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Les métis de ma mondialisation

De
156 pages
Beaucoup de jeunes, dirigeants de demain, vivent des expériences de guerres qui les traumatisent et les prédisposent à la vengeance. Dans la recherche des solutions à leurs problèmes vitaux, ils devront éluder le recours aux moyens immoraux. La jeunesse du monde doit faire sienne cette conviction : il est possible de changer qualitativement le monde. pour cela, l'humanité a besoin des bâtisseurs d'un vivre-ensemble dont les modalités restent à poser sincèrement, au-delà de tout préjugé et égoïsme.
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JoachimOlinga
Les métis de ma mondialisation
Essai
Ecrire l’Afrique Ecrire l’Afrique
L’ armattan
Les métis de ma mondialisation
Écrire l’Afrique Collection dirigée par Denis Pryen Romans, récits, témoignages littéraires et sociologiques, cette collection reflète les multiples aspects du quotidien des Africains.Dernières parutions Gaston M’BEMBA NDOUMBA,Escale à Brazzaville, 2016. Mamadou DANTÉ,Moi, l’étranger… Le Mali en mémoire, 2016. Aimé NOUTCHÉ,La route de l’exil, La veste du demandeur d’asile, 2016. Prosper GUBARIKA WA MUDI-WAMBA VANELLA,Péril en la demeure, 2016. Michel Dieudonné VOHITO,Polokamba. Hippopotame et esprit sur l’Oubangui, 2016. Alfred Diban KI,L’œil ouvert. Nouvelles, 2016.Aichetou CAMARA,Au-delà des frontières, 2016.Adrien POUSSOU,Black bizarre, 2016.Jeanne de Chantal WODOBODÉ,? 50 ans aprèsest le pont  Où l’indépendance, 2016.Alphonse ONGAGOU-DATCHOU,L’oraison silencieuse, 2016.Stéphane SCRIVE,Quand le Niger marchait au pas…, 2016. Judicaël-Ulrich BOUKANGA SERPENDE,Dunia, 2016. Marilaure GARCIA-MAHE,Dignes, libres et puissantes, 2016. Jean-Yves EPAILLY, Bangui, Fauves, amour et chirurgie, 2016. Kouadio Koffi Richard KARA,Koléma, Itinéraire d’une femme de l’Afrique à L’Europe, 2016 Adama FANKÉLÉ TRAORÉ,Kady, une indigente chaste, 2016 Lucien BALOSSA,À Magniongui, un enfant est né,2016. Michèle MALDONADO,La bonne parole, Une coopérante en Afrique anglophone,2016. Abderahim AHMAT,Un parcours difficile,2016. Joachim OLINGA,Les métis de ma mondialisation,2016. Henri MOUTOUBE,Les Scieurs de Branches, Un manager dans l’engrenage infernal du monde professionnel,2016.
Joachim Olinga Les métis de ma mondialisation Essai
© L'HARMATTAN, 2016 57, rue de l'ÉcolePolytechnique ; 75005 Parishttp://www.librairieharmattan.com diffusion.harmattan@wanadoo.fr harmattan1@wanadoo.fr ISBN : 978-2-343-08215-8 EAN : 9782343082158
Chapitre1. La mésaventure d’une pastorale
«Le lézard qui bondit au sol du haut du grand arbre iroko disait qu’il chanterait ses propres louanges si personne d’autre ne le faisait. »pour manifester son état C’est avancé d’ébriété que cette citation, tirée du romanLe monde s’effondrede Chinua Achebe, était répétée sans relâche dans la bouche de Nkoudongono. On eût dit qu’il y tirait des ressources physiques pour se relever de ses nombreuses chutes dues à l’effet de l’alcool. Dans les mêmes conditions, Otob-vio préférait se jeter des fleurs en claironnant qu’il avait commencé à se défendre «tout seul à un âge où la plupart des gens en sont encore à sucer le sein de leur mère ! »Nkoudongono et Otob-vio se servaient aussi de ces phrases devenues leur devise pour rappeler leur passage paradoxalement fructueux en milieu scolaire et notamment universitaire. Aucun mot de ces phrases et de manière ordonnée, n’échappait à leurs mémoires. Même si celles-ci ne leur rendirent pas avec autant d’exactitude le même service pendant leur scolarité. Une fois de plus, ils venaient de réitérer cet exploit devant de multiples regards, au moment où ils s’apprêtaient à ingurgiter le cinquième litre de vin rouge en emballage cartonné dont ils venaient d’inciser l’angle avec un couteau de table. La journée s’annonçait belle pour les deux compères. Mais allait-elle vraiment l’être pour ces deux gueulards par excellence du village dont la compagnie obéissait aux vicissitudes de leurs humeurs ? Ils partaient ensemble à une cérémonie, mangeaient et buvaient cordialement, mais au moment du retour, ils rentraient en se disputant. Leurs femmes s’accordaient sur 5
