//img.uscri.be/pth/1da8f53abe41872f350736a21f6c262ad60b67ef
Cet ouvrage fait partie de la bibliothèque YouScribe
Obtenez un accès à la bibliothèque pour le lire en ligne
En savoir plus

Le Roman de Reschal

De
382 pages
Antonin Reschal, 1874-1935. Qui ça? Un écrivain tombé dans l’oubli, auteur trop ancien ou trop récent et non réédité. Œuvrant principalement dans le "petit érotisme", il n’y consacre cependant pas toute son écriture, ni tout son temps. Dévoré par une soif de réussite, cet aventurier des lettres – de son vrai nom Antonin Arnaud – lance de nombreuses entreprises, de la restauration à l’édition, du journalisme au roman, se relevant sans cesse – ou presque – après chaque échec, innovant en cherchant à s’imposer dans des domaines différents… C’est dans une véritable enquête que se lance le passionné Daniel Auliac, bien décidé à faire la lumière autour de l’énigmatique Reschal. Ecrivain polymorphe et méconnu, qui a pourtant laissé sa marque dans le paysage littéraire du début du XXe siècle, croisant la route des plus célèbres, d’Emile Zola à Octave Mirbeau en passant par son éditeur Albin Michel, ce marginal stakhanoviste – souvent grivois, parfois politique – se voit enfin révélé au grand jour: entre biographie et extraits de son œuvre, cet ouvrage offre des clefs et propose des pistes pour reconstituer le puzzle Antonin Reschal.
Voir plus Voir moins












Le Roman de Reschal


Du même auteur



Léo Fontan, Peintre, illustrateur, décorateur
2004 Daniel Auliac










Le Roman de Reschal

ou Un romancier marginal




















Publibook Retrouvez notre catalogue sur le site des Éditions Publibook :




http://www.publibook.com




Ce texte publié par les Éditions Publibook est protégé par les
lois et traités internationaux relatifs aux droits d’auteur. Son
impression sur papier est strictement réservée à l’acquéreur et
limitée à son usage personnel. Toute autre reproduction ou
copie, par quelque procédé que ce soit, constituerait une
contrefaçon et serait passible des sanctions prévues par les
textes susvisés et notamment le Code français de la propriété
intellectuelle et les conventions internationales en vigueur sur la
protection des droits d’auteur.





Éditions Publibook
14, rue des Volontaires
75015 PARIS – France
Tél. : +33 (0)1 53 69 65 55






IDDN.FR.010.0114659.000.R.P.2009.030.40000




Cet ouvrage a fait l’objet d’une première publication aux Éditions Publibook en 2010







Antonin Reschal




Préface



Antonin Reschal ?
Qui fut-il ? Qu’a-t-il fait ?
Répondre à des questions aussi simples n’est ni sponta-
né, ni évident.
Alors que je cherchais à savoir, il était impossible de
trouver un dictionnaire contemporain proposant un article.

Pourquoi s’interroger ainsi ?
Ma curiosité a été éveillée lors des recherches sur Léo
Fontan, peintre, illustrateur, décorateur qui a travaillé un
temps avec lui pendant l’époque des Années Folles, puis
est tombé, comme lui, dans l’oubli, mais sans doute moins
profond car sa cote est donnée annuellement.

Les deux hommes se sont croisés et ont fait un bout de
chemin ensemble. L’un ayant fait un portrait de l’autre
après que ce dernier l’ait fait travailler quelques années
dans l’une de ses entreprises, la Librairie de l’Estampe.

Partant de ce point, ayant découvert et lu certains des
ouvrages de cet auteur, il m’est apparu être l’un des écri-
vains de la veine de Victor Margueritte et sa Garçonne ou
de Colette et de sa Claudine, osant écrire certains faits de
société qu’il était alors coutume de taire.

Alors ma quête a commencé.
Qui ? Antonin Reschal ? Comment cela s’écrit-il ?
Les libraires interrogés semblent ne pas le connaître.
Ré-Kal ou Ré-Chal ? Auteur trop ancien ou trop récent et
9 non réédité. Classé dans le domaine « curiosa », sa vogue
ne paraît pas s’être prolongée jusqu’à nos jours.
Certes, a priori, son domaine littéraire était à la limite
de la morale – petit érotisme pour reprendre l’expression
de l’héritier de son éditeur – bien qu’il n’y consacre pas
toute son écriture, ni tout son temps.

Je me suis rendu à la Bibliothèque nationale de France
après avoir imprimé la liste de ses ouvrages dans les
rayonnages de Tolbiac.
Dans une des salles, un meuble en bois comportant de
multiples petits tiroirs resserre toutes les fiches classées
par ordre alphabétique sous l’enseigne « Biographies ».
Un petit morceau de papier de récupération, l’avers est
imprimé et indique son origine d’une action devenue sans
valeur. Une écriture à la plume et à l’encre violette rap-
pelle que cette fiche est pour Reschal Antonin et que le
« Grand Annuaire des Littérateurs et des notabilités artis-
tiques contemporaines » daté de 1922 réfère cet auteur,
grâce au travail de Pierre Robert et Roger Depagniat.
En page 345, il est possible d’apprendre que Reschal
habite au 6, rue de la Chaussée d’Antin ; qu’il a écrit
L’Ornière, Pierrette en pension, Pierrette s’amuse, Pier-
rette amoureuse, La Femme volante, Les Curiosités de
Lily, L’Entretenu, L’Heure du péché ainsi que Vénus dam-
nées et La Névrose galante.
Et en page 403, son vrai nom est dévoilé, M.-C Arnaud.

Il faut dès lors se lancer dans des recherches plus ap-
profondies. Toutes les archives disponibles qui donnent
des informations utilisables sont parcellaires, rares mais
surtout difficiles à trouver, souvent faites de références
indirectes, comme pour respecter une conjuration du si-
lence
10 Ainsi, peu de traces apparaissent dans les ouvrages
consacrés à ce qui l’a rendu célèbre pour un temps : la
littérature.
Parfois son nom est cité aux détours d’un répertoire, du
chapitre d’un roman, d’un article ou d’une étude universi-
taire sur des sujets littéraires ou d’illustrations.

Dans le courant de l’année 2000, à la recherche
d’informations susceptibles de répondre plus rapidement à
mes interrogations, j’ai saisi sa maison d’édition, Albin
Michel, qui m’a adressé la copie d’un courrier datant de
1971 destiné à un autre curieux, également chercheur et
écrivain sur le roman populaire. Pas de courrier direct,
mais une copie d’une réponse ancienne. La lecture de ce
document offre de nombreuses pistes relatives à
l’existence d’Antonin Reschal. La voici :

Nous avons ici un dossier Antonin Reschal (de son vrai
nom Antonin Arnaud) qui, en dehors d’une correspon-
dance qui s’échelonnait sur près de trente années,
renferme un grand nombre de reçus et d’effets, car Anto-
nin Reschal, qui aurait pu amasser pas mal d’argent,
dispersait ses efforts dans des entreprises variées et très
souvent hasardeuses, sous les firmes les plus diverses.

A. Reschal, dont nous ignorons la date de naissance,
est décédé à Perpignan le matin du 20 septembre 1935.
Pendant neuf mois, Mlle Marcelle D…, qui a vécu avec lui
plus de trente ans, est restée à son chevet. Progressive-
ment, elle a vendu le peu qu’elle possédait et a dû finir son
existence dans la gêne, je pense ; durant un temps, du
moins, elle avait accepté une place d’ouvreuse dans une
salle de spectacle quelconque, payée assez misérablement.

M. Albin Michel a publié bien plus de sept romans
d’Antonin Reschal. À LA FEMME VOLANTE – PIERRETTE EN
11 PENSION – LES DERNIERS EXPLOITS DE MAUD, il faut ajouter
L’ORNIERE (1904) – L’HEURE DU PECHE (1914) –
L’ENTRETENU (1917) et d’autres romans dont je ne sais
pas la date de parution, dont PIERRETTE S’AMUSE – PIER-
RETTE AMOUREUSE – MAUD, FEMME DU MONDE
CAMBRIOLEUR – LES CURIOSITES DE LILY – LA NEVROSE GA-
LANTE AU XVIIIE SIECLE – VENUS DAMNEES. Précédemment,
en 1903 et les années suivantes, quand M. Albin Michel
exerçait sa profession ruent des Mathurins, puis rue de
l’Université, ont paru : LE NU D’APRES NATURE en trois
volumes : un, LA FEMME, deux LA JEUNES FILLE – trois,
L’HOMME ET L’ENFANT, puis en fascicules de 32 pages, je
crois, paraissant deux fois par an : LES BEAUTES DE LA
FEMME (1905) et LE NU ACADEMIQUE. Il y a eu même des
cartes postales ordinaires ou stéréoscopiques d’une série
LES BEAUTES DU NU à l’intention particulièrement de pein-
tres et sculpteurs, et, PARIS DANS L’EAU ET SES ENVIRONS,
lors de la fameuse inondation de 1910, réunies ensuite en
un album. Il y eut une autre publication en fascicules rela-
tant les aventures de MISS BOSTON, Seule femme détective
du monde entier.

A. Reschal a créé d’autres publications : VILLAS ET
MAISONS DE CAMPAGNE – MON JARDIN – PARIS LA NUIT –
L’ALMANACH DE LA MAITRESSE DE MAISON – FRIVOLA REVUE
IDEALE DE LA PARISIENNE et CULINA REVUE IDEALE DE MAI-
TRESSE DE MAISON avec toute une série de volumes qui
faisaient partie de la bibliothèque CULINA – La Pâtisserie
– Comment former une cuisinière – Conserves de ménage
– La cuisine simple etc. que M. Albin Michel vendait dans
sa librairie et dans celle qu’il possédait à Bordeaux. Il y
eut également, lorsqu’il s’était retiré près de Dreux, au
Moulin de Barbasse, en 1925, des publications de T.S.F.
entre autres LE VADE-MECUM DU SANS-FILISTE et
L’ALMANACH DU SANS-FILISTE.

12 Évidemment, A. Reschal avait écrit d’autres ouvrages
qui n’ont probablement pas tous été publiés : LE MAGI-
CIEN, auquel il pensait donner un nouveau titre : LE
COMPAGNON DE VOLUPTE, ou RIEN QUE LE PLAISIR, LE FRIC,
refusé par M. Albin Michel, LE JOURNAL D’UN MAITRE
D’HOTEL, LES PALOMBES, cahin d’un communiste. En tout
cas, au début de sa carrière, on peut citer LE JOURNAL
D’UN AMANT qui passait pour être de Mirbeau lorsqu’il
parut dans le Journal de Paris sous la signature d’une tête
de mort et que Mirbeau et Jean Lorrain aimaient beau-
coup, DESIRS PERVERS dont le titre réel est LE JARDIN DES
DELICES, apprécié par Coppée et Jules Lemaître (Offens-
tadt), LE JOURNAL D’UNE SAPHISTE (Offenstadt).

Pour plus de renseignements, il me faudrait consulter
attentivement le dossier et j’avoue que je n’ai guère de
temps à moi, surtout en cette période de l’année…

R. Esmenard.

P.S. – Malheureusement, nous n’avons plus aucun vo-
lume d’Antonin Reschal, sauf peut-être un ou deux dans
des vieilles archives.

