Le Général Pierre Semengue

Le Général Pierre Semengue

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Livres
451 pages

Description

Ouvrage des éditions Clé en coédition avec NENA

Personnage énigmatique pour beaucoup de gens, même dans le cercle restreint de ses proches, le Général d'Armée Pierre Semengue est de ceux qu'on aimerait connaître davantage. Officier camerounais de tous temps le plus ancien dans le grade le plus élevé, un des tout-premiers Noirs Africains à fréquenter la prestigieuse école militaire de Saint-Cyr, en France, Pierre Semengue est toujours avare en confidences familiales, spirituelles et professionnelles. Pour la première fois, il accepte de parler de ses origines, de sa formation scolaire et militaire, bref, de toute sa vie. Il ressort les grands moments de ses activités, notamment les péripéties du coup d'État manqué du 06 Avril 1984. Il n'oublie pas son passage à la LINAFOOTE et dans le Tonnerre Kalara Club. Vraisemblablement, rien n'est occulté. Cet ouvrage-interview participe sans doute à la restitution de l'histoire du Cameroun par un témoin vivant. L'auteur, Charles Ateba Eyene, est licencié ès Lettres en 1995. Il est doublement diplômé de l'ESSTIC (École Supérieure des Sciences et Techniques de l'Information et de la Communication) de Yaoundé, dans les filières Documentation et Relations Publiques. Il est Chargé d'Études Assistant au Ministère de la Culture, Division de la Coopération Internationale.

Charles Ateba Eyene est le fondateur et le Coordonnateur National du Club Éthique du Cameroun, et membre de la Cellule de Lutte contre la Corruption au Ministère de la Jeunesse et des Sports depuis 2001.

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Ajouté le 19 mai 2015
Nombre de lectures 232
EAN13 9782370152480
Licence : Tous droits réservés
Langue Français
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Extrait
Chapitre 1
Naissance en toute modestie


Le 28 juillet 1935, un mercredi vers 15 heures, est né, dans le petit village Bikoka perdu dans la forêt équatoriale du Sud Cameroun, un enfant. Ses parents, Jean Nti Mbarga, son vrai nom ou Engbwang Mbarga, le nom d’emprunt qui est le plus utilisé et Lydie Ngono Semengue étaient de modeste condition. Son enfantement a eu lieu non dans un hôpital de luxe, mais dans le modeste dispensaire protestant de Bibia par Lolodorf.

Pour tous les détails relatifs à la naissance de Pierre Semengue, sa famille, ses parents et grands-parents, leurs origines, nous avons rencontré sa sœur aînée Marie Ekobo1 de regrettée mémoire.

Marie Ekobo : « Avant la naissance de Pierre, il y a eu des signes forts. »

— Pouvez-vous nous parler des origines de vos grands parents ?
— « Je n’ai pas connu mes grands-parents. Ils sont tous morts avant ma naissance. Mais j'apprends que mon arrière-grand-père paternel venait de Ndangueng par Mfou dans la Mefou et Afamba et s’est installé à Bikoka. C’est là qu’est né mon père. C’est aussi dans ce village qu’il a épousé ma mère. C’est le seul village que j’ai. Tous mes frères ont construit leur maison à Bikoka où sont d’ailleurs enterrés nos grands parents et nos parents.

Mon grand-père maternel était un Ngoué de Bikoka. Il était un gardien de la tradition du village. Avec sa femme, il n’a fait que des filles. Ce qui dans le passé ressemblait à un échec. Le village a pris acte de ce phénomène et s’est réuni pour faire des incantations afin que naisse un garçon dans son foyer. C'est comme cela qu’est né mon seul oncle maternel Jean Baptiste She Semengue2. Il n’était pas un homme comme les autres. Il faisait l’objet de beaucoup d’interdits : il ne devait pas boire du vin, faire couler du sang ou côtoyer les marabouts, etc.. Cet oncle a eu beaucoup de femmes et d’enfants et comptait parmi les premiers intellectuels du village (sorti de l’École Normale de Foulassi comme instituteur). Il a beaucoup aidé, guidé et orienté la famille

— Qui étaient vos parents et que faisaient-ils ?

— « Mon père s’appelait Engbwang Mbarga. Il était grand et brun. Je l’ai bien connu. C’était un soldat allemand. C’est lui qui m’a marié à Samuel Okono, un jeune homme du village Ngatt (Ebolowa) en 1938. J’avais 18 ans. Papa est mort en mai 1940 des suites de maladie (broncho-pneumonie).

Mon père était d’abord Catholique. C’était un catéchiste, le chef des chrétiens du village. Puis, il est devenu Protestant. Avant ma mère, il avait une femme catholique mais ils n’avaient pas d’enfants. Il a changé de religion après divorce d’avec la première femme pour rejoindre ma mère à l’Église Protestante du Cameroun. Et dans l’Église Protestante, mon père est devenu Ancien d’Église. C’était un homme très pieux et très aimé des fidèles. Après sa mort, le village est resté quatre ans sans Ancien. Les villageois refusaient tous les hommes qui leur étaient proposés. Si bien que c’est finalement un missionnaire américain Neelly qui est venu les convaincre d’accepter un autre Ancien. Papa était simple, humaniste et généreux. C’était un grand chasseur. Il tendait des pièges. Il ne mangeait jamais seul et aimait beaucoup ses enfants. Moi particulièrement, il m’appelait « Nna » c’est-à-dire ma mère. Il organisait nos anniversaires.

Ma mère s’appelait Lydie Ngono Semengue. C’était une belle femme de taille moyenne et noire. Elle était robuste. Ma mère était cultivatrice. Elle nous a élevés dans la discipline et le travail. Ma mère nous conseillait l’amour des hommes et l’amour de Dieu. On n’allait pas aux fêtes du village. Surtout moi l’aînée, je devais faire très attention car me disait-elle, c’est moi qui servais d’exemple. On travaillait au champ avec elle. C’était un devoir, une façon de préparer les filles au mariage. Même les garçons ont reçu cette éducation. Tous mes frères peuvent faire la cuisine. Ma mère était plus sévère que mon père, c’est elle qui nous fouettait.

J’apprenais la couture à l’école. Un jour, on me présente un homme en me disant que c’est mon mari. Je n’y comprenais rien. J’étais encore vierge. Je suis allée demander à ma mère la conduite à tenir. Elle m’a dit de faire la volonté de mon père pour éviter la malédiction. J’ai donc épousé Samuel Okono et nous avons eu deux enfants : un garçon et une fille, Pascal et Ruth Okono. Pascal est instituteur et Ruth infirmière ».

— Parlez-nous de vos frères et sœurs. Que font-ils ?