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La Voie du succès d’un bounty

De
210 pages
La Voie du succès d’un bounty est le récit de vie, jusqu'à l'âge de 20 ans, d'un enfant noir adopté en Afrique par une famille blanche. Une épopée qui, au gré des événements, mènera le protagoniste notamment en Océanie, en Europe, en Amérique du Sud et en Amérique du Nord à la découverte de diverses cultures. Ce voyage lui ouvrira l'esprit sur les valeurs humaines et le sensibilisera à la question raciale bien malgré lui.
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C o p y r i g h t













Cet ouvrage a été composé par Edilivre
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Tél. : 01 41 62 14 40 – Fax : 01 41 62 14 50
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Tous droits de reproduction, d’adaptation et de traduction,
intégrale ou partielle réservés pour tous pays.

ISBN numérique : 978-2-332-88392-6

© Edilivre, 2014Bise
Je profite de la matinée valentine et de sa petite brise
En cette journée pleine de bises, il faut que je te le dise
Tu représentes bien plus qu’une simple marchandise
Ah oui ! Qu’on se le redise, tu attises ma convoitise
Irrésistiblement exquise, tu es ma douceur friandise
Mainmise qui comble ma gourmandise à ma guise
Et à la tombée de la nuit, te perdre est ma hantise
A.T ROBIN

Ce fut lors de l’achèvement du bel été 84 que ma mère, Marie-Josèphe, et Didi, sa fille,
quittèrent à nouveau leurs proches réunis l’espace d’un été à Malijai, un petit village
pittoresque, situé à quelque encablure de Dignes-les-bains, en Haute-Provence. Elles
s’envolaient, toutes deux, à l’étranger vers un nouvel horizon. Notamment après avoir vécu au
Gabon, aux Comores et au Maroc, la nouvelle destination était une autre ancienne colonie
française, la République du Congo, connue aussi sous le nom de Congo-Brazzaville du nom
de l’explorateur franco-italien Pierre Savorgnan de Brazza. Ce pays est une République
indépendante de la France depuis le 15 août 1960, mais l’entraide mutuelle avec la France ne
s’était pas arrêtée à cette date historique. Le ministère de la coopération française envoyait
des enseignants français à travers le monde notamment au Congo. Et après son retour d’un
premier contrat de coopérante de quatre ans aux Comores, Marie-Josèphe fut mutée comme
professeur de français coopérante dans un lycée congolais de Pointe-Noire.
Au bout d’un peu plus de 8h de vol pour parcourir 6065 kilomètres de distance depuis
l’aéroport de paris – Charles De gaulle à bord d’un Mcdonnell Douglas DC-10, au couleur de
la compagnie UTA, Marie-Josèphe et Didi posèrent d’abord les pieds sur le sol congolais à
l’aéroport international Maya-Maya de Brazzaville. Puis elle ré-embarquèrent pour rejoindre
l’aéroport international Agostinho-Neto desservant la ville de Pointe-Noire, chef-lieu de la
province du Kouilou, après un peu moins d’une heure de vol pour parcourir 510 kilomètres.
Le Congo possède une superficie d’environ 342 000 mètres², ce qui place le pays au
ème64 rang mondial. Il est divisé en 12 départements : Bouenza, Cuvette, Cuvette ouest,
Kouilou, Lékoumou, Likouala, Niari, Plateaux, Pool, Sangha, Brazzaville et bien sur
PointeNoire.
Accueillies et installées à leur arrivée par le représentant local du ministère de la
coopération, Marie-Josèphe et Didi prirent leur quartier dans une maison de fonction allouée
par la mission de la coopération française dans le quartier de Score, proche du boulevard du
Général de Gaulle dans le centre ville.
