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L'étoile et la croix

De
105 pages
Soixante-cinq ans après la disparition de ses parents, déportés du convoi 62 vers Birkenau, Roland Gaillon décide d'écrire son histoire, celle d'une enfance cachée et d'une vie marquée par l'absence d'un père et d'une mère dont on ne sait rien, marquée par cette sorte de tabou qu'il ne lui fallait pas violer.
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e Mémoires du XXsiècle
Collection dirigée par Jean-Yves Boursier
Déjà parus
Jean GAVARD, Une jeunesse confisquée, 1940 – 1945, 2007. Lloyd HULSE, Le bon endroit : mémoires de guerre d’un soldat américain (1918-1919), 2007. Nathalie PHILIPPE, Vie quotidienne en France occupée : journaux de Maurice Delmotte (1914-1918), 2007. Paul GUILLAUMAT, Correspondance de guerre du Général Guillaumat, 2006. Emmanuel HANDRICH, La résistance... pourquoi ?, 2006. Norbert BEL ANGE, Quand Vichy internait ses soldats juifs d’Algérie (Bedeau, sud oranais, 1941-1943), 2005. Annie et Jacques QUEYREL, Un poilu raconte..., 2005. Michel FAUQUIER, Itinéraire d’un jeune résistant français :1942-1945, 2005 Robert VERDIER, Mémoires, 2005. R. COUPECHOUX, La nuit des Walpurgis. Avoir vingt ans à Langenstein, 2004. Groupe Saint-Maurien Contre l’Oubli, Les orphelins de la Varenne, 1941-1944, 2004. Michel WASSERMAN, Le dernier potlatch, les indiens du Canada, Colombie Britannique, 1921. 2004. Siegmund GINGOLD, Mémoires d’un indésirable. Juif, communiste et résistant. Un siècle d’errance et de combat, 2004. Michel RIBON, Le passage à niveau, 2004. Pierre SAINT MACARY, Mauthausen : percer l’oubli, 2004. Marie-France BIED-CHARRETON, Usine de femmes, Récit. 2003. Laurent LUTAUD, Patricia DI SCALA, Les naufragé et les « rescapés du train fantôme », 2003. Raymond STERN, Petite chronique d’une Grande Guerre, Journal d’un capitaine du service automobile de l’armée, 1914-1918, 2003.
L'étoile et la croix
De l'enfant juif traqué à l'adulte chrétien militant
Roland Gaillon
© L’HARMATTAN, 2010
5-7, rue de l’École-Polytechnique ; 75005 Paris http://www.librairieharmattan.com diffusion.harmattan@wanadoo.fr harmattan1@wanadoo.fr
9782296114982
EAN : 9782296114982
Sommaire
Page de titre Page de Copyright Dedicace Préface A bientôt la fin de nos maux...- Prélude... Chapitre 1 - A la gloire de mon père Chapitre 2 - Manon : les sources Chapitre 3 - Les maisons de ma mère Chapitre 4 - Objectif : la libération de Robert Chapitre 5 - Eté 42 : le temps des secrets Chapitre 6 - Noël 42 à Drancy Chapitre 7 - L’errance de deux enfants cachés Chapitre 8 - Retour à Paris Chapitre 9 - Etudiant salarié Chapitre 10 - Médecin de campagne, chercheur, pédagogue Chapitre 11 - Une évolution religieuse Chapitre 12 - Suzy : l’éducation sentimentale Chapitre 13 - La vie de famille Chapitre 14 - La famille s’élargit Chapitre 15 - Militantisme Chapitre 16 - Haine et Paix Chapitre 17 - Du silence à l’écrit, en passant par la parole Chapitre 18 - Contrepoint par l’enseignante Convoi 62 pour Pitchipoï : passeurs de mémoire BIBLIOGRAPHIE
A la mémoire de Claire GAILLON-KNOLLMEYER
Qui a tant désiré l’écriture de ce livre pour mieux connaître la famille paternelle dont elle a été privée.
« Vous devriez le raconter. Tout le monde me dit la même chose. J’ai envie et puis je n’ai pas envie. »
Philippe Labro,La Traversée,Paris, Gallimard 1996, page 38.
