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La Solitude de Véronika

De
226 pages

Ce livre reprend le témoignage d'une femme victime de violences conjugale qui raconte son calvaire. Il restitue parfaitement le parcours douloureux des femmes victimes de violences et les difficultés qu'elles rencontrent pour se reconstruire.

Mais ce récit d'un cas réel et concret des violences qu'elle a subies est prolongé :

-d'une analyse des causes et conséquences de cette pathologie et des réponses actuelles de la société vis-à-vis de cette problématique ;

-d'une réflexion sur les pistes qu'il serait utile d'explorer pour optimiser une meilleure prise en charge non seulement des victimes, mais aussi des auteurs des violences, et favoriser une évolution positive vers plus de solidarité et moins de violences et d'injustices envers tous ces souffre-douleur.


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Cet ouvrage a été composér Edilivre

175, boulevard Anatole France – 93200 Saint-Denis

Tél. : 01 41 62 14 40 – Fax : 01 41 62 14 50

Mail : client@edilivre.com

www.edilivre.com

 

Tous droits de reproduction, d'adaptation et de traduction,

intégrale ou partielle réservés pour tous pays.

 

ISBN numérique : 978-2-334-17802-0

 

© Edilivre, 2016

Avant-propos

Nous sommes au début du XXIe siècle, en France, un pays « multiculturel et démocratique » dit « civilisé », où la tolérance, l’ouverture d’esprit… de ses habitants sont d’une manière générale, unanimement reconnues et appréciées dans le monde entier.

Pourtant, au-delà des actes terroristes regrettables qui sont perpétrés sur notre sol, des violences faites aux personnes sont encore bien trop fréquentes, notamment au sein des couples où les femmes paient chaque année un lourd tribut, sans que la collectivité publique donne l’impression d’en avoir compris, ni la complexité du phénomène, ni son importance et son urgence pour mettre en œuvre une politique efficace, favorisant sa résolution…

Dans cet ouvrage, l’auteur a non seulement voulu témoigner en parlant d’un cas concret, de violences conjugales, mais aussi, en s’appuyant sur les travaux de nombreux spécialistes du corps médical, explorer les causes et conséquences de cette « pathologie » (c’en est une !) et des réponses de la société actuelle, et de ce qu’il serait souhaitable de faire.

Il tient à préciser que si les faits évoqués dans ce roman reposent sur une histoire « malheureusement » authentique, afin de préserver l’anonymat de chacune et chacun, lespersonnages de ce récit, les professions et les lieux sont eux, imaginaires.

Tout rapprochement avec des femmes ou des hommes vivants ou ayant vécu dans la région d’Ambert, ne serait donc pas fondé.

Par contre, au-delà de l’intrigue, les descriptions et anecdotes relatives aux lieux évoqués ici, correspondent au vécu et ressenti de l’auteur.

Afin de faciliter la compréhension, les propos de l’auteur et ses personnages sont écrits enItaliqueet ceux émanant des spécialistes (psychologues, psychothérapeutes, membres d’associations… auteurs) reproduits, sont écritsdroit.

 

« Maman, je t’aime ! »

Le SMS que Véronika vient de recevoir sur son téléphone portable de la part de sa fille Marie, lui fait chaud au cœur ! Le regard fixé sur son écran, elle le relit à plusieurs reprises…, s’assoit sur le muret au bord de la terrasse, le portable dans la main posée sur ses genoux.

Sa vue est brusquement brouillée. Doucement, silencieusement, deux larmes coulent sur ses joues… une grande émotion qu’elle a du mal à canaliser la submerge…Ces trois mots, pourtant très usités et couramment entendus entre une fille et sa mère, ont une résonnance très particulière dans la tête de la destinataire.