La région du Kouilou présente des caractéristiques économiques et touristiques essentielles
au pays. Étant la seule province bordée par l’océan avec ses somptueuses plages ornées de
grandes dunes de sable jaune, Pointe-noire vit son âge d’or entre les années 1970 et 1990 car
à cette période la ville se densifia à tous les niveaux. La découverte de gisements pétroliers et
miniers de potasse donna à la ville un véritable boom économique entre 1970 et 1985, attirant
une forte migration cosmopolite constituée de populations congolaises, africaines et
européennes. Les grosses firmes comme la Compagnie minière de l’Ogoué du Gabon, ELF
Congo et la Compagnie des Potasses du Congo faisaient figure de paradis économique pour
la région attirant toutes sortes de travailleurs, notamment des enseignants pour développer
l’esprit des jeunes pousses et favoriser leur insertion future.
Ce fut dans ce climat propice que Marie-Josèphe fit donc ses débuts dans un établissement
congolais, le lycée Karl Marx, pour enseigner le français en classe de secondes et premières
avec des effectifs pouvant atteindre 75 élèves par classe. Jamais découragée, elle était
toujours prête à faire face aux pires difficultés. Sa fille, Didi, reconnaissable à sa longue
chevelure blonde et bouclée, fit sa rentrée à l’école française Charlemagne pour entamer ses
deux dernières années de collège. Bien rodées aux aléas grâce à leurs nombreux voyages,
solidaires, toutes deux s’adaptèrent non sans quelques difficultés à leurs nouvelles conditions
de vie.Pour compenser les contrariétés ou les déceptions de la semaine, Marie-Josèphe et sa fille
se distrayaient dans de plaisantes soirées amicales organisées chez des ressortissants
français pendant le week-end. Les journées de repos se passaient le plus souvent à la plage
de la raffinerie du Loango ou en excursions dans les gorges de Diosso sans oublier le lac
Nanga, à la sortie sud de Pointe-Noire. La ville compte de nombreux édifices témoins du passé
colonial ainsi que des monuments style arts-déco, autant d’activités variées pour ne jamais
trouver le temps libre fastidieux.
Après s’être familiarisées avec la ville, Marie-Josèphe et Didi commencèrent à créer des
liens amicaux avec des européens et des autochtones ; de fil en aiguille, Marie-Josèphe se
laissa séduire par un jeune congolais charmeur et danseur de rock émérite, d’une quinzaine
d’années plus jeune qu’elle, prénommé Will, rencontré par l’intermédiaire d’une amie amateur
de rythmes de musiques africaines. Cette situation était mal vécue par Didi car elle voyait bien
que la relation de sa mère avec ce jeune congolais de 22 ans n’avait rien de sincère et qu’elle
n’était au contraire pour lui qu’une source de profits. Marie-Josèphe le savait et elle en subit
les conséquences car il n’y a pas de fumée sans feu. Aussi il lui demandait régulièrement de
l’argent mais elle refusait, résistait, puis finissait par céder. Par-dessus le marché il subtilisa
des objets chez elle, comme son appareil photo ou encore la chaîne stéréo. Ces entourloupes
incitèrent Marie-Josèphe à mettre un terme à sa relation avec son beau danseur mais ce ne
fut pas chose aisée car il résista à coup d’aveux d’amour et de malhonnêteté pour
constamment relancer l’attrait du jeu de l’amour. Il allait même jusqu’à taper les volets de la
maison en pleine nuit pour lui faire peur. Néanmoins pour son propre bien et pour celui de sa
fille elle finit par mettre un terme à cette situation importune. Ainsi toutes les deux vécurent une
vie congolaise faite de hauts et de bas durant les deux premières années de leur expatriation.
