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Lorsqu'un enfant disparaît

De
152 pages

Comment retrouver le goût de vivre, la sérénité, et même le bonheur après la mort d'un enfant ? Quelles émotions traversent une mère en quête de sens et de repères ? Où trouver de l'aide et du réconfort ?

Ce livre est le fruit d'un cheminement de neuf années consécutif au décès de Magali, seize ans. Sa mère nous livre un vibrant témoignage à travers le récit de son expérience à la fois unique et universelle, douloureuse et riche d'enseignements. Elle partage son travail de deuil sur les plans physique, émotionnel, mental et spirituel, ainsi que sa transformation et sa renaissance.

Un ouvrage précieux pour trouver de l'aide, de la compréhension, avec quelques clefs pour passer de la révolte à l’apaisement, de l’épreuve à son dépassement, de l'absence à une subtile présence.


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Couverture

Image couverture

Dédicaces

 

 

Pour Magali, ma fille éternelle

À Robin, mon fils, pour la force que tu me donnes

À Yvan, mon mari, pour ton amour inconditionnel

 

Introduction

Perdre un enfant… Impensable mais bien possible pourtant.

Comment apprivoiser une telle réalité ?

Magali, ma fille tant aimée, a cessé d’exister un jour d’été. Brutalement. À tout juste seize ans. Arrêt cardio-respiratoire probablement dû à une arythmie, ont diagnostiqué les médecins, sans réussir à en déterminer la cause. Un virus ? Une malformation cardiaque ? Une conséquence de son diabète ?…

Mon cœur à moi, plein de splendides images, s’est alors brisé en mille éclats. Puis, un silence assourdissant n’a laissé la place qu’à deux timides battements : « après », « avant ».

Son départ pour l’éternité est devenu un élément central dans ma vie. Un repère qui s’est déplacé dans le temps, car même maintenant, neuf ans après, il me semble que c’était hier…

Il n’existe pas de mot pour désigner les parents endeuillés. Aux yeux du monde et malgré moi, je suis devenue « celle qui a perdu un enfant ». Cette perte inconcevable m’a entraînée dans un temps de chaos, où plus rien ne faisait sens.

J’ai passé des mois dans un état second, comme anesthésiée. Je ne parvenais pas vraiment à admettre que ma fille fût décédée. Ou plus exactement, mon être tout entier refusait cette idée.

Ma capacité à penser, réfléchir, ressentir, était en grande partie anéantie. Je vivais par instinct, par réflexe, tel un automate. Quelle rage, pensais-je, d’avoir été ainsi bernée par la vie ! C’était à en rire et à en pleurer. Elle m’avait fait connaître maintes joies, mais me laissait sans protection face à la dureté de cette épreuve.

J’étais envahie de sentiments contradictoires. Je voulais oublier la réalité de la perte de ma fille, mais j’avais besoin de penser et de repenser à elle. Je m’étais engouffrée dans de nombreuses activités et dans un nouveau travail, et pourtant, l’agitation me semblait futile. Une sorte de détachement m’habitait, une distanciation par rapport à la réalité, comme une vague impression d’habiter sur une autre planète.

Puis, peu à peu, une vérité devint impossible à nier : l’absence physique et définitive de ma fille. Quel long chemin que celui du renoncement à ce prolongement de moi-même vers lequel je tournais mes rêves ! C’était la fin d’un devenir, d’un certain avenir.

Mes illusions de toute-puissance avaient fondu comme neige au soleil. Pourquoi n’avais-je pas pu empêcher sa mort ? Pourquoi elle ? Comment renoncer à notre lien unique, notre complicité, à tout ce que nous aurions pu vivre ensemble, à tout ce que j’avais imaginé, rêvé ? Je cherchais à reconstituer quand et comment tout avait commencé, comme si cela pouvait changer quelque chose. Je me demandais si tout n’était pas déjà joué, avant même qu’elle ne fût née, avant même que la terre n’eût existé…

Ma vie de famille s’étendait derrière moi et prenait un aspect insolite depuis que ma fille en avait pris congé. Tout autour, gisaient des souvenirs éparpillés tel un trésor dilapidé. Parviendrais-je à sauver quelque chose de ce trésor ? Ma tête débordait de questions. Ma vie tout entière devenait question.

« Nous acceptons que la mort puisse finalement survenir un jour, mais parce que le moment de sa venue n’est pas fixé nous avons tendance à penser comme si elle était toujours quelque peu éloignée. C’est illusoire. En réalité, nous courons en permanence vers notre mort sans jamais nous arrêter un seul instant »

Dalaï Lama

1

Une première évidence

Aurait-on pu éviter, différer ce moment fatal ? C’est cela que le destin et les rêves ont en commun : le mystère. Ma mère affirmait, lorsqu’une personne survivait malgré une épreuve : « Ce n’était pas son heure… » Un dix-sept juillet à dix heures. C’était l’heure de sa petite-fille. Une heure banale et sombre, sans issue comme le désespoir, fugitive comme le bonheur.