Même si Marie avait dans un passé récent eu des mots très durs envers sa mère, Véronika n’avait jamais douté de la réalité ni de la profondeur des sentiments de sa fille à son égard, mais en raison de l’épreuve qu’elle-même venait de traverser et dont Marie avait été fortement impactée pourne pas dire traumatisée, cette annonce pour sa mamanétait beaucoup plus qu’un simple message d’amour : il disait aussi, toute sa reconnaissance vis-à-vis de la légitimité du combat que sa mère menait,et aussi, par cette missive, au-delà de ses sentiments, elle lui témoignait toute sa compréhension et son soutien…

Prenant soudain conscience de sa propre réaction, La jeune femme comprit que l’inquiétude et l’angoisse générées par le mal être de sa fille, qu’elle avait perçu durant ces derniers mois, étaient à l’origine de celle-ci. Ses nerfs lâchaient, après une trop longue période sous tension.

Certes, Véronika était durant ces derniers mois, intervenue auprès de sa fille pour l’accompagner chez un professionnel de la santé pour qu’elle bénéficie d’un soutien, d’une aide extérieure… afin de l’aider à comprendre en mettant des mots non seulement sur sa souffrance elle-même, mais aussi sur les raisons de cette souffrance. Et depuis quelques semaines déjà, elle avait noté un changement positif très net dans le comportement et la communication de Marie vis-à-vis d’elle.

Le SMS de celle-ci, lui confirmait s’il en était besoin, que non seulement les démarches qu’elle avait entreprises étaient les bonnes, mais qu’elles étaient aussi efficaces. Celalui fit un bien « énorme » ! Si sa fille avait été près d’elle à cet instant, elle l’aurait assurément prise dans ses bras et serrée très, très fort contre elle.

En ce début avril 2016, le temps était doux. Après deux journées maussades où le brouillard ne s’était dissipé qu’au profit d’une pluie fine quasi continue, durant la nuit précédente, un léger vent du nord, bien qu’encore présent et frais à l’ombre, avait dissipé les nuages immobiles et sombres de la veille. Le soleil pouvait donc réchauffer à nouveau l’atmosphère dans ce petit hameau du Livradois où, Véronika avait trouvé provisoirement refuge, dans une maison servant de résidence secondaire à un couple d’amis, en attendant la fin de la procédure de sa demande de divorce.

Ayant fini sa journée à l’hôpital d’Ambert où elle est infirmière et travaille selon les jours, du matin ou du soir, Véronika avait commencé ce jour là, à six heures quarante cinq, pour terminer à quatorze heures quinze. Celle-ci pouvait donc profiter de ce moment de calme, au soleil. Elle venait de recevoir le SMS, et s’était assise sur le muret bordant la terrasse de la maison, lorsque son frère Artur la rejoignit.

Le SMS de sa fille, l’avait certes bouleversée et émue, mais il lui procurait aussi une énergie nouvelle dont elle avait bien besoin après toutes les épreuves, déconvenues, désillusions… qu’elle avait dû affronter depuis maintenant deux ans qu’elle avait décidé de prendre sa destinée en main en quittant Marc son mari, en même temps que le domicile conjugal, ses enfants, ses amis, son travail…

Heureusement, son frère de deux ans son cadet, ne l’avait pas laissé tomber, bien que marié lui aussi etdomicilié en Suisse, avec leurs parents qui eux, étaient toujours en Tchéquie, ils avaient constitué à eux trois un bloc certes très éloigné, mais soudé et solidaire sans lequel Véronika n’aurait pas pu résister : ni à la pression, ni au chantage que lui avait fait subir Marc.

Si Artur avait, durant quatre jours, laissé son épouse et ses deux enfants chez eux en Suisse, c’était bien pour venir auprès de sa sœur ainée dont il n’avait jamais mis la parole en doute et qu’il savait fragilisée, afin de la soutenir du mieux qu’il pouvait.

Voyant sa sœur émue aux larmes, il lui demanda ce qui lui arrivait ! Véronika, sans rien dire (ne le pouvant), lui tendit son portable montrant le SMS qu’elle venait de recevoir, ce qui permit à ce dernier de comprendre et ressentir à son tour l’émotion observée sur elle. Il n’était pas au courant de tout ce qui touchait à sa vie passée, mais il était heureux de constater enfin, une évolution positive la concernant.

