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Le Destin tragique d'Anne-Sophie, ma fille anorexique

De
134 pages

Comme des milliers d'adolescents en France, Anne-Sophie, 21 ans, est atteinte d'anorexie mentale depuis l'âge de 14 ans. Cette maladie psychologique la conduit dans un premier temps à refuser toute alimentation, avant, dans un second temps, de devenir boulimique. Elle mange alors excessivement puis rejette toute la nourriture ingurgitée, mettant ainsi sa vie en péril.

On envie les adolescents pour leur jeunesse et ses promesses, mais on oublie qu'il s'agit d'une période douloureuse parce qu'elle représente une perte : perte de la pensée magique de l'enfance, des illusions sur soi et sur le monde. Il faut apprendre à accepter ses limites et se résoudre à être toujours un peu moins ambitieux que ce que l'on avait imaginé.

Le bonheur est ce qui donne un sens à notre vie ; pourtant il est difficile à définir et encore plus à atteindre.
Et ce bonheur là, Anne-Sophie n'a pu l'atteindre.


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Cet ouvrage a été composé par Edilivre

175, boulevard Anatole France – 93200 Saint-Denis

Tél. : 01 41 62 14 40 – Fax : 01 41 62 14 50

Mail : client@edilivre.com

www.edilivre.com

 

Tous droits de reproduction, d’adaptation et de traduction,

intégrale ou partielle réservés pour tous pays.

 

ISBN numérique : 978-2-332-77859-8

 

© Edilivre, 2014

 

 

« Quand nous prendrons conscience

de notre rôle, même le plus effacé,

alors seulement nous serons heureux.

Alors seulement nous pourrons vivre en paix

et mourir en paix, car ce qui

donne un sens à la vie

donne un sens à la mort. »

Antoine de Saint Exupéry
Terre des hommes

Dédicace

 

 

A toi, ma fille

Préface

Lorsque Danièle Vergne m’a demandé de rédiger la préface du livre où elle retrace la lente descente de sa fille Anne-Sophie vers le suicide, j’ai tout de suite accepté.

L’anorexie mentale reste en effet un tabou qu’il faut briser en sensibilisant le public le plus large possible. En parler, c’est gagner du terrain sur une maladie jugée honteuse, qui s’étend de manière alarmante, notamment par manque d’information.

26 novembre 2007 : Anne-Sophie, 21 ans, victime d’anorexie-boulimie, met fin à ses jours dans la maison de ses parents, à Saint Germain Laprade, en Haute-Loire.

26 novembre 2008 : sa mère, Danièle Vergne, achève le journal où elle retrace, au fil de ses nuits sans sommeil, le combat d’Anne-Sophie et de ses proches.

Elle raconte la lente dégradation du corps de sa fille, les tentatives de suicide, l’incompréhension de certains médecins, les hospitalisations en psychiatrie destinées à empêcher Anne-Sophie de se faire violence avec elle-même. Elle décrit aussi l’immense culpabilité qui taraude une famille aimante, désemparée face à la douleur d’un des siens.

Elle remonte aux racines du mal et tente de comprendre. Comprendre comment cette jeune fille séduisante, sociable et généreuse a pu aussi longtemps dissimuler son mal à son entourage. Comprendre comment celle qui voulait donner la vie en devenant sage-femme a pu en arriver à haïr son corps au point de lui infliger crises de boulimie, vomissements, jusqu’à la mort volontaire, ce soir d’automne 2007. Car pour Danièle Vergne, le suicide du grand-père, les déménagements à répétition et les complexes d’une adolescente un peu boulote n’expliquent pas tout.

Ce que montre en effet ce livre, c’est que l’anorexie mentale est une maladie à part entière qui doit, dès les premiers symptômes, être prise au sérieux et traitée comme telle. Les chiffres de l’anorexie mentale sont alarmants. 7% des jeunes filles présentent des troubles graves du comportement comme l’anorexie et la boulimie : voilà ce qu’établit le rapport d’information sur la santé et la protection sociale des étudiants que j’ai présenté en décembre 2006 à l’Assemblée nationale, en tant que député de la Haute-Loire.

L’Etat se devait donc d’engager au plus vite une action globale coordonnée au niveau national. Le rapport préconisait en particulier de porter l’accent sur la détection du mal-être étudiant en développant la médecine préventive universitaire et en systématisant les visites médicales obligatoires.

