La Castiglione, extravagante espionne
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Description


Elle était majestueuse, belle, intelligente et ambitieuse. Issue d’une grande famille florentine, épouse d’un comte attaché à la Maison du roi de Piémont, elle fut la maîtresse comblée de Napoléon III conquis par son esprit brillant et son extraordinaire beauté.


Amoureuse de son corps parfait, de ses multiples talents et consciente de sa vive intelligence qu’elle tournait en faveur de ses ambitions, la comtesse de Castiglione collectionnait les amants qu’elle prenait dans le monde de l’aristocratie, de la haute finance et de la politique, allant plus tard jusqu’à entretenir de bons et loyaux rapports avec Thiers et Bismarck qui, l’un et l’autre, tenaient des rôles politiques majeurs.


Hélas, elle prendra ses chimères pour des réalités et finira sa vie dans une solitude extrême après avoir connu une seconde gloire en triomphant dans les débuts de la photographie. En collaboration avec les premiers artistes photographes, elle fit réaliser en quantité innombrable des portraits d’elle, vêtue de toilettes extravagantes et s’affichant comme la Diva du siècle.

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Nombre de lectures 2
EAN13 9782374535685
Langue Français

Informations légales : prix de location à la page 0,0037€. Cette information est donnée uniquement à titre indicatif conformément à la législation en vigueur.

Exrait

Présentation
Elle était majestueuse, belle, intelligente et ambitieuse. Issue d’une grande famille florentine, épouse d’un comte attaché à la Maison du roi de Piémont, elle fut la maîtresse comblée de Napoléon III conquis par son esprit brillant et son extraordinaire beauté. Amoureuse de son corps parfait, de ses multiples talents et consciente de sa vive intelligence qu’elle tournait en faveur de ses ambitions, la comtesse de Castiglione collectionnait les amants qu’elle prenait dans le monde de l’aristocratie, de la haute finance et de la politique, allant plus tard jusqu’à entretenir de bons et loyaux rapports avec Thiers et Bismarck qui, l’un et l’autre, tenaient des rôles politiques majeurs. Hélas, elle prendra ses chimères pour des réalités et finira sa vie dans une solitude extrême après avoir connu une seconde gloire en triomphant dans les débuts de la photographie. En collaboration avec les premiers artistes photographes, elle fit réaliser en quantité innombrable des portraits d’elle, vêtue de toilettes extravagantes et s’affichant comme la Diva du siècle. ***
Née dans la Sarthe,Jocelyne Godarda longtemps vécu à Paris. Depuis quelques années, elle vit dans le Val de Loire. Les sagas et biographies romancées qu’elle a publiées au fil du temps ont toujours donné la priorité à l’Histoire et aux femmes
célèbres des siècles passés. Ces femmes qui ont marqué leur temps, souvent oubliées ou méconnues, et qui, par leurs écrits, leurs œuvres, leurs engagements, leurs talents, leurs amours, ont signé l’Histoire de leur présence qu’elle n’a cessé de remettre en lumière. L’Égypte ancienne et le Japon médiéval l’ont fortement influencée. Puis elle s’est tournée vers l’époque carolingienne, le Moyen-Âge et la Renaissance. Et, plus récemment, elle a mis en scène, avec l’éclairage qui leur revient, une longue saga sur l’investissement des femmes durant la Grande Guerre. Lorsque ses héroïnes sont fictives, elles ont toujours un lien étroit avec les femmes qui ont fait la Grande Histoire. Dans ses plus jeunes années, elle s’est laissé guider par la poésie et elle a publié quelques recueils. Puis elle s’est tournée vers le journalisme d’entreprise auquel elle a consacré sa carrière tout en écrivant ses romans. Depuis son jeune âge, l’écriture a toujours tenu une grande place dans son quotidien. Un choix qui se poursuit.