– Tu vois qu’il ne faut pas désespérer ! Ta fille a compris ! Non seulement elle ne t’en veut pas, mais elle t’apporte son soutien ! s’autorisa-t’il à lui dire.

– Oui ! arriva t’elle à prononcer et ajouta : Tu ne le sais sans doute pas, mais c’est la première fois que je reçois un signe aussi positif de ma fille, depuis que je suis partie !

– J’imagine que le temps t’a paru très long !

– Oh oui ! Si tu savaisle nombre de fois ou j’ai failli renoncer !

Après un moment de silence entre eux… Artur ajouta :

– Tu sais Véronika, il ne faut pas que tu m’en veuille si je ne t’ai pas toujours soutenue au bon moment, car j’ai toujours respecté ta vie privée et même après ton départ, dechez moi en Suisse ce n’était pas évident de savoir exactement où tu en étais au quotidien.

– Ne culpabilise pas, tu ne pouvais pas savoir ! Et de toute façon, je ne t’en veux absolument pas, au contraire ! Sans toi et les parents, je n’aurais pas tenu le coup ! Merci beaucoup ! Merci de tout mon cœur de m’avoir cru lorsque je vous ai dit que j’étais victime de violences de la part de Marc, et ensuite, d’avoir été présent !

– Il ne faut pas me remercier ! répondit Artur en posant une main sur l’épaule de sa sœur. Je te connais suffisamment pour savoir que tu disais la vérité, je n’ai donc pas douté et pour le reste ! Tu aurais fait la même chose pour moi si les rôles avaient été inversés !

– Tu as probablement raison ! Mais il n’empêche que je suis très contente que tu sois là au moment où je reçois ce SMS très important pour moi ! ajouta Véronika en attrapant la main de son frère.

C’est alors qu’Artur, se tournant face à elle, lui dit :

– Ce que tu as vécu et qui n’est pas encore réglé par la justice, n’est quand même pas normal, c’est même pour moi une injustice qui t’ai faite, non ?

– Bien sûr ! répondit la jeune femme, ajoutant : Mais dans ce type d’affaire, il est très difficile d’apporter la preuve des violences subies. Elles sont presque toujours réalisées dans l’intimité du couple, en dehors de la présence de tiers qui pourraient témoigner… et même si des voisins ont été témoins de disputes, ils ne disent rien, en tout cas moi, je n’ai pas voulu leur demander de témoigner, donc, faute de preuve irréfutable, le tortionnaire n’est jamais condamné !

– Peut-être ! Mais je trouve ça très injuste, nous sommes dans le pays des droits de l’homme et que de tellesexactions ne soient pas réprimées comme il se doit, cela me révolte !

– Que veux-tu, c’est comme ça ! lui répondit-elle résignée. Mais du moment que je n’ai plus à faire à lui… c’est ce qui est le plus important pour moi ! Tant pis si j’ai perdu beaucoup dans cette affaire !

C’est alors que son frère l’interpela !

– Véronika ! Hier pendant que tu travaillais, je suis allé sur internet et j’ai trouvé des statistiques officielles qui précisent qu’en Europe 4 millions de femmes sont victimes de violences de la part de leur conjoint. En France, il y a une femme tous les deux jours et demi qui décède suite aux coups reçus de son mari (ou compagnon). Il y en a eu 148 en 2012 et 70 000 dépôts de plainte pour violences qui ne représentent que 17 % des cas (soit 83 % qui ne sont jamais signalés) !

Tu imagines le nombre de victimes qui souffrent ainsi en silence, sans que cela interpelle qui que ce soit ? Cela donne une idée du nombre de leurs tortionnaires comme ton futur ex-mari, qui continuent impunément leurs sales besognes tout en éprouvant un sentiment d’honorabilité et de respectabilité injustifiées et dont ils sont indignes !

Il y a vraiment un problème ! Je ne suis pas écrivain, mais ton histoire mériterait d’être écrite et publiée, peut-être que cela aiderait des victimes à se révolter et aux pouvoirs publics à prendre réellement la mesure du problème ! Cela t’ennuierait de me la raconter depuis le début ?