À la lecture de cette lettre, il faut souligner que
l’inventaire des œuvres ne suit aucun ordre chronologique,
ni ne donne les bonnes dates. Par ailleurs, une faute de
frappe concerne Les Palombes, qui serait le « cahier », et
non le « cahin », d’un communiste.

Le dossier dont il est question est aujourd’hui déposé à
l’Institut des Mémoires de l’Édition Contemporaine,
l’IMEC, dans l’abbaye d’Ardenne à Caen.

Enfin, le destinataire, Yves Olivier-Martin, est l’auteur
de l’histoire du roman populaire en France, publié par Al-
13 bin Michel. Reschal y est cité dans une courte phrase dont
l’objet est le journal de Paris.

Antonin Reschal, dévoré par une soif de réussite, a lan-
cé de nombreuses entreprises, de la restauration à
l’édition, du journalisme au roman, se relevant sans cesse
– ou presque – après chaque échec, innovant en cherchant
à s’imposer dans des domaines différents.

Car, au hasard de mes recherches, certaines informa-
tions démontrent qu’il se lança dans toutes sortes d’autres
activités qui ne sont pas de celles qui placent leur créateur
au premier plan. D’autant qu’elles se soldent le plus sou-
vent par des échecs. Il s’éloigna de la vie parisienne en
coupant toute relation et disparut en étant redevenu un
provincial anonyme.

Et chaque nouvelle découverte a ouvert la route à
d’autres.

Devant la diversité de ses entreprises, j’ai voulu connaî-
tre et comprendre le parcours quelque peu chaotique de cet
écrivain qui a évolué au sein d’une société en plein chan-
gement culturel, a essayé de « réussir » en créant maint
romans et fondant moult entreprises.

Ce que j’ai pu recueillir au cours de ma quête et qui
constitue cet ouvrage me conduit à affirmer que cet
homme est un aventurier de la société du premier quart du
vingtième siècle, un aventurier à la vie riche car il n’a ja-
mais hésité à se lancer dans de multiples entreprises qui
sont autant d’aventures. Un homme à l’existence compa-
rable à celle d’un personnage de roman, si bien qu’il est
naturel de lui attribuer la paternité de certaines actions.

14 Au cours de ses pérégrinations, il a croisé de nombreu-
ses personnalités dont les noms sont encore reconnus de
nos jours ; je citerais tout naturellement l’éditeur Albin
Michel, le gourmet Curnonsky, l’écrivain Willy,
l’illustrateur Richard Kirchner, le relieur Kieffer, le sculp-
teur Bourdelle, l’écrivain Octave Mirbeau… Mais lui n’a
pas eu leur réussite, même s’il déploya force énergie pour
trouver sa voie, une voie qu’il n’a pas reconnue lorsqu’il
l’a empruntée. Il a croisé également de nombreux « Ou-
bliés » qui pourtant ont eu leur heure de gloire à cette
époque.

Cette biographie dresse l’inventaire des diverses étapes
de la vie et des activités d’Antonin Reschal, de ses produc-
tions, de ses travaux et de ses rencontres grâce aux divers
documents trouvés. Ces étapes permettent de tracer un
portrait qui reste caricatural, trop de ses traces se sont es-
tompées, sans doute à jamais, laissant des questions sans
réponses formelles. Car tout est factuel, ou presque, dans
cette biographie.
Quand un peu de fiction se glisse parmi ces lignes, elle
s’appuie sur un faisceau d’indices. Il faut surtout éviter de
trahir qui fut Reschal.

Et, afin de suivre au mieux la vie de cet homme, le
feuilletage d’une éphéméride est choisi comme fil rouge.
Le lecteur passe ainsi d’année en année depuis 1874 jus-
qu’à 1945, lisant les différents courriers échangés entre lui
et Albin Michel, d’autres notes et courriers, des articles de
journaux…

Sans doute, cette compilation n’est pas complète, mais
cette longue enquête qui a été passionnante n’est pas close.
Les découvertes successives m’ont donné envie de conti-
nuer et à cette étape, je forme le vœu que le résultat
permettra à certains de répondre :
15 « Antonin Reschal ? Bien sûr, c’est un homme que je
connais ! C’est un écrivain, c’est un entrepreneur, un jour-
naliste… un aventurier ! »

Paris, février 1995 – octobre 2009

16


Sommaire








L’éphéméride 1874-1945 ................................................ 19
L’inventaire de sa production........................................ 241
Les autres publications et diverses activités.................. 251
Un éclairage sur l’homme ............................................. 265
Quelques lignes sur Charles Reschal ............................ 303
Hommes et femmes croisés par Antonin Reschal......... 313
Les Illustrations............................................................. 323
Annexes : Les versions de l’Ornière ............................. 337
17














L’éphéméride 1874-1945



1874



Antonin Reschal, de son vrai nom Charles, Eugène,
Marius, Antonin Arnaud naît à Pont Saint-Esprit dans le
Gard. Les registres d’état civil de la mairie indiquent, sous
le numéro 52 de l’année 1874, les circonstances de sa
naissance et l’enregistrement de celle-ci.

L’an mil huit cent soixante-quatorze le Douze Mai à
cinq heures du soir, devant nous Henri Romanet, adjoint
au Maire de la ville du Pont-Saint-Esprit, département du
Gard, remplissant les fonctions d’Officier de l’État Civil,
par arrêté de ce magistrat en date du quatorze Février
dernier, est comparue la nommée Mirabel, Julie, José-
phine épouse Borie, Louis, Prosper, accoucheuse, âgée de
vingt-neuf ans, domiciliée en cette ville, laquelle nous a
présenté un enfant de sexe masculin, né ce même jour à
deux heures du soir, dans la maison du sieur Fargier, sise
en cette ville rue Grande ; fils de Marius, Honoré Arnaud,
professeur au collège de Béziers, âgé de trente ans, domi-
cilié dans cette dernière ville et de Marie Joséphine Paul,
son épouse, âgée de vingt-quatre ans ; et auquel la décla-
rante a dit vouloir donner les prénoms de : Charles,
Eugène, Marius, Antonin, les dites présentation et décla-
ration faites en présence des Sieurs Fargier Henri,
propriétaire âgé de soixante-dix-sept ans et Célestin Rane
appariteur, âgé de trente-quatre ans, tous domiciliés en
cette ville et ont la déclarante ainsi que les témoins signé
le présent acte de naissance avec nous, après qu’il leur en
a été donné lecture.

21 À sa naissance, son père est âgé de trente ans, sa mère
de vingt-quatre.

Est-il le premier enfant, ou plutôt le seul enfant de la
famille Arnaud ? Qui sont les membres de cette famille ?
A-t-il des oncles, des tantes, des cousins ? Ces interroga-
tions reviennent au fil des découvertes et quelques
réponses surgissent spontanément bien que parfois peu
satisfaisantes.

Le père est enseignant, professeur dans un collège en
province, le collège P. Riquet à Béziers, ce qui est déjà le
gage d’ouverture à la culture de ce nouveau-né.

Mais qu’est un professeur dans la société française en
1874 ?

1874 se situe à la fin d’une période d’expansion de
l’éducation en France, période pendant laquelle sont géné-
ralisées sur tout le territoire les écoles primaires ;
l’enseignement est largement ouvert aux filles et aux jeu-
nes filles, les cours du soir sont créés (1867, loi Dury).
L’enseignement secondaire pour tous est relancé mais
reste réduit car ne concerne à cette époque que 160 000
élèves alors que le primaire en accueille 5 000 000.

Monsieur Arnaud père professeur dans un collège est
alors considéré comme faisant partie d’une élite de la
jeune république. Quelles matières enseigne-il ?

Certainement pas de mauvaises lectures !

Quelle éducation reçoit le jeune Charles ?


22 J’emploie ce prénom car cité premier à l’acte de nais-
sance. Il s’appelle Charles Arnaud. Au sein de sa famille,
il est possible qu’il soit appelé Antonin comme la tradition
le voulait à cette époque, un prénom pour l’état civil, un
èmeautre pour la famille. À la fin du 19 siècle l’habitude est
d’utiliser le deuxième prénom, soit Eugène, mais celui-ci
n’a jamais été trouvé sur aucun document disponible. De
plus le prénom Charles est la clé de quelques interroga-
tions.

Quant à son éducation, il est aisé d’affirmer que le goût
du travail bien fait lui a été inculqué. En accompagnement
une connaissance du français et de la littérature l’oriente
vers l’écriture où son imagination fertile peut s’exprimer.

La famille Arnaud, avide de culture, vit à une époque
de changements profonds qui interviennent dans la vie
quotidienne. Elle a envie de connaître, de suivre et de vi-
vre les évolutions de la société.
23


1889



Paris organise une nouvelle Exposition Universelle en
1889. C’est une occasion pour des provinciaux éclairés de
monter à la capitale pour y découvrir la tour Eiffel,
l’utilisation de l’électricité à grande échelle, le grand et le
petit Palais et découvrir les peuples exotiques venus pour
l’événement accompagnant le centenaire de la Révolution.

L’inauguration a lieu au début du mois de mai mais la
famille Arnaud ne monte qu’en juillet. Il fait chaud et la
foule se presse. Le jeune Charles du haut de ses quinze ans
découvre la promiscuité, les contacts avec des chairs nues
et odorantes.

Un article du journal des Goncourt souligne à cette oc-
casion le corps à peine caché des danseuses du ventre dans
certains pavillons de l’exposition situés rue du Caire, sur-
nommée rue de la chair.

C’est un choc, une découverte, une révélation qui mar-
quent définitivement et profondément le futur auteur. Les
femmes ainsi dénudées le font rêver.

C’est l’éveil à l’érotisme et à la sensualité. Ce jardin
des Délices – tel qu’il le qualifie – révèle sa sexualité qu’il
commence à traduire sur quelques feuilles de papier.

Il constate aussi qu’une telle manifestation fournit
l’occasion à quelques Parisiens peu scrupuleux de profiter
de la naïveté des provinciaux.
25
Il découvre la puissance de l’écrit. Il veut devenir écri-
vain, écrivain célèbre. Voilà les premiers chapitres de
« Désirs pervers », un ouvrage en devenir, qui se mettent
en place.

Mais pour vivre de sa plume, il doit s’installer à Paris.
Mais où ?
26


1890-1893



Les romans d’Antonin donnent une clé sur ses premiè-
res années à Paris, notamment « Une Inassouvie », « Fille
ou femme » et « Désirs pervers ».

Ses débuts sont difficiles, il écrit sur l’un de ses héros :

d’abord petit employé aux écritures dans une banque,
puis publiciste à la ligne, toujours en quête de placer sa
copie…

C’est avec ces quelques mots qu’il résume les premiè-
res années de sa vie, des années qui l’aigrissent contre des
bourgeois orgueilleux, pédants et inutiles, mais qui
l’endurcissent.

Il est aussi animé de désirs charnels et son cœur bat
pour nombre femmes, Andrée, Pauline, Sophie, Suzanne,
Juliette et d’autres.