Jocelyne Godard
Les Amours des femmes célèbres
La Castiglione Extravagante espionne
LES ÉDITIONS DU 38
1
Jeunesse Ravie d’avoir accouché d’une aussi belle enfant, la marquise Oldoini pensait déjà à qui elle donnerait sa fille quand elle serait en âge de se marier. Alors qu’elle commençait tout juste à marcher, on eût dit une vraie princesse ! Et, à peine parlait-elle, que sa mère se plaisait à poser une couronne sur sa tête. Virginia Élisabeth Louisa Oldoini, fille unique, élevée dans toutes les règles de la grande noblesse, se devait bien de rehausser davantage un statut social déjà bien placé. C’est du moins ce qu’elle pensa quand se furent écoulées les années de sa jeunesse. Son père, nommé en 1848 premier député au Parlement du Royaume de Sardaigne, devint un peu plus tard ambassadeur italien à Lisbonne. Sa mère, comme toutes grandes dames de la noblesse, passait son temps à recevoir des amis et diverses personnalités de la région qu’il était de bon ton d’ajouter au palmarès constituant son prestige. Tout en grandissant, la jeune Virginia, consciente de sa beauté, devint très vite exigeante. Il fallait bien qu’elle justifiât le surnom dont on la gratifiait : « la perle d’Italie ». Elle évolua dans un excès d’éloges, un trop-plein de louanges toujours bien balancées, de compliments sans cesse réitérés sur son teint lisse, délicat, soyeux, ses yeux magnifiques, ses oreilles adorables, ses petits pieds mignons et bien tournés, et même sur ce qu’on ne voyait pas et qu’on devinait, disait-on, aussi bien fait que le reste. On l’encensait ainsi depuis le jour de sa naissance. Il était facile d’imaginer ce qu’une telle célébration de sa personne pouvait engendrer sur une enfant qui n’était pas encore formée. Et quand elle le fut, Virginia Élisabeth Louisa Oldoini se croyait le centre du monde. La certitude de son gracieux physique, de sa beauté déjà légendaire, de son élégance et de son intelligence, ce qui ne gâchait rien, faisait le reste ! Elle était arrogante, fière, orgueilleuse. Elle n’agissait qu’à sa guise et, à douze ans, imposait déjà ses volontés. La Spezia, où vivait la famille Oldoini était un charmant petit port égayé par les voiliers, les barques et les bateaux de pêche. Tout autour, les maisons, les fermes, les bâtisses diverses regroupaient la vie du village. Et, tout au fond, dominant les alentours, le château, qu’on appelait aussi « le palais Oldoini », se dressait dans un grand parc qui s’enfonçait sur les terres du propriétaire jusqu’à la chaîne des Apennins. La jeune Virginia, qui aimait la beauté du site, appréciait encore plus la liberté qu’elle prenait sans pour autant en avoir l’autorisation, pour se faufiler partout, dans le but d’observer ce qui s’y passait, afin d’en tirer ses conclusions. Mais ce qu’elle affectionnait encore davantage, c’étaient les soirées de réception, toujours grandioses et somptueuses, qu’organisait sa mère. On y voyait accourir toute la noblesse de la région.