En cette année 1986, Marie-Josèphe, qui vivait séparée du père de sa fille depuis quelques
années, commençait à ressentir le besoin d’avoir un second enfant à chérir car Didi, devenue
une belle adolescente, s’affirmait de plus en plus et aspirait à se défaire de la dépendance
parentale. Elle découvrait, au lycée français Charlemagne, la vie virevoltante et plaisante de
l’adolescence en compagnie d’autres enfants de coopérants français et étrangers. Pointe-Noire
ne comptait qu’une seule boîte de nuit ; parents et ados s’y côtoyaient facilement, ce qui
favorisait une certaine promiscuité. Ainsi Marie-Josèphe et Didi, toutes deux, passionnées de
danse se retrouvaient chaque week-end pour s’adonner aux joies des danses locales comme
la Rumba congolaise, le zouk cap-verdien ou encore le soukouss. Tandis que la journée, les
sorties entre amis étaient chaleureuses et fréquentes à la plage ou dans les piscines des
hôtels de luxe sous le soleil de Pointe-Noire. Marie-Josèphe profitait pleinement des sorties
avec ses collègues professeurs ; elle se fit un solide réseau d’amis qui ne lui faisaient pourtant
pas totalement oublier son envie d’avoir un autre enfant. Un jour en discutant avec le médecin
français, qui faisait une visite à domicile, elle lui fit part de ses projets d’adoption. Quelques
années auparavant, lors de son mariage avec le père de sa fille unique, elle avait subi
plusieurs fausses couches après la naissance de Didi. En particulier la perte d’un nourrisson,
prénommé Élise, une petite fille prématurée de six mois que les médecins ne purent sauver.
D’ailleurs cet accouchement se solda part une hémorragie, qui faillit coûter la vie à
MarieJosèphe et la dissuada de tenter tout autre grossesse. Marie-Josèphe, qui se battait pour son
rêve, voyait l’adoption comme son seul recourt. Elle avait rencontré la pédiatre de l’hôpital de
Pointe-Noire, mère d’une camarade de classe de Didi, à qui elle avait parlé de son projet
d’adoption lors d’une soirée. Et son souhait d’un petit garçon s’accomplit un matin lorsque ce
même pédiatre vint frapper à sa porte pour lui annoncer qu’un nouveau né avait été apporté
dans leurs locaux dans la nuit, à 2 heures du matin par un homme inconnu.
Le 18 novembre 1955 une loi fut ratifiée pour que Pointe-Noire devienne une commune de
plein exercice et ce fut dans la nuit du 18 novembre 1986 que je vis le jour. Marie-Josèphe tout
ouïe à l’annonce de cette nouvelle s’empressa d’aller à l’hôpital Cissé de Pointe-Noire pour
voir ce nouveau né que les infirmières avaient prénommé Tanguy, prénom masculin d’originebretonne signifiant « guerrier ardent » fêté le 19 novembre sur le calendrier.
A la vue du nouveau-né que j’étais, Marie-Josèphe sut qu’elle voulait se charger de moi.
Elle revint à l’hôpital l’après-midi et commença à s’occuper personnellement de moi comme si
j’étais son propre bébé. Durant les semaines suivantes elle apporta du lait et des vêtements
pour veiller au bien être de ce nourrisson prématuré que j’étais tout en s’assurant que Didi
accepterait ma venue au foyer. Marie-Josèphe et sa fille étant sur la même longueur d’onde,
elle fit appel à un avocat, Maître Pétro, pour faire valider auprès des instances congolaises le
droit de garde de cet enfant. La décision tardant, Marie-Josèphe reçut de l’hôpital l’autorisation
de m’emmener chez elle car le manque d’hygiène conjugué à la circulation de diverses
maladies à l’hôpital lui faisait craindre le pire pour ce nourrisson. Après deux semaines
d’attente, j’arrivai au foyer de celle qui devint ma mère adoptive. Les formalités d’adoption
demandèrent plus de 2 mois après la prise de risque de mère de m’emmener chez elle.
Officiellement je devins le premier enfant adopté légalement du Congo et cet événement fit
même l’objet d’un article du journal local. Cependant ma venue ne fut pas un long fleuve
tranquille pour mère. En effet elle ne comprenait pas pourquoi je pleurais et hurlais pendant de
longs moments chaque nuit. Pourtant elle me faisait dormir dans mon berceau en toile, posé
sur son lit et sous sa moustiquaire. Tandis qu’elle pouvait me parler pendant des heures
durant pour me rassurer, ses efforts étaient vain. Elle s’inquiétait et faisait régulièrement des
visites avec moi chez les médecins, qui ne lui apportaient aucune réponse satisfaisante. Pour
autant mère et Didi n’abdiquèrent pas et continuèrent à m’apporter tout l’amour et l’attention
nécessaire pour que mes pleurs puissent s’apaiser. Pendant que toutes les deux vaquaient à
leurs occupations durant la journée, mère fit appel à deux nounous congolaises, Mama et sa
nièce. Elles s’occupèrent de moi comme de leur fils en leur absence en même temps qu’elles
vaquaient aux tâches ménagères. Certains week-ends, Mama et sa nièce se relayaient pour
me garder pendant que mère et Didi étaient de sortie. Ainsi je pouvais me targuer de bénéficier
de l’attention de quatre femmes !