Le 27 février 2008, tout juste trois mois après le décès d’Anne-Sophie, la ministre de la Santé de la Jeunesse et des Sports, Roselyne Bachelot a ainsi présenté « un plan santé jeunes » qui prenait acte de nouveaux chiffres plus criants encore : en cas d’anorexie mentale, le risque de suicide est multiplié par 22, c’est-à-dire un risque supérieur à celui de la dépression. Alors porte-parole du Gouvernement, j’avais à cœur d’insister sur le principal objectif du plan : prévenir les conduites à risques en combattant l’anorexie et en diffusant de bonnes habitudes alimentaires.

Les maisons des adolescents sont une pierre d’angle de ce dispositif de lutte. Celle du Puy-en-Velay que nous avons ouverte en novembre 2007 en plein centre ville, est à cet égard exemplaire : les jeunes en situation de souffrance psychologique peuvent y rencontrer des professionnels formés à écouter et à conseiller. Or, elle est pour l’instant la seule de la région Auvergne.

C’est pour alerter l’opinion sur la nécessité de multiplier les structures d’accueil que Danièle Vergne a voulu témoigner. Sans jamais verser dans la lamentation, son livre est résolument orienté vers l’avenir, tout entier tourné vers les moyens concrets de lutter contre ce fléau des temps modernes. Il est porteur d’un formidable message d’espoir : en offrant aux jeunes et aux familles démunis face à des problèmes trop lourds pour eux, nous pouvons contribuer à faire reculer l’anorexie mentale et le suicide des jeunes.

Le Gouvernement multiplie les actions en ce sens : d’ici 2010, chaque département sera doté d’une maison des adolescents. Je m’engage personnellement à diffuser ce témoignage qui, j’en suis convaincu, jouera un rôle important dans la bataille contre l’anorexie.

Laurent WAUQUIEZ
Secrétaire d’Etat à l’Emploi
Maire du Puy-en-Velay

 

 

Vendredi 1er août 2008

De nombreuses personnes ayant perdu un enfant, ressentent l’impérieux besoin d’écrire.

Ce matin, s’impose à moi avec violence ce besoin d’écrire Ton histoire, Anne-Sophie.

Je suis une maman ordinaire, mais en proie à une souffrance indicible, omnipotente.

Je n’ai rien d’un écrivain, aussi écrirai-je, Ton histoire, notre histoire simplement, avec justesse et humilité.

D’aucuns pourront trouver inconvenant de relater des moments si personnels.

Ma souffrance est extrême, mais mon devoir est de témoigner tout en respectant ta part de mystère. Nous étions très proches toi et moi.

Je le fais pour ta petite sœur, Lise, pour Damien, pour Emmanuelle, pour Bastien, Cécile, Marie, Caro, Mélanie, Florian, Nicolas, Fanny, Claire, Emilie et pour tous tes nombreux amis que je ne connais pas mais qui ont eu la chance de croiser ton chemin.

Je le fais aussi pour tous tes cousins cruellement éprouvés par ton décès.

Je vais donc tenter d’évoquer mes souvenirs si lointains de l’Anne-Sophie enfant pleine de vie, mais c’est sur les épisodes de ta maladie que j’insisterai davantage afin d’expliquer ton calvaire.

Afin aussi de comprendre qui se cachait derrière cette jolie jeune fille luttant pendant sept ans contre la boulimie et la dépression et qui est entrée elle même dans son éternité le 26 novembre 2007 à l’âge de 21 ans emportant avec elle les clés de son mystère.

A travers ce journal, je souhaite aussi témoigner pour des parents, qui ont vécu un tel drame et qui retrouveront leur propre histoire dans notre histoire.

J’avais moi 12 ans le 18 septembre 1970 lorsque j’ai perdu mon père dans les mêmes conditions que toi, Anne-Sophie. Ce jour là ma vie d’enfant a basculé dans le monde des adultes.

J’ai vécu un chagrin incommensurable ; nous en parlions parfois toutes les deux. Cette mort ne fut jamais taboue pour moi : ton grand-père était malade ; il souffrait de dépression, de mélancolie.

Le 18 septembre 1985, nous avons appris Papa et moi que j’étais enceinte ; quel signe du destin ! Enfin la vie qui prend le pas sur la mort.

