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L' épreuve: de l'obscurité à la lumière

De
84 pages
L'épreuve, engendrée par une souffrance aux multiples facettes, peut conduire aux limites du supportable. Mais, quelquefois, elle invite à une remise en cause. Alors, vient le temps du questionnement, de la découverte de l'essentiel, du pardon peut-être, du vivre pleinement et joyeusement. André avec son divorce, Louis à l'adolescence meurtrie par un père tyrannique, Claude, prêtre, blessé par une église si éloignée des hommes et Pauline, dont la vie bascule avec la maladie, illustrent ce passage de l'obscurité à la lumière.
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© L’Harmattan, 2014 5-7, rue de l’École-Polytechnique, 75005 Paris www harmattan.com diffusion.harmattan@wanadoo.fr harmattan1@wanadoo.fr EAN Epub: 978-2-336-69583-9
À mes enfants, à Hélène. À Blandine et Claude, aujourd’hui décédés, ma profonde gratitude pour leur écoute généreuse, leur immense humanité et leur confiance délivrée sans réserve.
AVANT-PROPOS
Voici quelques mois, je faisais la connaissance de Lucie et d’André dont la rencontre m’avait été conseillée par une amie commune. Il s’agissait pour moi d’aller plus avant dans mon approche du bénévolat dans lequel, libéré de contraintes professionnelles, je souhaitais m’investir. L’entrevue me permit effectivement de balayer plusieurs pistes et ce dans un climat ouvert et sympathique. Mais, cette rencontre m’étonna tant par sa durée, à laquelle je souscrivais bien volontiers, que par l’orientation insoupçonnable qu’elle prit. La vie réserve de temps en temps des surprises dont, rétrospectivement, nous pensons que nous aurions pu faire l’économie ou, dont, à l’opposé, l’on ne cesse de s’émerveiller. En l’occurrence, et en ce début de l’année 2012, j’opte sans hésitation pour cette deuxième voie, celle d’un hasard que je qualifie d’heureux. Toutefois je tiens à préciser que j’emploie sciemment le mot hasard plutôt que chance car je crois avec Pasteur que « le hasard ne favorise que ceux qui y sont préparés » ! Au demeurant, avec l’âge, je constate que ces heureuses surprises sont plus fréquentes. Est-ce le résultat d’un début de sagesse ? Peut-être ! Aussi loin que je me souvienne je vois l’apparition de désirs engendrant des démarches qui ont ou non abouti et que je ressens comme m’ayant été étrangères au moins pour partie. En fait, il m’apparait que, souvent, j’ai été, en quelque sorte, spectateur de certaines de mes décisions ; sensation aussi curieuse que peu satisfaisante et pour le moins peu gratifiante ! Être le jouet de soi-même ne révèle pas une grande maturité, une assurance d’adulte que, par ailleurs, je m’attribuais aisément. Aujourd’hui à la retraite, avec la relative maturité qui, en théorie l’accompagne, le prisme avec lequel je regarde l’évolution de ma vie, change. Et si, au lieu de penser avec une certaine légèreté que j’ondulais sur une mer agitée ou que, telle une plume je virevoltais au gré des sautes du vent, fût-ce une brise câline et si, dis-je, je n’avais pas été aussi spectateur de mon évolution mais bien plus auteur de choix inconsciemment raisonnés ? Ma position de retraité, astreint aux seules contraintes que je me donne, m’offre aujourd’hui le loisir du temps. Ce compagnon indéfectible, qui, quoique je fasse, se colle à mes basques a modifié mon comportement. Il m’entraine moins dans son tourbillon aveuglant, parfois enivrant, souvent dérangeant. Il m’apparaît moins exigeant même si je sais qu’il n’abandonne pas la partie et qu’il continuera inexorablement à m’emmener, plus gentiment certes, mais à m’emmener malgré tout vers l’au-delà, cet autre rivage ! Peut-être est-ce illusoire mais je crois et veux croire que ce temps, compagnon pressé et rigide, se dédouble parfois et devient compagnon folâtre qui me lâche la bride et me permet de prendre du temps. Ce temps gagné je le veux tout à la fois guilleret et pensif. Grâce à lui, je sais que mes choix d’aujourd’hui