La Lutte des femmes racontée à mon petit-fils

La Lutte des femmes racontée à mon petit-fils

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Français
160 pages

Description

« Noël, la famille réunie, les conversations s'entrecroisent.
Soudain, la voix de mon petit-fils s'élève : « Il n'y a pas de femmes parmi les grands peintres, ni parmi les grands musiciens ».
À l'heure où le gouvernement français se dote pour la première fois d'un ministère du Droit des femmes, on peut se poser la question de savoir si un nouveau livre sur l'histoire des femmes est bien nécessaire.
En fait, il s'agit d'un témoignage que j'apporte, une lettre ouverte adressée à mon petit-fils. Ce que je veux ici, c'est lui expliquer les nombreuses résistances que les femmes ont eu à subir tout au long des siècles, et aussi rendre hommage à celles qui sont arrivées à s'imposer en France et dans le reste du monde.


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Date de parution 04 août 2014
Nombre de lectures 26
EAN13 9782332736154
Licence : Tous droits réservés
Langue Français

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Mail : client@edilivre.com

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Tous droits de reproduction, d’adaptation et de traduction,

intégrale ou partielle réservés pour tous pays.

 

ISBN numérique : 978-2-332-73613-0

 

© Edilivre, 2014

Dédicace

A mes petites filles,
afin que leurs compétences soient reconnues
et à mon petit fils, bien sûr.

Noël, la famille réunie à Biarritz, et autour de la table, les conversations qui s’entrecroisent. Soudain, ta voix s’élève : « Il n’y a pas de femmes parmi les grands peintres et les grands musiciens. »

Qu’est-ce qui t’a fait affirmer cela ? Qui a dit quoi ? Peu importe ! Mais je ne te laisserai pas tenir de tels propos. Ils ne sont que le reflet de phrases souvent entendues, et jamais justifiées.

« La place de la femme est à la maison »,

« La politique n’intéresse pas les femmes »,

« La parité est contraire à l’universalisme »

Comment te convaincre mon cher petit fils ? Je vais d’abord tenter de t’apporter les connaissances qui t’amèneront à une ouverture d’esprit sur ce sujet tant décrié. Cela te permettra, en te mettant en face de la réalité des choses, de ne pas t’inscrire, du moins je le souhaite, dans une pensée faite de préjugés qui perdurent depuis la nuit des temps dans notre société. Ce sera difficile puisque, comme l’écrivait Albert Einstein : « Il est plus difficile de désagréger un préjugé qu’un atome ».

J’ai rencontré moi-même beaucoup de résistances sur mon chemin de vie, durant mes études ou dans mon parcours professionnel. Des préjugés, des culpabilités qui ont réussi à me convaincre et à convaincre les femmes que leur rôle était bien celui que leur assignait la société toute entière. Bizarre, ne crois-tu pas ?

Les freins qui empêchent l’évolution des mentalités et, en particulier chez les femmes elles-mêmes, viennent du fait que leur réussite entraîne souvent un rejet.

Comme le dit une peintre française, Françoise Gilot : « La plupart des femmes qui ont réussi dans la vie ont été détestées par la majorité des gens ».

Souviens toi de Camille Claudel qui s’est réfugiée dans la folie, à la fin de sa vie, son travail n’étant pas reconnu. Bien des sculptures de Rodin ont bénéficié de la créativité de Camille Claudel, mais personne n’a osé chercher à en apporter la preuve. Même son frère et sa famille se sont retournés contre elle.

Il est également admis, dans notre société, qu’un homme puisse prendre du recul par rapport à sa femme et à ses enfants, son projet de vie lui prenant toute son attention, mais penses-tu qu’il soit permis à une femme de se consacrer entièrement à son travail, quelle que soit l’importance et la valeur de celui-ci ? Dans ces conditions, même sans parler de ces situations extrêmes, comment veux-tu qu’une femme puisse avoir la concentration nécessaire pour exploiter toutes ses compétences ? C’est à elle que revient la responsabilité de la famille et c’est sur elle que retombera l’opprobre si elle n’arrive pas à assumer complètement le rôle qui lui est imparti. Qu’elle ait un travail ou pas, son rôle, en ce qui concerne la famille, est le même. Lorsque nous évoquons ces problèmes, nous sommes traitées de féministes. Pourtant nous essayons simplement de faire entendre notre voix sur les dysfonctionnements de notre société.

Pourquoi crois-tu que j’ai créé l’association « Femmes 3000 » ? pour faire en sorte que les compétences des femmes soient reconnues afin qu’elles prennent la place qui leur revient dans la société.

