Les Lionnes de Tanger

Les Lionnes de Tanger

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Livres
146 pages

Description

Avril 2010 à Tanger, Sarah China et son petit ami s’apprêtent à passer le contrôle de la douane dans le port marocain pour rentrer en France après un séjour dans le pays. Lors du contrôle les douaniers découvrent de la drogue cachée dans les affaires du couple. Sarah et son petit ami sont arrêtés. Contre toute attente Sarah s’accuse elle-même d’avoir planifié tout ceci. Elle est donc immédiatement incarcérée dans la grande prison de Tanger : Satfilage.


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Ajouté le 06 juin 2017
Nombre de lectures 3
EAN13 9782414085880
Licence : Tous droits réservés
Langue Français
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Tous droits de reproduction, d'adaptation et de traduction,

intégrale ou partielle réservés pour tous pays.

 

ISBN numérique : 978-2-414-08586-6

 

© Edilivre, 2017

 

Ce roman raconte l’histoire vraie d’une jeune fille européenne.

Par mesure de discrétion et pour le respect de la vie privée des personnes concernées, les prénoms, les noms et les lieux cités sont volontairement modifiés. Toute ressemblance avec des noms et prénoms ne serait que pure et fortuite coïncidence.

Exergue

 

Je suis le premier à me plaindre de la longueur de la journée.

mais au final tout le monde passera
par la même ligne d’arrivée.

Je ne suis pas le dernier à me dire que la vie est trop courte.

car on ne se rend pas compte de la valeur
que chaque souffle nous coûte.

La vie n’est pas une simple course contre la montre
qui se mesure par le nombre d’accidents évités,
c’est juste une course d’endurance dont la qualité
se mesure par le nombre de virages bien négociés.

Yaniss la-Tchoutchouka

1

Tanger, Tanja en amazigh, Tingis en gréco-romain… La cinquième ville du Royaume du Maroc avec près de 800 000 habitants, juste après la ville de Marrakech. Située au nord du Maroc dans le Rif occidental, elle est surnommée « la ville des étrangers » en raison de ses anciennes colonisations aussi bien phéniciennes, que romaines, arabes, portugaises, anglaises, françaises, espagnoles et j’en passe. Il est clair que cette ville porte bien son nom à mon goût car ici même les personnes d’origine marocaine ne sont pas réellement chez elles…

Je suis au port de Tanger-Ville, ce port qui donne sur le détroit de Gibraltar. Derrière moi, quelques jours de vacances à Meknès qui s’achèvent et devant moi quatorze kilomètres de mer Méditerranée pour retrouver l’Europe et atteindre notre objectif : le port d’Algésiras.

Je suis dans la file d’attente au volant de ma voiture avec Amine pour passer la douane et embarquer dans le bateau pour l’Espagne, dans tout juste quelques heures. Il est environ midi, nous sommes le 29 avril 2010. C’est long, très long, les douaniers prennent tout leur temps pour fouiller chaque parcelle des véhicules qui quittent le continent africain. L’immense file de voitures diminue petit à petit. A ce moment là, il n’y a plus que deux véhicules devant nous. Amine est silencieux. Je cherche son regard mais ne le croise pas. Il semble ailleurs. Loin. Il trafique mon auto-radio en écoutant pour au moins la quinzième fois d’affilée la même musique : El Miloudi de Cheb Adil. J’ai chaud, la chaleur ambiante est pesante, il n’y a vraiment pas d’air. En réalité, j’étouffe entre toutes les odeurs d’épices et de provisions que nous ramenons à la mère de Amine restée à Nîmes. Le ras el hanout, le curcuma et le cumin se mélangent avec la menthe fraîche cueillie ce matin à l’heure du fajr. Les djellabas neuves et les taies de coussins pliées sont posées dans les plats en bois d’olivier que je ramène pour cuisiner. Notre glacière avec le déjeuner préparé par la tante de Amine qui cale l’huile d’olive contre les quelques sacs de semoule que l’on ramène également. Mise à part ça, je suis assez contente de moi, pour une fois je ne ramène que des choses utiles pour moi et mon bien-être. Il n’y a pas de sac à main ou de vêtement contrefait, ni de paire de babouches pointues pour mon grand frères qui les collectionne. Je me suis trouvée de l’huile d’argan de très bonne qualité chez un revendeur local car il est fortement déconseillé de s’en procurer sur le souk. J’ai aussi du savon beldi, le fameux savon noir que l’on trouve au hammam et qui, combiné avec un gant de crin, hydrate la peau. Sans oublier un pot de ghassoul pour me faire de jolis masques d’argile. Je peux le dire je suis vraiment fière de moi sur ce coup-là. Mes copines vont être jalouses, c’est sûr.