– Tu crois ? C’est une longue histoire qui a commencé il y a vingt ans ! répondit-elle un peu surprise de la demande de son frère.

– Ecoute ! Tu n’es pas obligée, je peux comprendre quece n’est sans doute pas facile de reparler de choses qui t’ont fait souffrir ! Tu peux le faire plus tard et en plusieurs fois, si tu le souhaites ! Mais, j’ai le sentiment que cela ne peut que t’aider à prendre du recul et à sortir de toi toute cette souffrance que tu as accumulée depuis tant d’années… et ton histoire peut aussi aider d’autres victimes si elles en ont connaissance ! Réfléchis ! C’est, à mon avis important que tu puisses le faire !

La jeune femme hésita quelques secondes, puis :

– Tu as certainement raison ! lui répondit-elle, tu m’aurais posé cette question il y a seulement quelques semaines, je ne voyais pas d’issue et je n’aurais pas pu. Mais aujourd’hui, après ce SMS, j’ai à nouveau de l’espoir ! Au-delà des sombres nuages qui m’ont accompagnée durant tant d’années, il me semble apercevoir, tout au fond de l’horizon, comme une éclaircie, un petit coin de ciel bleu… Je vais te raconter mon histoire… et pour que tu comprennes bien le cheminement, je vais commencer par le début, donc cela va être long ! Tu es prêt à m’écouter ?

– Oh oui ! Attend une minute, le temps que je nous sorte chacun un fauteuil que je vais installer sous le noisetier et je t’écoute !

– Attend Artur ! Il faut que je te dise encore une chose : Durant mon récit, je vais être amenée à prononcer des mots grossiers et vulgaires, il faudra m’en excuser car ce ne sont pas des mots que moi j’utilise, mais ce sont les mots qui m’étaient destinés et que j’ai entendus ou lus ! D’accord ?

– OK ! Pas de souci !

Artur s’étant exécuté aussitôt, et donc l’un et l’autre confortablement installés, Véronika commença son récit :

Notre rencontre avec Marc

– Tu t’en souviens sans doute, j’ai rencontré Marc pour la première fois au mois d’août 1992 en Tchécoslovaquie puisque c’était juste avant l’avènement de la République Tchèque (suite à la scission de ce pays en deux entités : la Tchéquie à l’ouest et la Slovaquie à l’est, au 1er janvier 1993), durant les vacances chez nos grands parents. Marc était venu aussi en vacances chez les siens qui étaient voisins des nôtres.

Son père ayant émigré en France avant de se marier à une française. Marc est donc né en France, à Rodez, où il a passé toute son enfance. Il n’était venu que très rarement en Tchécoslovaquie avant notre rencontre et ne maitrisait pas du tout la langue tchèque. La communication, même avec ses grands parents qui ne comprenaient pas le français, était extrêmement compliquée pour lui. Je me souviens, il s’exprimait essentiellement par gestes.

Etant seul, il s’ennuyait un peu et mamy l’avait invité un après-midi à venir chez eux pour passer un moment avec nous qui étions de son âge.

C’était un grand jeune homme un peu emprunté, mais il m’avait semblé gentil et, dans les jours qui suivirent, je m’étais procurée un dictionnaire « Franco-Tchèque » afin de favoriser notre communication. Du coup Marc pris l’habitude de venir nous voir ou de nous inviter chez ses grands-parents régulièrement, mais passait systématiquement par moi pour communiquer avec son entourage. En fait, il s’exprimait en français et moi à l’aide de mon dictionnaire, j’essayais de traduire en tchèque cequ’il disait. J’y pense maintenant, mais déjà là, c’était moi qui faisait les efforts, lui n’essayait pas d’apprendre notre langue ! Cela aurait dû m’alerter ?