me sont plus personnels. Je sais aussi que ceux d’hier ne m’étaient pas aussi étrangers que j’ai pu le ressentir antérieurement. Toute cette digression pour dire que cette rencontre avec Lucie et André fut source d’un événement inattendu et constitua vraisemblablement le déclic qui fit que je pris, ici et maintenant, selon l’expression chère aux psychanalystes, la décision d’écrire. La surprise, telle un puzzle, s’imposa progressivement. Notre conversation, partie du bénévolat, évolua vers un échange sur nos personnalités, notre milieu familial, notre jeunesse, notre formation, notre vie affective, notre engagement dans le mariage, la naissance de nos enfants, le milieu professionnel dans lequel nous avons œuvré et enfin notre état actuel de retraité. Entre André et moi, au fur et à mesure que s’égrenaient des tranches de vie, des choix, l’énumération de nos goûts et des valeurs qui ont guidé notre existence, le puzzle se remplissait. Que de similitudes, l’autre apparaissait en miroir. Tour à tour, sitôt exprimés par l’un une réalité de vie, un échec, une réussite, l’autre s’exclamait : « Moi aussi, incroyable, mais vous me faites revivre mon passé ! » Plus l’autre parlait et plus notre double apparaissait. Certes, des différences sont réelles mais sur les grands choix de la vie et sur le déroulement de ceux-ci, que de ressemblances ! C’est André qui en exprima le premier la surprenante constatation. « Henri, me dit-il, je crois rêver, vous avez connu ce que j’ai vécu, vous avez vécu ce que j’ai connu. » Ce constat flagrant, hallucinant, s’imposant à moi dans sa soudaineté et son acuité engendra des sensations, des ressentis contradictoires. J’étais satisfait de trouver chez un autre homme des segments de vie presque identiques aux miens mais surtout des vicissitudes, des tribulations dévastatrices similaires dans nos deux parcours. Non que cela me réjouît, mais je voyais dans André un être qui, comme moi, avait dû vivre l’épreuve et qui, sans l’oublier, était parvenu à rebâtir à côté. Il avait fait ou refait avec. La sensation de cet autre, un peu double de moi, prenait corps dans le récit conté et faisait ressurgir des souvenirs enfouis. Le ressenti intime de chacun jaillissait comme un geyser dans la phrase énoncée, dans le mot choisi et recouvrait de son ombre l’instant présent. Dans sa souffrance, il avait été moi ! Certes, cette souffrance prégnante n’était pas analogue dans
la manière dont elle avait été supportée et partiellement vaincue. Elle ne fut pas identique dans ses conséquences, mais elle fut miroir, pour André et moi, dans sa sauvagerie, dans sa puissance dévastatrice, dans son tsunami ravageur emportant jusqu’aux fondations de nos certitudes, idéaux, choix de vie et valeurs. À défaut de nous avoir totalement et définitivement engloutis et, ce n’est pas faute de s’y être bien employée, cette gredine, tel un requin mangeur d’hommes, se consola en ne dévorant qu’une bonne moitié de nous dans les abysses de ses cinquantièmes rugissants. À défaut de nous tuer, elle nous handicapa ! S’il y avait satisfaction étonnée et plaisante d’une telle découverte d’un doublon souffrant, il y avait aussi, pour ma part, de façon concomitante, malaise. Cet autre, André dont j’ignorais jusqu’à l’existence quelques jours plus tôt, pouvait lire en moi comme je lisais en lui. Pour une longue période de nos vies, nous ressentions au plus intime de nous-mêmes, des sensations, des déchirements, des tourments communs que l’autre les exprime ou non. Le domaine de cette épreuve étonnamment partagée concerne l’expérience du mariage, notre vie de couple d’une quarantaine d’années. Années d’abord heureuses puis années chaotiques, offrant des entrelacs de moments joyeux et de tensions croissantes pour aboutir aux dix ou quinze années meurtrières où chaque jour puis chaque heure devient calvaire. Vivre devient aléatoire ! Le summum de la surprise se fait jour lorsque je dis mon envie d’écrire cette souffrance. André me fixe alors et, plein