27


1894



Charles Arnaud est un homme à l’allure un peu ronde à
cette époque, malgré sa taille – il mesure 1,71 m, à la che-
velure frisée et aux larges cravates comme il apparaît
caricaturé par Charles de Vélan en illustration de « Une
Inassouvie ».

Il demeure au 25 boulevard Rochechouart dans le neu-
vième arrondissement, avec ses parents. Son père et sa
mère ? Ou avec d’autres membres de sa famille telle que
Germain Baylion ou Félicien Champsaur, mais ce sont des
possibilités non validées. Il y est recensé pour accomplir
son service militaire mais est ajourné au motif de faiblesse
cardiaque, il souffre de palpitations. Il déclare exercer le
métier de journaliste, n’avoir aucun diplôme, pas même le
brevet de l’enseignement primaire.

Sa détermination de réussir, d’être quelqu’un, fait du
jeune Charles Arnaud un écrivain particulièrement précoce
car son premier écrit parait en 1894. Il n’a que vingt ans et
pourtant il verse déjà dans un domaine où règne la légèreté
puisque le titre de cette première publication est : « L’art
de rendre les femmes fidèles ».

Il signe de son nom de plume, Reschal, Antonin Res-
chal.

Pourquoi avoir choisi Reschal comme pseudonyme ?

29 À cette époque un artiste jouit déjà d’une certaine po-
pularité, il s’appelle Reschal et s’appellera « Charles »
Reschal ! Car en cette année, il n’a pas encore de prénom
d’artiste qui ne viendra qu’en fin de siècle. Son vrai nom
est Michel, Charles, Germain Baylion. Chansonnier, chan-
teur, acteur et un peu auteur, il est réputé être aimé des
femmes, selon la légende d’une de ses photographies pu-
bliées à cette époque.

Deux Reschal ! Antonin et Charles, par ordre alphabé-
tique.

Et Charles est le premier prénom d’Antonin !

Quelle est l’origine de ce nom ?
Une simple anagramme, Charles et Reschal sont com-
posés des mêmes lettres.

Une fois posé le fait qu’Antonin et Charles aient choisi
le même pseudonyme, qu’Antonin a comme premier pré-
nom Charles, deux questions s’imposent :

La première, pourquoi changer de nom ?
Puis, pourquoi choisir ce nom ?

La réponse à la première interrogation est évidente.
Les activités choisies par le jeune provincial sentent le
soufre, être artiste dans le milieu provincial de la nouvelle
bourgeoisie enseignante n’est pas noble, n’est pas accep-
table. Il ne faut pas salir le patronyme, ne pas faire honte à
sa famille qui ne veut pas voir le nom d’Arnaud associé à
de telles œuvres.

Pour la seconde, il faut se limiter aux supputations.
Reschal est déjà célèbre et reconnu du tout-Paris et
prendre le même pseudo est une façon d’être lancé, connu.
30
L’un ouvre des portes pour l’autre, l’initie au tout-Paris
en lui faisant rencontrer le monde dans les lieux à la mode.
Antonin enregistre toutes ces nouvelles connaissances, les
lieux. Le guide qui est publié en 1898 en est la confirma-
tion.
À qui offre-t-on une telle facilité si ce n’est à un jeune
membre de la famille ?

En fin d’ouvrage, un encart consacré à Charles résume
sa carrière.

Pour être complet, il faut citer une femme, une artiste
de théâtre, qui porte le nom de Reschal. Jean Lorrain la
cite dans un de ses romans et il faut savoir que cet auteur
avait souvent recours à un savant mélange de fiction et de
réalité qui lui permettait de lancer quelques traits acérés.
En 1897, Richard O’Mouroy publie Graine d’Étoile, le
lecteur y croise Marguerite Reschal, une grande femme
blonde aux yeux bleus qui lui mangent la figure, une dan-
seuse à la Gallée.

Antonin Reschal édite ses premières pages.
L’art de rendre les femmes fidèles
Ce texte constitue une plaquette qui est publiée à Paris.
L’éditeur est domicilié au 16 de la rue Saint Joseph. La
bibliothèque nationale en possède deux exemplaires, le
second a été imprimé en 1896. Il faut noter que le même
texte est édité en 1895 sous le titre « Pourquoi les femmes
nous font cornards », mais par Antonin Reschal lui-même.

Sa lecture interpelle.
31 C’est un monologue. Les vingt ans d’Antonin et le do-
maine artistique de Charles font que ce texte très court
pourrait être d’une écriture commune et destiné à être dé-
clamé sur scène ou en famille.

Écrits sur mesures, on en trouvait pour chacun et pour
chaque occasion. Tout y passait. On reprenait bien sûr les
succès du caf’conc’, ou des textes de la même veine, avec
des monologues comiques « genre Reschal » ou « genre
Dranem », militaires « genre Albens ou Polin », etc. Mais
il y avait aussi des monologues écrits spécialement pour
les noces ou les baptêmes, des compliments à faire dire
par ses enfants, des farces pour les jeunes gens, des ro-
mances pour les jeunes filles, des grivoiseries pour égayer
la fin des repas.

L’exemplaire de la bibliothèque nationale y a été dépo-
sé en 1894 et le lecteur se demande ce qui a motivé ce
dépôt. Était-ce justement pour protéger un texte récité
dans divers cabarets parisiens ou intégré dans certaines
publications populaires qui fleurissent alors ?
C’est le cas des « Petits Livres Amusants » publiés
chez Martinenq cette même année. Nombre de textes sont
anonymes et des titres sont à relever :
« Comment on évite d’être trompé » et
« Pourquoi les femmes nous trompent ».
Les textes sont différents si les sujets identiques. Cet
éditeur se retrouve plus tard sur la route de Reschal.

Le petit ouvrage, « L’art de rendre les femmes fidè-
les », est en vente 10 centimes.
La couverture indique le nom de la collection « Im-
mense succès », collection qui se vend au 16 rue saint
Joseph à Paris, où se situe également l’imprimeur, impri-
merie Pradier.
32 Le texte de quatre pages est divisé en deux parties, huit
paragraphes prolongés d’un Code à l’usage des maris en
neuf articles.
La dernière page est occupée pour moitié de la conclu-
sion de laquelle est extrait :

Je laisse à Aurélien Scholl le bon mot de la fin… Il n’y
a que le mari qui puisse rendre une femme fidèle. Il faut
que le mari soit jaloux, défiant, ombrageux, grossier, bru-
tal. À ces conditions, la femme sera fidèle… à son amant.
Signé Antonin Reschal.

In fine, la plaquette annonce :
Prochainement
La Grisette
Revue populaire illustrée
Paraissant le dimanche
Prix du numéro 10 ¢
Directeur Antonin Reschal
La Grisette
Le 9 décembre 1894 sort le numéro un et en avril 1897
le dernier.

La Grisette ? Curieux choix que ce titre ! Pour quelle
raison le donner à un journal hebdomadaire (paraissant le
samedi ou le jeudi ?) illustré ?

L’étymologie montre que ce nom est donné par mépris
à toutes les femmes de basse condition portant des robes
coupées dans des étoffes grises de peu de valeur.
Dans le premier numéro, les grisettes sont ciblées, elles
sont modistes, fleuristes, couturières, ouvrières en journée,
demoiselles de magasin, petites employées, c’est-à-dire
33 toutes les jolies filles de vingt ans qui travaillent, soit la
belle France ouvrière.
Si l’ensemble de l’envoi est signé par la Grisette, il est
de la main d’Antonin Reschal qui est rédacteur en chef,
mais aussi directeur et propriétaire, double fonction qu’il
partage avec R. Raffa qui est aussi administrateur de ce
titre dont le siège est au 16, rue saint Joseph.
La liste de collaborateurs est fort longue.
Au sein de celle-ci, une signature attire l’attention, celle
de Paulette, qui est au bas d’un article à répétition, « Mode
à fanfreluches ». Paulette, un nom, qui apparaît souvent en
cette période.
Reschal signe les chroniques titrées « Morales sur
l’amour », et une réclame pour l’art de rendre les femmes
fidèles figure comme réclame.
Cet hebdomadaire préfigure les futurs journaux
qu’Antonin Reschal s’efforcera de faire paraître : nom-
breux collaborateurs célèbres, lot en cas d’abonnement,
sorties théâtrales, conseils d’hygiène…
Dans les premiers numéros, la publicité pour la bro-
chure « l’art de rendre les femmes fidèles » côtoie
l’annonce de la publication prochaine de celle concernant
les hommes.
Puis, il fait paraître le grand roman passionnel « Inas-
souvie » en épisodes à compter du 18 avril 1896, illustré
par Henri Mirande.
À cette époque, le contenu de la Grisette est exclusive-
ment constitué de courtes nouvelles.

Il est également possible de lire cette note de la rédac-
tion :
Nous prions nos correspondants et lecteurs de ne pas
confondre M. RESCHAL, le diseur émérite qui détaille en
ce moment avec tant de talent « La Vie de Famille » à
l’Alcazar d’Hiver, avec M. Antonin RESCHAL, notre ré-
dacteur en chef et littérateur bien connu. Bien mettre 30,
34 rue Poissonnière, Paris, afin d’éviter des retards dans le
courrier.

Les exemplaires de la BNF ont été visés par
l’imprimeur gérante Marie Pradier, nom rencontré pour
l’Art de rendre les femmes…
Cette publication, introuvable ou presque, est citée par
Auriant qui, dans « Une vipère lubrique Paul Léautaud »
raconte page 200 : « […] Il [André Rouveyre] me deman-
da de penser à lui si jamais, dans mes fouilles chez les
bouquinistes des quais, ou d’ailleurs, je trouvais une pu-
blication d’Antonin Reschal, La Grisette, qui avait publié
ses premiers dessins… »
Album La Grisette
Le sous-titre de l’exemplaire décrit ci-après est « Le
Printemps ». Le titre d’Almanach de la Grisette est aussi
donné à cette publication qui a duré de trois à quatre ans.
Il est composé d’une première partie littéraire et une se-
conde illustrée.
Une affiche publicitaire de Mirande est en vente aux
bureaux de l’éditeur, 121 et 123, rue Montmartre, rue très
commerçante.
Ce numéro comporte de courts textes dont :
- chroniques sur l’Amour, Antonin Reschal,
- les maîtresses qui ne coûtent rien, P. Mahalin,
- contes militaires, Roger Villeroy,
- joli cocher, Ernest d’Hervilly,
- la boutique (poésie), Emile Hautan,
- avec le Sphinx, Belz de Villas,
- mon filleul, Martial d’Estoc,
35 - métamorphose, Emile Pommier,
- Chantage pacificateur, Richard Cross-Country.

Le texte « Chroniques sur l’Amour » est sous-titré
« Journée de soleil et d’Amour » et se termine ainsi :
Nous avons fait halte dans un village… une quantité de
jolies femmes sont venues au-devant de nous… (Ah ! petite
jalouse, je vois d’ici la figure courroucée…) mais rassure-
toi… ce sont… des négresses… Encore un baiser !
À cette époque, le racisme s’affiche ! Les négresses ne
sont pas des femmes puisqu’avec elles on ne trompe pas
son amie.
Souvenirs de chairs offertes qui remontent à l’esprit de
Reschal.