Durant les week-ends avec mère et Didi, nous allions fréquemment à la plage. Il en fut ainsi
tout au long de l’année 87 en profitant des petits plaisirs de la vie. Didi fit la rencontre de son
petit-ami Titof avec qui elle passait le plus clair de son temps, tandis que mère me retrouvait
avec bonheur après chaque retour de son lycée.
Pourtant l’amour que je portais à mère ne sembla point la combler pleinement lorsque de
retour des vacances de noël, en janvier 88, elle croisa le regard de l’oncle de Titof, un homme
d’affaire influent congolais, à l’aéroport de Brazzaville. Leur chemin se recroisa quelque temps
plus tard dans la seule boite de nuit de Pointe-noire et la magie opéra entre eux.
Malheureusement cette relation fut d’emblée placée sous le signe de l’interdit dès que mère
apprit qu’il était marié et avait des enfants. Une situation ambiguë aussi bien pour mère victime
de ses sentiments que pour Didi, qui côtoyait la mère de Titof à chaque fois qu’elle allait se
baigner dans sa piscine. Pour ne rien arranger, elle s’était retrouvait nez à nez une fois avec
l’un des enfants de l’oncle de Titof dans la piscine. Cette relation enivrante prit une nouvelle
tournure lorsque mère prit une décision déterminante après seulement quelques mois. En effet
elle décida de quitter précipitamment le Congo, fin mai 1988, afin de se donner les meilleures
chances de mener à bien une grossesse inattendue. Néanmoins mère ne se faisait aucune
illusion ; elle avait plutôt une réelle crainte de faire une énième fausse couche. Mais comme
elle avait fait si souvent auparavant, elle ne se démonta pas devant l’obstacle.
Tandis que mère regagna la métropole en cours d’année scolaire, je fus placé sous la garde
de Didi. Fort heureusement la présence quotidienne de Mama et de sa nièce l’aidaient
pleinement dans cette tâche ardue d’allier rythme scolaire et de s’occuper d’un bébé en bas
âge. Une situation permettant à ma sœur de se rapprocher de moi en m’emmenant à la plage
avec elle et son petit copain pendant ses temps libres ou encore de me faire prendre mon bain
certains soirs avant de me coucher. Cependant mes pleurs la nuit ne cessaient point aussi Didi
demanda à la nièce de Mama de rester certaines nuits à la maison pour l’épauler. Et àl’approche de ses examens de fin d’année, elle opta pour que ma gardienne puisse rester
toutes les nuits, afin de veiller sur moi et tenter de me consoler.
Une fois n’était pas coutume notre voyage estival pour rallier la métropole se fit sans la
présence de notre mère à nos côtés pour Didi et moi. Aussi nous fûmes bienheureux de la
rejoindre à Nice dans le petit appartement que mère avait acheté peu de temps avant de partir
s’installer au Congo, situé à quelque encablure de l’hôpital de Cimiez. Ce changement de
décors marquait une fracture avec le Congo, d’autant qu’il était question de prendre nos
quartiers dans la ville de Nice pour la prochaine rentrée. Ainsi Didi opta pour intégrer le
pensionnat d’une école privée de Nice pour entamer son année de terminale dans les
meilleures dispositions, loin de sa vie tranquille ensoleillée congolaise et de son petit copain.
