Les Hirondelles de la République

Les Hirondelles de la République

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Français
66 pages

Description

Qu’advient-il dans une « famille » qui compte six adolescents, deux filles et quatre garçons de cultures et d’âges divers, lorsque naît un enfant dont la mère est d’origine kabyle ? Un enfant-hirondelle, comme « venu » de l’autre bord de la Méditerranée, et qui se développe, alors que l’actualité violente et les élections présidentielles amènent à mettre en scène les relations entre les générations et à s’interroger sur l’avenir de notre société ? Le récit s’effectue à partir d’un ensemble de poèmes-confidences suggérés par les événements et par la question du divorce : la naissance de l’enfant a lieu le 4 août, anniversaire de l’abolition des privilèges, et conduit à la veille de l’élection de 2017. Neuf mois de vie intense du groupe et du tout-petit suscitant passions et rencontres.


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Informations

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Date de parution 31 août 2017
Nombre de lectures 1
EAN13 9782414126200
Licence : Tous droits réservés
Langue Français

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Cet ouvrage a été composér Edilivre

175, boulevard Anatole France – 93200 Saint-Denis

Tél. : 01 41 62 14 40 – Fax : 01 41 62 14 50

Mail : client@edilivre.com

www.edilivre.com

 

Tous droits de reproduction, d'adaptation et de traduction,

intégrale ou partielle réservés pour tous pays.

 

ISBN numérique : 978-2-414-12618-7

 

© Edilivre, 2017

 

À notre septième petit-enfant

Ta naissance est une belle fête,

Mais sans faste ni tremblements.

Car tu t’avances sur la scène simplement

Sans tambours ni trompettes.

Et ton prénom ouvre la voie d’un avenir

Original en cette France qui tremble et qui vacille.

Tu viens de naître en cette nuit du 4 août

Et tu glisses au centre, réorganisant l’espace,

Abolissant d’un trait les privilèges

De tes demi-sœurs, de tes petits et grands cousins,

Ouvrant d’un trait une ère nouvelle

De rencontres et de chants souverains

En cette France qui espère et qui projette.

Tu es le fruit d’une croisée des chemins,

De rencontres et de voyages

Et d’une passion unique de partage.

Car tu mets en balance

Les oliviers de Redjaouna

Et ceux de la Provence,

L’âpreté du Djurdjura

Et la courbe douce des pentes d’Argenteuil,

Où est née ta mère

À l’esprit scientifique.

Elle a toujours bien travaillé,

Aidant jeunes frères et jeunes sœurs,

Puis lycéens,

Avant de te mettre au monde.

Ta venue signe la déroute des enragés de la violence

Qui partout dans l’ombre s’agitent

Et lancent la mort sur cette France qui croit toujours

En elle-même, son futur lumineux sur la main.

Tes vagissements et tes yeux à peine ouverts

Dressent le dessin d’une maison élargie

Et d’un avenir commun,

Que ce grand-père qui te parle, cartographe d’aventures,

Dépose ici en manuscrit, s’efforçant de saisir avec toi

La position médiane des nouveaux nés de la République.

Aussi pas de bar-mitzvah pour toi, bien sûr,

Comme pour ces deux grands cousins

Qui déjà t’attendent tendrement.

Et tu iras peut-être à la mosquée,

Comme ils allaient à la synagogue,

Et surtout à l’école de la République.

Pas de messes romaines comme en a connues

Ton mécréant de grand-père qui maintenant se reprend

Et jette bas sa fièvre voltairienne

Et nous serons réunis pour l’Aïd el Kébir

Dans un repas de famille et de plaisir.

Pas le désir de te convertir au culte catholique,

Comme ta demi-sœur adolescente qui se cherche

Et prospecte.

Je te vois aussi proche de ces deux lascars qui te devancent au collège

Dans leur religion de l’image et du loisir.

À toi le portable, les écoutes sur l’oreille, le skate-board au pied.

À toi le kite-surfing, le rafting, le canyoning,

L’emportement des séries télévisées,

Bandes dessinées, tablette, ipad en bannière.