Quelques mois plus tard, mon mari m’a raconté une vision qu’il avait eue deux jours avant le drame. Ce matin-là, vers dix heures précisément, Magali n’est pas encore levée. Il décide d’aller la réveiller. Alors qu’il s’apprête à monter les escaliers conduisant à sa chambre, il s’arrête, stupéfait : tout en haut, comme flottante et suspendue au plafond, vaporeuse, dans une longue robe violette plus ou moins sombre, il voit « la Mort » se diriger vers la chambre de notre fille ! Il ne distingue pas de visage mais cet être surnaturel dégage une grosse énergie et semble surpris, dérangé. Une seconde, et, cette vision disparaît, comme évaporée ! Le cœur battant, il se précipite dans la chambre de Magali, qui dort paisiblement…

Mon mari fut d’autant plus surpris par cette apparition, qu’il n’avait ni pensées morbides, ni inquiétudes. Le lendemain matin, il alla tout de même vérifier que Magali dormait paisiblement. Ce qui était le cas. Il pensa alors qu’il n’y avait pas lieu de s’alarmer, d’accorder de l’importance à cette vision de la veille. Magali n’était-elle pas en pleine forme, belle, rayonnante et heureuse de vivre ?

C’est ainsi que le surlendemain matin, la Grande Faucheuse ne fut pas dérangée…

Depuis ce moment, je crois en l’existence d’un destin. Je crois en l’existence de lois qui nous dépassent, nous régissent et que peut-être nous comprendrons totalement un jour.

De surcroît, ma fille affirmait, depuis son plus jeune âge, qu’il lui arriverait « quelque chose » de grave vers treize ans et qu’elle mourrait vers dix-sept ans. Des pressentiments. C’est ainsi qu’à l’âge de treize ans précisément, se déclara un diabète insulinodépendant… A l’annonce de la maladie, elle s’exclama : « Tu vois, maman, c’était ça la chose grave !… » Allait-elle alors mourir à dix-sept ans ? Je la regardais avec un bonheur anxieux, souhaitant désespérément que ce ne fût pas vrai.

Je me suis hâtée d’enfouir le second pressentiment de ma fille au fond d’un tiroir. Pour le mettre à l’abri, le couvrir d’ombre, pour qu’on l’oublie. J’ai usé de divers stratagèmes pour la convaincre qu’elle allait vivre longtemps. Ce qu’elle finit par croire. Elle conçut des projets, se projeta dans l’avenir, prit confiance. J’ai fermé le tiroir à clef. J’étais rassurée.

LA DURÉE DE LA VIE D’UN ENFANT NE DÉPEND PAS DE LA VOLONTÉ DE SES PARENTS, IL A SON PROPRE DESTIN

« N’allez pas chercher maintenant les réponses qui ne peuvent vous être données puisque vous ne pourriez pas les vivre. Et il s’agit de tout vivre. Vivez maintenant les questions. Peut-être en viendrez-vous à vivre peu à peu, sans vous en rendre compte, un jour lointain, l’entrée dans la réponse. »

Rainer Maria Rilke

2

Une épreuve qui paraît insurmontable

Comme la plupart des gens, je pensais : « Perdre un enfant, est le pire des malheurs qui puisse nous être infligé ! » En effet, une telle épreuve paraît insurmontable.

Il est vrai que c’est une des plus dures de l’existence, et le pire deuil qui soit, c’est toujours le sien. J’ai cru que je ne sortirais jamais du gouffre et que je ne serais jamais plus heureuse. Le reste de ma vie m’apparaissait semblable à un séjour dans l’obscurité. L’obscurité comme un refuge mais aussi un piège. Une obscurité qui me faisait ressentir d’autant plus cruellement l’éclat triomphant de l’été et la souffrance de mon cœur blessé. Pendant des mois, des années, j’espérais seulement revoir mon enfant. D’une manière ou d’une autre.

Comment s’accommoder d’une vie désormais incomplète ? Une tristesse insoutenable s’échappait de mes veines, se répandait dans mon être tout entier, pour me submerger dans les moments où il m’aurait fallu du courage et sûrement de la volonté.

Certains jours, on se lève et tout est supportable. Même le silence. Même l’absence. N’est-ce pas grâce à elle que nous apprenons à mourir seuls ? D’autres jours, on appelle son enfant comme on naît à la vie, avec un cri. Mais l’histoire ne nous a-t-elle pas prouvé que l’être humain est capable de faire face à de grandes catastrophes ou malheurs lorsqu’il y est confronté et contraint ? J’avais en moi des ressources insoupçonnées. J’étais plus forte que ce que je croyais.

Dans les premiers temps du deuil, mon enfant décédée occupait toutes mes pensées et orientait toutes mes actions. Puis, peu à peu, je suis sortie de l’engourdissement dans lequel me mettait son absence. Je suis devenue capable de m’ouvrir à nouveau au monde qui m’entourait. J’éprouvais une intense sensation de joie et de triomphe, mêlée d’amertume à chaque nouveau pas vers la lumière. Doucement, j’ai redécouvert le bruissement du vent faisant chanter les arbres, le vol léger des oiseaux, la beauté du jour qui se lève, la chaleur du soleil, le chant du ruisseau qui rejoint la mer, le parfum du chèvrefeuille en fleur, la saveur d’un miel de lavande…

Au fil des années, l’étau de la souffrance s’est doucement desserré. Pour intégrer la mort de mon enfant à ma vie, il m’a fallu trouver le point d’équilibre entre la mémoire et l’oubli, le repli sur moi-même et l’ouverture au monde, la révolte et l’acceptation.

