La maison du sérail : Souvenirs polyphoniques d’une Algérie des années 1950

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Description

Écrit à voix haute, « en plusieurs langues », la maison du Sérail se lit d’un trait en suivant le cheminement de la mémoire palimpseste. L’écriture est à la fois sonore, visuelle, olfactive, métaphorique, élégiaque et inventive aussi...
À la croisée de plusieurs genres, elle se fait récit, témoignage, biographie, recherche, exploration et reconstitution. Expériences, vies et narration se confondent pour conduire le lecteur vers un voyage intérieur, réel, entre l’Algérie, le Moyen-Orient et la France... Mais pas seulement !
La maison du Sérail est une quête sans cesse renouvelée, sans cesse questionnée, celle de l’histoire, des langues retrouvées afin de rassembler les morceaux d’une vie, de sa propre vie... pour exister.
Après bien des détours, ce qui était endormi, relégué dans l’absence dessine un autre relief. Texte peuplé, multiple, viscéral, poétique comme l’être en chacun de nous.
Assurément, une voix à entendre , une voie à suivre.
Djalila DECHACHE vit en France depuis si longtemps, marquée par cette culture multiple, par cet éternel entre-deux (entre deux cultures, entre deux terres, entre elle et l’autre, entre elle et moi...).

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Informations

Publié par
Date de parution 01 janvier 2008
Nombre de visites sur la page 5
EAN13 9782849240847
Langue Français

