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La Mauritanie, ses colonels et moi

De
230 pages

Le témoignage personnel et pénétrant d’une victime de la répression de régimes militaires chauvins en Mauritanie. L’auteur retrace son parcours d’ennemi implacable de ces régimes quand il échappa à une mort certaine pour poursuivre des études aux USA. Jusqu’à la chute d’Ould Taya, il mena une véritable guérilla des mots accompagnée de démarches et d’actions tous azimuts pour dénoncer et saper cette Mauritanie des colonels étouffante pour ses citoyens noirs. Ses essais politiques incisifs dépeignent la Mauritanie des colonels et les bouleversements qu’elle a connus. Ses prédictions se sont révélées justes et justifient son appel à continuer la lutte pour une Mauritanie démocratique.


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ISBN numérique : 978-2-332-81531-6
© Edilivre, 2015
Préface
Depuis les indépendances des années 1960, les peuples des ex colonies africaines ont tous aspiré à la démocratie, au développement et à l’éducation afin de réduire les inégalités sociales. Aussi, les premiers présidents africains, y compris celui de la Mauritanie, ont conduit leurs peuples dans ce grand projet d’ouverture de l’Afrique sur le monde. Malheureusement, l’euphorie ne dura que quelque temps avant que les bruit de bottes ne se fassent entendre sur la quasi-totalité du continent et que nos soldats ne réclament leur part du « gâteau ». La Mauritanie ne fut pas en reste et comme sous d’autres cieux, ses régimes prétoriens successifs ont fait couler, en abondance, les larmes de ses filles et de ses fils. Ses colonels auront vite fait de troquer la bravoure et les valeurs morales que notre société leur enseigne pourtant bien, contre la gabegie, l’intolérance, la discrimination, le népotisme, la mal-gouvernance et le clientélisme, précisément les mêmes « ismes » qu’ils ont, à l’instar de leurs frères d’armes des autres pays africains, reproché aux pères fondateurs. Avec eux, la Mauritanie (et l’Afrique) a enterré ses valeurs cardinales que sont la fierté, le courage, la tolérance, l’esprit de communauté, l’honnêteté et l’humilité. Sous ces colonels, désormais, ses fils et ses filles sont bannis du cercle familial, alors qu’ils sont appréciés et même adulés dans le cercle des « grandes nations », illustrant si bien le proverbe peulh « lapin chez son père mais éléphant chez autrui ». Les autres de ses filles et fils sont condamnés à essayer quotidiennement de survivre sur les routes dangereuses de l’émigration, de l’exil, de l’exode vers des cieux plus hospitaliers et ce pour éviter de croupir au fond des prisons mal éclairées où sévit l’ordre « militairement poli » de « circulez, il n’y a rien à voir ». En lisant ce brave essai de notre frère et ami Boubacar N’Diaye, je revis les mêmes scènes de harcèlements, de discrimination, d’arrestations, d’emprisonnement et de tentatives de musèlement d’une jeunesse bouillonnante d’idées, pleine d’énergie inspirée par Martin Luther King Che Guevara, Amilcar Cabral, Nelson Mandela, Steve Biko, Samora Machel, Etc, rêvant d’une société libre, égalitaire, unie et prospère. Les guerres de conquêtes n’ont pas réussi à briser la volonté de l’Homme à s’autodéterminer et à défendre ses droits à la liberté et à la dignité et ce quel que soit le système d’oppression mis en place. Les régimes autoritaires n’y réussiront davantage. l’Homme et ses aspirations à la liberté et à la dignité triomphera toujours, car l’héritage de la dignité est un pacte universel que l’Homme préservera jusqu’à la fin des temps. Les colonels de Mauritanie ont oublié que l’on ne forge pas un fer froid, et que la marmite hermétiquement fermée finit toujours par exploser, laissant s’échapper le souffle libérateur. Comme un peu partout ailleurs en Afrique, la Mauritanie a elle aussi enseveli ses Einstein et ses Mozart dans les geôles de Zouerate, Walata, Atar, Inal, Ain