Le temps semble s’être arrêté, Amine allume une cigarette en observant les douaniers. Ils tapent et fouillent chaque recoin de la carrosserie de la voiture juste devant nous désormais. Je suis pressée, stressée mais sans plus. Ça va. J’ai juste hâte de rentrer à la maison, pour une fois que j’ai une annonce à faire à la famille. Me voyant pensive, Amine pose sa main sur la mienne. Là, je sens mes jambes se crisper, il me murmure à l’oreille :

– Ne t’inquiète pas, j’assumerai tout.

Puis il se tait. En souriant il regarde les douaniers opérer et me dit :

– Regarde-moi ces cagettes ! C’est trop des caves, ils ne savent même pas fouiller.

Les douaniers ont fini avec le véhicule, c’est notre tour à présent. Je m’arrête devant le bureau de douane. Un douanier contrôle nos identités, pendant que son collègue commence à taper sur ma carrosserie afin d’inspecter la voiture : capot, ailes, portières… Il ouvre toutes les portières. Il examine sous les banquettes. Tout y passe. Il pose chaque sac, chaque provision au sol devant mon véhicule : mes plats en olivier, le zit zitoune… Il soulève la glacière, la pèse comme un marchand au milieu du souk pèserait un kilo d’oranges à bout de bras. Puis il la pose par terre. Il voit un sachet de semoule entre-ouvert. L’action me dégoûte, il plonge son index tout sale dans la semoule fine en regardant Amine et porte son doigt à sa bouche comme s’il était en train de goûter de la cocaïne pure avant de l’acheter.

Le premier douanier nous rend nos papiers tandis que le second entame une dernière chorégraphie autour du véhicule en tapant sur la carrosserie en se re-dirigeant vers le coffre. Il prend directement la glacière un peu comme on porterait une derbouka et se met à tapoter sur les parois. Cela raisonne, tandis que lui s’imagine en Orchestre National de Barbès avec son bendir et ses qraqeb, sortes de castagnettes marocaines. Je n’ai même pas eu le temps de penser à mon taboulé renversé à l’intérieur de la derbouka-glacière que le cache principal en plastique se détache. Il laisse tomber par terre le contenu soigneusement dissimulé dans les parois : cinq plaquettes de shit ! Bim, bam, boom, le bruit raisonne encore sur le sol comme si Sheitan venait de s’inviter en tapant à ma porte…

2

Durant mes premières années de collège, je me souviens avoir toujours été une assez bonne élève en cours d’arts plastiques. Dans les autres matières, j’avais un niveau assez moyen. En fait, je me laissais vivre, comme mes parents disaient. J’aimais dessiner, j’aimais bien le graphisme, d’où mon intérêt pour la calligraphie arabe. Mais, malgré mes bonnes notes et pour je ne sais quelle raison j’étais assez turbulente durant ce cours en particulier. J’avoue que cela m’a causé quelques avertissements verbaux comme écrits de la part du professeur d’arts plastiques.

Un jour, pour me punir, ou me faire grandir, je ne connais toujours pas le but, le professeur d’arts plastiques m’a imposé un exercice noté. Un genre de test je suppose. Le deal était le suivant : une heure pour faire mon devoir de dessin avec un sujet bien précis à respecter à la lettre bien entendu. Si je réussissais le devoir alors j’étais complètement blanchie malgré mon comportement. Mais si je ne réussissais pas cet exercice, j’obtenais une punition, voire même une exclusion de cours temporaire. Voici l’exercice en question. Le professeur m’avait isolée dans un coin de la classe sur un grand bureau. Il m’a demandé de m’asseoir au centre de ce même bureau en posant une feuille blanche de dessin devant moi, inclinée à la verticale. Le professeur a posé une boîte de crayons de couleurs à coté de moi, mais aussi des feutres, des pinceaux, une plume, de l’encre et de la peinture en m’énonçant le sujet à haute voix :

– Je te laisse une heure entière pour me dessiner ce que peut représenter pour toi le vrai bonheur, sachant que la feuille ici représente la vie.

