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Le Goût du pouvoir

De
119 pages
Voici douze récits "vrais", mi-graves mi-joyeux, qui se déroulent dans le champ clos des ambitions politiques locales. Tous racontent, à travers des situations variées, ponctuelles, ou sur la durée d'une vie, "ce qui se passe" derrière les portes matelassées des cabinets et des antichambres où règne le "goût du pouvoir".
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Du même auteur

Le Projet de ville Syros-La Découverte, Paris, 1993 La Prospective des territoires Éditions du Certu, ministère de l’Équipement, Lyon, 1999 Les Élus locaux Éditions d’Organisation, Paris, 2000 Brésil des villes L’Harmattan, Paris, 2003 L’Appétit du futur, Voyage au cœur de la prospective Éditions Charles Léopold Mayer, Paris, 2005

À Catherine

Mes vifs remerciements pour la lecture attentive du manuscrit à Dominique Gaudron et Guy Loinger, et surtout ma grande reconnaissance à Christophe de Lassus pour l’intelligence et la pertinence de ses suggestions. Un grand merci à Corinne Bruno pour sa relecture.

Prologue
Ces récits sont autant d’histoires politiques qui se sont déroulées dans les années 2000, en France, en province le plus souvent. Ce carnet de route est une sorte de saga politique datée, comme une coupe dans le temps, une collection de « vues sur image » du microcosme politique français. Ces histoires sont-elles vraies ou inventées ? Je répondrai par un poème de Claude Roy intitulé « Crise d’identité » (À la lisière du temps, Poésie/Gallimard, 1998) : « Je ne dis pas que c’est vrai. Je dis que je m’en souviens. » Plus exactement, et à la manière de Blaise Cendrars dans une lettre à Lévesque du 23 décembre 1937, je dirais que « ces histoires sont vraies, non seulement parce qu’elles furent en partie vécues, mais parce qu’elles sont arrivées comme ça et que c’est ainsi que je les ai enregistrées bien avant de les écrire — et avec une autre mémoire que la seule mémoire du cerveau » (Histoire vraies, Denoël, 2003). Ces histoires ne sont donc ni des reportages ni des récits, mais des nouvelles qui se tiennent, comme dit Cendrars lui-même dans la suite de la lettre citée, « dans un espace instable entre la chronique et la fiction ». Elles n’ont pour objet que d’instruire et de distraire le lecteur autant que de faire valoir « le bon plaisir du conteur tout
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autant que sa discrétion à l’égard de ses modèles ». Ce livre est donc un « roman » qui pourrait être vrai ou, du moins, dont tous les détails sont vrais, mais dont la trame, les lieux, les acteurs, le scénario et les dialogues sont le fruit de l’imagination de l’auteur. Gageons cependant que quelques-uns pourront parfois s’y reconnaître. Elles ne parlent que du pouvoir : sa conquête, son avènement, son exercice, puis sa mort, toujours brutale, et parfois son rebond. Chaque nouvelle est conçue comme une histoire, bâtie autour d’un seul ou de plusieurs personnages réels que l’auteur a rencontrés. Le lecteur pourra s’en rendre compte par lui-même. Tout le reste est littérature.

1.

L’affaire du dépôt
« L’État, c’est moi », précepte légendaire de Louis, le quatorzième du nom. Et chaque Français de conclure que l’État, ses propriétés et ses dépendances, c’est un peu lui-même, ou du moins une part de son domaine royal. C’est ainsi que les Français furent longtemps persuadés que le barrage de la Rance, le Tgv, le Rafale, les Ptt et la Nationale 7, naguère Renault, le Concorde et le paquebot France, et jadis les forteresses de Vauban, tout cela appartenait à l’État, donc à « nous », et par conséquent à « moi » comme à tous les Français. Et ce sentiment de propriété publique et indivise, qui traverse des siècles d’histoire française, est particulièrement développé en ce qui concerne les attributs de la francité que sont les armes, l’énergie, le train et le tabac. C’est ainsi que les cartoucheries — telle celle de Bourg-lèsValence dans la Drôme — appartiennent encore aujourd’hui à l’État et que les Français s’enorgueillissent d’avoir la meilleure compagnie de chemin de fer du monde, de fournir l’électricité la moins chère d’Europe et de fabriquer — et distribuer — monopole oblige, même si ce n’est plus vrai aujourd’hui, les cigarettes et autres articles pour fumeurs sur tout le territoire national. Les élus locaux sont sensibles à cette dimension proprement politique du monopole étatique, parce qu’ils se sentent investis de cette mission sacrée qui consiste à défendre la présence du patrimoine
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