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La Force de l'espérance

De
130 pages
Récit d'un moment où le cancer fait irruption dans la vie de l'auteur, ce livre évoque non seulement les souffrances de la chair qu'entraîne cette maladie, mais aussi le sens et les espoirs qu'elle révèle : un moyen de se relier à son histoire, une occasion de changer son regard sur la vie. L'essentiel est dit, avec des paroles auxquelles un malade peut se raccrocher.
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LAFORCEDEL’ESPÉRA NCE
Neuf mois pour renaître© L'HARMATTA N, 2008
5-7, rue de l'École-Polytechnique;75005Paris
http://www.librairieharmattan.com
diffusion.harmattan@wanadoo.fr
harmattan1@wanadoo.fr
ISBN: 978-2-296-04701-3
EAN: 9782296047013AnneJutant
LAFORCEDEL’ESPÉRA NCE
Neuf mois pour renaître
PréfaceduDr.P.Dransart
L'HarmattanRue desEcoles
Cette collection accueille des essais, d’un intérêt éditorial
certain mais ne pouvant supporter de gros tirages et une diffusion
large.
La collection Rue desEcoles a pour principe l’édition de tous
travaux personnels, venus de tous horizons: historique,
philosophique, politique, etc.
Déjà parus
JeanSANITAS,Jedevais ledire.Poèmes, 2007.
Madeleine TICHETTE,La vie d’une mulâtresse deCayenne.
1901 – 1997,LescahiersdeMadeleine., 2007.
BernardREMACK,Petite…Prends ma main, 2007.
JulienCABOCEL,RemixPaulPi, 2007.
Isabelle LUCAZEAU, La vie du capitaine Rolland (1762-
1841), 2007.
AlbertSALON,Colascolo –Colascolère, 2007.
FrançoisSAUTERON,Quelques vies oubliées, 2007.
Patrick LETERRIER, Et là vivent des hommes. Témoignage
d’un enseignant enMaisond’arrêt, 2006.
AnnetteGONDELLE,Des rêves raisonnables, 2006
ÉmileM.TUBIANA,Les trésorscachés, 2006
Jean-Claude LOPEZ, Trente-deux ans derrière les barreaux,
2006
MaryseVUILLERMET,Et toi, ton pays, il est où ?, 2006.
Ahmed KHIREDDINE, Rocher de sel. Vie de l’écrivain
MohamedBencherif, 2006.
PierreESPERBÉ,La presse:àcroire ouà laisser, 2006.
RogerTINDILIERE,Lesannées glorieuses, 2006.
Jacqueline et Philippe NUCHO-TROPLENT, Le moulin
d’espéranc e, 2006.
SylvianeVAYABOURY,RueLallouette prolongée, 2006.
FrançoisCHAPUT,Àcorps etàcris, 2006.
CédricTUIL,Recueild’articles surMadagascar, 2006.ÀMax etMarguerite
Aux maladesatteintsdecancer
Àceux qui les soignentPréface
C’est comme une implosion, une révolte. On pourrait
croire que tout part d’une cellule, mais est-ce réellement le
cas ? Le cancer serait-il né d’une cellule blessée qui se
multiplierait en silence pour ne donner une tumeur visible
que cinq ou six ans plus tard ? S’il adopte cette idée, votre
médecin vous écoutera poliment lorsque vous lui parlerez de
l’événement douloureux que vous avez vécu six mois
auparavant… mais il récusera le lien entre cette douleur
morale et votre maladie, car il ne s’agira pour lui que d’une
simple coïncidence. Pourtant, à l’image d’un mouvement
social, se pourrait-il que les cellules malignes soient une
poignée à basculer ensemble dans l’anarchie ? Une poignée
qui dès lors n’attendrait pas des années comme on le croit
généralement, mais quelques mois à peine, douze à dix-huit
mois tout au plus, pour rendre visible cette déchirure dans
notredésirde vivre…
Plus encore qu’une opposition mûrie et structurée à notre
encontre, cette maladie est comme une errance anarchiste car
il n’y a pas d’idée directrice, si ce n’est une logique
d’expansion désordonnée qui finit par nous porter atteinte
sans que nous en comprenions la raison. Les cellules alentour
semblent démunies, comme si elles ne savaient quelle
réaction adopter face à cette révolte. Pendant ce temps, dans
les hautes sphères qui abritent notre conscience, personne ne
se rendcomptede rien.Silenceabsolu.