Il n’y a que des professeurs de dessins, enfin pardon, d’arts plastiques pour trouver des sujets pareils… Je m’en souviens comme si c’était hier et je me suis lancée tête baissée. Oui j’ai foncé. Déterminée. J’ai couché la feuille blanche horizontalement. J’ai mis du rouge, du bleu, du jaune. J’ai utilisé les crayons de couleurs mais aussi la plume comme pour raconter une vraie histoire. Une jolie fable. J’étais sérieuse. J’étais concentrée. Les courbes étaient précises, le trait était bien droit. C’était réellement du travail bien réfléchi, bien pensé. Rien n’était fait au hasard sur ma feuille. Du violet, du orange du vert, je m’appliquais. Je réfléchissais énormément. Oui, j’étais vraiment captivée. Au bout de quelques minutes, enfin mon dessin prenait forme. Une dernière couche de peinture pour donner le ton. J’ai ensuite posé mes instruments. Voilà, soixante minutes ! Le professeur s’est approché, l’exercice étant maintenant terminé.

Le professeur s’est ensuite penché sur mon dessin, je le regardais. Il avait les bras croisés et il portait sa main à son menton comme lors d’une longue réflexion. Il examinait chaque trait et chaque point de mon dessin avec grande attention. Moi, je continuais à l’observer en silence. Enfin, au bout de quelques longues minutes, il a soupiré en jetant un regard en l’air puis s’est adressé à moi dépité :

– C’est donc ça ta définition de la vie ? Des barbouillages, des dégradés noirs et blancs, de la calligraphie dérivée d’un graffiti multicolore à même le bureau, qui encadrent une feuille complètement vide, complètement blanche, posée horizontalement au milieu de ton bureau. Tu as donc une vision bien triste de l’avenir mon enfant… Et maintenant que tu t’es bien moquée de moi, il ne te reste plus qu’à nettoyer tous les bureaux de la salle de classe rapidement.

Du coup, j’ai été punie et exclue du cours pendant quelques jours si je me souviens bien. Je ne sais même plus. Suis-je insolente ? Oui ! Mais en tout cas c’est bien plus tard, des années plus tard même, que j’ai compris et analysé ce dessin de collégienne. Je ne sais pas si la vérité sort toujours de la bouche des enfants, mais sans doute qu’elle s’en rapproche énormément. Même si je n’avais pas eu les mots pour défendre mon dessin devant le professeur ce jour-là, j’exprimerais sans doute différemment mon bonheur dans l’avenir aujourd’hui. Oui. En fait, je laisserais toujours la feuille blanche posée à l’horizontale au milieu du bureau, mais je prendrais beaucoup plus de bureaux pour les coller au mien. Ainsi, j’exprimerais davantage ma vision du bonheur dans ma vie actuelle. Comme quoi personne ne change, on régresse ou on évolue juste avec son temps. Malgré ce souvenir qui m’est remonté durant les quelques secondes qui viennent de s’écouler, je reste persuadée que le bonheur ne se trouve pas dans la vie en elle-même. Mais réellement dans tout ce qui l’entoure, s’y mêle, s’y forme, s’y construit et s’en détache…

3

Les yeux qui ne m’aiment pas, je les vois de très loin.

Proverbe marocain

Je m’appelle Sarah China. J’ai 23 ans et je suis née à Montpellier mais j’ai grandi à Bordeaux. Plus précisément, j’ai passé mon enfance chez ma mère avec mon grand frère Yaniss. On voyait notre père pendant la moitié des vacances scolaires. Quelques années après, ma petite sœur nous a rejoints car mes parents ont divorcé et chacun s’est remarié de son côté. J’ai donc à ce jour trois petites sœurs et un grand frère. Deux demi-sœurs du côté de mon père et une du côté de ma mère. Mon père, lui, vit à Montpellier depuis toujours. Je lui rends souvent visite étant donné que je recherche du travail, après que mon année sabbatique se soit transformée en une longue période sabbatique… J’ai largement le temps devant moi pour voyager et me déplacer.

