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Le fils de Zahwa

De
272 pages

Ils ont quitté leur pays alors qu'ils avaient à peine la vingtaine. Ils sont aujourd'hui parents, grands-parents, voire même arrière-grands-parents.

Mais que savons-nous réellement de la vie de ceux qu'on désigne désormais sous le vocable froid de chibanis ou d'immigrés marghrébins ?

Comme Amine, le héros de ce roman, ces pères venus du Maroc, d'Algérie, de Tunisie ou d'ailleurs ne se sont que très peu racontés.

Avec Le fils de Zahwa, l'auteure veut rendre à ces ainés l'histoire qui est la leur. Celle d'êtres humains dotés d'un passé, de rêves et de passions.


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Assmaâ Rakho-Mom
Le fils de Zahwa
Le Lamantin&Banlieue Plus
Illustration de couverture : Stéphan Bétemps
© Le Lamantin, 2017
www.lelamantin.fr
ISBN numérique : 979-10-92271-36-2
ISBN papier : 979-10-92271-31-7
À Saadia et Mohammed, parents exigeants, sans qui je n’aurais pu écrire ce livre.
À tous ces travailleurs Maghrébins et Africains trop longtemps dans l’ombre et le silence.
La campagne est belle en ce début de printemps. Le jeune homme qui pédale à toute allure n’a toutefois que faire des paysages qui défilent. Son vélo roule aussi vite que les larmes sur ses joues. Devant lui, tout est brouillé. Il connait comme sa poche ce trajet qui l’emmène de Casablanca à Settat. Tant mieux pour sa sécurité. I l a tant emprunté ce chemin que les larmes qui lui troublent la vue ne l’empêchent pas d’avancer. Au contraire, elles le poussent à pédaler de plus en plus vite, comme s’il était en core temps. Il le sait pourtant bien, il est trop tard. Quelques heures plus tôt, on lui a annon cé le décès de son père. D’où cette course effrénée pour atteindre sa demeure. Nourrit-il enco re quelque espoir de le trouver vivant ? Ou espère-t-il pouvoir serrer dans ses bras le corp s encore chaud de ce père qu’il a si peu, mais si intensément connu ? Amine a dix-neuf ans. Il ne le sait pas encore, mais déjà son enfance s’efface. Elle lui échappe au rythme des coups de pédales. Le décès br utal de ce père adoré va le propulser dans le monde des adultes. Déjà peu volubile, il va encore se renfermer et se donner corps et âme à sa nouvelle mission : remplacer le père. Il est l’aîné d’une fratrie comptant une fille et q uatre garçons. Au sein de sa famille, depuis toujours il détonne. Tout chez lui, de son caractère à sa manière d’être en passant par ses passions, le distingue de ses proches. Il en im pose aussi. Pas seulement parce qu’il est l’aîné. Chez lui c’est naturel. C’est sur ce vélo qu’il a choisi de sauter quand, q uelques heures plus tôt, il a appris le décès subit de son père. Qui le lui a dit ? Comment l’a-t-il appris ? Il n’en sait plus rien. C’est flou, incertain. La famille qui tout à coup s urgit et s’excite, les cris qui fusent, les larmes qui dégoulinent. Il a choisi de les fuir pour ne se concentrer que sur sa douleur. Il ne crie pas, il pédale. Cela l’épuise et consume ses tourments. Heureusement pour lui, la route est peu fréquentée ce jour-là. Car plus il avance, plus il a du mal à voir au loin. Il ne cesse d’essuyer ses yeux du revers de sa manche, il ne pe ut contenir la peine qui déborde. Le danger est partout. Ravines, vallées, crevasses, camions qui le dépassent et le frôlent sont autant d’écueils qu’il ne voit pas, qu’il ne voit plus. Ses jambes pédalent, son esprit s’évade, son