Si, par contre, une femme arrive à s’imposer, elle doit aussi faire face à ce qui reste culturel, c’est-à-dire assumer toutes les responsabilités et les tâches inhérentes à la famille.

Comme le dit si bien Leslie Mc Intyre, médecin chaman féministe américaine :

« Personne ne verra d’objection à ce qu’une femme soit bon écrivain ou sculpteur ou brillant médecin, si, en même temps, elle est bonne épouse, bonne mère, belle fille, dotée d’un bon caractère, très séduisante et soumise »

Cette brève introduction te donne une idée des barrières qui se présentent tous les jours devant les femmes. Vais-je pouvoir maintenant te convaincre que si les femmes n’ont pas pu évoluer au même rythme que les hommes, c’est justement qu’on ne leur en a pas laissé la possibilité ?

Il te faudra beaucoup d’écoute et d’attention pour comprendre, parce que notre culture est tellement imprégnée de ces conceptions, que la tendance est plutôt de culpabiliser les femmes qui veulent sortir du chemin que la société leur trace. Elles sont, coupables des divorces, coupables de la mauvaise éducation des enfants, coupables de « prendre le travail des hommes ». Je n’insiste pas. Tu pourrais douter de ma sincérité.

Tout évolue, mais c’est une lutte incessante pour les femmes.

Toi le premier, tu comptes sur ta maman pour préparer le repas du soir. Tu penses, peut-être même inconsciemment, que ce rôle lui est dévolu. Pour quelles raisons ? Ses journées sont-elles moins chargées que les tiennes, ou est ce plutôt le contraire…

Prends conscience de tout cela pour comprendre que ce n’est pas cela la vie. Notre société, de cette époque post-moderne qui se veut civilisée, est ouverte à tout le monde. Pourquoi les tâches les plus ingrates et les moins valorisantes seraient-elles réservées aux femmes ?

Elles ont pourtant la lourde responsabilité d’assurer la survie de l’humanité en donnant la vie mais ce rôle n’est absolument pas valorisé. Elles n’arrivent pas à être reconnues à égalité avec les hommes au sein de notre société, leur rôle restant invisible, leur travail n’étant pas pris en compte dans le produit intérieur brut de notre société !

Tu peux comprendre qu’il n’y ait pas beaucoup de logique dans cet état de fait, c’est pour cette raison que je me lance dans l’aventure de l’écriture de cet essai. Sa lecture contribuera-t-elle à te faire prendre conscience que la société sera plus équilibrée lorsque les femmes partageront, à égalité avec les hommes, les responsabilités qui concernent chaque citoyen ? Je ne sais, mais je me dois d’essayer de faire évoluer ta réflexion sur le sujet.

1
Les Résistances

Dans toutes les sociétés, en France mais aussi dans tous les pays du monde, il a été démontré que le travail de maîtresse de maison exigeait qu’on s’y consacre de façon exclusive.

Le développement technologique (cuisinières à gaz, éclairage et plaques électriques etc…) qui aurait pu être un facteur d’évolution du rôle de chacun au sein de la famille, a permis de rendre moins pénibles les travaux de la maison, mais parallèlement, il a été demandé aux femmes de se consacrer à la santé et à la sécurité de la famille. De cette façon les femmes restent responsables de la maison même si elles travaillent ou ont un niveau d’étude supérieur.

Les femmes doivent donc répondre aux besoins de chacun, hommes et enfants. C’est ainsi, sur ces bases, que l’organisation du travail a été mise en place.

Tout ceci est donc imposé aux femmes, quelles que soient leurs attentes, quelles que soient leurs capacités intellectuelles. Nous n’avons pas le droit à la parole, ne serait ce que pour rendre visible le rôle que nous avons au sein du milieu familial, celui-ci n’étant jamais reconnu et pris en compte au sein de notre société.

Comment, avec de telles conditions, arriver à prendre sa place ?

Un exemple parmi tant d’autres qui amène à réfléchir :

J’ai eu la chance d’être intégrée dans un « club service », le Zonta, club ayant été créé en 1919 par des américaines, les clubs Rotary et Lions, datant de 1912 et 1915, n’acceptant pas les femmes. Mon club, composé de vingt quatre femmes assumant de grandes responsabilités, ne comprenait que trois femmes mariées. Pourquoi ?

Tu vas me dire qu’elles ont choisi de ne pas se marier. Oui, mais pourquoi ?