bintili, Jereida, Wothie, Azalat, Aioun, Tichitt, Wadane, etc. Il était nécessaire que ce livre soit écrit afin que les leçons à tirer des régimes des colonels-généraux soient retenues et que cette page de la lutte, commencée par les héros qui ont fondé la Mauritanie depuis les temps immémoriaux, et qui continue à ce jour, soit connue du plus grand nombre possible en Afrique et au delà de notre continent. La Mauritanie fera son passage obligatoire dans l’histoire humaine malgré ses colonels et malgré tous les plans diaboliques voulant la vider de son essence de « Terre des Hommes ». Le Noir et le Blanc cohabiterons comme le jour et la nuit sur cette terre commune réunissant les pans du Fouta à ceux du Walo, du Guidimakha, et ceux de Chinguetti-Wadane aux Gelbs de Zouerate afin que naisse l’Homme Mauritanien sans entraves tribales, claniques, ethniques, ou sociales. Que nos martyrs reposent en paix pour le salut d’une Mauritanie Nouvelle juste, égalitaire et démocratique. Maitre Fatimata M’Baye, Āvocat, Présidente de l’Association Mauritanienne des Droits de l’Homme
Avant-propos
J’aime à dire, avec Joseph Joubert que « celui qui enseigne apprend deux fois ». J’ai eu ce bonheur immense d’avoir, comme professeur, beaucoup appris le long du chemin de la vie que j’ai fini par emprunter. Sans ce tournant dramatique que la Mauritanie a pris, je n’aurais sans doute pas appris autant et serais resté condamné à une vie – banale à souhait – de fonctionnaire dans l’administration du travail. Le destin a voulu que pendant des années j’aie enseigné un cours sur le leadership dans le monde africain basé sur Martin L. King, Malcolm X et Mandela. Une des choses que j’ai apprise de ce cours est cette fameuse déclaration du Révérend Martin Luther King, Jr. Lorsqu’au milieu de la dévastation que la guerre du Vietnam causait à son pays et au mouvement pour les droits civiques, et qu’on lui reprochait d’avoir dénoncé cette guerre et ses effets, se faisant beaucoup d’ennemis et risquant sa vie, il dît simplement : « dans certaines situations, la lâcheté demande, « est-ce c’est sans danger » ; l’opportunisme demande « est ce que c’est politiquement avantageux ? » ; la vanité demande : « est ce que c’est populaire ? » Mais la conscience demande : « est ce juste ? ». A cette question de la conscience j’ai répondu que ce qui est approprié dans la situation présente de la Mauritanie est simplement d’apporter son témoignage, contribuer à faire connaître un peu mieux cette « Mauritanie des colonels, » et continuer la lutte pour l’avènement d’une Mauritanie différente. Il n’a pas été difficile d’arriver à cette réponse même si je ne nourris aucune ambition politique, n’en ai jamais eue, et ne cherche aucun avantage quel qu’il soit. Quant au courage de faire ce qui est « juste » auquel le Révérend King faisait référence, en l’occurrence, une philosophie personnelle toute simple m’y astreint : Ceux d’entres nous qui sont natifs des contrées du monde dont la Mauritanie avec leurs convulsions et leurs violences multiformes, dépasser l’âge de l’espérance de vie constitue presque une licence divine, en fait un mandat, à ne plus se soucier que de faire ce qui est juste. Je ne me fais pas d’illusion quant à la nature réelle de la Mauritanie des colonels, malgré les apparats et artifices d’une démocratie en devenir tant vantée où les libertés et les droits seraient respectés. Bien avant que ce livre ne soit publié, après avoir été, par défaut, porté à la présidence de l’Union Africaine, le dernier (?) de la lignée des colonels/généraux de Mauritanie encore au pouvoir se sera donné un second mandat à la tête d’une Mauritanie qui n’aura sans doute pas beaucoup changé. Comme en 2009, les résultats de ces élections seront contestées par l’opposition mais entérinées par « la communauté internationale ». Ce qui voudra dire que la Mauritanie continuera de vivre dans une incertitude permanente jusqu’à