– Ne culpabilise pas ! Tu ne pouvais pas savoir ! Je me souviens en effet, c’est d’ailleurs à cette occasion que j’ai commencé à apprendre moi-même le français qui m’a ensuite beaucoup servi lorsque je suis arrivé en Suisse. Certes, à cette époque, j’avais observé chez lui quelques réactions qui m’avaient étonné, mais j’avais mis cela sur le compte d’une mauvaise interprétation de sa part de ce que nous lui disions et à ce moment, je n’imaginais pas qu’il allait devenir mon beau-frère, je n’ai donc pas cherché plus loin ! ajouta Artur.

– Après la fin des vacances, j’ai continué à communiquer avec lui, mais nos échanges de courriers étaient toujours en français. Je me souviens des difficultés que j’avais pour décrypter ses lettres, il utilisait quelques fois des mots que je ne trouvais pas dans mon dictionnaire, et pour rédiger mes réponses… J’y consacrais souvent une partie de la nuit… et ce devait-être dans un très mauvais français ! Mais ce n’est pas important, donc je continue !

Nous avons donc échangé assez régulièrement des courriers entre nous jusqu’aux vacances de l’année suivante, où, je me souviens avoir attendu sa venue avec une certaine impatience et même un grand plaisir. Sa stature largement au-dessus de la moyenne, qui aurait pu impressionner nombre de jeunes filles, moi, me rassurait. Les mots qu’ils m’avaient précédemment adressés dans ses courriers me laissaient penser qu’il éprouvait des sentiments pour moi. Ce n’était donc pas désagréable de le revoir.

Dès cette nouvelle rencontre, je me souviens que j’avaisobservé que, malgré le fait que je lui avais quelques-fois écrit quelques phrases en tchèque, avec la traduction en français à côté, pour qu’il apprenne aussi notre langue, ses progrès dans ce domaine étaient restés très « modestes » ! C’est donc essentiellement en français que nous communiquions malgré mes grosses difficultés à le comprendre, et aussi à m’exprimer.

C’est en tout cas durant ces vacances là, que nous avons évoqué nos sentiments réciproques, et qu’il m’a dit qu’il souhaitait que je le rejoigne en France dès qu’il aurait trouvé un travail et un logement distinct de celui de ses parents.

Certes, sur l’instant, l’idée de vous quitter toi et les parents, m’avait un peu peiné, mais d’un autre côté, celle de le suivre dans un pays comme la France dont j’imaginais que les conditions de vie étaient meilleures que chez nous, m’excitait aussi ! Egalement, avec un homme de sa taille, que pouvais-je redouter ?

En tout état de cause, j’ai accepté sa proposition et dès son retour en France, il s’est mis en quête d’un travail. N’ayant pas poursuivi les études très longtemps, validées par un C.A.P en maçonnerie, il ne pouvait prétendre qu’à un poste d’ouvrier dans une entreprise. Au bout de deux ou trois mois de recherche, il a trouvé sur Ambert une entreprise spécialisée dans la collecte et la vente en gros de produits alimentaires, qui recherchait un chauffeur. Le travail consistait à collecter chez les producteurs locaux de fruits et légumes… et les récolteurs de champignons, myrtilles, framboises, mûres…, il accepta le poste et se mit aussitôt à la recherche d’un logement.

Je me souviens de sa lettre dans laquelle il m’annonçaitavoir trouvé un petit appartement de deux pièces au troisième et dernier étage d’un vieil immeuble restauré, situé dans une rue piétonne au centre d’Ambert. Celui-ci devait être libre à la fin de l’année 1994. Nous n’avions plus qu’un mois à attendre !

Bien que cela me sembla long sur le coup, occupée que j’étais, à apprendre la langue de mon pays d’accueil et à préparer mon déménagement, le mois passa finalement très vite et jeme revois le cœur battant la chamade, sur le quai de la gare, vous embrassant toi et les parents avec tous les quatre, des larmes dans les yeux… et moi une lourde valise au bout de chaque bras que toi et papa aviez portée jusque là.