Puis un jour,c’est le signald’alarme.
La petite masse inopinée, l’examen radiologique.
Ladécouvertedu mal, plus ou moinsétendu oucirconscrit.
Stupeur, incompréhension.
«Pourquoi cela m’arrive-t-il à moi ? Qu’ai-je donc fait pour
cela ? »Lorsqu’une maladie nous «arrive », nous avons besoin
d’en comprendre la raison. Dans l’enchaînement des causes
et des effets, ce « pourquoi » nous allons naturellement le
chercher derrière nous, dans le passé, comme une faute dont
nous serions, selon les circonstances, soit les auteurs soit la
victime… victimes d’un nuage venu de l’est ou auteurs d’une
pollution évidente, point n’est besoin de fumer pour cela!
Que la cause de cette maladie soit unfacteur physique ou une
blessure morale ne change rien à l’affaire: à vouloir ainsi
chercher les « responsabilités » nous prenons le risque
d’enfermer ce « pourquoi » dans un passé qui, quoique l’on
fasse,estdéjàécrit…alors qu’il nous reste un« pour quoi »à
écrire,comme unélande vie qui, se relevantde sesblessures,
est loin d’avoir dit son dernier mot. La cause de la maladie
est unechose, son sensenest uneautre.
Un« sens » ?
Les effets nocifs du tabac, des substances polluantes et
des radiations étant reconnus et scientifiquement prouvés, la
questiondu sensa-t-elle encore sa place ?Assurément non, si
elle se présente avec sa couleur moyenâgeuse et sa
connotation morale inutilement culpabilisante… Mais si nous
essayons de comprendre les choses sans les juger, donc sans
lesculpabiliser, que voyons-nous ?
Un malade du cœur ne va pas forcément se demander si sa
maladie a un « sens », il fera simplement attention à son
rythme de vie ou à son cholestérol. Une personne qui a
contracté le sida ne se demandera pas quelle est la
signification de sa maladie, car elle en trouvera la raisondans
la manièredontelleaétécontaminée.
Mais à moins d’avoir fumé trois paquets de cigarettes par
jour, le malade atteint d’un cancer se demandera le
« pourquoi » de ce qui lui arrive... surtout lorsqu’il n’a pas
fumé, lorsqu’il a mené une vie saine et qu’il s’est de longue
date nourri «bio », situation bien plus fréquente qu’on ne
10l’imagine. Je prends pour exemple cet homme de quarante
ans chez qui on venait de découvrir un cancer de l’estomac:
il n’avait jamais fumé, ni bu d’alcool en dehors des fêtes de
famille, et de surcroît il était végétarien… La question de
savoir ce qu’il avait fait pour « mériter cela » n’en était que
plus aiguë encore. Pour celui qui la rencontre, aucune autre
maladie ne soulève la questiondu sensautant quecelle-ci.
«Cecancer, que veut-il medire ? »
Certaines personnes évoquent un événement récent de
leur existence à la suite duquel l’idée d’en finir avec la vie
leur a traversé l’esprit. D’autres, d’une manière plus
surprenante, reconnaissent avoir vécu une période difficile
peu de temps auparavant, mais c’est précisément alors que
tout semblait s’arranger pour eux que leur maladie fut
découverte, comme si elle se manifestait à retardement…
Nombreux sont pourtant les malades qui n’ont pas le
sentimentd’avoirétéconfrontésà une quelconqueexpérience
négative qui viendrait «expliquer » leur maladie, à supposer
que l’on puissedonner une«explication »à ladouleur intime
de l’être! Ceux-là n’ont pas le sentiment d’avoir rencontré
une faille qui les bouleverse, mais lorsqu’on leur demande ce
qu’ils désirent vivre, ils s’aperçoivent que leur propre désir
s’est oublié depuis longtemps derrière celui de leurs proches,
d’un conjoint ou d’un parent. Ils sont là mais ils ne sont pas
là, comme des acteurs égarés dans une pièce qui n’est plus la
leur, et dans laquelle ils jouent leur rôle parce qu’il n’y a pas
à leurs yeux d’autre chose à faire: Dans leur refus
d’envisager toute position jugée égoïste, c’est comme s’ils
poussaient quelque chose de leur Ego à se révolter contre la
Vie qui les anime. Cette maladie nous confronte à notre
«désir de vivre », mais pas forcément dans le sens où nous
l’entendons.