Puis se trouve également le début de « Une Inassou-
vie ». La suite du roman est annoncée pour l’album
« L’Eté » à paraître le 15 juillet (1896).
Le reste de l’album est constitué de dessins humoristi-
ques pleine page dont certains, intitulés « chez les Juifs »,
sont antisémites.

Enfin, le catalogue des publications de la Grisette com-
prend de nombreux ouvrages sur l’Amour dus à
Brandimbourg, Victor Joze, Georges de Lys, Rodolphe
Bringer, René Emery, de Ricaudy, Paul Rouget, Daniel
Riche, et le Nu au Salon pour les années 1888 à 1895.
Cartes postales
Le titre « La Grisette » est aussi la « marque » de
l’édition de cartes postales osées. Les sujets en sont des
femmes qui posent entièrement nues. Les inscriptions de
références figurent sur le verso, le recto n’est pas imprimé.
36 Début 2008, six cartes sont mises en vente sur Internet.
Une carte pour la série 34, deux pour la série 37, une pour
la série 38, une pour la série 42 et une porte le numé-
ro 455.
Le verso est vierge de toute inscription ; La référence à
l’éditeur est en écrit diagonale dans le coin droit.
Certaines de ces photographies publiées sous le man-
teau par Reschal serviront, après les retouches épilatoires,
à illustrer le Nu quelques années plus tard.
37


1896



Un recueil de nouvelles collectées dans la Grisette lan-
cé cette année sous le nom de « Contes Folichons ». Ce
recueil, relié avec une couverture en cinq couleurs, com-
prend 160 pages de contes, chroniques et nouvelles les
plus amusantes du journal.

Un autre hebdomadaire est lancé par Antonin Reschal,
« La Chanson de la Semaine », un recueil de chansons
inédites avec musique et magnifique illustration de pre-
mière page, selon la publicité écrite par l’entreprenant
littérateur.
Chaque dimanche cet hebdomadaire de quatre pages
présente un dessin nouveau en une, un dessin qui illustre
l’esprit de la chanson, paroles et musique, qui occupe les
deux pages centrales. La quatrième offre la présentation de
la revue, quelques commentaires sur des spectacles et des
réclames.
Les exemplaires en dépôt à la BNF sont visés par An-
tonin Charles Arnaud.
Le numéro 2 est intéressant.
La chanson est « Le vieux Gueux », paroles de Paul
Erio et musique d’Adolf Stanislas. Elle est dédiée à « Ma-
dame Antonin Reschal » !
La lecture de cet exemplaire apprend que
l’administration siège au 30, rue Poissonnière, que le di-
recteur est Antonin Reschal pour qui tous les droits des
chansons sont réservés, que le secrétaire de la publication
est Paul Erio et enfin que c’est l’imprimerie française im-
plantée au 123, rue Montmartre qui en assure le tirage
39 sous la responsabilité de l’imprimeur et gérant Antonin,
Charles Arnaud, soit la même entreprise que pour la Gri-
sette, mais le littérateur a remplacé Marie Pradier.
Enfin, le journal se termine par une réclame pour
l’album de la Grisette : le Printemps.
Quant à l’envoi de la chanson, il indique clairement
qu’une madame Antonin Reschal existe en 1896, elle lui
est en effet dédiée.
Et en effet, les bans sont publiés pour cette union le
6 octobre en la commune d’Aubervilliers.
La conjointe annoncée est… Marie Pradier !
èmeQue ce soit en mairie d’Aubervilliers, de Paris 8 ou
ème9 , arrondissements où déclare demeurer le littérateur,
aucune trace du mariage n’est relevée. Alors ?
La question reste posée
40


1897



Cette année marque la première publication du roman
« Une Inassouvie » en livre complet.

Celle-ci bénéficie de soixante illustrations de Charles
de Vélan, dont un portrait de l’auteur.

L’éditeur est Antony et compagnie dont l’adresse est
alors le 8 Faubourg Montmartre avant de se déplacer au 4,
rue de Savoie à Paris.

Cet éditeur sévit encore en 1900 et publie sous le titre
« Margarett », une étude sur les maisons de rendez-vous,
écrit par Gabriel Martin.
Antony, un nom proche d’Antonin.
Une Inassouvie
Le titre évolue ensuite vers « Inassouvie ».
Pour la deuxième édition, d’après le n° 34 du Journal
de Paris, ce roman de mœurs montmartroises suggestives,
est d’un réalisme très hardi.

Curieusement, cet ouvrage est très remarqué

Ce roman est cité par André Salmon dans Sylvère ou la
vie moquée paru chez Gallimard en 1956 :
On trouve dans ma bibliothèque, avec les prix Gon-
court, plus fades parce que moins clandestins que les
41 souvenirs de la demoiselle des ballets impériaux, cette
inassouvie d’amour, d’un Antonin Reschal, plusieurs an-
nées de l’Almanach Vermot, pour faire rire en société…

Et bien que le travail d’impression et de façonnage du
roman soit de qualité médiocre, le grand relieur Léon
Gruel signe un exemplaire passé par ses ateliers ; cuir,
dorures et symbole à la licorne frappé sur le dos font au-
jourd’hui de cet exemplaire un livre de collection.
Qui pouvait être cet amateur de Reschal ?
Le symbole utilisé est celui de l’hermaphrodisme, de la
pureté féminine associée à une présence phallique.
L’amateur a-t-il classé l’œuvre d’Antonin Reschal dans
un répertoire saphique et s’est constitué un enfer de biblio-
thèque ?

Le roman met en scène quatre personnages principaux.
D’abord sont présentés les Roucat, lui tient un commerce
de Vins-traiteur, son épouse, Sophie est à la recherche
continuelle de son plaisir charnel ; puis Andrée, blanchis-
seuse, couturière et enfin Étienne Varcasse.
Ce dernier a les cheveux rejetés dans le cou, façon
poète. Il écrit des articles qu’il cherche à placer dans quel-
que feuille de choux de province pour avoir la joie d’être
imprimé. Il a une aventure avec Andrée. Pauvre au début,
il finit par se construire une petite fortune.
Après de multiples aventures, Sophie, jamais assouvie
et la chair toujours en éveil, est finalement assassinée par
son époux après de multiples frasques et être devenue une
femme dissolue.

En 2002, le document de synthèse du colloque interna-
tional de Chaudfontaine ayant pour thème « le roman
libertin et le roman érotique », intitulé Actes et publié par
les éditions du Céfal, s’interroge :
42 Sans doute l’ombre de Messaline plane-t-elle sur le
roman d’Antonin Reschal où sa Sophie Roucat, jamais
assouvie, la chair toujours inassouvie…

Seul Varcasse soupçonne la vérité mais ne dénonce pas
l’époux assassin. Roucat épouse Andrée deux ans après
son crime et élève avec elle sa petite fille âgée alors de six
ans dont le père est inconnu.

Il est annoncé sur la page de publicité en fin d’ouvrage
qu’un autre roman est en préparation : « Varcasse ou Au
paradis des Hommes ».
Aucun de ces titres n’est retenu, le choix s’arrêtera sur
« Fille ou femme ».

Le 2 avril de cette année, après un examen de sa situa-
tion médicale devant un quatrième conseil, il est enfin
exempté de service militaire au motif d’une affection or-
ganique du cœur. Il est désormais libre, le départ possible
sous les drapeaux n’est plus un risque pour la gestion de
ses affaires.
43


1898



Dès le mois de janvier, le 20 plus précisément, Antonin
Reschal publie le Guide Indicateur Reschal, Paris-
Plaisirs. La Bibliothèque Nationale de France, la BNF, en
conserve trois numéros dont le dernier est daté de juin de
cette même année.

Dans le numéro des mois d’avril, mai, juin 1898, la
page de couverture indique que l’éditeur est la Librairie
Parisienne, Arnaud et Compagnie, 15 rue Saint-Lazare à
Paris. Ainsi Antonin Reschal a créé sa première entreprise,
il a alors vingt-quatre ans.

Comment finance-t-il celle-ci ? Utilise-t-il un pécule
familial ou a-t-il recours à des emprunts bancaires ou sol-
licite-t-il autour de lui ? Sans doute les deux, comme il le
fera toujours par la suite.

Le guide Paris-Plaisirs est réputé être le plus sûr, le
plus commode et le meilleur marché (50 centimes) que
tout étranger à la capitale et même le parisien de Paris,
doit consulter avant de sortir se distraire. Chaque numéro
porte sur les plaisirs et donne les renseignements de la
saison.

Il fournit les adresses des restaurants, des brasseries,
des cabarets, des galeries de peinture, des musées, etc.,
avec de nombreuses réclames.

C’est l’ébauche de tout guide touristique actuel.
45
Son contenu éclaire sur les motivations des publications
qu’Antonin Reschal lancera plus tard.

En feuilletant cet ouvrage, des publicités retiennent
l’attention. L’une se trouve page 41 et porte sur un savon,
la Créoline-Pearson, non pas parce qu’il s’agit du seul
désinfectant microscopique, mais à cause du dépositaire
qui n’est autre que Martinenq et dont l’adresse est le 10,
rue de paradis. Une autre publicité, celle figurant page 62,
qui est un extrait du catalogue de la Librairie Parisienne où
des œuvres de Zola côtoient le Kama-sutra, des ouvrages
de médecine (surtout sexologie) et d’autres romans dont
« Fille ou Femme » et « Heures exquises » d’Antonin
Reschal. Le prix de vente de ce dernier roman est trente
centimes. Une autre publication attire l’attention dans cet
extrait, « Amour charnel » de Louis Besse, vendu pour
0,30 F également.
C’est le premier ouvrage de cet ancien syndicaliste pi-
card, un temps journaliste, avec qui se lie alors Antonin
Reschal.

Ce dernier ne conserve pas longtemps l’édition de ce
guide. Un « Guide du plaisir à Paris, Paris le jour, Paris la
nuit » lui succède la même année en reprenant les mêmes
articles. L’éditeur est anonyme et n’indique que son
adresse, le 7 rue de Lille à Paris, mais il s’agit en fait
d’Albin Michel qui dresse le bilan financier de cette paru-
tion et l’arrête au numéro 10.

Outre ce guide, certains petits ouvrages dont un grand
nombre peuvent être qualifiés de coquins ou d’égrillards,
sont édités par cette maison inconnue.

Le guide Reschal, Paris-Plaisir offre un bon-prime de
livres, valable jusqu’au mois de juin seulement, deux ro-
46 mans de luxe. L’un d’eux est le roman de mœurs parisien-
nes « Fille ou femme », illustré de quatre lithographies
hors texte de Jouard.