le fait que c’est sous l’effet de l’alcool qu’ils perdaient leur sentiment de respect mutuel. Certaines opinions soutenaient qu’il s’agissait d’un problème de leadership : l’un voulait que l’autre reconnaisse sa suprématie. Le débat qui les opposa ce jour-là tendait à confirmer ces deux points de vue. Dans leur discussion, ils abordèrent divers thèmes. Rien n’échappa à l’analyse de ces pédants auto-proclamés dont seuls des esprits électroniques auraient pu enregistrer tous les propos. La colonisation, la décolonisation, la post-décolonisation, le continent le plus développé, l’industrialisation de l’Afrique, les problèmes religieux, la mondialisation : voilà des sujets qui avaient constitué le menu de ces deux érudits dans un bar, sous le regard admiratif des spectateurs constitués en majeure partie des bambins et de certains soûlards. Otob-vioest un composé de deux mots. En langueEtonle premierotob signifietu as choisique le second pendant viodire veut le rire.ce sobriquet qui avait été C’est attribué à l’ami deNkoud’ongonoqui lui-même renvoie à une personne orgueilleuse. Ces pseudonymes leur avaient été donnés par des gamins qui dans leur jargon pouvaient en parler à discrétion. Ils admiraient leur éloquence et leur manière de s’engueuler copieusement. Ils avaient les oreilles grandement ouvertes à leurs balivernes au point qu’ils en riaient jusqu’à se faire mal aux côtes. Lorsque Otob-vio ouNkoud’ongonode ridiculiser par entreprenait des propos malveillants une tierce personne, les enfants surgissaient de toute part, telles des mouches attirées par une mauvaise odeur. Ils étaient là, agglutinés autour d’eux, pour extraire les récents mots risibles et être témoins de la dernière actualité de leur héros. Les noms véritables de ces compères avaient une connotation peu séduisante. On eût dit qu’il y avait un lien invisible entre ces noms et les évènements rencontrés au quotidien par ces derniers.Nkoud’ongono,son vrai de
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nom Ntede Mama signifiant enEton«de centaines de préoccupations »connaissait régulièrement de multiples problèmes à la fois dans sa vie au point qu’il chiffonnait toute personne qui osait l’appeler par ce nom à lui donné par ses parents. Il avait établi que cette appellation est source de ses nombreux obstacles et échecs. Il ne la méritait plus. Il fallait l’appeler par ce nom si vous vouliez vous quereller avec lui. Et c’est par ce talon d’Achille que son ami le titillait avant d’arriver aux grandes engueulades ou aux échauffourées.Ngono Mindzougou était le nom inscrit à l’état civil d’Otob-vio. Son sens est «Ngono des peines ».Et, les souffrances récurrentes semblaient être le lot de Ngono qui aimait dire àNkoud’ongonoqu’il préférait le nom deNtede Mamapour mettre en exergue les multiples capacités dont il dispose. Et lorsque Nkoud’ongono lui demandait pourquoi un homme aux multiples potentialités ne parvenait pas à éluder/surmonter ses souffrances, il lui rétorquait qu’il y avait du destin dans ce qui lui arrivait et que l’échec deNkoud’ongono était lié à la paresse qui est un péché capital. De là venait de fois l’origine de leurs houleux échanges. De nombreuses gens s’accordaient sur le fait de ne plus donner aucun nom par hasard aux enfants de peur que ces derniers ne subissent de situations semblables à la signification des noms qu’ils portent. Angué, la mère deNkoud’ongono,n’avait pas poursuivi les études dans le secondaire. Comme la plupart des jeunes filles de sa génération, elle s’était lancée dans la vie active. Elle achetait et revendait des cultures maraîchères. Des champs entiers de tomates, de salade, de persil, de céleri lui étaient exclusivement réservés, car soutenait-on, elle était honnête et désintéressait bien ses fournisseurs. De plus, elle facilitait l’entretien de ces champs à travers le préfinancement qu’elle accordait aux jardiniers. Les comptes étaient bien réglés à la fin des ventes. Il lui fallait