Pour ma part, un médecin niçois put enfin déterminer les raisons de mes pleurs incessants
pendant les nuits ; ce dernier annonça à ma mère que je souffrais d’asthme et d’allergie. Je
reçus les soins nécessaires pour apaiser mes nuits tout en permettant à mère de bénéficier du
repos absolu au bon déroulement de sa gestation. Mais pour d’avantage se préserver d’une
nouvelle fausse couche, elle devait rester alitée le plus possible. Dès lors, elle opta pour me
faire garder et je fus confié entre les mains de grand-père et grand-mère à Malijai, en
HauteProvence. Malheureusement quelques semaines plus tard cette dernière fut victime d’un
décollement de la rétine et dut se faire opérer d’urgence. Je fus alors envoyé chez une tante,
qui prit le relais mais elle dut, elle aussi, renoncer à ma garde quelques semaines suivantes.
Les difficultés suscitées par mes pleurs nocturnes perpétuels avaient eu raison d’elle à la
longue. Je n’avais que deux ans mais ce passage de main en main avait conforté mon
sentiment de peur de l’abandon. Cette crainte liée à mon statut d’enfant adopté fut présente
dès mon plus jeune âge et ne fit que s’accentuer en prenant de l’âge. Par contre elle me fit me
rendre compte inconsciemment de la force de l’amour grâce à cette présence maternelle
miraculeuse. Ce trimballement persistant inquiéta mère et elle décida de me faire revenir à ses
côtés dans l’appartement de Nice quelques jours avant l’enfantement. Mais elle me confia à
nouveau entre les mains d’une autre amie, rencontrée aux Comores, qui se proposa de me
garder pendant et après l’accouchement.
Ainsi à cause de l’éparpillement de notre petite famille, Didi fêta son anniversaire seul en
cette fin d’année, tandis que mère subissait un accouchement compliqué et interminable avec
péridurale et césarienne. Dans ce climat esseulé et privé de ses enfants, mère se vit
récompenser à 44 ans d’un fils légitime, le petit Tet. Mère eut un congé de maternité de six
mois pour s’occuper sans relâche de ses deux enfants en bas âge et son adolescente revenue
vivre à la maison, ce qui nous permit de rester à Nice.
En début d’année 89, l’officialisation de mon statut français attendu pendant deux années
d’échanges constants avec les avocats fut un soulagement pour mère et grand-mère. Toutes
les deux s’étaient livrées corps et âme pour mon adoption plénière alors que cette procédure
restait exceptionnelle dans les années 80.
En avril 89, nous regagnâmes notre petite maison congolaise dans le quartier de Score.
Mère reprit ses cours à son poste au lycée congolais avec des classes toujours aussi
nombreuses, tandis que Didi retrouva ses amis et prépara la dernière ligne droite du bac au
lycée français de Pointe-Noire. Les formalités étant réglées, mère choisit de me prénommer
officiellement Axel, prénom espagnol signifiant « Le père de la paix ».
Cependant ce retour en terre congolaise ne se fit pas totalement dans la tranquillité. En
effet mère avait quitté le Congo furtivement sans en avoir touché un mot au père de son enfant
parce qu’elle n’était pas sûre de mener sa grossesse à terme. Aussi fut-elle surprise de le voir
débarquer un soir à la maison peu de temps après notre retour à Pointe-Noire. Mais il était
déterminé à renouer les liens ; il voulait s’informer sur les raisons de ce soudain départ hors
des contrées congolaises. Émue, elle le reçut calmement et après quelques minutes de
silence, il sortit de son mutisme pour l’interroger sur la véracité des cancans quant à un
probable enfant circulant à son sujet. Sans hésitation, mère lui confirma les dires au sujet decet enfant et lui avoua brutalement qu’il en était le père, le plaçant devant le fait accompli après
avoir coupé les ponts pendant près d’une année. Sonné mais pas vaincu, il accueillit cette
révélation sans agressivité ni enthousiasme. Cette situation rocambolesque ne mit pas fin à
cette relation compliquée puisqu’il se revirent de temps à autre. Malgré ces retrouvailles
mouvementées avec cette terre que nous n’avions jamais quitté dans nos cœurs, il y eut
quelques joies comme la réussite au baccalauréat de Didi après une année tumultueuse. La
trêve estivale nous permettait de reprendre un rythme de croisière dans notre petit coin de
paradis africain et je me préparai à faire ma toute première rentrée scolaire à l’école française
Charlemagne. Bien que Didi fut restée au lieu de partir en France, cette rentrée scolaire
19891990 ne se fit pas sous les meilleures auspices à cause d’une terrible nouvelle.