Mais pour cela, j’ai dû affronter ce deuil, l’apprivoiser, me laisser traverser et transformer par lui. J’ai voulu paraître « forte », j’ai dû reconnaître que j’avais besoin d’aide, j’ai tenté de contrôler mes émotions, j’ai dû me résoudre à les exprimer, j’ai cherché des refuges dans les divertissements, j’ai dû les abandonner, je voulais tout maîtriser, j’ai dû apprendre à « lâcher prise ».

Neuf années m’ont été nécessaires pour sortir de ma carapace protectrice, pour me tourner à nouveau résolument vers l’extérieur, vers de nouveaux attachements, de nouvelles personnes, de nouveaux objectifs. Pour découvrir que je pouvais à nouveau goûter à la joie d’exister. Pour voir qu’autour de mes yeux étonnés et de ma propre obscurité, le monde qui feint de mourir en rougeoyant, s’endort simplement en éblouissant de lumière le firmament.

 

NOUS SOMMES PLUS FORTS QUE NOUS LE CROYONS, NOUS PORTONS EN NOUS DES RESSOURCES INSOUPCONNÉES

« L’être humain doit voir que rien n’est réellement, mais que tout est en devenir et en changement. Rien n’est immobile. Tout naît, croît et meurt. A l’instant même où une chose atteint son point culminant, elle se met à décliner. Rien n’est permanent, sauf le changement. »

La Kabbale

3

La mort qui dérange et effraie

Le regard et l’attitude des gens à mon égard ont changé. Le plus souvent, ils m’évitaient. Car la mort dérange et effraie.

Je me sentais souvent mise à l’écart et je pensais que, pour diminuer l’éloignement des autres, je devais dissimuler mon chagrin, faire taire le tumulte dans ma tête. N’était-ce pas ce qui m’était demandé ?

Dans notre société, la mort est devenue taboue et cachée, et même si elle nous est montrée de plus en plus en images, on ne veut pas la sentir tout près. Les codes, symboles, rites qui y étaient associés ont d’ailleurs presque tous disparu.

Pourtant, si je ne laissais rien transparaître, si je contenais l’épouvante qui avait surgi en moi, venue du fond des cieux, se déversant sur ma douleur comme un torrent de larmes, certains me traitaient d’insensible…

Annoncer que j’avais perdu ma fille était difficile, car l’autre (et surtout une mère) est renvoyé à une des plus grandes peurs viscérales et ancestrales : la mort de son enfant. Il me fallait parfois réconforter mon interlocuteur et minimiser l’événement : j’avais un autre enfant, je n’étais pas seule, elle n’avait pas souffert… Mais, je n’y étais pas toujours prête. Alors parfois je préférais changer de sujet lorsque l’on me demandait : « Combien d’enfants avez-vous ? » ou « Que deviennent tes enfants ? ».

Certaines fois encore, une parole, un souvenir, une situation faisaient monter l’émotion en moi et il m’était trop difficile de m’exprimer. Je gardais alors le silence. Je me souviens d’un inconnu, qui n’a sans doute jamais compris pourquoi j’ai rougi jusqu’aux oreilles, lorsqu’il a parlé de sa fille, « Magali »…

Autour de moi le vide se faisait. Beaucoup de « ceux qui savaient » maintenaient une sorte de distance de sécurité. J’étais devenue comme pestiférée ou alors, transparente. Ils me fuyaient sans doute par peur viscérale de la mort. Par peur d’être touchés émotionnellement ou réellement à cause d’une superstition rendant la mort contagieuse.

Ainsi mes amitiés ont changé. Et si certaines sont nées, d’autres ont disparu. A mon grand regret, j’ai dû renoncer à fréquenter une amie d’enfance dont la fille était proche de la mienne. A-t-elle voulu protéger son enfant ? Se protéger ? Peut-être un jour pourrons-nous en parler, nous comprendre et retrouver une complicité. Mais peut-être devrai-je renoncer à cette amitié à jamais. Car même les meilleurs amis peuvent être blessants. Et, parfois, une main tendue vient d’une personne que l’on ne voyait plus…

A ceux qui m’évitaient seulement parce qu’ils étaient mal à l’aise et ne savaient pas quoi dire, j’aurais aimé signifier qu’ils n’avaient pas à se soucier de cela, car l’évitement est plus douloureux que des paroles maladroites. Ils pouvaient exprimer simplement ce qu’ils ressentaient. Ou même ne rien dire, juste sourire.

Si des amis ne m’aidaient pas comme je l’aurais souhaité, cela ne signifiait pas obligatoirement qu’ils étaient indifférents à ma souffrance, mais qu’ils m’aidaient autant qu’ils en étaient capables. Certains avaient le désir de me soutenir mais ne savaient tout simplement pas comment s’y prendre.

 

IL EST...