Mais une nouvelle adresse de l’éditeur apparaît rapide-
ment, le 19 rue de Paradis, et un des ouvrages du
catalogue, signé Paulette déjà croisée à la Grisette, et inti-
tulé « Comment s’amusent deux femmes à Paris » par le
texte et les illustrations associées préfigurent le genre et la
présentation de certaines éditions de certains des romans
de Reschal.
Comment s’amusent deux femmes à Paris
Deux éditeurs ont publié ce petit ouvrage, Arnaud et
Martinenq. Dans les réclames incluses apparaissent le ro-
man Une Inassouvie et le guide Paris-Plaisirs n° 1. Le
catalogue est aussi très intéressant par la présence
d’Almanachs pour 1900 qui sont listés plus loin ainsi
qu’un certain nombre d’autres publications qui y sont ano-
nymes, notamment « la vérité sur monsieur Loubet » et
« Heures Exquises » reconnues d’Antonin Reschal, ainsi
que :
Le bain d’une cocotte, avec 13 dessins d’après nature,
La nuit d’une demi-vierge, 8 dessins avec texte,
Printemps galant, avec gravures suaves,
Le déshabillé d’une soubrette, avec 13 dessins d’après
photographies, qu’il reste à attribuer.

Le fascicule de « La nuit d’une demi-vierge » est, lui
aussi, signé Paulette et édité par Martinenq.
Il apparaît que cet auteur a signé Le coucher d’une co-
cotte chez Martinenq également, et La toilette de Clara,
illustré par A.-H. Leyrens, chez Arnaud.

47 Cet inventaire n’est pas complet mais suffit à souligner
que l’esprit de ces publications désigne clairement le ré-
dacteur des textes.

Antonin Reschal a eu recours à ce pseudonyme, extra-
polé à partir du nom de famille de sa mère et à la
consonance proche d’une femme écrivain en vogue, re-
connaissant ainsi la faible qualité de ses écrits, mais
complétant facilement son catalogue.

La dernière de couverture indique que la réalisation est
de l’imprimerie de la LP, soit la Librairie Parisienne. Déjà
l’imprimerie est associée à l’édition.


En cette fin de siècle, le roman Fille ou femme est pu-
blié par la Librairie Parisienne (1898), après Une
Inassouvie.

En 1898, dans le journal La Plume, cet entrefilet com-
mente ce roman :

Fille ou femme, par Antonin Reschal ; Librairie Pari-
sienne – M Antonin Reschal redonne quelque nouveauté à
une vieille formule romanesque qui consiste à mettre en
présence, sans qu’ils se connaissent, le père et la fille et à
les faire s’aimer. Dans le roman de M Reschal, l’intrigue
est assez bizarre et assez curieusement contée pour qu’on
excuse la banalité de la trame. D’ailleurs, on apprend à la
fin que Mlle Bengaline n’est point la fille de celui qu’on
croyait être son père. Allons, tant mieux !

Y R

Y R sont les initiales de Yvanohé Rambosson.

48 Tiens ? Mais cette description est aussi celle de « Dé-
sirs pervers » !
Ce constat conduit à diminuer le nombre des œuvres
répertoriées d’une unité car la lecture des deux romans ne
permet pas de découvrir que le second est la réécriture du
premier.

Ce roman est publié par la Librairie Parisienne, sise dé-
sormais au 10 rue de Paradis, soit à quelques mètres de
l’éditeur inconnu du nouveau guide. De là à conclure que
ce sont des adresses de complaisance pour une même en-
treprise… à laquelle un nom peut être donné : Martinenq.

Ce roman est annoncé comme le premier d’une trilogie
de mœurs, alors qu’il est la suite d’Une inassouvie.
L’histoire de Varcasse et Bengaline est qualifiée de mœurs
parisiennes ainsi que le deuxième roman, Les P’tites Vier-
ges, alors que le troisième est de mœurs bourgeoises,
Madame Cruelle. Ces deux dernières œuvres sont en pré-
paration, comme cela est indiqué sur une des pages de
garde. Mais cette histoire est déjà un second volet, celui de
Une inassouvie, Bengaline est la fille d’Andrée, la coutu-
rière qui vit dans l’entourage des époux Roucat.

Le livre est illustré par Denizot, en première de couver-
ture par un dessin en couleur d’une femme au buste
dénudé, et par quatre encarts après les pages 16, 80, 144 et
208.

Reschal profite que Varcasse soit à Montmartre pour
rendre hommage à d’excellents chansonniers, tels
qu’Eugène Lemercier, Hugues Delorme, Numa Blès,
Édouard Teulet, Trimouillat, Emile Hauton, Setty…

49 Le dernier chapitre annonce au lecteur que Bengaline a
mis au monde le fils de Varcasse qu’ils ont prénommé
Charles.
Le roman se termine en page 218 par l’indication de la
période d’écriture, soit juin-août 1897.

Une phrase de réclame au début 1901 indique que ce
roman est un roman passionnel, une idylle touchante, per-
verse, passionnelle avec un joli tableau du Paris vicieux.
Lettre à monsieur Zola : je vous accuse !
Cette année est aussi marquée par le rebondissement de
l’affaire Dreyfus (1894-1906). En janvier Emile Zola pu-
blie la fameuse lettre ouverte au Président de la
République : J’accuse !

Antonin Reschal adresse une lettre ouverte à Zola : Je
vous accuse ! Le texte tient sur deux colonnes et est publié
par Martinenq.
Cette lettre est référencée sous le numéro 601 dans le
travail de Paul Desachy, édité par Édouard Cornely en
1905 sous le titre : « Bibliographie de l’affaire Dreyfus »
qui en compte 728.
Il est également fait référence à ce document dans le
cinquantième volume des œuvres complètes de Zola, pu-
bliées par François Bernouard, volume paru en 1929 et
figure dans la liste d’ouvrages français pour servir à
l’étude de la vie et de l’œuvre d’Émile Zola.
À noter cette petite erreur dans la datation, il est écrit
1888, il est naturel de corriger en 1898.

Mais quelle est la teneur de cette lettre ?
Se fait-elle l’écho de la manifestation des étudiants le
14 janvier qui, descendant le Boul’ Mich’, criaient :
50 « À bas Zola ! Mort aux Juifs ! » ?
Compte tenu du traitement des Juifs dans les divers
écrits de Reschal, ce ne serait guère surprenant.

Or, l’année suivante, le catalogue d’Arnaud et compa-
gnie propose une brochure de 16 pages ainsi référée :
Emile Zola. Le triomphe de la vérité. Justifications des
allégations contenues dans "J’accuse", par le débat de la
"Cour de Cassation".

La découverte de la brochure puis sa lecture montre que
le titre choisi est suffisamment équivoque pour être accro-
cheur ; de Zola seuls sont les extraits de la lettre du
13 janvier 1898, le rédacteur de la brochure est Ernest,
Lucien Juin.

Aucune allusion à ce que l’éditeur a écrit sous le nom
de Reschal. La brochure est un coup médiatique, pour em-
ployer un qualificatif contemporain.

C’est dans le numéro 47, daté du 3 décembre 1899, du
Petit Illustré Amusant, qu’apparaît sous la plume, texte et
dessins, de Ferdinand Fau, sous le générique « Les Fêtes
de l’Amnistie », une page entière sur l’Affaire. Unique
réaction d’Antonin Reschal faisant suite à la décision du
président Loubet du 19 septembre, trouvée dans les docu-
ments disponibles.

Alors, il est loisible de se demander quelle position a
réellement prise Antonin Reschal dans l’Affaire et surtout
vis-à-vis d’Émile Zola.

La réponse, plus que surprenante, se lit dans le Journal
de Paris daté de 1901.
L’Affaire n’est qu’un faire-valoir, servant à rebondir
pour attirer l’attention du lecteur, comme la brochure
51 d’Ernest Lucien Juin, et a ainsi masqué le véritable fon-
dement de cette lettre.
En voici développé le résultat de mes recherches :

Maintes fois au cours de sa carrière, Antonin Reschal a
utilisé des pseudonymes ou le nom de certains de ses pro-
ches.
Ainsi des ouvrages signés Louis Besse ou Antonin
Reschal, sont ensuite attribués à Lucien Beylieuse ou
Louis Besse, comme le montrent certains catalogues.

De plus, à maintes fois, Antonin Reschal a repris ses
écrits sur de multiples supports.
C’est le cas, par exemple, de « Lettres de femmes » se
retrouvent dans la Grisette, dans Heures Exquises et dans
les colonnes du Journal de Paris (édité par Martinenq).

Deux numéros de ce journal sont particulièrement inté-
ressants eu égard au sujet.
Ils sont datés du 20 juin et du 4 juillet 1901.
Dans chacun, un article signé Louis Besse sur deux co-
lonnes en une.
Sous le titre générique de Chronique de combat, le
premier est : « J’accuse !… », le second est directement :
« Lettre ouverte à Emile Zola. »

La réunion des deux titres est troublante, même trois
ans après la date originale. Est-ce un artifice pour mieux
vendre comme cette brochure dont le texte, – Le triomphe
de la Vérité – est abusivement attribué à Emile Zola ?

Voici les deux textes que chacun peut aller lire à la Bi-
bliothèque nationale de France, dans l’une des loges où se
trouvent les lecteurs de microfilms.