ce que, à Dieu ne plaise, une étincelle vienne provoquer une explosion dont personne ne peut prédire les conséquences. Il est donc temps d’arrêter cette fuite en avant qui rend inéluctable un tel développement. C’est la prière fervente que je fais pour la Mauritanie. J’ose espérer que ces pages auront su exprimer à la fois cette appréhension et cette espérance. Il est important de préciser lorsque je me réfère à la « Mauritanie des colonels » il est évident que cela ne constitue pas un réquisitoire contre tous les colonels de la Mauritanie. Je n’ai rien contre les forces armées et de sécurité en tant que telles, ni contre les colonels, bien au contraire. Ma carrière académique a été en partie consacrée à leur donner leurs lettres de noblesse dans un État démocratique où l’armée joue pleinement son rôle régalien au service de l’État et du citoyen. J’ai eu l’honneur de participer à des séances de formation de douzaines, voire de centaines d’officiers, pour la plupart des colonels de différents pays africains. Je n’ai que respect pour leur patriotisme et le professionnalisme de leur écrasante majorité. Je ne confonds pas l’écrasante majorité des colonels avec la poignée dont il est question dans le concept de la « Mauritanie des colonels ». Ceci mérite d’être souligné. Finalement, au court des longues années qu’a duré la lutte contre le régime de Ould Taya, mieux que quiconque, une dame, maitre Fatimata M’Baye, présidente de l’association Mauritanienne des Droits de l’Homme (AMDH), a incarné la détermination et le courage de lui
résister et d’y mettre fin. Son courage tranquille face à la répression et la grâce dont elle a fait montre dans l’épreuve ont forcé l’admiration et continuent d’inspirer les mauritaniennes et mauritaniens à poursuivre le combat dont il est question dans ce livre. C’est un honneur insigne et une source de grande fierté qu’elle ait accepté de le préfacer. Je lui en suis infiniment reconnaissant.
Wooster, 5 Juin, 2014
Dédicace
Jedédis ce livre à lagénération« Touche Pas à Ma Nationalité » à laquelle appartiennent mes enfants et à lagénérationMouvement du 25 Février. Elles qui, ensemble, forgeront du une Mauritanie plus fraternelle, plus démocratique, plus unie, une Mauritanie digne d’elles.
Chapitre 1 L’évasion
Ade l’Airbus d’Air France qui se préparait à décoller de Nouakchott en direction de bord Paris, en ce jour de Mai 1988, ajustant la ceinture de sécurité de mon siège, je me tournai vers mes collègues et compagnons et voyage, Diallo Mamadou Alassane et Bassoum Mamadou et leur dis l’air mi-grave mi-malicieux : « nous ne le réalisons pas pleinement, mais nous sommes entrain de fuir comme cela. » Je voyais qu’ils comprenaient exactement ce que je voulais dire. Cependant, même moi qui m’exprimais ainsi ne pouvais réaliser à quel point cette phrase se révélerait prophétique. En effet, moins d’un an plus tard, les « événements » qui allaient changer à jamais la Mauritanie se produisirent. Je regardai à travers le hublot pour voir une dernière fois les membres de ma famille et mes amis venus me dire adieu. Un cocktail de sentiments indescriptibles, mélange de soulagement, de tristesse, d’amertume, de colère, et un soupçon de sentiment de lâcheté me remplit le cœur et l’esprit. Parmi le groupe se trouvait une jeune fille de vingt et un ans à laquelle je m’étais marié il y avait seulement quelques semaines (mariage religieux simple seulement nous nous étions dit, les cérémonies et le faste viendraient après mon retour). Notre mariage, puisqu’il n’avait pas été consommé, aurait aisément pu être considéré comme un simple rehaussement du statut de nos fiançailles. Compte tenu des circonstances qui ont entouré nos longues fiançailles et de notre statut social, il était en effet entendu que notre mariage devait être marqué par le faste et des journées de célébration, ce que, entre autres, les incertitudes liées à ce départ ne permirent pas. Au