En effet, si j’avais quelques affaires pour me changer, sachant que nous n’avions rien pour démarrer tous les deux, les parents m’avaient acheté ou donné un certain nombre d’ustensiles utiles comme : une paire de draps, une couverture, des couverts, six assiettes, un plat, quelques saucissons et pots de confiture qu’ils avaient fait… Toi, tu m’avais offert ton écureuil en peluche avec lequel tu avais dormi de nombreuses années et qui était tout râpé… Tu sais que je l’ai toujours ?

– Ah bon ! Oui, je me souviens effectivement, mais je ne savais pas que tu l’avais gardé !

– Si, si ! Tu vois, lorsque je pense à tout ça aujourd’hui, ce n’était pas grand-chose par rapport à tout ce qui nous est nécessaire dans la vie de tous les jours, mais pour moi, à ce moment là, c’était déjà beaucoup ! Et j’en garde un souvenir ému… Ton petit écureuil, je l’ai souvent serré très fort sur ma poitrine, il a été le seul témoin de mes larmes durant tellement d’années !

– Véronika ! Si seulement j’avais su ! Pourquoi n’as-tu rien dit ?

– Je ne pouvais rien dire, j’avais tellement honte ! Mais, tu vas comprendre ! Et, si tu le permets, je continue la suite de mon histoire !

– Oui, oui, excuse-moi, je t’écoute !

– Il était sept heures et j’étais donc dans le train en partance pour la France, je devais changer de convoi à Strasbourg avec une heure d’attente et Marc devait m’attendre à la gare de Perrache à Lyon vers vingt heures.

C’était la première fois que je prenais le train et je n’étais pas très rassurée sur ma capacité à trouver le bon convoi à Strasbourg, bien que j’avais mémorisée quelques phrases en français qui devaient me permettre de demander mon chemin et de comprendre les réponses. Je me souviens que j’étais animée d’une énergie extraordinaire : sur le moment, je ne savais pas très précisément pourquoi, mais avec le recul, je peux maintenant t’en donner les raisons, car j’ai souvent réfléchi à ce voyage là !

L’idée de m’émanciper des parents et retrouver l’homme avec lequel j’avais décidé de faire ma vie, me procurait une excitation particulière, mais aussi le fait de venir vivre dans un pays dont, petite, j’avais souvent rêvé en écoutant la grand-mère de Marc qui en parlait avec envie, dont la langue me fascinait, même si je ne la maitrisait pas encore. Marc lui-même m’avait vanté la beauté des paysages de ce qui allait devenir ma région d’accueil.

J’étais un peu stressée, mais heureuse et confiante en l’avenir !

– Malheureusement, celui-ci n’a pas répondu à tes attentes ! ajouta Artur.

– Certes, mais pas tout de suite ! Ne sois pas impatient, si tu veux comprendre, laisse moi le temps de tout t’expliquer comment les choses se sont réellement passées, au fur et à mesure !

– Oui ! Je t’écoute !

Véronika enchaina donc :

– Le changement de train à Strasbourg, se passa bien, je n’eus pas besoin de demander mon chemin, les panneaux indicateurs ne me posèrent pas de problème et je fus même fière d’être arrivée à me débrouiller toute seule.

Le premier problème rencontré ce jour là, eu lieu à Perrache, nous n’avions pas encore de téléphone portable. Plus la gare approchait, plus j’étais impatiente de retrouver Marc. Après le départ de Strasbourg le ciel s’était progressivement encombré de nuages et alors que la nuit était tombée depuis deux bonnes heures déjà, je vis des gouttes de pluie qui faisaient loupe sur les vitres du wagon. J’avais chaud, mes mains étaient moites, et j’espérais tellement apercevoir l’élu de mon cœur sur le quai avant même de descendre du train. Aussi, dès que j’entendis l’annonce de l’entrée en gare de Perrache dans le haut parleur, je me levai et collant le visage contre la vitre, je scrutai celui de tous les hommes qui s’offraient à ma vue.