J’accuse !…
52
Un capitaine de l’armée française fut condamné sous
l’inculpation de haute trahison. On mena sur son cas, une
campagne gigantesque. Les uns crurent à la culpabilité de
Dreyfus ; les autres affirmèrent son innocence. Nous ne
recommencerons pas ici le procès. Chacun a sa religion
éclairée. Personne n’est resté indifférent. Le crime suppo-
sé ou contesté était un épouvantable crime. On reprochait
à l’officier d’avoir voulu frapper sa patrie, – sa mère !…
Et l’on eut raison de se passionner à propos de cet événe-
ment. Il fallait, à tout prix, flétrir ou défendre l’homme
soupçonné justement ou injustement, réclamer toute la
vérité, exiger toute la lumière…
Mais comment se peut-il que ceux-là même qui prirent
parti, dans un sens ou dans l’autre, au nom de
l’immanente justice, lorsqu’il s’agissait de Dreyfus, res-
tent silencieux, hésitants, cois maintenant que Brière est
en cause ?
On imputait au capitaine l’intention d’un attentat
contre son pays. On impute au paysan de Corancez le
meurtre de cinq de ses enfants.
L’infamie de ce paysan mérite les rigueurs de l’Île du
Diable, et je fais grief aux amis des conseils de guerre de
ne point avoir encore livré le coupable au bourreau, – ou
bien l’outrage infligé à ce pauvre hère n’est pas moins
répréhensible que l’outrage infligé à l’officier d’état-
major, et je demande aux Trarieux, aux Pressensé, aux
Zola pourquoi ils se taisent, avec une espèce
d’obstination…
Un fait sans précédent se produit : un citoyen est déte-
nu depuis plusieurs semaines sous le plus odieux des chefs
d’accusation : l’infanticide… Et non pas l’infanticide pur
et simple, l’acte irréfléchi de la créature redoutant les
misères prochaines pour le bambin qui vient au monde et
le supprimant dans le but de les lui épargner… Et non
plus le geste – sinon excusable, du moins compréhensible
53 – de l’être qui se défend contre les fatalités de l’existence,
qui tue pour assurer son propre salut, pour se parer des
coups d’une foule bête et lâche, pour ménager sa réputa-
tion, paralyser les langues de vipère, garantir ses
lendemains…
Ce dont on accable Brière, c’est d’un quintuple assas-
sinat. On explique la préméditation ; on précise
l’ignominie… Cinq fois, vous entendez, le bandit a dû le-
ver le marteau ou le couteau sur la tête ou sur le cœur
d’innocentes victimes, laissant retomber la massue à la
bonne place, ou plongeant la lame en pleine chair, sans
hésiter, à coup sûr, savamment ; – cela, je le répète, cinq
fois, cinq horribles fois, avec la tranquillité d’un commis-
saire-priseur et l’adresse professionnelle d’un boucher…
Ce père, calme, raisonnable, expérimenté, tuait ses
gosses, adjugeait des existences humaines, dépeçait
l’œuvre de son sang !…
Des magistrats ont cru cela possible. Et l’opinion pu-
blique opine du bonnet. Et la presse quotidienne,
autorisée, toute puissante, a des complaisances de
gueuse !
J’en appelle à la presse, à l’opinion, aux magistrats. Je
dis que ce crime est invraisemblable. Je réclame, s’il est
vrai, qu’on nous apporte les preuves.
Ah ! voilà trop longtemps à la fin que l’erreur des uns
et la couardise des autres laissent s’accomplir
d’effroyables erreurs judiciaires.
Nous exigeons l’implacabilité à l’égard du paysan de
Corancez si l’on nous montre qu’il est coupable. Mais
nous l’arracherons aux vampires de la mauvaise loi et de
la mauvaise foi si l’on ne réunit contre lui que de mesqui-
nes suppositions…
On m’attaquera, je le sais, jusqu’aux pieds de cette tri-
bune indépendante. On me reprochera – comme on m’a
déjà reproché – de ne pas suivre la masse dans son aveu-
glement, de ne pas être de l’avis de tout le monde, de
54 m’inscrire en faux contre l’idée de cette belle Madame
Majorité qui séduit Jocrisse et soutient Tartuffe… Mon
courrier renfermera, demain, quelques dizaines de lettres
injurieuses. Ceux-ci me reprocheront une candeur exces-
sive, ceux-là insinueront que les économies de Brière ont
payé cet article… Qu’importe !… Je ne cours pas au-
devant des haines, mais je méprise les calomniateurs, mais
je me nourris des réconfortantes pensées, mais je goûte
l’excellence du beau proverbe arabe : « les chiens
aboient ;… la Caravane passe !… » Mais je lance mon cri
de vérité, en dépit des ironies et des représailles.
Qu’importe l’insulte de tout à l’heure ! À présent,
j’accuse !
J’accuse les magistrats d’Eure et Loir d’avoir arrêté
Brière sans preuve évidente du crime dont il n’est pas en-
core convaincu. J’accuse le même parquet de maintenir
captif un père en faveur de qui sa seule enfant survivante
témoigne éloquemment.
J’accuse les journaux, les agences ou leurs fournis-
seurs de renseignements de nous avoir trompés en
annonçant que Brière avait avoué. J’accuse les faux té-
moins qui imaginèrent, avec effronterie que je ne puis
croire désintéressée, la correspondance qu’auraient
échangée le cultivateur et sa fille Germaine…, le premier
demandant à la seconde de venir à Corancez – pour y
trouver la mort…

Il y a dans cette affaire, trop de choses louches pour ne
point émouvoir les esprits impartiaux. La seule « charge »
subsistant encore contre le malheureux paysan, c’est son
amour pour la fille d’un de ses voisins.
J’estime que l’amour, même à son paroxysme, n’a pu
engendrer pareille tragédie…

PCC Daniel Auliac.

55 Ce style est bien celui d’Antonin Reschal, celui croisé
dans de nombreux articles de cette période.

Après ce premier article, le second est celui qui est noté
dans les divers ouvrages ; le voici :

Lettre ouverte à Emile Zola

La lettre suivante a été adressée sous pli recommandé à
M. Emile Zola :

Maître,

J’écrivais il y a quelques jours dans le Journal de Paris,
un article qui débutait ainsi :
Un capitaine de l’armée française… texte raccourci
car reprise de l’article supra…
Ces lignes qui, sans doute, n’étaient pas, jusqu’à pré-
sent, parvenues à votre connaissance, ont ému d’assez
nombreux citoyens… Les uns m’ont dit : « Zola qui épousa
la cause du capitaine traître à sa patrie ne fera rien pour
accélérer la marche de la Vérité puisqu’il s’agit d’un réel
martyr… » Les autres m’ont dit : « L’admirable chantre
de la Terre, le plus colossal champion de l’équité ne sau-
rait refuser l’appui de son merveilleux talent et l’aide de
son mâle courage à la victime de n’importe quelle erreur
judiciaire. »
Pour confondre les uns ou désabuser les autres, je
prends la liberté de vous adresser cette lettre. Je me per-
mets de réclamer votre concours en faveur de Brière,
accusé d’un quintuple assassinat.
Il ne nous appartient pas encore d’affirmer que le pay-
san de Corancez est innocent. Il est de notre devoir, au
moins, de constater que cet homme est détenu sans preuve
de culpabilité, de flétrir les mœurs d’une catégorie de ma-
gistrats qui emprisonnent à l’aveuglette et retourne
56 l’opinion publique avec de faux renseignements comme ils
arrachent les aveux avec de fausses promesses, comme ils
décident les jurys avec de faux témoignages.
Au nombre des correspondants inattendus qui m’ont
honoré de quelques mots d’approbation, plusieurs m’ont
écrit des pages qu’une mauvaise action n’inspirerait pas.
Une femme au cœur généreux, un écrivain d’élite,
s’exprime en ces termes :

Chancelade (Dordogne)

Monsieur,

Je ne sais si vous recevez, comme vous le dîtes, des let-
tres injurieuses à propos de votre article sur Brière. Tout
est possible dans la crise d’inconscience qui traverse no-
tre époque. Mais je veux vous dire le soulagement que
m’apporte votre appel ; il me permet de m’y joindre, de
me délivrer du remords du silence.
Si jamais accusation fut illogique, invraisemblable, in-
soutenable, c’est bien celle qui veut faire de Brière
l’assassin sans motif des enfants qu’il adorait. Et ce que je
ne m’explique pas c’est l’acharnement de la foule, des
magistrats, des journaux contre ce misérable. Pourquoi ?
Dans quel but ?
Parviendrez-vous à faire avouer aux acharnés le mo-
bile de leur étrange crédulité ?
Pour moi, Brière eut-il avoué – la torture morale ob-
tient de ces succès-là – que je persisterais à nier son crime
que la folie seule pourrait expliquer, et il n’est pas fou.
Bon courage, mon cher confrère.

Georges de Peyrebrune.

Vingt autres lettres sont là, sur ma table de travail, qui
développent la même idée, posent les mêmes questions. Il
57 en est que m’ont envoyées des soldats. Il en est qu’ont
signées des confrères. Et la presse quotidienne ne
s’inquiète pas, ne se réveille pas, ne se révolte pas. Un
mot de vous pourrait changer la face des choses, con-
traindre les instructeurs à s’expliquer, forcer les journaux
à prendre parti, obliger la foule à ne pas laisser
s’accomplir ce qui peut être une infamie. Ce mot je vous le
demande ; je l’espère – je l’attends. Une seule « charge »
pèse encore sur le paysan de Corancez : il aimait la fille
de son voisin ! Et c’est de cet amour avoué, proclamé, que
l’on tira d’abominables déductions. Et l’on donne cet
amour comme le prétexte, comme la définition de cet hor-
rible infanticide. Et l’on érige en principe qu’un père peut
tuer ses cinq enfants parce qu’il est amoureux !
Les dépositions contradictoires n’ont pas troublé la
conscience des juges ; les versions mensongères n’ont pas
ébranlé la foi des reporters ; les larmes de la petite Ger-
maine n’ont pas apitoyé la masse sur le sort du « cher
papa ».
Votre intervention pourrait un miracle. La refuserez-
vous à Brière, à sa fille, à l’humanité ?…

PCC Daniel Auliac.

Aucune trace de réponse d’Émile Zola ne figure parmi
l’ensemble des documents que gèrent les diverses associa-
tions naturalistes.

Reschal n’a aucunement mis en cause le maître dans le
cadre de l’Affaire Dreyfus, il s’est engagé pour soutenir le
personnage central d’un fait divers sanglant dans lequel
une aventure amoureuse s’était glissée.
Il faut ajouter que cet événement s’est produit en 1901,
avril ou mai, et non en 1898. D’autres se sont laissé abu-
ser. Il en est ainsi de Paul Desachy qui a considéré que ces
58 articles étaient à intégrer à l’Affaire, alors qu’aucune ar-
chive spécialisée ne les contient

Un petit complément savoureux à cette lettre à Emile
Zola est la référence de l’écrivain périgourdin : George de
Peyrebrune. Cette femme a écrit notamment « Victoire la
rouge », un roman apprécié d’Octave Mirbeau dans lequel
il trouve l’inspiration pour enrichir « le journal d’une
femme de chambre ».

Heures exquises est annoncé sans donner le nom de
son auteur dans le catalogue de la Librairie Parisienne. Le
petit ouvrage illustré de soixante-quatre pages est ano-
nyme comme les deux autres éditions.
Reschal ne se dévoile pas toujours comme auteur et
certains de ses écrits restent ainsi sans déclaration de pa-
ternité, quand il n’invente pas le nom d’un littérateur.
En fait, ce livre est le regroupement de courtes nouvel-
les qui sont dans l’ordre d’impression :
- Children’s house,
- Donneuse d’amour,
- Son ventre (aux bouffes montmartroises), page 9,
- En Bretagne, page 12,
- Ancienne courtisane, page 26,
- Pour la cocarde, page 30,
- Pour se procurer une maîtresse, une saynète,
page 37,
- Chair nègre, page 40
- Page d’Amour, page 42,
- Lettres de femmes, quatorze, page 51.

59 L’édition de ces courts textes, que ce soit en livres ou
dans le Journal de Paris, confirme que non seulement Res-
chal a beaucoup écrit et mais il est possible de lui attribuer
d’autres recueils anonymes qu’il a édités, ainsi que ceux
édités par Martinenq, autour de 1900.
Dans certains journaux, il affirmait que tous les textes
publiés étaient de sa main.
Le Petit Illustré Amusant.
Cette fin d’année marque la parution des premiers nu-
méros du Petit Illustré Amusant, journal humoristique
paraissant le samedi. Antonin Reschal est, naturellement,
le rédacteur en chef.
Cette parution est plus élaborée que La Grisette et les
participants sont cités, le papier est fourni par la maison
Chauveau, l’imprimeur-gérant J. Grognard et les coloris
de la maison Richard.
L’imprimerie spéciale du PIA qui assure la presse est
installée rue du Bouloi.
George Delaw, Jacotot, Mauryce Motet, Sandy-Hook et
Ferdinand Fau sont de l’équipe des illustrateurs.
Cette parution semble s’intégrer entre « la Grisette » et
« le Journal de Paris », bien qu’elle existe encore en 1907-
1908, mais sous une forme et avec un fond différents.
Les articles des premiers numéros ont pour titres géné-
riques : « Chronique », « Notes intimes » ou « Mes petites
loufoqueries » et des échos et nouvelles ; les collabora-
teurs d’écriture sont Armand Juin, Henri Bachmann, Marc
Anfosi et Radiguet.
Ce dernier, dans l’un des numéros met en scène Anto-
nin Reschal dans un article « Concours bimensuel de
notoriété ».
Après avoir cité nombre événements survenus de par le
monde, le pamphlétaire affirme que le plus important
60 d’entre eux est « le joyeux et merveilleux banquet offert
aux collaborateurs du Petit Illustré Amusant par leur
sympathique directeur Antonin Reschal ».
Un extrait de la partie de l’article sur ce banquet sera
repris plus loin.
61


1899



Les parutions de cette année éclairent les découvertes
précédentes. La Librairie Parisienne, Arnaud et Compa-
gnie, publie de nombreux almanachs :
- Almanach de la Vie Comique, almanach remar-
quable car en 1901 l’éditeur change, la librairie
Martinenq, située au 10 rue de Paradis prend la
succession. Reschal et Martinenq sont donc asso-
ciés.
- Almanach des Grosses farces du Major. Un renvoi
intérieur dans le numéro pour 1901 cite la Librairie
du Nouveau Siècle qui n’est autre que celle de
Martinenq,
- Almanach de L’Agriculteur populaire,
- Almanach des Foires et des Marchés,
- Almanach du Bon Père de Famille et des recettes
utiles,
- Almanach du Petit Illustré Amusant,
- Almanach de la cuisinière,
- Almanach des Grisettes.