Certaines avaient divorcé, leurs maris n’ayant pas supporté leur réussite. De cette constatation, tu vois déjà que les femmes soutiennent toujours leurs maris dans leur carrière, dans l’autre cas, rarement les hommes vont aider leurs femmes, ils vont même les quitter. Conviens avec moi que cela ne facilite pas vraiment la réalisation d’une carrière ! D’autres avaient décidé de ne pas se marier, sacrifiant ainsi une vie de couple et une vie de parents, ce qui n’est pas facile, mais que faire quand on veut mettre en œuvre ses compétences ?

Est-ce que ceci est demandé aux hommes ?

La docilité des femmes, pour ne pas dire l’esclavage, est omniprésente dans notre société. Dans « l’Emile » Rousseau dit : « Libre et autonome, il ne pouvait pas cependant exister sans Sophie, domestique et servile. »

Etait-il vraiment libre et autonome ? Non puisqu’il fallait qu’il soit soutenu par Sophie. Pourquoi donc attribuer toujours ce rôle aux femmes ?

Pour justifier cette attitude, de nombreuses théories « pseudo-scientifiques » ont voulu montrer l’infériorité physique et, par conséquent intellectuelle des femmes en s’appuyant, par exemple, sur la forme extérieure du crâne pour démontrer la supériorité intellectuelle des hommes.

Un certain « Bischoff » limitait la période de développement intellectuel des femmes à l’enfance. D’autres auteurs ont écrit sur l’infériorité mentale de la femme, argument toujours basé sur la taille du cerveau. (voir une étude récente sur « Sciences et Avenir » de février 2012, dossier réalisé par Rachel Mulot (coordination), Hervé Ratel et Elena Sander).

D’autres encore ont voulu démontrer que le sang des femmes comportait moins de globules rouges, moins d’hémoglobine et plus d’eau que celui des hommes !

Ou encore, la capacité pulmonaire, squelettique, vocale… etc signifiait une infériorité physique chez les femmes qui engendrait ainsi une faiblesse et des maladies chroniques !

Mais, pire encore. Pour te prouver que tout ceci est une réalité et que toutes ces « soi-disant » études ont gravement nui à toute réalisation des femmes :

Un certain Spencer, au 19ième siècle, a tenté de démontrer que l’activité intellectuelle était incompatible avec la procréation. Les femmes physiquement inférieures seraient guidées par leur utérus alors que les hommes se serviraient de leur cerveau. La physiologie féminine, menstruation, grossesse, placerait les femmes dans un état constant d’infirmité physique qui s’accompagnerait d’une diminution de leurs facultés mentales et morales.

Quelle mauvaise foi, quel acharnement pour trouver des arguments affirmant que les femmes sont intellectuellement inférieures. Imaginais-tu ce que les femmes ont eu à subir ? Ce que l’on peut se demander, c’est pourquoi nous sommes encore devant cette situation.

En fait, dés la plus tendre enfance, les classifications sont déjà décidées, et je peux dire que, même aujourd’hui, cet état de fait perdure encore. On constate que les filles obtiennent de meilleurs résultats scolaires que les garçons, mais c’est à eux que l’on donnera la priorité pour l’attribution d’un poste, c’est pour eux que des quotas seront mis en place dans les grandes écoles afin qu’il n’y ait pas plus de filles que de garçons.

Et, comme tu le sais, si l’on veut mettre des quotas afin que les filles arrivent aux mêmes responsabilités que les garçons, c’est un scandale.

Beaucoup plus grave encore, il n’y a pas si longtemps, les filles n’étaient pas scolarisées, ce qui pouvait simplement expliquer l’impossibilité pour elles de s’imposer dans des disciplines uniquement accessibles aux hommes, découlant du savoir apporté par l’éducation.

La scolarisation obligatoire pour les filles ne s’est généralisée qu’au cours du 19ième siècle avec des lois en 1850 en France, en 1857 en Espagne, en 1866 en Finlande.

Mais, dés le départ, c’est une éducation très superficielle qui a été dispensée. On a mis l’accent sur l’éducation de « l’utilité domestique » et des « travaux propres au sexe ». Ces deux fonctions, qui comprennent le service et la contribution dévouée et gratuite des femmes au bonheur des autres, sont devenues l’axe principal de la formation scolaire des femmes pendant de nombreuses années.

Ton arrière grand-mère, après avoir obtenu, brillamment, son certificat d’études à 11 ans, est rentrée dans un « ouvroir ». C’était un endroit où les filles apprenaient à broder, pour pouvoir en particulier préparer le « trousseau », c’est-à-dire des draps, des nappes, des serviettes, qu’elles apporteraient en dot lors de leur mariage.

Le terme « travaux », employé pour désigner ces matières spécifiques, a permis de ne pas oublier qu’il s’agissait d’un service qu’elles devaient assumer, de par leur nature, en tant que femmes.