Le quai était interminable, le train avançait à vitesse très réduite, mais ne s’arrêtait toujours pas. Nous arrivions à la hauteur d’un attroupement d’hommes et de femmes sur le quai et, le train s’immobilisa dans un sifflement caractéristique, semblable à celui de tous les trains s’arrêtant en gare, sans que le visage de Marc n’apparaisse parmi les personnes présentes.

Peut-être était-il derrière un poteau, ou masqué pard’autres individus, me dis-je en me préoccupant de récupérer mes deux valises avant de sortir du wagon et de les poser un peu en retrait, sur le quai, tellement elles étaient lourdes. Puis, debout à côté d’elles, j’effectuai un tour complet sur moi-même en observant attentivement les hommes jeunes de grande taille… aucun ne me rappelait Marc !

Pensant qu’il avait sans doute été retardé, en raison peut-être d’un encombrement sur la route, j’eus envie de rejoindre l’intérieur du hall de gare en empruntant le tunnel qui, passant sous les voies, permettait d’y accéder. Mais le poids des valises m’en dissuada. Je me dis que mon amoureux n’allait pas tarder à arriver et qu’il m’aiderait à les porter. Je patientai donc encore un moment tout en continuant à le chercher du regard. Le quai sur lequel j’étais se vidant peu à peu, moi, plantée à côté de mes valises, devenait facilement repérable pour lui lorsqu’il arrivera pensai-je.

Mais très vite, un train succéda à celui qui m’avait déposée et à nouveau le quai fut envahi par la foule… Il valait mieux que je rejoigne le hall de gare. Aussi, prenant mon courage ou plutôt mes valises, à deux mains, j’entrepris, non sans effort, le trajet. La longueur du tunnel me sembla interminable. Je dus à deux ou trois reprises faire une pose pour soulager mes bras. La remonté des marches permettant d’accéder au hall, fut terrible et me donna l’impression que ceux-ci s’étaient allongés de vingt centimètres au moins ! Arrivée en haut, je ne pus faire autrement que de poser à nouveau ma charge pour les soulager ainsi que mon dos. Mais toujours pas de Marc en vue, ce qui n’était pas fait pour atténuer ma souffrance !

Je pénétrais à l’intérieur du hall et me plantais au milieu. Des personnes de tous âges, sauf celle que j’attendais, me croisaient dans tous les sens et certaines, pressées et regardant en l’air les panneaux lumineux, butaient dans mes valises posées devant moi, manquant de tomber. Cela m’obligea à me mettre un peu en retrait. Je me mis dans un coin à côté de l’entrée principale donnant sur l’extérieur de la gare. Je me dis que là, je ne pourrai pas manquer Marc quand il arriverait. C’est là que je vis qu’à l’extérieur la pluie s’était mise à tomber plus fort. Les personnes, en pénétrant dans le hall, refermaient leur parapluie et certaines m’aspergeaient en le secouant sans même s’en rendre compte… Moi, je n’en avais pas ! Marc n’arrivait toujours pas ! En plus, les rues étant bien éclairées, je ne voyais aucune voiture blanche de la couleur de celle de Marc à l’horizon. Je n’avais donc pas vraiment le choix, sauf à me mouiller, que de rester ici à l’intérieur. Je ne sais plus trop combien de temps je suis restée ainsi à l’attendre, mais je sais que je m’inquiétais beaucoup. Son retard devenait angoissant pour moi ! S’il avait eu un accident sur la route ! Même s’il n’avait eu aucun mal, il ne pouvait pas me joindre pour me prévenir, et si c’était plus grave ?

J’en étais là dans mes questions, lorsque j’aperçus un grand jeune homme de dos qui s’éloignait en marchant vite le long d’une rue qui passait devant la gare. Ce ne pouvait qu’être lui ! Mon sang ne fit qu’un tour. Empoignant mes deux valises, mes bras me faisaient mal, mais je n’eu qu’une idée, celle de rejoindre le jeune homme. La pluie me fouetta le visage, mais je n’en avais cure, il me fallait le rattraper. Il était encore trop loin pour qu’en l’appelant il puissem’entendre. J’avais peut-être fait une cinquantaine de mètres lorsque, à bout de force, faisant le constat qu’avec mes valises je ne pourrai pas le rattraper, je décidai de les poser là afin de pouvoir courir après lui, lorsque, à quelques mètres, la portière chauffeur d’une voiture rouge s’ouvrit côté trottoir, et Marc apparu devant moi ! Je me figeai sur place, me demandant si je ne rêvais pas !