La plupart de ces parutions qui sont consultables à la
BNF ont comme traits communs d’avoir soixante-quatre
pages, un calendrier, des illustrations, des conseils et quel-
ques histoires courtes.
Quelques noms d’illustrateurs : Ferdinand Fau, Delaw,
Moriss, et de littérateurs : Armand Juin, Louis Demaray,
63 Victor Leca, Florentin Lapierre, Marthe Lys ou Georges
Brandimbourg, figurent parmi les associés à ces journaux.
D’autres almanachs sont cités, outre celui des « Griset-
tes », et celui des « Youpins ».
« L’almanach chantant pour 1900 », un répertoire des
grands concerts et cabarets de Montmartre, à rapprocher
de « Scala concert – chansons de Montmartre », apporte
des informations troublantes. En dernière page, sont ex-
traites du catalogue de la maison Arnaud et Compagnie,
les deux lignes :
Lucien Beylieuse, « Contes roses et rosses »,
Lucien Beylieuse, « La vérité sur monsieur Loubet ».
Le premier a été déclaré avoir été écrit par Louis Besse,
ses initiales sont conservées et le second par Antonin Res-
chal.
Le catalogue qui figure en fin de brochure, Emile Zola,
le triomphe de la vérité, contient les mêmes informations.
Lucien Beylieuse remplace également Louis Besse pour
signer les chroniques en alternance avec Antonin Reschal
dans le Journal de Paris.

Pourquoi à l’aube de 1900 un nouveau pseudo est-il af-
fiché ? Combien de pseudos ont-ils été utilisés ?
La vérité sur monsieur Loubet
Livret de 64 pages ou 32 selon les publicités, au-
jourd’hui non découvert, il n’est possible que de dresser le
climat de l’époque à grands traits.

La seule référence trouvée dans les productions de Res-
erchal est « Loubet 1 » dans le musée de Sires.
Loubet est élu à la présidence de la République. Son
septennat commence dans la confusion des scandales (ce-
64 lui de Panama en particulier) ; il est accueilli au cri de
« Loubet démission » ou « Loubet Panama ».

La France est toujours en pleine affaire Dreyfus et le
nouveau président appelle à la modération :
« Personne n’a le droit de dire que je suis dreyfusard ou
antidreyfusard. Je suis avec la majorité de la Nation pour
la vérité. »

Cette neutralité lui vaut l’hostilité de la droite, à l’été, il
est injurié et frappé au champ de courses d’Auteuil.
La grâce de Dreyfus est prononcée le 19 septembre.

La parution de ce petit ouvrage, anonyme, intervient en
fin d’année. Aucun exemplaire n’ayant été découvert à ce
jour, des spéculations ne permettent pas à elles seules de
situer l’esprit du texte.

Après la lettre à Zola, Reschal soutiendrait l’action du
Président de la République, ce malgré son apparente aver-
sion des juifs.

Plus tard, en 1903, Edmond Lepelletier de Bouhélier,
dans la lettre de saisine pour obtenir la décoration du litté-
rateur souligne que la seule incursion dans le domaine
politique que fit Reschal, le fût évidemment pour soutenir
le président Loubet.

Edmond Lepelletier, député et ancien journaliste, franc
maçon et antidreyfusard, et pourtant ami de Verlaine et de
Zola, s’adresse alors à monsieur Leroy, au Cabinet du Mi-
nistre de l’Instruction publique.
Il évoque aussi les remerciements écrits du président au
littérateur, à la réception de cette lettre.

D’autres acteurs de la défense de Dreyfus évoluent dans
l’entourage de Reschal, notamment Paul Brulat qui publie
65 un ouvrage sur l’« Affaire » en 1898 et perpétue le souve-
nir de Zola qui décède en septembre 1902.

Monsieur Esménard, de la maison Albin Michel, écrit
que François Coppée et Jules Lemaître apprécient « Le
journal d’une saphiste » ; ces derniers participent avec
Barrès à la fondation de l’association antisémite et anti-
dreyfusarde, la Ligue de la patrie française.

C’est la confusion, Reschal est-il pro ou antidreyfu-
sard ? Il est apprécié par des membres des deux camps, et
bien que quelques lignes dans « Fille ou Femme » et « Dé-
sirs Pervers » soient antisémites que certaines de ses
publications soient marquées, rien ne prouve une partici-
pation active dans l’un ou l’autre camp.
La Librairie Parisienne et autres.
Les catalogues de la Librairie Parisienne figurant dans
les diverses publications, parfois avec d’autres noms tels
que la bibliothèque du petit illustré amusant, indiquent
aussi les goûts du maître des lieux. Sont publiés des ro-
mans tels Le Désir de Georges Rouxel, La Débauche et
Amour Charnel de Louis Besse, ou Cœur Immolé de Louis
Labourette, les Almanachs, La Cuisinière Populaire ou des
Codes, tel le Code de la location ou la loi officielle (sic)
sur les accidents du travail.
Érotisme, gastronomie et règlements forment les thè-
mes du fonds des éditeurs MM Arnaud et compagnie.
La maison est, en plus de fournisseurs d’articles
d’attrapes, farces et surprises, vendeur de jouets de Noël et
du jour de l’an pour cette fin 1899.
66


1900



Le changement de siècle est socialement marqué par
une fracture. Une minorité de la population a le pouvoir et
l’argent et le reste de la population un maigre salaire et
peu d’espoir.

C’est cette période que certains sociologues qualifient
d’ère de la lutte pour l’appropriation de la richesse.

Cette lutte est celle que mène Charles Arnaud dès ses
premières actions et ce jusqu’à la fin de sa vie. Une quête
pour être riche, respecté, entouré…

Il a la ferme intention d’être reconnu pour son esprit, sa
maîtrise de l’écriture et son sens des affaires. Plein de pro-
jets, il se doit de sortir des monologues ou autres guides, et
est persuadé d’avoir trouvé le mode d’occuper le devant
de la scène. Alors pendant près de vingt ans, Antonin Res-
chal va faire feu de tout bois pour percer et créer une
œuvre durable. Il s’investit de toutes ses forces physiques
et financières. Ces années de maturité sont celles où il
innove, se bat, tombe et se redresse.

L’année 1900 est riche en productions d’Antonin Res-
chal et notamment « Le Journal de Paris » qui peut être
considéré comme succédant au « Petit illustré amusant » et
à « Grisette ».
C’est aussi l’année de l’Exposition Universelle et Louis
Besse, associé à Augustin Bernard, publie le guide com-
plet du visiteur intitulé « Huit jours à Paris pendant
67 l’Exposition Universelle » chez Arnaud et compagnie, 19,
rue de Paradis.
L’éditeur, donc Antonin Reschal, préface par cette
note :
La Direction de la Librairie Parisienne qui a accepté,
désiré que toute réclame soit bannie de ce guide, a établi
pour toute la durée de l’Exposition Universelle à son
siège…, un service de renseignement absolument gratuit à
toute personne munie de ce guide pour obtenir les adres-
ses pour tous les quartiers : des restaurants où les prix
sont modiques, les hôtels…, les magasins… les établisse-
ments de plaisirs où, sans grande dépense, l’homme ou sa
famille…
Le Provincial et l’Etranger ont été trop souvent exploi-
tés à Paris. Nous entendons que nos lecteurs rencontrent,
grâce à nous, une cordiale hospitalité en 1900.

C’est un peu du Guide Reschal qui transparaît au tra-
vers de ces lignes. Ainsi il est confirmé que l’expérience
de la montée à Paris de Reschal se soit accompagnée de
quelques turpitudes qui l’ont aigri.

Bien qu’il déclare ne faire aucune réclame, un encart
indique que l’Institution Saint-Charles au 19, boulevard
des ormes à Rueil en Seine-et-Oise, propose des chambres
et des demi-pensions.
Cette institution est un pensionnat et un externat pour
Jeunes Gens et il en est ignoré aujourd’hui l’origine.

La lecture du guide de Louis Besse est d’autant plus in-
téressante qu’en fin se trouve en pleine page une
photographie de la devanture de la Librairie Parisienne,
deux vitrines de part et d’autre de l’entrée au-dessus de
laquelle est marquée « Arnaud et Compagnie ». Sur une
vitrine : le Petit illustré amusant, sur le trottoir devant,
trois hommes, Antonin se tient au milieu.
68
Du catalogue des publications ressortent certains ro-
mans, tels Une Inassouvie ou Fille ou femme ainsi que des
romans de Louis Besse, Le Petit illustré amusant dont le
rédacteur en chef est Antonin Reschal et le Musée de Sires
dirigé par le même.
Enfin une publicité :
Surprises, farces, attrapes.
Accessoires pour le cotillon.
Articles comiques pour fêtes de famille,
Soirées, bals et réunions de jeunes gens.
Maison Arnaud et Compagnie.

Antonin Reschal a les mêmes activités que son voisin
du 10, Martinenq, son successeur, associé voire prête-
nom.
Le journal de Paris
Ce titre n’est pas choisi au hasard car le Journal de Pa-
erris a été le 1 janvier 1777 le premier quotidien français et
est resté un journal d’information non illustré jusqu’à ce
que sorte cette ultime version.
Les réclames qu’Antonin Reschal concocte pour cette
publication soulignent que tous les hommes d’esprit, tous
les amoureux, toutes les femmes de goût et toutes les cu-
rieuses la lisent.

Dans les pages de publicité d’un de ses romans, il
écrit :
Littéraire, artistique, illustré en couleurs, paraissant le
jeudi et le dimanche, le journal de Paris est le plus gaulois
des grands formats parisiens.
Il propose une variante dans l’« Almanach de la vie
comique » pour l’année 1901, plus sobre :
69 Littéraire, artistique, gaulois, illustré, à grand format.

