des maîtres et des hommes de bon sens. Ce double jeu sera parfois vécu comme une vraie crucifixion car je tenterai souvent l’impossible pari de vouloir les réunir. Je vivrai ce paradoxe jusqu’en ses profondeurs, ballotté intérieurement par ces frères ennemis. Si nous pouvons lire dans ma jeunesse les chapitres qui m’ont rendu tel, il n’en reste pas moins vrai qu’il y a quelque chose qui échappe à la simple analyse psychologique. Ce quelque chose que l’on peut appeler la vocation. Ce quelque chose qui nous poursuit inlassablement jusqu’à ce l’on se décide enfin à l’accepter. Ce quelque chose qui s’infiltre jusque dans les fissures de notre être et sait faire de tout bois un feu. Même nos défauts et nos blessures y sont assumés pour nous conduire vers ce divin qui reste le but de toute existence.« Soyez donc parfaits, comme votre Père céleste est parfait »(Matthieu 5:48), nous dit Jésus. Mais cette perfection n’est pas celle froide des « sans défauts ». Elle ressemble à la beauté de l’arbre tordu au milieu de la forêt qui tout de suite attire notre regard et le pousse à contempler. Nous comprenons aisément, suite à ces réflexions, que les études ne m’intéressent pas particulièrement. Les punitions, colles et autres tentatives pour faire de moi un élève studieux ponctuent, sans grand succès, mes jeunes années. Souvent, si je fais perdre patience à mes professeurs, certains sauront discerner mes réelles qualités de cœur et me porteront une grande affection. Que d’heures ma pauvre mère passe à mes devoirs, tandis que je regarde plutôt le vol des mouches que les pages de mes livres de classe ! Le carnet de note porte invariablement la même annotation : « a de réelles possibilités, pourrait bien faire s’il s’en donnait la peine » ! Une gouvernante est rapidement embauchée pour s’occuper de moi, dès mes cinq ans. C’est une petite femme d’un mètre cinquante, veuve de la guerre 14-18, d’origine bretonne. Elle est extrêmement gentille et j’ai pour elle de grands élans d’affection qui la touchent beaucoup et lui permettent d’assumer l’autre aspect de ma personnalité qui n’est pas facile à vivre ; car je ne me gène pas pour la faire tourner en bourrique. Quand elle m’emmène promener je cours souvent devant elle et elle essaye vainement de me rattraper en criant. Un jour, où elle est en discussion avec mes parents dans leur chambre, je l’attends caché derrière la porte, et lorsqu’elle sort de la pièce je lui fais un croque-en-jambe et la pauvre femme s’étale de tout son long. Je fais cela sans méchanceté, comme la plupart de mes frasques. J’aime bien rigoler mais n’ai aucune notion des limites. Mon père furieux m’envoie un magistral coup de pied aux fesses. Cela me marque d’autant plus que mon père est de nature calme et sévit rarement. C’est ma mère qui représente l’autorité. Elle a la main lourde et nombreuses sont les gifles que je reçois. Elles n’ont que peu d’effet sur mon comportement. J’ai vraiment le diable au corps comme on dit. Cependant je crains ma mère. Je me demande pourquoi une maman peut être aussi méchante. Et m’invente une drôle d’histoire pour répondre à ma question. Elle ne doit pas être ma vraie mère. Cette dernière a du être remplacée par elle. Cela ne m’empêche pas de lui porter une réelle affection et de me blottir dans ses bras pour de grands câlins. Paradoxe du monde intérieur de l’enfance où peuvent cohabiter des contraires en parfaite intelligence. Les vacances, jusqu’à l’âge de sept ans, se déroulent à la montagne : l’été, dans un chalet aux environs de Chamonix et l’hiver à la neige. J’ai quatre ans quand j’apprends à faire du ski et cinq lorsque je traverse la mer de glace et couche dans le refuge du « couvercle » à plus de trois milles mètres. Ma famille est passionnée par ce sport. Cela remonte aux grands-parents. Mon grand-père maternel est le fondateur du club alpin, et du côté paternel mon autre grand-père a mis en place la section montagne du Touring Club de France. Ma grand-mère maternelle est la première femme à chausser des skis. Je suis bercé dans les récits de