– Enfin ! Cela fait plus d’une heure que je t’attends, le train à eu du retard ? Me lança-t-il d’un ton plein de reproches !

– Non ! Puis, n’étant pas certaine d’avoir bien compris les mots qu’il venait de prononcer, mais ayant perçu la tonalité de ses propos et vue son regard noir, sidérée et incapable de dire un mot de plus, je restai là, plantée devant lui. Comprenant sans doute, à la vue de mes valises, que son accueil n’était pas du meilleur effet, et voulant rattraper le coup, il ajouta :

– Excuse-moi ! Je n’attendais que toi et je n’ai pas pensé que tu étais chargée. Je t’ai attendue dans la voiture en surveillant la sortie de la gare pour ne pas te manquer ! Je commençais à m’inquiéter ! Puis, percevant tous les points d’interrogations qui me sortaient par tous les pores de la peau, il comprit que j’avais du mal à le comprendre, il répéta alors plus calmement sa phrase.

– Tu penses que moi je ne me suis pas inquiétée en ne te voyant pas sur le quai quand le train est arrivé, ni dans le hall à m’attendre à l’abri ? Avec ce temps, si je n’étais pas sortie, tu m’aurais attendue encore longtemps assis dans ta voiture ? Au fait elle est rouge ! Tu m’avais dit qu’elle était blanche ! arrivais-je à lui dire dans un très mauvais français.

– Il était sur place et n’avais pas eu l’idée d’aller à ta rencontre à ta descente du train ? Pour quelqu’un qui vient accueillir sa future épouse, cela pose question ! l’interrompit Artur qui ne comprenait pas non plus son comportement.

– Oui ! Et il est inutile que je te raconte combien le trajet Lyon Ambert a été long et lourd de silence. De plus, de nuit et sous la pluie, je ne pus à cette occasion, profiter du paysage. Il m’expliqua qu’il avait emprunté la voiture de son père qui était plus confortable que la sienne et me posa bien quelques questions sur la santé de mes parents, et sur mon trajet en train… Mais l’harmonie était rompue et je ne pouvais répondre qu’avec sobriété, rapport à la langue, mais c’était sans enthousiasme et je ne lui posai aucune question tellement j’avais du mal à comprendre sa conduite à la gare !

– Tu as été très courageuse ! Moi, je me demande si je n’aurais pas immédiatement pris le train dans l’autre sens ! ajouta son frère.

– Tu dis une bêtise ! Tu te rends compte, vis-à-vis des parents, que leur aurais-je dis ? Et moi, j’avais trop investi dans ce projet, je ne pouvais pas le remettre en cause aussi facilement ! En plus, ma très mauvaise maitrise de la langue n’était pas faite pour m’aider, car au lieu de me fier à ma propre perception de la situation, je faisais d’énormes efforts pour comprendre chaque mot et, centrée que j’étais sur cette problématique, j’occultais tout le reste.

– Oui ! Tu as probablement raison, vu de l’extérieur, et avec le recul, cela parait toujours plus facile que lorsqu’on est dans le feu de l’action ! Pourtant, si tu avais fui à ce moment, les parents auraient vite compris et ta déception ne serait plus qu’un mauvais souvenir dont tu n’aurais pasgardé de séquelle !

– C’est évident ! Crois-moi, je l’ai très souvent regretté, mais, que veux-tu, c’est comme ça ! On ne peut pas refaire l’histoire !

Arrivés à Ambert, il gara la voiture sur une petite place, et prenant en charge les deux valises, il m’invita à le suivre dans une petite rue sombre. Nous ne marchèrent pas longtemps, peut-être une centaine de mètres, puis s’arrêtant devant une...