Préface
Ce que vécurent les déportés du convoi 62, arrivé en novembre 1942 à Birkenau, reste du domaine de l’indicible, parce que nul n’est à même de parler à la place des disparus. De la Judenrampe, lieu de débarquement provisoire des convois arrivés par le rail et transportant des familles juives promises à l’extermination, jusqu’aux usines de mort nazie, l’esprit humain reste pétrifié par l’horreur. Tout au plus est-il possible, grâce à la connaissance que l’on a aujourd’hui -et depuis le procès de Nuremberg- du fonctionnement de la machinerie nazie à donner la mort, de reconstituer le parcours des victimes et le mécanisme de leur extermination… Sonia et Robert Goldenberg sont de ce convoi, arrivé un soir de novembre 1943. Ils ne reviendront plus. Aucune trace dans aucune archive, aucun témoin rentré qui puisse dire ni où, ni quand cela s’est passé. Disparus dans la fumée d’un Krematorium, peut-être déjà morts dans l’atrocité du voyage. Qui peut savoir ? Et pourtant, au-delà de leur personne, la vie continuera. Deux fils, Alain et Roland, enfants cachés à Nice, ne sont pas du convoi 62, et ne seront d’aucun autre. Ils perpétueront le souvenir de ce couple enlevé à l’humanité comme tant d’autres, pour les restituer à cette humanité qui leur a été déniée. Soixante cinq ans après la disparition de ses parents, Roland décide d’écrire son histoire, celle d’une enfance cachée et d’une vie marquée par l’absence d’un père et d’une mère dont on ne sait rien, marquée par cette sorte de tabou qu’il ne lui fallait pas violer, histoire aussi d’un parcours initiatique compliqué par l’absence de référence à une mère et un père dont on ne sait rien. Messager, témoin vivant d’une lignée que d’aucuns auraient voulu rayer du monde, le livre de Roland est aussi un remède à sa propre souffrance intérieure. Confrontée aux situations extrêmes de l’univers des camps nazis, j’ai côtoyé la mort quotidienne et dégradante des camps, à Ravensbrück, celle de ces femmes et de ces tout jeunes enfants, véritable innocence assassinée. Tous sont partis dans l’indifférence absolue de leurs bourreaux : ils n’appartenaient pas à l’humanité ! C’est ce déni qui constitue l’essence même du crime contre l’humanité. En lisant ces pages, chacun trouvera une source d’enrichissement intérieur tiré à la fois de ce combat pour la vie « malgré tout », et de la conviction que le progrès de toute humanité passe par le respect de la dignité et de la vie de l’autre.
Marie José Chombart de LauwePrésidente de la Fondationpour la mémoire de la Déportation
A bientôt la fin de nos maux...
Prélude... J’aimerais vous présenter deux petits garçons français : Alain Goldenberg, 6 ans et demi et Roland, son frère. Roland, c’est moi. J’ai 4 ans et demi. Je tiens beaucoup à ce demi. Nous sommes en 1942. Je fréquente un jardin d’enfants, le cours Hélène Boucher.Lorsque j’avais deux ans, mon frère aîné s’inquiétait beaucoup de mon état mental, car je ne savais pas faire des bâtons bien droits sur un cahier. A présent, je suis un grand et sais déjà lire et écrire. D’accord, pas tout un livre, mais quelques mots. Et puis, je sais compter. Nous vivons comme tous les petits garçons de notre âge, mais seule notre mère est avec nous. Notre père se trouve dans un camp, très loin de nous. Chacun de nous a été lui rendre visite une fois dans ce camp. Je ne sais pas très bien pourquoi Papa n’est pas avec nous, mais, en ce qui me concerne, je ne me pose pas trop de questions. Je joue comme tous les enfants, j’ai des petits copains et vis tantôt dans l’appartement de Paris, tantôt dans une maison à la campagne, dans la banlieue. Quand même, Maman a beaucoup changé. Elle n’est plus aussi attentionnée qu’elle l’était. Il se passe quelque chose de pas normal. Depuis quelque temps, les parents de Maman ne sont plus là, notre oncle Jean non plus. Un jour, j’ai inscrit mon nom sur une lettre destinée à Papa. Alain a écrit une phrase pour oncle Jean :« Je serais content si je pouvais te voir bientôt. Je t’embrasse ». Et puis est arrivé ce jour, gravé dans ma mémoire, où notre mère nous dit qu’elle a des choses sérieuses à nous communiquer : le ton est grave, les paroles de maman vont s’inscrire à jamais en moi. A partir d’aujourd’hui, nous ne nous appelons plus Goldenberg, mais Gaillon. Papa a choisi ce nouveau nom pour nous. Nous allons partir seuls, Alain et moi, en train, pour un grand voyage, qui durera toute une nuit. Nos papiers d’identité seront au nom de Gaillon. Notre oncle Jean nous attendra à l’arrivée, mais il s’appelle maintenant René Bailleul : plus question de l’appeler Jean ! « Surtout,ajoute Maman,oubliez les autres noms, retenez les noms actuels, car vous seriez en grand danger et vous mettriez également en péril ceux qui vous accueilleront. L’oncle Jean vous attendra en gare de Thonon-les-Bains et il vous amènera à Nice, où vous retrouverez Grand-père et Mamie. ».Nous allons donc en vacances chez nos grands-parents maternels, les Leri. Oncle Jean, devenu René, habite aussi dans la banlieue de Nice. Je me souviens que ma mère a insisté pour moi, si petit :« Tu t’appelles Gaillon. Si tu te trompes, tu mourras, et ta famille aussi. » A quatre ans et demi, mon enfance prend fin, j’ai pourtant toujours la taille et l’aspect physique de mon âge, mais je suis en cet instant devenu un petit adulte en miniature. Il faudra, à partir de ce jour, savoir garder d’aussi lourds secrets et se méfier de tout le monde. C’est, de ce jour, une enfance cachée que je vais vivre aux côtés de mon frère, Alain.
Mais, avant de vous raconter mon histoire, il faut que je vous présente ma famille et vous raconte ce qui lui est arrivé...