Antonin Reschal est le rédacteur en chef et l’adresse de
la direction du journal est annoncée au 108, rue Réaumur
puis au 39, rue de Trévise à Paris. À cette date les publica-
tions Offenstadt sont également installées à cette dernière
adresse.

Les propos dithyrambiques croisés d’Antonin Reschal,
de roman pour le journal et d’articles du journal pour les
livres, notamment le journal d’un amant, se comprennent
alors aisément. L’adage « on n’est jamais aussi bien servi
que par soi-même » est mis en œuvre par Reschal.

L’annonce de la sortie du Journal de Paris chez Marti-
nenq comporte une courte liste d’écrivains associés, Paul
Bourget, Dubut de Laforest, Gyp, Henri Lavedan, Camille
Lemonnier, Hugues Le Roux, René Mazeroy, Catulle
Mendès, Armand Sylvestre et Emile Zola.
Le roman « Gibier de Saint Lazare » de monsieur Ma-
cé, ancien chef de la sûreté, doit y être publié en feuilleton,
mais il ne s’y retrouve pas.

Le premier exemplaire de cet hebdomadaire qui évolue
ensuite vers une édition bihebdomadaire est daté du
27 décembre 1900. Le dernier, le numéro 206, est daté du
19 février 1903. C’est alors devenu un journal grivois
comme quelques autres, sans relief.

Le numéro 1 est tiré à 300 000 exemplaires.

Si le rédacteur en chef est Antonin Reschal, la présence
de Louis Besse, secrétaire de rédaction, souligne l’amitié
voire la complicité, qui lie les deux hommes à cette épo-
que.
Le directeur administratif est Marius Guillon.
70
En une, une longue liste énumère le nom des collabora-
teurs du journal. Ils sont et seront notamment Paul Adam,
Jean Alcard, Paul Alexis, Alphonse Allais, Tristan Ber-
nard, Louis Besse, Paul Bourget, Alexandre Boutique,
Eugène Brieux, Aristide Burand, Alfred Capus, Armand
Charpentier, Léo Clarétie, Michel Corday, Georges Cour-
teline, Hugues Delorme, Gaston Derys, Georges
Docquois, Dubut de Laforest, Henri Duvernois, René
Emery, Paul Foucher, Eugène Fournier, Hector France,
Augustin Germain, Gyp, Abel Hermant, Victor Jozé, Paul
Lacour, Fernand Lafargue, Henri Lavadan, George Le-
comte, Jules Lemaître, Camille Lemonnier, Edmond
Lepelletier, Jules Lermine, Hugues Le Roux, Jean Lorrain,
G Macé, Paul et Victor Marguerite, J Marni, Martin Gale,
Catulle Mendès, Octave Mirbeau, W de Pawlowski, Ca-
mille Pert, René de Pont Jet, Marcel Prévost, Rachilde,
Jean Reibrach, Jules Renard, Antonin Reschal, Daniel
Riche, Jean Richepin, Maurice Rollinat, V du Saussay,
Armand Sylvestre, Maurice Talmeyr, Jane de la Vaudère,
Willy, Xanrof et Emile Zola.

Des noms devenus illustres au milieu de moins célè-
bres, d’inconnus et de pseudonymes. Parmi tous ces
littérateurs, seuls Paul Alexis, Georges Courteline, Dubut
de Laforest, Gyp, Camille Lemonnier, Catulle Mendès,
Jean Reibrach, Jean Richepin et Emile Zola étaient des
collaborateurs de la Grisette.

Cette longue liste n’est pas exhaustive car des articles
sont signés de Cri-Cri ou d’Yvanohé Rambosson. Les der-
niers numéros voient les signatures de Léon Naverdie et
de Charles Montfort. Ces deux derniers personnages se
retrouvent sur le chemin de Reschal plus tard.

71 Il ne faut pas oublier les illustrateurs qui collaborent à
ce titre. Le premier numéro liste Collet, Couturier, Depa-
quet, Poulbot, Ferdinand Fau, Roubille, Méria, Monaire,
Gottlob, Guydo, Lourdey, Iribe, Front. Les numéros ulté-
rieurs publient d’autres illustrateurs tels que Plumet, Jack
Abeillé, Ed Bernard, Sandy Hook.

Dans les premiers numéros se lit une discrète réclame
pour l’Institut Sant-Charles de Rueil.

Au cours des quatre années de parution, la présentation
du Journal de Paris évolue.

Le 5 janvier 1902, le frontispice de la une est modifié.
Les bureaux de la rédaction sont transférés au 12 boule-
vard Magenta, Antonin Reschal occupe le poste de
directeur littéraire, Louis Besse disparaît, les bureaux de
l’administration se situent au 7 rue Abel Hooclanque et inistrateur est Jean Thol qui est remplacé le 27 mars
par Élie Brachet et Reschal reprend le titre de rédacteur en
chef. Ces changements sont la conséquence de quelques
difficultés financières qui s’estompent, provisoirement,
quelques semaines plus tard.

En effet, le numéro 113, du dimanche 30 mars 1902, a
une nouvelle présentation très new style, des cœurs et des
femmes de style Mucha entourent le titre. Le siège de la
rédaction et de l’administration est désormais au 23 rue
Richer, si Reschal conserve son poste, Offenstadt frères
sont directeurs administratifs.

Le numéro 136 est le premier numéro au format 30×45,
plus petit, et le nom de Reschal disparaît du frontispice. Le
nombre de dessins de petites femmes augmente.

72 Le numéro 162 du 18 septembre 1902 annonce un nou-
veau changement de format, douze pages en 32×25.
L’objectif du journal évolue au numéro 181, il devient une
publication gauloise et amusante ce qui n’est pas sans rap-
peler les titres des publications de la Librairie Parisienne.

Un encart dans le numéro 206 invite les lecteurs à faire
l’acquisition du roman Les Cythéréennes de Charles
Montfort qui était le feuilleton depuis le numéro 181 au-
près de l’administration du journal qui cesse sa parution à
compter de ce numéro.

Dans tout cet article, la numérotation est celle décomp-
tée depuis le 27 décembre 1900, ne tenant aucun compte
des changements dus aux nouvelles séries.

Cette aventure du Journal de Paris montre que celle-ci
s’intègre dans les affaires fluctuantes de Reschal, qu’elle
lui a permis de rencontrer les frères Offenstadt et les con-
vaincre de se lancer dans le monde de l’édition.

Jean Louis Tranchant, (in L’apothéose de roman
d’aventure : José Moselli et la maison Offenstadt), rap-
porte qu’un jour, un jeune auteur propose à l’un des frères
un manuscrit pour qu’ils l’éditent.

Après lecture, ils décident de tenter l’expérience et de-
viennent éditeurs. Comme beaucoup de leurs confrères, ils
s’intéressent à une littérature égrillarde. Ils créent plu-
sieurs collections de romans et de publications aux titres
évocateurs au sein de collections nommées « Orchidées »
ou « Les voluptueuses ».

Ce jeune auteur ne peut être que Reschal. L’argument
majeur de cette affirmation est que ce dernier et les frères
Offenstadt sont associés dans l’édition du Journal de Paris
73 puis de quelques romans au début de la création de leur
maison d’édition.

Dans leur catalogue, comme dans celui de la Librairie
Parisienne Arnaud, outre des livres de vulgarisation médi-
cale, nombre de titres à sujet sexuel sont relevés.

L’hypothèse qu’Antonin a vendu son portefeuille de ti-
tres à Charles, eh oui Charles, Offenstadt devient
plausible.

Les sujets traités par le journal de Paris sont
d’actualités mais plus orientés vers la vie courante, les
femmes, le sexe, bref la « vie parisienne ». Les dessins qui
illustrent chaque numéro, au nombre limité de quatre dans
les premiers exemplaires, sont semblables à ceux qui figu-
rent dans d’autres publications telles le Pêle-Mêle,
Fantasio, le Sourire et la Vie Parisienne.

Un peu de réclame, des romans, de courtes nouvelles,
certaines se suivent de semaine en semaine, et une chroni-
que sur la vie théâtrale. Cette dernière est signée
d’Antonin Reschal, pour la plupart des numéros.

Dès le numéro 1, le journal de Paris publie, en tranches,
Les confessions de deux enfants de la fin du siècle, roman
signé de Reschal et de Louis Besse.

Il est annoncé que les deux compères signeront une
chronique en alternance pour chaque numéro.

La publication du « Journal d’une femme de chambre »
d’Octave Mirbeau est annoncée dès le numéro 15, la pu-
blication commence dans le numéro 18. Ce, grâce à une
autorisation spéciale de l’auteur qui permet que son roman
soit diffusé en épisodes.
74 Son nom se retrouve en signature de quelques chroni-
ques ou nouvelles, ainsi que Jean Lorrain, Catulle Mendès,
Aurélien Scholl et Emile Zola.

Sauf omissions qui seraient bien involontaires, Antonin
Reschal a signé les courtes nouvelles suivantes :
- Petite histoire « fille » (rencontre avec une putain
en congé), n° 9 ;
- Usine à louer, n° 10 ;
- Petite âme bleue, n° 11 ;
- Une fin, n° 14 ;
- Galatée vénale, n° 15 ;
- Le démon de l’or, n° 18 ;
- Insexués, n° 23 ;
- Chairs à louer, n° 25 ;

Qui, par la suite sont regroupées par thème :
L’amour en chronique :
- Sur Vénus de Michel Corday, n° 31 ;
- La jalousie, n° 33 ;
- Bonne à tout faire, n° 35 ;
- Égoïsme, n° 69 ;

Le parterre fleuri :
1- La joie du crime, n° 36 ;

1 Antonin Reschal dévorait la presse. Cette semaine-là, elle était
émaillée de nombreux articles relatant des crimes. Il écrit :
« … partout du sang, à des mains, à des visages… Et la soif du sang
(n’) est-elle que dans les conversations… le crime devient une nécessi-
té, comme l’envie génésique.
75 - La vertu à l’envers, n° 39 ;
2- La liberté d’aimer, n° 41 ;
- Les infernales, n° 45 ;
- Une démolisseuse, autre n° 45 ;
- Consciencieuse, n° 47 ;
- Atavisme, n° 61 ;
- Une amoureuse, n° 66 ;
- La gueuse, n° 67 ;
- Deux lettres, n° 71 ;
- Pauvres petits, n° 77 ;
- Restons amants, n° 79 ;

La vie en miettes :
- Carnet d’un parisien 1, n° 51 ;
- Carnet d’un parisien 2, n° 53 ; le vendredi à Gran-
ville
- Carnet d’un parisien 3, n° 55 ; le vendredi à Di-
nard
- Carnet d’un parisien 4, n° 59 ; le vendredi aux Fo-
lies Bergère
- Carnet d’un parisien 5, n° 64 ; Ève rénovée ;
- – vernissage, n° 122 ;
- Carnet d’un parisien 6 – mardi chez Bourdelle,
vendredi au bal des 4’z Arts, n° 124 ;

Et toutes ces envies barbares font place à celle d’aimer et des étrein-
tes farouches mélangeant des êtres avec la volonté de créer des
existences … tout en songeant aux joies de faire du mal. »
2 Ce texte est repris en totalité page 269.
76