cours des six heures qu’a duré le vol entre Nouakchott et Paris, le film des péripéties des dernières semaines, des derniers mois, qui ont précédé ce voyage se déroula une fois de plus avec la même clarté. Ces dernières semaines avaient été riches en évènements qui peuvent à eux seuls servir de cas d’école pour comprendre la Mauritanie telle qu’elle était en cette année 1988, et à illustrer certains aspects critiques du fardeau sous lequel le pays s’esquintait. C’était il y a plus d’un quart de siècle. Si ce qu’il convient d’appeler « la Mauritanie des colonels » a beaucoup changé en vingt ans et plus, à certains égards, elle est toujours la même que j’avais le sentiment coupable d’avoir fui ce jour de Mai 1988. Les péripéties qui se projetaient alors tel sur cet écran imaginaire justifiaient ma boutade à mes compagnons de voyage. Dans mon esprit, elles étaient en quelque sorte des signes avant-coureurs des fameux « évènements » de 1989 et de ce qui devait être baptisé plus tard « les années de braise», à savoir une période de répression aveugle contre les mauritaniens noirs entre 1986 et 1992. Tout avait commencé lorsque l’agence américaine d’aide au développement international USAID offrit, en 1986, au Ministère du travail et de l’emploi trois bourses de formation aux Etats-Unis au bénéfice de fonctionnaires. Il fallut la perspicacité de mes collègues, fréquents visiteurs du ministère du plan, où l’offre avait été négociée, pour que l’existence de ces bourses fût portée à la connaissance de l’ensemble des fonctionnaires concernés. Alors la Mauritanie officielle, sous l’influence d’une arabisation entreprise tambour battant par les nationalistes arabes aux commandes de l’appareil d’État avaient commencé à saboter tout accord de coopération ayant un volet de formation ailleurs que dans les pays arabes. Ces bourses étaient offertes dans le cadre de la coopération entre les États-Unis et la Mauritanie et la poursuite des objectifs généraux des Etats-Unis de renforcer les capacités des administrations Mauritaniennes qui en avaient bien besoin, et aussi d’introduire le pays de l’Oncle Sam aux fonctionnaires, cadres, et décideurs Mauritaniens. Il s’agissait donc de choisir objectivement trois cadres méritants pour aller suivre cette formation de deux ans. Cette formation devait obligatoirement être en relation avec leurs attributions du moment, et les heureux bénéficiaires de ces bourses devront obligatoirement revenir en Mauritanie pour mettre leurs nouvelles compétences au service de leur pays et de leur administration. En plus de la maîtrise de l’Anglais, de l’expansion de leurs horizons professionnels, ces bourses
multipliaient les chances d’une promotion, et même une forte probabilité d’une carrière internationale. C’est dire donc qu’elles étaient très convoitées. Une autre condition que les Américains avaient aussi posée était que des critères objectifs soient utilisés pour sélectionner ceux qui devaient bénéficier de la formation. Ils avaient, en effet, été informés des procédés qui avaient présidé à la sélection de candidats dans d’autres cas, où, apparemment, un Ministre ou un Secrétaire Général avaient simplement choisi un parent en violation, en premier lieu des textes de la fonction publique en matière de formation ou de perfectionnement de fonctionnaires en sus de l’équité et de la moralité la plus élémentaire. Comme tout observateur de la Mauritanie d’alors, ils étaient aussi au fait que seul le racisme d’État qui avait commencé à s’ériger en système faussait déjà les donnes de la coopération tels qu’ils l’envisageaient, puisque ces pratiques excluaient systématiquement des bénéfices une couche de la population. C’est ce que devait me dire plus tard le deuxième secrétaire de l’ambassade des États-Unis. Alors commença pour moi et mes autres compagnons de ce voyage une de ces aventures assez communes, somme toute, pour les jeunes fonctionnaires