La santé de notre nounou, Mama, de moins en moins active mais courageuse devint
inquiétante. Son amaigrissement soudain poussa mère à l’emmener à l’hôpital pour faire un
bilan de santé. Le verdict fut affligeant car elle était séro-positive comme beaucoup d’autres en
ce temps où le virus du sida commençait à décimer la population africaine. Pourtant mère
décida de continuer à s’appuyer sur sa fidèle Mama pour la seconder, même si elle craignait
pour son petit Tet par moment. En dépit de cette situation consternante, la vie suivait son cours
et cette rentrée en petite section me permit de me faire des amis pour la première fois. Il y en
avait un qui me marqua davantage que les autres puisqu’il était mon voisin et en particulier
parce qu’il était dur avec moi. Les jardins de nos maisons étant contigus, je n’avais qu’un
portillon à franchir pour le rejoindre chez lui. Cette dureté m’attirait d’autant plus que je ne
l’avais jamais connu étant bercé dans mon cocon par quatre femmes affectueuses. Aussi ce
fut un déchirement de voir notre fidèle nounou, Mama, si courageuse, belle et énergique
s’affaiblir de jour en jour au fur et à mesure que l’année passait. Quand elle fut trop fatiguée,
mère insista auprès de Mama pour que cette dernière cesse de s’épuiser à la tâche et la pria
de rester chez elle avant que sa cousine ne prenne le relais peu avant notre départ. En effet
Mère finissait son contrat au lycée congolais fin juin 90 peu avant que n’advienne la première
guerre civile, marquant la fin de l’âge d’or et plongeant le pays dans une situation instable.
La France invita ses ressortissants au rapatriement et le sort fut scellé pour notre petite
famille, qui fit ses adieux à la terre congolaise brutalement après six années intenses. Ce
départ délita les liens entre mère et le père de son fils légitime, qui lui laissa seule la prise en
charge du fruit de leur union. Peu de temps après notre retour en France, mère fut touchée
d’apprendre la mort de mama par le frère de cette dernière par téléphone.
En septembre 1990, après la vente de l’appartement de Nice, nous nous envolâmes vers
l’Archipel des Mascareignes au cœur de l’océan Indien. En effet Mère fut mutée à
l’Île-de-laRéunion, tandis que Didi s’installa avec Titof dans un petit studio, proche du stade du Ray,
pour entamer leur cursus universitaire à Nice. Après 11 heures de vol pour parcourir 9500
Kilomètres depuis l’aéroport Paris-orly, au couleur d’Air France, nous nous posâmes à
l’aéroport de Gillot dans la commune de Sainte-Marie, au nord de l’île. Mère avait été
nommée professeur au collège Joseph Suacot de Petite-Île, une petite ville créole typique, au
sud de l’île, dans un cadre splendide. Au début, nous logeâmes provisoirement dans la
commune de Saint-Joseph, à 8 kilomètres de Petite-Île, dans un petit appartement meublé au
bord de la mer. Mère connaissait déjà la Réunion avant de finalement décider d’y revenir. Elle
y était venu pour effectuer sa première année universitaire chez sa tante Marian au milieu des
années 60. Une autre époque où l’esprit coloniale sévissait encore avec la présence des
porteurs. En quelque sorte cette mutation pour venir enseigner fit office de retour aux sources
pour mère avide de belles plages et de coins paradisiaques. Néanmoins ce retour ne fut pas si
simple les premiers jours à cause d’une pluie torrentielle incessante. Il fallut trouver une
nounou de confiance pour garder petit Tet, ce qui ne fut pas une tâche facile. C’était dans ce
climat ombrageux que mère se chargeait de mon transport à l’école maternelle de Petite-Île
tout en assurant ses cours au collège.