cœur se déchire. Va-t-il tenir durant les quatr e-vingt kilomètres qui le séparent de la ville de Settat ? Celle qui l’a vu naître et celle qui voit mourir son père ? Il n’a d’autre choix que de l’atteindre, alors il tient bon et les kilom ètres défilent. Le chagrin l’empêche de respirer correctement, il commence à suffoquer. Seu le la perspective de pouvoir voir la dépouille de son père et d’être présent pour ses la vements et son inhumation le pousse à redoubler d’effort. Mais que lui veut ce taxi, roulant trop proche de son vélo depuis un instant ? Il a parcouru les trois quarts du trajet. Ce n’est sûrement pas le moment d’avoir un accident. Le chauffeur s’énerve, piaffe d’impatience derrière lui. Il finit par lui intimer l’ordre de s’écarter. De ses bras il fend l’air, le sommant de se pousser un peu plus. Le jeune homme s’emporte, même si chez lui, toute colère est intériorisée, contrôlée. C’est le signe qu’il fait de la main qui trahit son agitation. Passe ! Tu as toute la place pour cela ! Ses moulinets sont brutaux, cinglants. L’autre s’exécute et s’éloigne à fond de train. Quand il arrive enfin, Amine est en nage. Sans gratitude aucune, il envoie valdinguer son fidèle et loyal vélo et se précipite dans la maison paternelle. Déjà s’y presse un grand nombre de villageois. Depuis l’intérieur, un très v ieil homme le voit arriver. En compagnie de deux amis très proches du défunt, il vient d’ach ever le lavage rituel du mort et s’apprêtait à l’envelopper dans le linceul. D’un geste de l’index, il fait signe à ses acolytes de l’attendre un instant, se hâte d’intercepter le jeune homme qu i tente de se frayer un chemin parmi les villageois, l’attrape par le bras et l’entraine vers la pièce du fond. La poigne est ferme et ne supporte aucune rebuffade. Une fermeté qui permet au vieil homme de faire barrage aux larmes. Maitrise et raideur sont chez lui les manif estations du chagrin. Il a perdu un
compagnon. Il a connu le père du défunt. En tant qu ’inusable pilier du village, il gardera un œil sur Amine. Après tout, il reste la mémoire vivante de ce village. Quand il referme derrière lui la porte de la chambr e, le vieil homme s’empare du linceul et se retourne vers le jeune homme. Ce dernier a pâ li. Comme fiché dans le sol en terre battue de la petite pièce où repose son père, ses yeux rougis sont enflés et il ne sait que faire de ses bras. Le vieil homme le saisit à nouveau et l’aide à s’avancer. Déposant un léger baiser sur le front du père, le fils s’empare du dr ap qu’on lui tend. Le voile blanc se rabat sur le corps paternel comme le rideau retombe sur u ne scène pour mieux en signaler la fin. Envolée l’insouciance ! Arrachée la peau de jeune adulte ! En sortant de la pièce, Amine ouvre la marche et avec d’infinies précautions, fend la foule des villageois qui ne cesse de grossir. Beaucoup on t lâché les vannes et les discrets sanglots ont laissé place aux larmes franches. Au passage du corps qu’on transporte vers la mosquée, certains se mettent à crier. Le clan entier pleure la disparition de l’un des siens. Quand il jette la dernière pelletée de terre qui achève d’envelopper le corps de son père, Amine tend la bêche à un homme près de lui et s’agenouille. Ses jambes ne le supportent plus. Son corps entier hurle sa détresse. La plaie est si éprouvante qu’elle ne guérira jamais. Sa vie durant, le souvenir de cette journée le hantera, faisant de lui un éternel souffreteux.