Physiquement assez fine, il est clair qu’on ne compte pas les kilos en trop sur moi. Je suis un petit bout de femme avec de longs cheveux fins, raides et châtains voire blonds. J’ai les yeux verts clairs et je mesure 1m65. Mais il ne faut pas se fier à ma taille svelte ou encore mon physique ; ça non ! Même si je suis une personne sociable et assez ouverte d’esprit, je suis également têtue. D’ailleurs, mes proches seraient entièrement d’accord si je rajoutais que je suis irrésistiblement colérique. En fait, je dispose d’une personnalité assez contrastée. D’un côté, il y a la Sarah émotive et réservée qui se laisse envahir par l’anxiété et d’un autre côté, il y a la Sarah qui est éprise d’aventures, de changements. Le changement dans la continuité car quand j’ai décidé quelque chose j’ai suffisamment de volonté pour aller jusqu’au bout de mon envie et mon ambition. Je suis une fille indépendante, je tiens ça de ma mère. Eve est une femme forte d’esprit, stricte et une maman dévouée à ses enfants pour leur assurer un bel avenir. Le job d’une mère quoi. Même si de temps en temps, nous ne sommes pas d’accord sur tout et que j’ai l’impression qu’elle est réellement contre moi, mes projets ou certaines de mes convictions. Bref, comme elle, j’aime diriger. Je me définis telle une femme, une vraie, toujours féminine. J’aime plaire et donc j’aime aussi briller. Bien entendu, comme toutes les femmes, j’ai horreur d’être trompée et dupée. Je ne m’entoure que de quelques amies très proches à qui je peux toujours me confier. Il est vrai que je ne suis pas la plus forte pour parler de mes problèmes ou mes peines, même à ma famille. Cela ne nous empêche pas d’être tous proches les uns des autres. D’ailleurs, l’été dernier, nous sommes partis quelques jours à New-York avec ma mère, mon beau-père, ma sœur et mon grand frère. C’était vraiment le voyage le plus beau que je n’ai jamais fait : amusement, découverte, rigolade, amour… Nous nous sommes tous vraiment rapprochés dans ce contexte familial, durant ce magnifique séjour aux États-Unis.

Malgré ça, j’ai un manque. Une gêne. C’est juste que je ne me sens pas trop à l’aise dans mon époque. Je ne dois sans doute pas être à ma place ici. J’ai le mal de l’ère. Un manque d’amour. J’ai dû rater le coche. L’impression incessante d’être dans le décollage interminable d’un avion, assise au fond de mon siège. Je suis poussée par la pression derrière le hublot, en train de regarder l’horizon lointain. Je cherche ma place, aussi bien dans la vie que dans cet avion. Je suis en constante recherche de quelque chose ou de quelqu’un. Je me serais davantage plue à l’époque du Colt Paterson, des duels en duels, à tirer sur ceux que je n’aime pas devant le saloon. Ma seule préoccupation aurait été de savoir quelle attaque de diligence mettre à exécution ou quelle banque dévaliser avant la prochaine attaque des Indiens, pour vivre paisiblement.

Non, non… Ce n’est pas que je sois lassée par la société ou les problèmes familiaux. Je n’en ai pas marre de consommer, de dormir, de chercher à travailler, de travailler pour re-consommer, pour se fatiguer et essayer de comprendre des cons. Mais aussi de voir toutes les inégalités et les différences de penser. Et pendant que je me plains, la vie vient encore un peu plus de se raccourcir. Mais je ne m’en fais pas, il me reste du temps à vivre. Il me reste encore un tas de belles opportunités pendant que les maladies sont de plus en plus nombreuses dans le monde sans parler des jolies guerres, des nouveaux impôts à découvrir. Je n’ai pas encore trouvé ma place dans la société que déjà je n’en peux plus mentalement. Heureusement que je ne suis pas tombée dans une société où a été inventé un calendrier que tout le monde exécute avec des semaines en plus, des jours en moins d’une année sur l’autre. Heureusement que des savants ne nous font pas changer l’heure deux fois par an pour voir la nuit tomber à 17h en hiver. Cela permettant de ne plus voir les gens s’endormir dans le froid et mourir en silence. Merde, c’est déjà le cas. Pardon !