Le cancer, en effet, qu’est-ce que c’est ?À première vue,
cela ressemble à une révolte: c’est comme une poussée
11anarchiste qui fait vaciller l’ordre établi. Les cellules quittent
leur fonction, elles se libèrent de leurs liens, et elles se
multiplient sans souci de ce qui se passe alentour.Elles n’ont
pas l’intention de «détruire » l’organisme, elles vivent pour
elles-mêmes, c’est tout… Entendez bien cela: Elles vivent
pour elles-mêmes. Autrement dit, ne font-elles pas
précisément ce que la plupart des personnes touchées par
cette maladie se sont refusées à elles-mêmes tout au long de
leur existence ? Dans la compréhension de ce que le corps
chercheà nousdire, une porte s’entre ouvre…
Avant d’en tirer des conclusions hâtives, prenons le
microscope: que voyons-nous ? La cellule cancéreuse est
touchée dans la structure de son ADN. Or, cet ADN est la
référence de la cellule, le « plan de l’architecte » qui donne à
la cellule sa fonction, son sens, sa place dans l’ensemble
coordonné de notre corps. La cellule modifiée dans les codes
de son ADN semble ainsi se révolter contre un « ordre
imposé » ou tout au moins perçu comme tel. C’est pourquoi
elle se développe d’une manière anarchique et sans aucun
respect pour cet ordre alentour, comme si elle ne
reconnaissait plus les règles: son anarchie vient de la « perte
de sens. »Elle s’affranchit alors des liens et goûte sa liberté,
semblant animée de surcroît par un furieux désir de vivr e car
elle se veut « immortelle. »En effet, lorsque nous mettons en
culture des cellules saines dans une petite boîte à fond plat
imprégnée de substances nutritives, leur croissance s’arrête
lorsqu’elles entrent en contact les unes avec les autres. Il y a
ce qu’on appelle une « inhibition de contact », une sorte de
réflexe social qui permet à chacune d’elles de rester à sa
place. À l’inverse, non seulement les cellules malignes ne
gardent pas leur place, mais les jeunes cellules prolifèrent
sans que les anciennes disparaissent. Les unes et les autres
croissent alors d’une manière désordonnée et bourgeonnent
en s’empilant dans la boîte en des couches successives.Là où
la cellule saine accepte, une fois sa tâche bien remplie, de
12programmer son départ pour laisser la place à une cellule
jeune, la cellule cancéreuse s’attache à prolonger
indéfiniment son existence, ce qui lui a valu le qualificatif
d’« immortelle ».Cela, ce sont les faits, et nous pourrions les
résumer en un constat d’une grande importance: tout semble
se passer comme si la cellule cancéreuse était animée d’un
désirde vivre quia perdu son sens.
Quelquechose s’éclaire-t-il ?La révolte que nous voyons
se développer dans notre corps ne serait-elle pas
fondamentalement celle de notre désir, un désir de vivre trop
longtemps oublié, comme enfermé dans un ordre ou une
raison qui ne lui conviendrait plus ? Un désir étouffé que
nous retournerions contre nous-mêmes faute d’avoir trouvé
un moyen de l’exprimer ? Nous en arrivons là à une situation
tout à fait paradoxale, car tandis que la personne se demande
pourquoi elle est malade, en son corps c’est une toute autre
question que lui posent ses cellules:Elles lui demanderaient
plutôt pourquoielles vivent, pour« quoi »...!
Ou pour quoi«faire »…
Longtemps j’ai pensé, comme mes patients, qu’il fallait
«faire » quelque chose. Par exemple, je leur conseillai de se
concentrer sur un projet qui leur tiendrait à cœur, espérant
que ce projet redonne du sens à une vie qui, selon toutes les
apparences, semblait s’être révoltéecontreelle-même.J’avais
en tête l’exemple de Chichester, cet anglais à qui ses
médecins avaient sans détour – transparence anglo-saxonne
oblige - pronostiqué quelques mois d’existence: son cancer
métastasé était peu sensible aux traitements utilisés à
l’époque.Après un rapide examen de conscience,Chichester
décidad’userdece lapsde temps que la vie luiaccordait pour
réaliser un rêve: Il s’inscrivit pour la course transatlantique à
la voileen solitaire,course qu’ilgagna…Puis ilengagna une
seconde, une troisième… et il mourut de sa belle mort
quelque trente ans plus tard!Ce que l’un d’entre nous a fait,
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