Négro-Mauritaniens à la fin des années 1980. Le Secrétaire Général du ministère ordonna la tenue du concours auquel prit part l’écrasante majorité des Inspecteurs du travail, de toute les promotions. Un expert Tunisien fut chargé de corriger les examens. Personne ne fut surpris outre mesure que les trois candidats classés en tête furent dans l’ordre Mamadou Alassane Diallo, Boubacar N’Diaye, et Mamadou Bassoum, tous de la toute première promotion d’Inspecteurs du travail sortie de l’ENA en 1979, avec moi comme major. Tous reconnurent que ces résultats étaient logiques, reflétaient sans aucun doute le niveau intellectuel, celui des connaissances et expérience professionnelle, et nul ne les contesta ni en public ni en privé. Ceci était également mon avis encore que, bien plus tard, à ma grande déception, Diallo m’avoua, une fois à Washington, qu’il avait pris contact avec l’expert Tunisien pour lui parler du concours. Ayant été l’un de nos meilleurs inspecteurs et certainement le cerveau et le moteur, des années durant, d’une Direction du Travail marquée par la médiocrité voire l’incompétence sous les directeurs Mohamed Ould Aboubekrine et Ahmed Traoré, Diallo n’avait certainement pas besoin de se compromettre ainsi. Intelligent, et alors sans aucun doute le plus chevronné des inspecteurs du travail, il aurait passé haut la main tout concours objectivement évalué. C’était là sans doute un réflexe d’auto-préservation dans un contexte où la compétence et l’honnêteté intellectuelle n’étaient jamais suffisantes. C’était aussi une initiative qui aurait terni son image dans cette affaire puisque, si elle était connue alors, aurait fait planer le doute sur la légitimité des résultats du concours pour ceux qui tenaient à les annuler pour des raisons fallacieuses. Elle m’abasourdit puisqu’elle me révéla (je ne sais pas s’il a partagé ce secret avec quiconque d’autre) un angle du personnage, pas très flatteur, qui m’avait surpris. Les résultats du concours sitôt connus, commencèrent les manœuvres dirigées par le Secrétaire Général du Ministère en personne pour les annuler, dans l’espoir de les faire reprendre. Il aurait dit que ceci était nécessaire du fait du manque d’équilibre et de diversité ethnique (entendez qu’il n’y avait pas de maure sélectionné) ! Cet argument était alors invoqué exclusivement pour imposer une décision qui servait la composante Maure de la population Mauritanienne chaque fois qu’il était impossible d’accorder des faveurs imméritées. Jamais lorsque, comme très souvent le cas, les bénéficiaires étaient tous maures. Il traîna les pieds pour signer le texte administratif qui devait commencer la procédure de notre mise en position de stage de formation, alors même que les Américains s’impatientaient pour que la procédure de notre mise en formation commençât. Ensuite vint sa proposition aux Américains de simplement débloquer des fonds équivalents au montant que leur coûterait ces trois bourses pour que le ministère puisse faire bénéficier, arguait-il, trois fois plus le nombre de fonctionnaires à former dans un pays arabe. Bien sûr les Américains opposèrent une fin de non recevoir à cette proposition, ces bourses étant, par ailleurs, régies par les strictes règles de la coopération Américaine, dont de toute évidence le
Secrétaire Général n’avait pas connaissance. Voyant que ses simagrées risquaient de nous faire perdre cette occasion inespérée, Diallo, Bassoum, et moi décidâmes d’écrire au Ministre, son supérieur, pour plaider notre cause, et lui fournir des éléments d’information dont, nous présumions, il n’avait pas connaissance. La tâche de rédiger la lettre m’échut. Il s’agissait d’accomplir le tour de force de dénoncer les machinations à caractère raciste dont nous étions les victimes sans jamais être explicites, mais en ne laissant aucun doute sur les motivations du Secrétaire Général, tout en sollicitant la bienveillance du Ministre en espérant que