Zahwa, la mère d’Amine, est l’aînée d’une fratrie comptant cinq frères et sœurs et deux demi-frères. Elle est cette fille énergique et dégo urdie qu’on prend l’habitude de solliciter pour tout. Quant au père d’Amine, Madani, c’est le fils unique et adoré de propriétaires terriens vivant chichement. L’union de Zahwa et Mad ani est celle de deux individualités aussi fières qu’inflexibles. Elle ne peut qu’entrainer la projection permanente d’étincelles. Si elle est énergique et fonceuse, lui demeure le plus souvent placide tout en ayant des idées bien arrêtées. Leur vie durant, chacun des deux va tenter d’assurer le maintien de ses vues et positions. Quand Zahwa épouse Madani, elle a dix-neuf ans, un âge avancé dans cette campagne reculée des environs de Settat. Ses trois jeunes sœ urs convolent, elles, dès l’âge de quinze ans. Quoi qu’il en soit, parents et beaux-parents sont ravis. Hardie comme elle est, Zahwa va pour sûr entrainer à sa suite un époux oisif. Bouillonnante et empressée, la jeune femme est aussi ravissante qu’abrupte. Ses yeux noirs énormes et son corps sec et élancé peuvent tour à tour se révéler charmeurs ou glaçants. C’est selo n son humeur. Impossible de ne pas l’entendre arriver. Vive et brusque, elle ne se dép lace qu’en martelant le sol du talon. « On croirait entendre arriver un éléphant ! » s’exaspère parfois sa mère. Oisif, Madani ne l’a pas toujours été. Très tôt, il est impliqué dans la gestion des activités agricoles de la famille. La ferme, de taille conséq uente, concentre élevage et cultures céréalières. Jusqu’à ses quinze ans, Madani y est f ormé aux métiers de la terre. Son père choisit de ne pas l’épargner. Il lui confie toutes les tâches, de la plus ingrate à la plus valorisante. Le garçon est besogneux et ne rechigne que très peu à la tâche. Sa seizième année à peine entamée, il choisit d’intégrer les rangs de l’armée. L’uniforme l’a toujours fasciné. Il est de plus désireux de se battre pour prouver à ce père qui le sous-estime combien il peut être brave. Mais même vailla nt et intrépide, c’est profondément fissuré et plus insondable que jamais que Madani s’en retourne parmi les siens presque dix années plus tard. Il a eu le temps de se voir balad é des casernes surchargées et puantes à la fureur des champs de bataille. Il a souffert dans c e véritable abattoir que fut le chaos français pour finir dans la barbarie des camps de travail allemands. Libéré à la fin de la Seconde Guerre mondiale, le jeune homme choisit d’errer un temps à travers la France et l’Espagne. Il éprouve le besoin impérieux de se perdre. Ce n’est qu’ainsi qu’il pense pouvoir faire face aux démons qui l’ass aillent. Il ne peut affronter le regard limpide et pur de sa mère avec ces yeux fous, ce regard torpide. En parcourant l’Europe, il putres moins maculées. Il tenterocède au remplacement d’images nauséeuses par d’a d’estomper cet air d’animal désaxé qu’il trimballe. Il fait en sorte de retrouver tournure humaine, même disloquée. De retour au Maroc, il traine sa carcasse dans dive rses villes et bourgades avant de frapper à nouveau à la porte de la propriété patern elle. Il a bientôt vingt-sept ans quand il retrouve ses chères terres et s’étonne de l’inertie du monde dans lequel vivent ses proches. Rien n’a bougé, rien n’a changé. Les profondes éraf lures de Madani restent invisibles et le jeune homme voit une évidence lui sauter à la face : il va devoir les panser seul ! Il entreprend donc de le faire en se tuant à la tâche. Mais rien n’y fait. Dur de retrouver ses automatismes après une si longue absence. D’infâmes réminiscences l’assaillent. Les images de visages défigurés, hideux, passent et repassent devant ses yeux. Le jeune homme est dans l’incapacité de partager ce trouble permanent qui le hante. Qui comprendrait ? On le prendrait sûrement pour un fou . Voire pire, un faible. Difficile aussi de se dire que rien ne bouge dans son bled reculé. Pourtant, il lui arrive de se rendre en ville. Madani y sent bien ce souffle subtil au parf um de révolte. Il lui semble bien que la terre qui a tremblé au loin du fait de la folie hum aine a provoqué des secousses qui font désormais vaciller l’occupant. La France libérée de l’effroyable entrave allemande fait