d’émotions, me presse de le faire : « Henri, je vous apporterai le poids, l’évolution, l’expérience de ma souffrance ! » Cette demande d’André, son souhait et sa volonté de partager sa propre souffrance balaient mes dernières hésitations. Je pourrai transcrire le témoignage d’André sans être obligé de révéler le mien. Il y aura écran, ce ne sera pas mon histoire mais celle d’un autre, même si, bien entendu, la même pieuvre aura, de ses hideuses et monstrueuses tentacules, broyé les deux cœurs et les deux vies. Je me serais très certainement lancé dans cette aventure d’écrire sur la souffrance, mais cette rencontre surprenante a incontestablement accéléré ma décision. Dans cette aventure, ma prestation, pour l’essentiel, résidera non dans le contenu de l’histoire mais dans les couleurs du récit, dans le choix des mots, dans les nuances, en quelque sorte dans les pleins et déliés de l’écriture. Tout au long de ce livre, je serai l’auteur relatant plusieurs témoignages d’épreuves, plus ou moins impliqué au travers de mes propres expériences mais jamais je ne serai le véritable narrateur. Après l’histoire d’André, je cheminerai sur d’autres rives douloureuses, je voguerai sur d’autres mers agitées, je visiterai d’autres abîmes. Le dénominateur commun sera la blessure de l’humain qui, au final, risque de lui ôter toute liberté, ce bien qui, pourtant, devrait être inaliénable. Avec Louis, je plongerai, tel un nageur en apnée, dans les failles profondes, béantes, causées par un père tout à la fois omniprésent sur le terrain de l’étriqué, du petit, de l’étroit, du secondaire, du faux, du superficiel, du mensonge, de l’égoïsme mais tellement transparent, absent dans la transmission, l’éducation, l’exemple, le courage, le travail, l’expression de valeurs et de choix de vie et, pour tout dire, dans l’affection. C’est la souffrance morale qui se dévoilera avec le parcours de Claude. Comment vivre après avoir consacré sa vie à Dieu face à une Église qui semble faire passer la tentative de sauvegarder l’institution avant le message de Jésus, une Église qui prône le dogme plus que la charité, une Église qui, de fait, choisit l’argent plutôt que la pauvreté ? Enfin, avec Pauline, j’inviterai à partager au quotidien les affres de douleurs physiques qui n’ont d’égales que les souffrances psychologiques qu’elles engendrent en « dégâts collatéraux ». Pauline apportera aussi le témoignage de compagnons qu’elle a côtoyés de longs mois et qui, dans leur grande douleur, ont atteint les limites du supportable et qui sont allés là où il n’y a plus que cris et hurlements !… Toutes ces épreuves, toutes ces souffrances, parfois révoltantes dans leur insistance outrancière, sont tellement dérangeantes que la tentation de les ignorer existe mais, hélas, elles sont bien réelles. Et voici que leur relation met en exergue une autre réalité, celle de l’espérance, car du fond du tréfonds ressurgit parfois, souvent, à défaut de toujours, la fragile lueur qui conduira à nouveau à la lumière. C’est pourquoi, le titre de cet ouvrage estL’épreuve : de l’obscurité à la lumière. Il recouvre l’expérience que de la souffrance peut jaillir un approfondissement du sens de la vie, une plus grande modestie, une autre relation au temps. Ceci explique que, tout au long des récits douloureux, le lecteur trouvera, accolés aux expressions de souffrances, les mots « et pourtant », « mais », « cependant », « malgré tout », « toutefois » qui suggèrent un renouveau possible. Une dernière digression avant d’entrer dans l’histoire d’André. Je respecte, mais ne parviens pas à comprendre, la démarche de ceux qui cherchent ou ont sciemment recherché la souffrance ! Il me semble que toute vie est balisée de flèches empoisonnées et empoisonnantes sans qu’il soit raisonnable d’en rajouter. Que ceux qui, au terme d’une vie longue et bien remplie, pensent avoir été épargnés par toute épreuve, par toute souffrance physique ou morale lèvent la main ! Je doute qu’ils soient légion ! Et, même