Le premier mois, au rythme effréné, trouva son épilogue lorsque nous emménageâmesdans une jolie maison mitoyenne en plein centre de Petite-Île. Dès que le déménagement parti
de Nice en même temps que nous arriva, nous pûmes enfin poser nos valises et trouver notre
rythme dans cette maison immaculée. Mère trouva une nounou, dite « nénène » à
l’Île-de-laRéunion, pour s’occuper du petit Tet et des tâches ménagères pour l’épauler. En outre elle se
chargeait chaque matin de m’emmener à l’école maternelle à pied, accompagné du petit Tet,
qui faisait ses premiers pas. Un soutien non-négligeable pour mère qui pouvait envisager la
suite de cette première année avec soulagement, tandis que j’attendais avec insistance sa
venue pour me récupérer à la sortie de l’école. Durant mon année en deuxième section, je fus
émerveillé par le spectacle qu’offrit la visite de l’aquarium public de Kélonia, à saint-Leu. La
biodiversité marine colorée aussi riche que le métissage de la population me marqua et je me
sentis bien intégré au sein de cette multiplicité de gens de couleur réunis sur l’Île-de-la-réunion
la bien nommée. Que rêver de mieux que de vivre sur une île d’une superficie de 2512
kilomètres², où se côtoie une population métissée mêlant tous les dégradés de mélanine du
blanc au noir.
C’est une richesse et un privilège inestimable ; cette diversité ethnique et culturelle est
unique. Cette petite île, anciennement nommée « Île Bourbon », fut une terre d’attraction dans
la phase de colonisation et de développement pour toutes sortes de populations venues de
Madagascar « les Malgaches », venues d’Afrique « les Cafres », du sud de l’inde le Gujarat
dite « les Zarabes », du Tamil Nadu dit « Les Malbars » ainsi que celles venues du sud de la
Chine de Guangzhou dit « les cantonnais » et bien sûr celles d’Europe dite « Zoreilles ». Cette
belle petite île est le berceau d’élection de peuples venus des quatre coins du monde. « Ôté la
Réunion ! » comme le dit le slogan.
La tradition musicale atteste de ces diverses influences. Le Séga est une danse rythmée
par des instruments occidentaux comme l’accordéon, la guitare, l’harmonica notamment alors
que le Maloya des esclaves est une danse d’allure rituelle toute en mélopées et en gestuelles.
Ces deux types de danses sont un héritage riche de l’ère post-coloniale réunionnaise.
En 1991, après une première année synonyme de découverte de l’ensemble de la Réunion
et de ses traditions, nous emménageâmes dans l’ouest de l’île à Etang-Salé-les-Bains. Un
petit coin tranquille bordé d’une plage de sable noir ornée d’une rangée de filaos et frappée par
de puissantes vagues venant percuter le rivage. Nous laissâmes derrière nous le sud de l’île
dominée par la culture de la banane, les champs de vanille et la plage de sable blond
parsemée de palmiers de Grand Anse où nous faisions trempette dans un bassin aménagé à
l’aide de roches noires. Ce changement de décors fut le résultat de la mutation de mère au
collège d’Étang-Salé-les-Hauts et il était accompagné de la venue de Didi, qui nous rejoignit
après sa première année d’études universitaires à Nice sans grand succès en plus de sa
rupture avec Titof. Elle s’installa dans une petite chambre, chez l’habitant, à Saint-Denis, au
nord de l’île, pour suivre des cours à l’université de La Réunion. Didi ne tarda pas à noyer son
chagrin quand elle eut le coup de foudre en croisant le regard d’un étudiant Réunionnais,
prénommé Arnorld, sur le campus universitaire de Saint-Denis. Tandis qu’elle jouissait du
cadre de sa nouvelle vie étudiante en terre réunionnaise, nous trouvions nos marques dans le
quartier paisible de la Zac Carangue, peuplée par des « zoreilles », jonché de maisons neuves
pour une belle épopée tous ensemble à la Réunion. Notre nouvelle maison neuve comptait