Les fêtes étourdissantes la grisaient déjà et, ouvrant des yeux fascinés, elle regardait sa mère, joyeuse et affairée, tirer des armoires et des coffres des robes éclatantes, des châles de soie, des colliers somptueux, des éventails laqués, en nacre, en écaille, en dentelle, toujours joliment décorés. Et elle pensait déjà à l’heure où elle traverserait le salon étincelant, car il n’y avait pas de soirée où la mère laissait sa fille collée derrière les portes à regarder par le trou des serrures ce qui se passait dans le grand salon de réception. À douze ans, elle l’emmenait déjà avec elle, sachant qu’elle ferait la conversation à ces dames qui appréciaient sa présence. Vivant à La Spezia, mais venue de Florence après son mariage, la marquise Oldoini y retournait aussi souvent que possible. Elle aimait trop l’agitation mondaine et la vie florentine pour s’en passer. Elle adorait sortir, se montrer, folâtrer, danser, voir les spectacles, courir au théâtre, surtout celui deLa Pergola, héritage du « Forum des Romains » où l’on entendait les opéras les plus renommés d’Europe. C’est ainsi que, très vite, elle entraîna sa fille dans ses folies mondaines, profitant du succès que la jeune Virginia remportait auprès d’admirateurs qu’elle savait déjà mettre à genoux devant elle. * Pendant qu’on célébrait à chaque occasion les mille grâces de la jeune Virginia, celle-ci prenait de plus en plus d’indépendance, ne supportant pas qu’on lui posât trop de questions. Son père, diplomate, était souvent pris par ses déplacements et quand ses absences s’avéraient trop longues, mère et fille filaient à Florence où le grand-père Lamporecchi, un avocat célèbre, les recevait avec un plaisir qu’il ne cachait pas. Mais Virginia, dont le caractère trempé s’intensifiait au fil du temps, échappait autant à la tutelle du grand-père qu’à celle de sa mère. Le temps passé à Florence lui fut cependant favorable, y ayant appris des langues étrangères, dont le français et l’anglais, qu’elle parlait correctement. Son grand-père n’avait pas lésiné pour lui trouver de bons professeurs. Studieuse et intelligente, elle comprit rapidement que la connaissance des langues lui serait fort utile une fois lancée dans la vie qu’elle souhaitait mener. Ses idées étaient déjà arrêtées et elle savait qu’elle ne ferait pas de son existence une banalité facile et ennuyeuse. Elle était spontanée, joyeuse, et avait cette faculté de rire et s’amuser, comme sa mère qui, d’ailleurs, n’en était plus à un amant près. Pour parfaire son éducation de jeune fille accomplie, Isabelle, sa mère, lui avait fait suivre des cours de dessin, de musique, de danse et de conversation. Si à douze ans, Virginia savait déjà se tenir, gracieuse et plaisante dans un salon de réception aux soirées que donnait sa mère, à quatorze ans, elle pouvait converser brillamment dans le grand monde. Et à seize ans, elle savait enchaîner les cœurs, consciente depuis longtemps qu’elle pouvait aisément tirer parti de sa beauté. Mais, agissant toujours avec sa tête et non son cœur, elle ne se jetait pas imprudemment dans les bras des hommes, préférant de beaucoup les voir mourir d’amour à ses pieds. Vivant plus souvent à Florence qu’à La Spezia, Virginia se plaisait à dire que le palais de son grand-père Lamporecchi était une ancienne résidence où avait séjourné
une partie de la famille Bonaparte, alors exilée. Mais durant les saisons les plus chaudes, sa mère retournait à La Spezia. La proximité de la côte et la fraîcheur apportée par les ombrages des grands arbres séculaires qui bordaient la résidence, étaient plus agréables à supporter que les canicules de Florence. Virginia y rencontrait souvent les trois fils du marquis Doria, l’un des proches voisins de la famille Oldoini avec lesquels elle jouait parfois lorsqu’elle était enfant. Ambrogio, Marcello et Andrea étaient tous les trois des garçons agréables et joyeux, éduqués aussi parfaitement qu’elle. Mais à présent que l’aîné des fils Doria avait seize ans, il lui faisait discrètement la cour. Cependant, Virginia