Nous avons tout de suite imaginé que nous aurions une fille et que nous l’appellerions Anne-Sophie.

J’avais 38 ans, le 2 février 1996 lorsque ta grand-mère s’est éteinte d’un cancer à Limoges alors que 2 heures auparavant je donnais naissance à ta petite sœur Lise dans une maternité d’Aix en Provence. Je n’ai pu accompagner celle qui m’avait donné la vie.

J’ai terriblement souffert de cette perte cruelle et je ne me suis pas aperçue de ta propre souffrance, Anne-Sophie.

Tu étais très proche de ta grand-mère et sans doute pour me protéger as-tu enfoui en toi ta propre douleur.

Je pensais avoir connu le pire. Hélas non, car il n’existe pas de plus grande douleur que la perte d’un enfant.

Depuis ton départ je cherche des explications à travers les seuls livres que j’arrive à lire, livres qui traitent de l’anorexie mentale, de la dépression, du suicide, de la foi.

Je t’y retrouve souvent mais je ne parviens pas à apaiser ma souffrance, à accepter ton absence : tu me manques tellement.

On m’a conseillé d’attendre un peu avant d’écrire ce témoignage, mais je ne suis pas d’accord. D’une part parce que je crains, les années passant, que ma mémoire me fasse défaut et d’autre part, ayant justement une extrême précision des dates et des faits, il me semble avoir le droit et le devoir d’exprimer mon ressenti, même si cela dérange.

Certaines maisons d’édition m’ont demandé de reprendre mon témoignage, pour le rendre soi-disant plus lisible en supprimant les dates. J’ai refusé : je n’écris ni un roman, ni une fiction : je témoigne du calvaire d’une jeune fille torturée par l’anorexie mentale, de la souffrance de sa famille et de ses amis, de l’impuissance et parfois même de l’incompétence des médecins face à cette maladie qui fait des ravages. Chaque date est importante et n’en déplaise à ceux qui trouveront une certaine lourdeur dans la présentation, il s’agit pour moi d’exprimer le quotidien de mon enfant et son chemin vers la mort.

Durant la période de ta maladie, j’ai lu de nombreux témoignages de jeunes filles anorexiques qui s’étaient « sorties » de cet enfer. Je t’ai encouragée à les lire, mais tu ne l’as jamais fait.

Il est plus facile d’écrire un témoignage qui se termine bien. Le mien se termine tragiquement, mais c’est Ton histoire, Notre histoire. Tant pis si cela dérange ; l’anorexie est à mes yeux encore trop taboue dans certaines familles et je veux « crier » que souvent l’issue est fatale pour les jeunes filles qui en sont atteintes.

Juillet 2006

Tu achèves ta seconde première année d’études de médecine à la faculté de Clermont-Ferrand.

Tu viens d’apprendre qu’à l’issue du concours tu es classée Sage Femme.

Nous sommes très heureux pour toi et très fiers mais nous percevons ta déception de ne pas être classée médecin ; tu la masqueras mais elle sera toujours présente, vécue pour toi comme un échec.

Tu as énormément travaillé, tu es allée au bout de tes forces et comme pour te rassurer tu tentes d’être lucide. Tu reconnais que tu ne peux envisager de t’engager pour 10 ans d’études dans de telles conditions. Tu es boulimique et cette année a été particulièrement éprouvante pour toi : pas de sortie : ton seul objectif : travailler, apprendre, travailler encore et toujours. Même le week-end tu ne rentrais pas à la maison afin de ne pas perdre de temps pour travailler.

C’est nous qui allions te rendre visite dans ton petit appartement de la résidence universitaire où tu habitais près de la faculté de médecine.

Nous y allions tous les trois le dimanche, Papa, Lise et moi et en profitions pour te sortir une heure ou deux en t’emmenant déjeuner au restaurant.

Je t’apportais aussi les provisions qui devaient te permettre de te nourrir pendant la semaine.

Mais nous ne nous faisions aucune illusion : au bout de deux jours tu avais avalé la nourriture qui t’était destinée pour la semaine et tu avais tout vomi.

Tu vomissais la nourriture que tu ingurgitais comme tu vomissais les cours de médecine que tu restituais.

Tu as tout donné et te voici classée Sage Femme. Tu exerceras le plus beau métier du monde : celui de donner la vie.

Dans le même temps, Papa est nommé directeur départemental adjoint de l’Equipement au Puy en Velay dans la Haute-Loire.