trois chambres et un grand jardin embryonnaire mais la plage restait le plus bel attrait. Je
partageais la même chambre avec le petit Tet, une promiscuité favorisant une complicité et
des passions communes. En outre mère embaucha une nénéne, Sasa, d’origine cafre, très
belle avec une silhouette élancée. Aussi Je tissais des liens profonds avec Sasa et après avoir
fait le ménage, elle prenait plaisir à jouer avec nous à des jeux de société. Elle savait nous
réconforter et nous chouchouter mon frère et moi comme une seconde maman. Didi nous
rejoignait chaque week-end et nous fit rencontrer Arnold, avec lequel nous tombâmes sous le
charme instantanément grâce à son humour irrésistible. Les fondations solides d’une enfance
rêvée furent réunies grâce à notre encrage sur le territoire réunionnais. Tandis que Tet faisaitsa toute première rentrée des classes, j’entrai en grande section à l’école maternelle
d’ÉtangSalé-Les-Bains. Cependant cette rentrée fut différente des précédentes car je ne voulais pas
que mère me laisse sous la tutelle de la directrice d’école, qui me terrifiait. Aussi je fus en
pleurs en voyant mère partir ce jour-là. Cette directrice m’inspirait de la crainte et avait suscité
une hantise de l’école en moi. Le cadre scolaire représentait un lieu de tension à mes yeux, un
univers où les enseignants faisaient office d’épouvantail, bon qu’à réprimander et dénigrer les
élèves en difficultés dont je faisais parti. J’étais un élève craintif, désireux d’éviter les foudres
des enseignants autant que possible en me faisant tout petit. Je n’avais qu’une hâte, entendre
la sonnerie de la cloche ; j’attendais avec impatience les vacances scolaires scolaires, qui
étaient accueillies comme une bénédiction.
L’année 1992-1993 était notre deuxième année de présence à Étang-Salé-les-Bains. Alors
que Tet et moi changeâmes de classe, mère fut mutée au lycée des Avirons. Quant à Didi, elle
filait le parfait amour avec Arnold et emménagea dans sa chambre universitaire de façon
permanente. Pour cette rentrée des classes, j’accédai en classe de CP dans un
environnement particulier car des élèves de CP devaient cohabiter avec des élèves de CE1.
L’effectif d’élèves de CP était minoritaire par rapport aux élèves de CE1. Mais comme à mon
habitude, j’essayai de faire profil bas, afin de ne pas attirer l’attention du maître. D’autant plus
que l’enseignant était sévère et qu’à chaque regard ainsi que paroles prononcées de sa
bouche à mon encontre, j’étais comme tétanisé. Une sorte de vent glacial qui me gelait le
regard et me crispait la mâchoire. Aussi pour éviter cela, j’optai pour me glisser au fin fond de
la classe en cours d’année. Le changement de place fut bénéfique et me fit connaître mon
meilleur camarade de classe, lui aussi élève de CP, Ken. Les foudres du maître me parurent
moins insupportables lorsque je me sentis moins seul. Ce fut à cette période que je fus
confronté à la violence et aux dégâts d’un cyclone. Je restais abasourdi devant l’assurance
affichée de mère et Didi dans une telle situation, tandis que j’étais au bord de l’implosion.
J’entendais la violence du vent se heurter violemment contre le toit de la maison et les pluies
diluviennes, qui assourdissaient le son des voix de mère et Didi tentant de réconforter mon
frère et moi. Ces fortes intempéries avaient suscité la crainte en moi de l’enfermement sans
savoir ce qui se passait à’extérieur. Aussi je développai une psychose de l’ascenseur et
surtout de l’avion, qui a la moindre secousse me faisait craindre le pire. Cette épisode
cyclonique fut un calvaire et j’espérais ardemment ne plus me retrouver à nouveau dans l’œil
du cyclone. Néanmoins le bon côté de ces alertes cycloniques étaient la fermeture de l’école
même...