Amine, Amine Ahmar, c’est mon copain depuis un an. Il a 20 ans. C’est la personne qui me comprend le plus à l’heure actuelle. Également à la recherche d’un emploi, il passe son temps à sortir avec ses potes en ville quand l’intérim ne l’appelle pas pour une mission à droite, à gauche, dans la région du Languedoc. Je l’ai rencontré à Montpellier lors d’un week-end où je rendais visite à mon père. Amine habite chez sa mère à Nîmes. Il a plusieurs frères et ils sont d’origine marocaine. Étymologiquement, le prénom Amine veut dire : loyal, celui dont on peut être digne de confiance. Et sincèrement la confiance c’est ce dont j’ai réellement le plus besoin pour pouvoir avancer, me confier et tout simplement aimer en retour. Assez sociable, mais très silencieux, toujours avec une certaine réserve dans son comportement, j’ai très vite été attachée à sa personnalité. Non dépourvu d’un certain charisme Amine se sent vite à l’aise partout où il se rend, seul ou accompagné. Plutôt beau garçon, qui prend soin de lui, il a une forte facilité de persuasion. Toujours content de lui-même, voire fier de lui, son principal défaut reste quand même sa dispersion en n’allant que rarement au fond des choses. Oui, j’ai remarqué qu’il abandonne trop facilement dans la difficulté, chose que je lui reproche souvent… En effet, il se fie trop à ses facilités et déteste faire de réels efforts prolongés. Légèrement fainéant oui… Désordonné voire désorganisé dans tous les sens du terme, Amine est un rêveur, l’esprit ailleurs, la tête facilement dans les nuages. Il a la capacité à très vite se déconnecter de la réalité, comme pour se créer une fenêtre et fuir le moment présent quand celui-ci ne lui convient pas. Concrètement nous avons tous les deux le projet de nous marier cette année. Réellement nous préparons nos familles respectives pour ce mariage.

Tout d’un coup, un verre d’eau sur le visage me réveille. Enfin plutôt de l’eau minérale provenant de la bouteille du douanier. L’eau m’éblouit en même temps que le soleil qui reflète sur les menottes mises à Amine en le sortant du véhicule. Non je ne m’étais pas endormie, je me suis juste plongée dans mes pensées très lointaines pour essayer de comprendre ce qui m’avait faite arriver ici dans le port de Tanger, en état d’arrestation…

4

Boire à même la bouteille et ne rien devoir au verre.

Proverbe marocain

Je n’ai pas peur. Je ne stresse même plus. Je suis maintenant l’unique spectatrice d’une scène dont je n’ai moi-même plus aucun contrôle. Un peu comme si j’étais sortie de mon propre corps et que j’observais de loin ce qui est en train de m’arriver. Je suis « deux de tension ». L’impression que le temps s’arrête. Un douanier me tient le bras et m’aide à descendre de la voiture. De l’autre côté, on sort Amine du véhicule et on le menotte. J’observe son visage s’écraser sur le capot de ma voiture au ralenti. Il se laisse faire, les douaniers me demandent maintenant de les suivre. Ai-je le choix ? Je coopère tête baissée. Deux autres douaniers viennent aussi nous escorter pour monter dans un véhicule de la douane. On nous emmène dans leurs bureaux se trouvant dans l’enceinte du port.

J’ai déjà vu des reportages sur le Maroc, sur la douane marocaine plus précisément. J’ai toujours été très attentive à ce genre de programmes. D’après les services douaniers français, le Maroc est le premier fournisseur de haschich en France, mais aussi en Europe. Les chiffres des saisies augmentent souvent d’année en année. Chaque année, des centaines de tonnes de haschich sont illégalement acheminées du Maroc vers l’Europe. Pour avoir fait plusieurs allers-retours entre les deux continents, j’ai vite oublié le fameux stéréotype du policier ou du douanier marocain avec une grosse moustache, rackettant les touristes pour arrondir ses fins de mois. D’après les derniers rapports de l’Office des Nations Unies contre la drogue et le crime, le Maroc reste le plus gros...