Nous quittons l’Allier, département très attachant, mais sans trop de regrets car c’est là que ta maladie a débuté.

Nous choisissons d’habiter à une dizaine de kilomètres du Puy. Nous emménageons dans une charmante maison à 800 mètres d’altitude, à Saint Germain Laprade.

Cette maison te plait, la vue y est magnifique. Nous pensons qu’une page se tourne et que tu vas enfin être heureuse.

Septembre 2006

C’est la rentrée à l’école de Sage Femme. Dès le début tu t’y sens bien. Tu sympathises avec de nombreuses jeunes filles de la promotion. Tu es élue déléguée de la première année. Tu continues à habiter l’appartement de la résidence universitaire où tu retrouves ton amie Cécile qui intègre la deuxième année de médecine.

De plus, depuis le début de l’été tu as un petit ami : Damien. Il fait partie du groupe des amis de Moulins inséparables depuis la classe de première.

Damien intègre une école d’ingénieur à Montpellier mais vous vous verrez très souvent les week-ends.

Mais comme toute la bande de copains : Bastien, Florian, Nicolas, Caroline et Mélanie il ignore que derrière l’image de cette jeune fille dynamique, enjouée, passionnée de Maupassant et de Victor Hugo ou encore de Sophia Coppola et dont le film préféré est « un homme d’exception », se cache une jeune fille si fragile que la boulimie détruit peu à peu.

26 Novembre 2006

C’est un dimanche et c’est aussi l’anniversaire de Papa. Ce matin tu nous téléphones et tu m’expliques que la veille tu as passé la soirée avec Damien mais que tu n’as aucun souvenir de ce que vous avez fait : tu as tout oublié.

Tu me dis que tu nous rejoindras à Saint Germain en fin d’après midi afin de fêter tous les quatre l’anniversaire de Papa.

A 19h30, tu n’es toujours pas là. Je suis déçue mais surtout inquiète car cela ne correspond pas à ton sens de la ponctualité.

Je te joins sur ton portable et tu ne te rappelles plus que tu devais nous rejoindre : tu as tout oublié.

28 Novembre 2006

Ce jour là je me rends comme chaque quinzaine à Clermont-Ferrand en consultation chez un psychanalyste auprès duquel j’ai entrepris depuis plusieurs mois une thérapie cognito-comportementale.

Je lui fais part de mon inquiétude à ton sujet lui relatant l’épisode d’ictus amnésique qui s’est produit deux jours auparavant.

Jusqu’alors tu es suivie par un psychiatre de Vichy mais ton emploi du temps ne te permet pas de te rendre à ses consultations de façon régulière.

Par l’intermédiaire de mon psychanalyste, j’obtiens un rendez-vous avec un médecin psychiatre sur Clermont-Ferrand : le Docteur C.

Le soir je te parle longuement au téléphone et je te sens bien : tu es en stage au service maternité dans une clinique de Clermont-Ferrand et tu me parais heureuse. Tu as plusieurs jours de congés en fin de semaine, aussi décides-tu de venir nous rejoindre à Saint-Germain dès le jeudi.

29 Novembre 2006

J’essaie de te joindre plusieurs fois sur ton portable dans la journée, mais en vain. Je sais que tu es de service la nuit prochaine alors je ne m’inquiète pas trop, pensant que tu te reposes.

Je finis par te joindre vers 18 heures. Tu m’informes que tu ne viendras pas à Saint Germain comme prévu le lendemain. Je sens à ta voix que tu ne vas pas bien. Je t’explique que j’ai pris rendez-vous pour toi avec le Docteur P., notre médecin traitant, auquel j’ai fait part de tes pertes de mémoire et il t’attend le jeudi après-midi.

Tu me dis que ta décision est prise : tu es fatiguée et il vaut mieux pour toi comme pour nous, que tu ne viennes pas à la maison.

Je comprends que quelque chose de grave se passe ; avec une infinie tendresse, j’arrive à te faire parler : tu m’avoues que dans la nuit précédente tu as été victime d’une terrible crise d’angoisse et que tu as dû te faire mal physiquement pour calmer la douleur morale qui était insupportable ; tu as tenté de t’ouvrir les veines à chacun de tes poignets.

Subitement, la terre s’écroule sous mes pieds : je me retrouve 36 ans en...