son sens de justice et d’équité soit au rendez-vous. Après avoir fait une chronologie des faits et souligné toutes les irrégularités et manœuvres dilatoires du Secrétaire Général, la lettre réussit à accomplir tout cela et mit le Ministre devant ses responsabilités. Le Ministre d’alors n’était autre que le Commandant Mohamed Mahmoud Ould Deh, de triste notoriété. Membre du Comité Militaire de Redressement National (CMRN) originel qui renversa le Président Moktar Ould Daddah, il avait été de tous les comités militaires successifs. Il avait aussi développé une réputation de tête brûlée, « fonceur », et à ses moments perdus, de justicier pour les petites gens. Par-dessus tout, il était considéré comme un « budgétivore » hors pair, qui ne sollicitait que les postes « juteux » (c’est-à-dire dotés de larges budgets, et d’un pouvoir discrétionnaire tout aussi étendu) où il pouvait se livrer à son activité favorite, ravager le budget mis sous son autorité, en contrepartie de n’avoir aucune ambition politique à part servir le maître du moment. Il finira cette illustre carrière de fossoyeur de budgets devant l’éternel là où il pouvait le plus sévir, Directeur des douanes, et après cela, Directeur du Port Autonome de Nouakchott. Personne ne fut surpris lorsqu’à sa retraite il fonda rien de moins qu’une… banque. En 1988, au cours d’un des nombreux remaniements ministériels dont il avait le secret, le Colonel Maaouya Ould Sid’Ahmed Taya, le Chef de l’État alors bien en charge du pays, avait confié le Ministère de la Fonction Publique et du Travail à Ould Deh, qui clairement ne le considérait pas assez « juteux » et ne devait pas y rester longtemps. Il devait cependant prendre une décision sur notre « cas ». Il n’accéda pas à notre demande d’être reçus. Au lieu de cela, il annota la lettre, donnant au Secrétaire Général instruction de nous recevoir pour ensuite lui rendre compte. Celui-ci nous convoqua dans son bureau, mit la lettre bien en vue, et nous demanda l’objet de notre démarche qui était bien évidente, bien sûr. Sans hésiter, je pris la parole et méthodiquement expliquais que nous estimons avoir été les victimes d’une injustice en plus d’une violation flagrante des textes en vigueur et que nous ne demandions que notre droit, à savoir être envoyés en formation. Je ne manquai pas de faire des allusions voilées au fait que ceci ne nous arrivait que parce que nous étions noirs. Lorsque je finis mon exposé, il m’était évident que je l’avais piqué au vif. Je ne fus donc pas surpris qu’il commença à me prendre à partie pour ce que je venais de dire, contenant à peine sa colère et son mépris. Ma surprise vint d’ailleurs. En préparation de notre rencontre avec le Secrétaire Général, Diallo, Bassoum, et moi avions procédé à une sorte de division du travail de communication de notre position, de nos arguments, et des rôles que nous étions appelés à jouer, une fois dans son bureau. Après mon exposé, mes collègues étaient censés prendre la parole et abonder dans mon sens et fournir des explications additionnelles, tout cela dans le même ton de fermeté qui exprimerait notre volonté de ne pas nous laisser faire, et soulignant le caractère raciste de notre victimisation dans cette affaire. Je fus donc interloqué d’entendre mes collègues prendre les airs et tenir les propos les plus obséquieux qu’il m’ait jamais été donné de voir ou d’entendre dans un contexte pareil. A les entendre, nous sommes de simples fonctionnaires et étions prêts à accepter le sort qui nous était réservé par lui, le Secrétaire Général, notre supérieur hiérarchique. Oubliées donc la répartition des tâches et la virulence dans la dénonciation du racisme dont nous étions les victimes qui émanaient de l’un et de l’autre de mes compagnons d’infortune lorsque nous éventions nos rancœurs en d’autres circonstances. Lorsque le Secrétaire Général nous congédia, le même mépris se lisait sur son visage que celui qu’il