Un autre exemple : On apprenait aux femmes à reconnaître les mots mais on n’a jamais souhaité officiellement que les femmes écrivent. Le silence, dicté par la tradition, était présenté comme leur meilleur attribut.

Sylvain Maréchal, révolutionnaire français célèbre, avocat de formation, libre penseur et progressiste, a émis un projet de loi en 1801, pour interdire l’enseignement de la lecture aux femmes. Au lendemain de la révolution, Sylvain Maréchal fait paraître son projet de loi. Il collectionne les arguments les plus éculés contre l’instruction des filles et ravive ainsi la querelle des sexes.

Sylvain Maréchal allait jusqu’à dire que : « La Raison veut que les femmes qui s’obstineront à écrire des livres n’auront pas le droit d’avoir des enfants ! »

Etait-ce un tyran ? Je ne sais, mais on peut penser que ces messieurs craignaient vraiment les femmes pour les confiner ainsi dans cet état.

Un autre exemple encore qui va te donner une idée de la façon dont les femmes ont pu être considérées, en France. Pour cela, je vais te citer quelques passages du livre « Femmes à l’encan » de Maxence Van Der Meersch, concernant la prostitution :

« Fort bien, disent les amis de la maison de tolérance, et en particulier certains médecins, fonctionnaires, policiers… ou usagers. Votre description est attendrissante. Mais nous pourrions brosser un aussi noir tableau des abattoirs de La Villette. Le massacre des innocents, cela fait partie des nécessités vitales. Un abattoir ce n’est pas beau. Un agneau qu’on égorge, c’est lamentable. Mais c’est aussi indispensable.

La vie sociale a ses exigences. Elle réclame certaines victimes. La prostituée compte parmi celles-ci…

Elle assure par son sacrifice, l’hygiène de la cité.

Il est donc légitime d’immobiliser chaque année 30 ou 50000 jeunes filles innocentes aux besoins sexuels des mâles. »

Ce livre m’a interpelée, m’a glacée même. Il montre le peu de respect de toute une société envers les femmes. Ce n’est qu’en 1939 que les maisons de tolérance ont été fermées.

Jusqu’à cette date, le maire d’une commune, par un simple arrêté municipal, pouvait donner autorisation d’ouvrir un établissement de ce genre. Les Maires de bien des villes sont donc l’objet de propositions et de sollicitations les plus éhontées. On leur offrait couramment avant 1939 des sommes de 100, 200, 500 mille francs et, par ailleurs on leur proposait 100 mille francs pour les œuvres de la commune afin qu’ils ouvrent une « maison »

Malgré toutes ces résistances, la situation évolue quand-même, avec toujours les mêmes luttes pour arriver à l’égalité des sexes. L’accès aux niveaux d’instruction supérieurs sera une conquête difficile avec des conditions similaires dans les différents pays : Difficultés pour accéder à l’enseignement universitaire, obstacles pour l’obtention des diplômes, et possibilités d’accès, dans un premier temps à des secteurs professionnels de service et de soin.

2
Les femmes et le droit à l’instruction

Comme je viens de te l’expliquer, le blocage de la formation des femmes a constitué un frein important à leur formation. Un rappel historique sur les femmes et le droit à l’instruction me semble indispensable. Le livre écrit par Véronique Trenspeuch : « Evolution des mentalités entre le XVIIesiècle et aujourd’hui » me servira de référence.

Aujourd’hui, dans certaines facultés universitaires, les filles sont plus nombreuses que les garçons et, de manière générale, leur taux de réussite est supérieur à celui des garçons. Il n’empêche que, spontanément, des réserves sont encore émises sur les capacités intellectuelles des filles ou, quand celles-ci sont reconnues, c’est leur féminité qui est mise en doute. Qu’en fut-il autrefois ?

Au XVII° siècle : A partir de 1680, on assiste à la naissance d’un courant de critiques contre l’éducation des jeunes filles, venant de la bonne société. Différents traités sont cependant mis en application mais les débats ne concernent que l’élite qui constitue la clientèle des pensionnats des grands ordres féminins. Le premier enseignement féminin reste un privilège urbain. On fait alors une distinction entre les filles destinées à être religieuses et celles qui retourneront chez elles dès que leur éducation sera faite. L’enseignement monastique servait d’abord à favoriser les vocations religieuses. Celles qui repartaient chez elles avaient appris à être de bonnes chrétiennes. On enseignait aux jeunes filles à lire, à écrire, à coudre, c’est-à-dire à devenir une femme « libre de milieu honorable, une femme parfaite » selon la culture de l’époque.

Au XVIII° siècle, on inculquait les principes...