désormais face à la même soif de dégagement. Ce rôle d’oppresseur ne lui sied guère. Ce n’est qu’après de multiples convulsions qu’elle en jettera le costume. Madani, lui, ne se contente pas de scruter l’agitation. S’il continue de remplir son rôle de fils dévoué en aidant à la gestion de la propriété familiale, le jeune ho mme ne manque pas, dès qu’il le peut, d’assister à des meetings organisés par l’Istiqlal, le parti de l’Indépendance. Les tracts qu’il y glane, il préfère les cacher à son père de peur de l’alarmer outre mesure. Père et fils ne ptistes respectifs qu’une fois larendront la mesure de leurs engagements indépendan souveraineté marocaine recouvrée. Madani apprendra alors qu’une dépendance dont la famille ne se sert que très peu aura plus d’une fois servi de cache d’armes ou de refuge à des personnes recherchées. – Tu aurais pu me tenir au courant ! lancera alors Madani à son père, sur le ton du doux reproche. – ’andek lhaq !idences, walakin kheftvrai, tu as l’âge propice à ce genre de conf  C’est ‘lik, j’ai eu peur pour toi ! Ce père à la fois exigeant et prévenant s’éteint qu elques mois après l’indépendance du Maroc. Il a toutefois le temps d’assister aux noces de ce fils qu’il chérit tant. Une mort radieuse l’emporte. Sur son visage, la sérénité d’un homme qui se flattait d’avoir ensemencé de telle manière que les pousses ne seraient que robustes.
*
Le bourg dans lequel vit la famille de Madani n’est pas bien grand. Un peu plus d’une centaine de familles s’y côtoient. Le souk s’y tien t tous les dimanches et draine des villageois de toute la région. Plus qu’un lieu de c ommerce, le marché est l’espace de la sociabilité, celui de la rencontre aussi, entre les multiples acteurs œuvrant en milieu rural. On y noue des liens aussi bien sociaux que commerciaux. On s’y montre et s’y épie. Les diverses strates de la société s’y retrouvent et occupent l’espace selon un ordre bien établi et hiérarchisé. Au centre de cet immense espace commercial, s’ancrent les anciens, les chefs de familles. Certains parlent affaires tandis que d’autres bavar dent et s’enquièrent des dernières nouvelles. Autour d’eux gravitent leurs fils. Si leurs âges varient, pour tous c’est LA sortie hebdomadaire. Celle qui les ouvre aux provinces env ironnantes, les initie à l’art de la négociation commerciale et les fait se rencontrer. Les familles qui disposent de grands domaines et de terrains agricoles conséquents viennent très régulièrement y vendre d’énormes quan tités de fruits, de légumes, voire de bétail également. Le souk est pendant longtemps un espace essentiellement masculin. Quand une femme s’y rend seule, c’est qu’elle est divorcée ou veuve, et qu’elle y vend quelques menus produits au détail. Si elle s’y dirige avec son époux, c’est qu’elle a un achat précis à faire, le plus souvent pour une occasion particulière comme un mariage ou une naissance. En ce dimanche d’octobre 1946, Alia se presse, un p an de son grand châle dissimulant la moitié de son visage. La mère de Madani se dirige vers l’allée des bijoutiers. Elle a laissé son mari à ses occupations. Nul besoin de l’avoir dans ses pattes quand elle va seulement récupérer un collier de perles et de pièces d’or. Des bijoux, elle n’en a que très peu et cela lui suffit. Ce collier, elle en a besoin pour un mariage à venir. Elle l’avait laissé au bijoutier pour qu’il lui répare la fermeture. Elle va en reprendre possession et retrouver son époux. Quand elle pousse la porte de la bijouterie, Alia a la surprise d’y voir une jeune fille. Comme elle, elle est seule dans la boutique. Celle qu’elle ne voit d’abord que de dos a la main gauche appuyée sur le comptoir. Les épaules bi en droites, elle a un maintien naturellement crâne. Elle n’a pas tourné la tête qu and la mère de Madani est entrée dans la