À toi, les vols aller-retour vers la Kabylie, autre grand-mère !

Toi, hirondelle du bonheur en cette fin de l’été.

À ta fraternité, à la laïcité et à l’école encore et toujours de la République !

Tu as tout pour gagner, diront les uns.

Tu es un nouvel héritier, diront les autres.

D’abord un nouveau citoyen !

C’est donc toi qui choisiras et qui feras ta route.

Tu me le fais savoir par ton ébauche de sourire

Et par cette plongée de la tête dans les bras de ta mère,

Avec qui pour la première fois s’établit notre échange,

Sous cet arbre dans ton propre jardin où poussent ces plantes aromatiques,

Où se lisent les sources d’un autre festin, d’un autre partage

Avec ton père qui est pour toi aux petits soins.

Dans le flamboiement des incendies de notre été sauvage,

Annonce de futures rencontres et des joies imprévues.

Avec ta famille venue de l’autre bord de la Méditerranée,

Nous connaîtrons la force d’une nouvelle assemblée.

Mais il faut sans doute que je te présente tes proches,

Que tu saches avec qui tu auras affaire,

Que tu aies une idée des liens

Qui vont présider à ton destin.

Les voici donc les représentants de ta génération,

Dans le grand vent

Qui, depuis ta naissance,

Bouleverse et transforme nos relations.

 

Et je commence par la plus vive et parfois la plus pathétique !

L’adolescente

Elle a tous les charmes de l’innocence, ta demi-sœur –

Elle qui pleure le départ de son père qui est aussi le tien –

Et toute la rouerie d’une coquine inconscience.

Elle te devance de près de quinze années,

Mais garde la naïveté des premiers jours.

Nous la prenions alors tendrement dans nos bras

Et, joue contre joue, œil câlin pour œil câlin,

Sans fard, ni crème de beauté,

Nous la couvrions de baisers,

Comme tes parents te couvrent à leur tour.

Et elle disait souvent : « Je péfère papa » ou « Je péfère maman »

Ou « pépé » ou « mémé. »

Maintenant parfois une rage la prend, car elle se veut libre,

Depuis que ses parents ont divorcé.

Et elle montre les griffes comme un tigre,

A pour amis des copains redoutables

Qui pourtant lui chipent son portable.

Mais elle a aussi des regains d’affection

Et vient se lover encore

Dans les bras de Mémé.

Elle n’a pourtant qu’une idée : vivre à Paris

Car la banlieue est un lieu infâme,

Indigne de sa noble Majesté.

Elle n’a qu’un but : s’inonder de parfums,

Economiser pour faire les boutiques,

Du shopping !

Elle a aussi un grand cœur qui l’épanouit.

Tu ne comprends pas très bien où je veux en venir ?

Tu le sauras un jour. Sera-t-elle mariée alors ?

Elle ne va pas dans les « boîtes » le soir, comme parfois

Ta demi-sœur aînée et tes grands cousins.

Elle va dormir chez des copines ou parfois déjeuner au japonais du coin.

Une surprise pourtant, qu’elle ajoute à celle de ta naissance :

Elle a maintenant une amie

Polonaise qui lui parle du pape à Cracovie et qui lui dit le catéchisme.

Elle voudrait se convertir.

Non, a répondu son père, qui n’en revient pas, mais d’habitude ne dit rien.

Pense d’abord à tes cours de l’année qui vient.

Tu passes en seconde et tu auras fort à faire,

À calculer juste,

À corriger ton français,

Aligner des phrases qui se tiennent.

Car bien compter ou bien écrire

Prépare à la vie cohérente.

Comme si l’expression recouvrait écriture et présence.

Et elle est loin d’être sotte, la fine mouche ! Elle a des réparties incroyables

Et souvent un solide bon sens.

Il suffirait qu’elle se mette à vouloir travailler

À vouloir grandir…

Mais elle est grande et nous dépasse presque !

À devenir adulte alors ?

Elle aura « ben...