ne lui accordait que de l’amitié, le connaissant depuis trop d’années et décidant que ce n’était pas à lui qu’elle désirait offrir la primeur de ses amours. De souche génoise, le marquisat des Doria était issu d’une illustre famille qui, dans er leur généalogie, comptait un amiral célèbre ayant commandé la flotte de François 1 , puis celle de Charles-Quint. Cela valait quelques considérations supplémentaires et les Doria en étaient fiers. Isabelle Oldoini qui avait réfléchi à l’éventualité de favoriser un rapprochement entre les deux jeunes gens avait finalement écarté cette possibilité. — Les Doria sont des amis, avait-elle signifié à sa fille. Nous avons toujours entretenu de bons rapports de voisinage avec eux, mais ton père et moi préférons te trouver un autre parti. Tu épouseras une grosse fortune de Florence. Ton grand-père nous y aidera. — Mais, mère ! Je ne vous ai jamais dit que c’était mon intention de fréquenter Ambrogio Doria autrement qu’en ami. — Alors, nous sommes d’accord, ma fille. Ton père et moi, avons d’autres intentions pour toi. Virginia se tourna vers sa mère et jeta d’un ton de protestation polie, mais persuasive : — Mais voyons, mère ! Il n’est pas question que vous me choisissiez un époux. Je veux le décider seule. — Il faudra te choisir un marquis, Virginia. Sinon, j’aurai mon mot à dire. Et ton père aussi. — Bien sûr, mère. Sur ce point, je suis en parfait accord avec vous. Ne craignez rien, je ne prendrai pas un vicomte ou un simple baron. Sa mère acquiesça de la tête. Après une pause, elle reprit avec condescendance : — Ou du moins, il faudra considérer sa fortune. — Ne vous inquiétez pas mère, c’est aussi mon intention. — Alors, c’est parfait. Nos idées se rejoignent. Virginia crut un instant que la discussion sur ce point prenait fin, mais elle se trompait. Sa mère lui glissa un regard appuyé et jeta d’une voix teintée de soupçon : — Aurais-tu rencontré quelqu’un ces temps-ci ? Virginia ne répondit pas immédiatement, laissant flotter sur ses lèvres un sourire ambigu. — Réponds-moi, Virginia, as-tu récemment fait la connaissance d’un jeune homme ? — Mais non, mère ! Qu’est-ce qui vous fait penser une telle chose ?
La marquise Oldoini haussa les épaules : — Je te crois capable de tant de choses, ma fille. Virginia soupira, puis sa mère poursuivit : — Nous en reparlerons prochainement avec ton père. Il serait bon, tout de même, de commencer à envisager deux ou trois prétendants. — Mais enfin, mère ! Je viens de vous informer que c’était à moi d’en décider. — Nous verrons. — C’est tout vu, mère. Cette fois, le ton de Virginia n’était plus poli et respectueux, mais volontaire et légèrement énervé. Elle ne supportait pas que sa mère ait le dernier mot. Encore une fois, elle soupira, puis, dans la belle envolée de sa longue robe qui oscilla gracieusement en retombant sur le parquet ciré, elle se retourna, marcha vers la porte et disparut. * Les Oldoini possédaient de vastes propriétés dans toute la Toscane. Leurs richesses étaient enviables et leurs quartiers de noblesse leur assuraient une position mondaine qui les flattait. Isabelle Lamporecchi, devenue marquise par son mariage, n’était pas la dernière à profiter pleinement de ces avantages. Quant à leur cousin, le comte Camille Cavour, premier ministre du roi de Sardaigne, ils le fréquentaient d’une façon régulière et savaient en tirer les avantages dont ils avaient besoin. Le royaume de Sardaigne, à cette époque, était un curieux état composé de trois parties sans aucune liaison géographique entre elles : celle qui portait le nom de Sardaigne, puis la Savoie, berceau de la famille royale et enfin la partie la plus importante du royaume, le Piémont avec sa capitale Turin où résidait le souverain Victor-Emmanuel qui ne cherchait qu’à réunir cet ensemble disparate et, en même temps, réaliser l’unité italienne. Mais cette idée était trop grandiose pour être réalisable et le roi de Sardaigne trouvait de l’opposition de toutes parts, à commencer par celle de Rome, car les États du Pape n’étaient pas