bntourne, et salue le bijoutier, qu’elleoutique. Cette dernière passe derrière elle, la co connait de longue date. C’est à ce moment que ses yeux rencontrent ceux, renversants, de la belle Zahwa. La demoiselle a tout juste dix-sept an s. Son allure impérieuse, sa taille moyenne, son regard pénétrant, son teint très clair, tout chez elle enchante la maman de Madani. D’où vient-elle ? Pourquoi ne l’a-t-elle jamais croisée jusqu’ici ? Zahwa est venue récupérer une bague qu’elle a fait ajuster à son annulaire droit. Elle a à peine refermé la porte de la bijouterie qu’Alia fonce sur le commerçant. Khoya ! Bent men hadi ?Mon frère ! C’est la fille de qui ? interroge-t-elle. Le bijoutier réajuste ses lunettes, esquisse un sourire et répond : Zahwa ? Bent Brahim !Zahwa ? C’est la fille de Brahim ! Mnin jat ?Elle vient d’où ? continue la mère de Madani. Men douar oulad El Bahi. Elle vient du village de Oulad El Bahi. Alia ne répond rien. Ce nom de hameau lui dit bien quelque chose. Relevant la tête, elle revient au bijou pour lequel elle est venue, en vérifie la fermeture impeccablement réparée, paie le marchand et s’en va rejoindre son mari. Dès le lendemain, elle se renseigne, questionne voisines et amies. Et finit par se voir dresser un tableau flatteur de la famille de ce Brahim. Durant les jours qui suivent, elle ne fait que parler de cette très jolie fille aperçue chez le bijoutier. Sa mère ne l’exprime pas formellement, mais Madani, à qui elle ne cesse de vanter la beauté et l’allure de Zahwa, sent bien qu’elle voudrait qu’il en fasse son épouse. Le rapprochement entre les deux familles a lieu par le biais d’une connaissance commune. À force de creuser, la mère de Madani a fini par se rendre compte que la sœur d’une de ses amies a épousé un homme du village de Oulad El Bahi. C’est cette dernière qui se rend auprès de Fadia, la mère de Zahwa, pour lui annoncer combien Alia convoite la main de sa fille pour son fils. Madani, que la douceur et la subtilité de sa mère o nt achevé de convaincre, accepte d’accompagner ses parents auprès de la famille de la belle. La carriole qui les dépose devant la maison de Brahim Tahraoui, père de Zahwa, débord e de sucreries, d’étoffes raffinées et autres bijoux de valeur. Pour son fils unique et ad oré, Alia n’a pas lésiné sur les moyens. Zahwa n’a pas encore accordé son consentement, mais déjà la mère de Madani la considère comme sa belle-fille. Et elle tient à le lui montrer. La rencontre entre Fadia et Alia est évidente. Les deux mères ont en commun une spontanéité et une délicatesse qui les rapproche immédiatement. Quant à Madani, le premier regard qu’il pose sur Zahwa lui arrache un sourire plein de fascination. Venue déposer devant son père le plateau de service pour la traditionnelle cérémonie du thé, la jeune fille le frappe par son assurance bravache. Elle, ne daigne poser les yeux sur lui. Se sachant observée, Zahwa fait montre d’un aplomb plus pronon cé encore. Pour Alia, c’est le genre de fille qu’il faut pour son fils. Hardie, fière et travailleuse, elle ne peut qu’entrainer à sa suite un Madani prompt au repos.
*
Après son exil guerrier et ses années d’errance, Madani est sans emploi. Bien entendu, il pourrait rester sur le domaine paternel et œuvrer à son développement. Mais son père voudrait le voir trimer et suer en dehors du cercle familial. Son fils doit expérimenter le réel et se confronter à d’autres chefs que lui. Et comme le père dispose de certaines connexions à la direction des Chemins de Fer Marocains, c’est tout naturellement qu’il les active. Il apprend ainsi qu’en tant qu’ancien combattant, et d onc à titre de héros national, Madani peut prétendre à certains postes assez convoités. Il réussit à décrocher pour son fils unique