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La maison du Sérail
Souvenirs polyphoniques d’une Algérie des années 1950Collection « Traces »
Dans la même collection :
- Germaine Loisy-Lafaille ou la vie incroyable d’une comédienne de
Maggy De Coster
- Confessions d’un intermittent du spectacle de Henri Cachia
- Confessions d’un intermittent d’un pigiste de Julien Jouanneau
Illustration de couverture : © Alain MARC -aquarelle La maison du sérail, 2008.
© Éditions du Cygne, Paris, 2008
editionsducygne@club-internet.fr
www.editionsducygne.com
ISBN : 978-2-84924-084-7Djalila Dechache
La maison du Sérail
Souvenirs polyphoniques d’une Algérie des années 1950
Éditions du CygneÀ mon père
À ma mère
À grand-père, français sans identité
À grand-mère, feu éteint
Aux habitants de la maison du sérail de tous tempsPréface
L’on sait, au moins depuis Jean Vitez, que les poches de la
mémoire existent. Et que toute une vie est nécessaire pour en
fouiller, au moins, l’essentiel. Mais quiconque veut gagner du
temps, dans cette exploration des profondeurs de l’âme, aura
besoin d’accepter de se perdre dans les dédales de cette
maison du sérail.
Cette archéologie de l’âme ne nécessitant aucune
connaissance particulière, ni initiation spécifique, l’abandon de soi
est vivement recommandé. Elle requiert, seulement, un
profond désir de se laisser happer par des émotions
semblables à celles qu’une terre nourricière est capable de produire,
comme de l’humus, juste après la pluie, par exemple.
Pour dire l’enfance de la vie, mais aussi la vie dans
l’absence. Pour mieux retrouver le réceptacle des premiers
émois, des premières odeurs, des premières couleurs, celles
qui vont façonner un imaginaire élevé au rang de souvenirs
impérissables.
Mais le talent de l’auteure Djalila Dechache est également
là, pour rassembler les éclats acérés du miroir aux souvenirs,
histoire de nous révéler à nous-mêmes. Mettant, au besoin,
des mots sur certains maux.
Une façon de signifier que ce qui ne s’estompera pas de
sitôt, c’est le sentiment premier, celui qui forge presque tout
ce qui est à venir.
5Celui qui rendrait de moins en moins inconfortable
l’entre-deux dans lequel l’humain est, de plus en plus, appelé
à vivre. Ce passé merveilleusement revisité ici, avec une
patience d’orfèvre, permettra alors de croire que nos racines
sont aussi notre avenir.
Pour ce faire, il suffirait à tout un chacun de retrouver le
chemin de la maison du sérail pour regagner son Andalousie
propre.
Saïd Ould-Khelifa
CinéastePremière Partie
Le temps qu’il faut pour apprendre... Je me suis aperçue que je n’avais
pas assez réfléchi aux différences entre biographies et autobiographies, et
romans pas seulement autobiographiques, qu’il fallait aller plus loin
dans la question de la mémoire comme celle de l’identité.
Doris Lessing
Les promesses et les terreurs suscitées par le déplacement sont des thèmes
majeurs dans les premiers textes littéraires américains. Aux
satisfactions apportées par une re-naissance dans un nouveau pays s’ajoutait le
péril de ne pas y avoir vraiment sa place.
Toni Morrison
Un spectre est un revenant : il est l’origine et aussi la perte inéluctable
de l’origine.
Jacques Derrida
Sans la mer, sans les femmes, nous serions restés définitivement des
orphelins; elles nous couvrirent du sel de leur langue et cela,
heureusement, préserva maints d’entre nous ! Il faudra le proclamer un jour
publiquement.
Mohamed Dib
7Tu trouves une image et puis tu brodes autour pour
construire une histoire, une bâtisse, un portail muni d’une
imposante poignée de bronze massif semblable à celle de la
Maison du sérail, dar ess-saraya si grande, si impressionnante
maison de maître ou de roitelet ottoman, recouverte de
zellige bleu aux murs, au sol du carrelage à damier régulier, la
maison de la naissance, de l’enfance aux odeurs fortes, la
maison des commencements, aux zones sombres pleines de
répugnances, de fantasmagories, à l’escalier de géant qui
aboutit là haut, plus près du ciel. Combien de marches de
fantômes faut-il franchir pour gagner son nid ? Ce fameux
zellige aux entrelacs azurés qui plus tard, suivra l’imaginaire
de mère dans tous ses choix de couleur, vêtements, foulard,
rideaux, peinture, couvre-lit, nous fera aimer les tonalités de
cette teinte par-dessus tout. Chaque étage, il y en a trois ou
quatre il semble, ceux du haut initialement réservés pour la
nuit, est pourvu d’alvéoles, petite porte donnant sur une
chambre abritant une famille récemment émigrée d’une
campagne voisine : sguifa – vestibule dépouillée, aux bancs
taillés dans le marbre brut, suivi d’un corridor, buanderie,
cour et terrasse, latrines sans lumières, en commun, nettoyées
à tour de rôle. Pour le hammam repérable à sa décoration en
demi-cercle sur la façade, il fallait seulement se déplacer
quelques maisons plus loin, dans la même rue, en procession
et c’était bien vite toute une affaire : c’est qu’on y passait
quasiment la journée à se laver, se frictionner, se masser, se
bichonner, assurer mise en beauté, négocier, papoter ! Quelle
rue déjà, comment oublier cette adresse qui sonne comme un
conte de fées ? Non loin de la rue de Raymond, 1 rue St
Nicolas – Place d’armes – Annaba : les Bônois, les Annabis,
leurs ancêtres du moins auraient pris, subi, porté les armes...
8Pourquoi ? Dans quelles circonstances ? Cette Dar es-sarraya
était-elle un caravansérail de l’époque ottomane, hostellerie
temporaire pour voyageurs et négociants de tout acabit
accompagnés de leurs montures ? Dans ce quartier de la ville
arabe, cette rue montante, toute de terre battue traversée de
vendeurs pauvres dignement vêtus, tirant des charrettes à
bras aux cris de haa el-hlou – Primeurs-Saveurs, une ribambelle
de petites échoppes sans enseigne, ni lumière, aux métiers
aujourd’hui disparus : le laitier à l’odeur âcre, le marchand de
beignets du matin le sfenj croustillant le marchand de
charbon, le marchand de pains de glace rectangulaires
énormes et le porteur d’eau (c’était la même personne) le
marchand d’épices, le marchand d’huile – on pouvait acheter
pour quelques menus douros un verre d’huile ! – tous vivaient
au jour le jour... Subsistent la boulangerie, le boulanger louant
ses fours, el koucha et son kawwach, son odeur incomparable,
méditerranéenne, mêlant la bonne nature des sud, terres et
semailles, moulins et meuniers, tours de mains d’avant,
d’autrefois, les blés, les farines, les sucres, airs et vents, smann –
beurre, pour cuire à bonne température les grands plateaux
des fêtes : gare à la chaleur trop forte ou à l’inattention du
boulanger et tout est à recommencer et on passe pour une
ratée, quel vilain présage, bouh sa fête n’a pas la baraka, bouh
elle ne sait pas faire les gâteaux ! : On pouvait suivre du
regard qui donnait à cuire quoi, fêtait quel événement, sorti
de quel porche... Une atmosphère qui rappelle
immanquablement celle des histoires à caractère mystique narrées,
oubliées, ensevelies, où de chaque endroit, de chaque
personne peut naître un merveilleux miracle, après une mise
à l’épreuve réussie. Comme tu peux l’imaginer, on entend tout
des uns et des autres, chamailleries ou engueulades selon l’âge
du capitaine, comptes en sonnante et trébuchante, roucoulades
et ébats, prières et chapelets, la respiration bruyante de l’enfant
malade, ronflements et autres humeurs. Tout se savait. Se
devi9