prêts à céder une part de leur pouvoir à celui qui cherchait à les en déposséder. Quant au sud de l’Italie, où se trouvait le royaume de Naples que les Bourbons e r avaient récupéré après la chute de Napoléon 1 et dont le pouvoir chancelait, les difficultés restaient considérables. Restait la souveraineté de l’empire d’Autriche sur la Lombardie et la Vénétie, sans compter les duchés de Parme et de Modène tombés, eux aussi, aux mains des archiducs autrichiens. Car l’Autriche veillait sur ses ducs, attentive et prudente. Même le grand-duc de Toscane n’était qu’un vassal de l’empereur et celui-ci pouvait à tout moment freiner son pouvoir. Face à tous ces états, le petit roi de Sardaigne et du Piémont n’avait pas son mot à dire. Mais il restait stoïque, persuadé qu’un jour il parviendrait à réaliser son rêve. — Un jour, nous vaincrons, disait-il fréquemment à son premier ministre Cavour. — Ne nous désolons pas plus qu’il ne faut, répondait Cavour d’un ton convaincu. Ne
symbolisez-vous pas la grande idée de liberté auprès de vos loyaux sujets ? C’est un bon départ. Ils vous suivront tous. Je vous assure que leur adhésion à vos idées, à vos projets, est un fait acquis. Le temps viendra où l’unification de l’Italie ne sera plus aussi compliquée qu’elle ne l’est aujourd’hui. — C’est possible, mais hélas, sans aide, nous ne pourrons pas avancer et l’Autriche sera toujours aussi féroce avec nous. — Nous trouverons cette aide. Je vous l’assure. Le roi de Sardaigne hocha la tête, dubitatif : — L’aide de Napoléon III ! Comment pourrions-nous donc l’obtenir ? — Nous allons y réfléchir. Déjà, vous êtes prêt à garder intactes les institutions accordées par votre père. — Oui, parce que je les ai reçues à mon avènement et qu’à présent, c’est un devoir pour moi de les conserver. Je tiendrai toujours haut le drapeau italien parce qu’il signifie son unité intégrale et non des bouts qu’il faut raccorder les uns aux autres. Le ministre Cavour tenait bon, car entêté, coriace, il l’était. — Nous trouverons le moyen d’obtenir une aide. Je vous le jure, avait-il décrété ce jour-là. — Dieu vous entende ! — Il m’entendra parce que je m’y acharnerai autant que vous. Cavour, le premier ministre du roi Victor-Emmanuel, était aussi son fidèle conseiller. Et le roi avait une totale confiance en lui. — Tous les États se regrouperont sous une même bannière. Vos sujets le veulent aussi. Nous ne pouvons même plus reculer. Il n’en restait pas moins que pour réussir ce tour de force, unifier l’Italie, la tâche de Victor-Emmanuel était considérable. Dans les premiers temps de son règne, il la considérait insurmontable, mais à présent que Cavour mettait tout en œuvre pour y parvenir, pourquoi penser à un échec ? Cela nécessitait l’aide d’un allié aussi puissant que l’empereur des Français, Napoléon III. Mais comment lui présenter une requête aussi délicate ? Et dans un premier temps, comment l’aborder ? Quand le ministre Cavour se trouvait à La Spezia, chez ses cousins les Oldoini, chaque fois le sujet de discussion portait sur l’unification de l’Italie que le roi de Sardaigne voulait réaliser. Nullement impressionnée par la présence de ce haut personnage qu’était devenu leur cousin, ni par le sujet de la discussion qui aurait pu la rebuter, Virginia, tout au contraire, écoutait avec une attention soutenue les explications de Cavour entrecoupées des cris, des protestations et des exclamations de son père. Elle savait donc que le cousin Cavour ne tendait qu’à un seul but, la réalisation du grand projet du roi Victor-Emmanuel. Et elle avait compris qu’il pensait réussir, mais comment ? Oui, comment fortifier et enrichir la Sardaigne et le Piémont et les faire entrer dans le cercle des Grandes Puissances ? Virginia écoutait, son père était en accord avec tout ce que Cavour disait et sa mère acquiesçait de la tête. Cavour expliquait à présent que la « vieille Italie » était morte à Novare quand les Piémontais avaient été vaincus par les soldats autrichiens. Et c’était de cette défaite-là que l’Italie devait se relever.