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alors récupérer les sommes accordées pour le travail d’entretien. Les récoltes étaient abondantes. De jolis fruits, lorsqu’il s’agissait de la récolte des tomates, remplissaient aisément des paniers qui avaient le même volume. On ne saurait dire comment le vannier procédait pour produire des contenants de même dimension.Anguéavait une technique de remplissage de paniers : les gros fruits de tomates occupaient le fond des récipients, les fruits moyens ou plus petits se retrouvaient au milieu pendant que ceux bien juteux et gros attiraient les regards. Face à sa clientèle, elle maîtrisait les dénominations de tous les fruits tropicaux dont raffolent les classes sociales aisées. À l’entrée du marché central où elle avait son comptoir, se trouvaient d’autres vendeuses, mais, leurs étalages n’étaient pas autant sollicités. Elle occupait une position stratégique. Ceci lui permettait à partir des numéros d’immatriculation de reconnaître à distance les voitures de ses clients à qui elle présentait ce qu’ils avaient coutume d’acheter ou alors de nouveaux produits dont elle ne cessait de vanter les valeurs nutritives. Elle interceptait les voitures de la place pour que leurs chauffeurs viennent s’approvisionner chez elle. C’était une femme dynamique qui aimait son travail. Elle abordait avec courtoisie ses clients. Les autres vendeurs présentaient les vertus de leurs produits aux clients quand elle avait déjà fini la promotion des siens. En fin de journée, ses recettes étaient meilleures que celles de la plupart des autres vendeurs qui ne cachaient pas leur mécontentement. La plupart des clients choisissaient son comptoir. D’aucuns soutenaient qu’elle possédait une écorce d’arbre qui avait pour effet d’attirer la clientèle. Elle ne cessait de leur demander si la magie était plus forte que son Dieu. Pendant les jours fériés et lesweek-ends,fils son Nkoud’ongonola secondait dans son travail. Un jour pendant qu’ils causaient, elle lui dit :
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« Mon fils, dans la vie active, y a-t-il un domaine où l’on puisse exercer avec succès sans heurter/provoquer la haine des hommes ?… Peut-être chez les fonctionnaires, ça va mieux. C’est pour cette raison que je désire que tu fasses de longues études pour travailler un jour au bureau et être à l’abri du soleil, de la pluie et surtout de la jalousie. » Profitant de cette perche que venait de lui tendre sa mère, Nkoud’ongonorelança un vieux débat qui l’avait toujours opposé à sa mère au sujet de son jeune âge qui ne lui permettait pas déjà de conduire une moto. Madame Angué lui avait exigé d’attendre l’âge de la majorité où il pourra répondre lui-même des dommages causés à autrui. Il répliqua : « Matère (ce qui voulait dire maman dans le jargon des jeunes de son époque) je t’avais déjà demandé de m’acheter uneSuziki (nom d’une moto). Je pourrai ainsi pendant les heures libres transporter des clients dans notre localité en manque de moyens logistiques. Je me ferai indépendamment de l’argent qui me permettra de résoudre moi-même la majorité de mes problèmes scolaires. — Si tu veux absolument lier le fait de fréquenter à la moto, reprit sa mère, je t’en achèterai une, pourvu qu’elle te serve comme motivation au travail scolaire et non comme objet de vantardise. — Je n’ai nullement l’intention de m’en vanter. Je travaillerai dur dès que je verrai ma moto au point d’obtenir, même une bourse d’études pour la France comme Biloa. Biloa était le garçon qui venait de réussir au concours d’entrée à l’École de l’Air de Provence en France. Il servait désormais de modèle pour les jeunes de sa génération. Angué récusa vivement cette comparaison. Exaspérée, elle rouspéta : — Tu n’as même pas honte ! Biloa est ton petit frère d’âge, il a obtenu son baccalauréat C avec « mention
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