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Malheureuse

De
118 pages

Après avoir subi en silence d'intolérables agressions venant du monde extérieur, une jeune fille prend la parole pour retrouver sa dignité. Victime de harcèlement psychologique et de viol, elle raconte de manière crue et directe la souffrance endurée dès ses plus jeunes années. Au terme d'un long travail sur elle-même, elle a réussi à faire son deuil et accepter la tragique disparition de son père atteint de troubles bipolaires. Elle se remémore les heures sombres et la petite fille qu'elle était, désemparée devant le comportement énigmatique des adultes. Avec intelligence et sensibilité, l'émouvant récit de son parcours émancipateur ne laissera aucun lecteur indifférent. Il est même nécessaire de s'indigner devant un tel vécu traumatique. D'où l'importance de ce témoignage, qui a le pouvoir de prévenir d'autres drames en sensibilisant les lecteurs à ces questions encore trop souvent tues.


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Cet ouvrage a été composér Edilivre

175, boulevard Anatole France – 93200 Saint-Denis

Tél. : 01 41 62 14 40 – Fax : 01 41 62 14 50

Mail : client@edilivre.com

www.edilivre.com

 

Tous droits de reproduction, d'adaptation et de traduction,

intégrale ou partielle réservés pour tous pays.

 

ISBN numérique : 978-2-414-01190-2

 

© Edilivre, 2017

Remerciements

Je remercie avant tout ma maman. Elle a cru en moi dès le début, elle n’a jamais baissé les bras devant les épreuves qu’on a du traverser. Elle a fait preuve d’une force exemplaire, admirable, elle a été forte pour elle comme pour moi.

Ensuite, je remercie mon beau-père et ma grande sœur pour m’avoir soutenue tout le long. Je remercie mon beau-père de rendre ma maman heureuse depuis bientôt neuf ans. Je le remercie également de me considérer comme sa fille et d’avoir donné le meilleur de lui-même pour m’aider.

Je remercie ma thérapeute Valérie, elle m’a aidée à progresser dans mon deuil comme elle m’a aidée à me sentir prête pour une immensité de choses. Sans elle, je n’aurais jamais été aussi forte que ce que je le suis aujourd’hui.

Je tiens à remercier Justine Heine ; sans elle, je ne serais peut-être pas là où j’en suis aujourd’hui. Je remercie également Quentin. Il a été capable de me faire comprendre que la vie valait la peine d’être vécue, que derrière les mauvaises choses se trouvaient de belles choses.

Pour finir, je remercie les personnes qui m’ont harcelée, qui m’ont abandonnée, ces personnes qui se sont amusées à me détruire pour leur propre intérêt. Je vous remercie ; sans vous je n’aurais sûrement pas compris que beaucoup de personnes ont besoin de faire du mal aux autres pour se sentir un peu mieux. Que derrière vos masques, vous n’êtes pas forts, vous êtes des faibles.

Prologue

Je me demande comment des personnes aussi horribles peuvent exister. Je ne parle pas des personnes qui passent leur journée à critiquer les autres ou des choses dans le même style, même si ces personnes ne devraient tout de même pas exister. Au fond, ma question est pourquoi les gens arrivent, un jour ou l’autre, à devenir des monstres ? Je sais que toute personne sur cette terre a un bon comme un mauvais côté et lorsqu’on laisse à découvert ce mauvais côté, il peut vous détruire vous et le monde tout entier. C’est une chose normale, mais pourquoi certaines personnes sont-elles fières de ce côté obscur ? On m’a toujours dit que le monde doit être composé de tous types de personnes pour fonctionner comme il se doit. Mais, est-il nécessaire que des personnes donnent fin à leur vie pour le bon fonctionnement de notre planète, de la population ? Je ne pense pas, je ne veux pas y croire. Je rêve d’un monde où le harcèlement et la destruction n’existent plus. On ne devrait pas avoir, en un claquement de doigts, la possibilité de réduire à néant une personne innocente.

Autant mettre fin à sa vie si chaque jour de votre existence ressemble à des montagnes russes à cause d’un monstre. Chez moi, il existe plus de descentes que de montées. Plus de peur que de joie. Plus de cris que de soulagements. Plus de larmes que de sourires. Plus de tristesse que de joie. Plus de panique que de calme. C’est un peu stupide de vouloir plaire à une société qui vous a détruit dans le passé. Comprenez-moi, ne me jugez pas. On ne naît pas dépressif, on le devient. On ne naît pas en étant un monstre, on le devient. Je loupe tout. Je me rends compte que j’oublie de vivre. Déjà quinze ans et j’ai l’impression que tout n’est que routine. Je sais bien qu’il n’est jamais trop tard, mais cela peut vous paraître étrange, je ne sais pas comment on fait pour vivre. Je n’en peux plus de cette vie. Je vais mal, mon cœur va mal, tout va mal. J’étais bien pendant six jours même pas et puis là, je suis à nouveau retombée. C’est tellement difficile. Je me demande si je dois vivre. Je pourrais partir de chez moi, sans rien dire à personne, seulement laisser une lettre : « C’est triste que personne ne remarque quand on va mal ». Puis partir loin, très loin pour que personne ne me retrouve et enfin arriver sur une falaise, me demander si je dois sauter ou non. Ou alors, trouver un flingue et me tirer une balle dans la tête. Pourquoi pas après tout ? Peut-être que la mort est la seule possibilité qu’il me reste pour ne plus ressentir ce mal constant. Imaginez si, un jour, je suis la fille la plus heureuse. Qu’enfin, la vie me sourit. Fini les larmes, fini les pleurs. C’est fini de souffrir, je peux enfin sourire. Fini les lames, fini les cicatrices. Tout est fini. Je pourrais enfin commencer ma vie. Imaginez si ce jour arrive. Je ne peux pas mourir maintenant. Mais que faire alors ? Vivre dans la tristesse en espérant un jour être heureuse ? Non, je ne peux plus supporter ça. Trouver quelqu’un qui veut bien m’aider ? Oui, je l’attends. Je l’attends depuis deux ans maintenant. Aide-moi, aidez-moi.

Partie I

« Souvent la nuit, quand je suis allongée dans mon lit, j’essaie d’imaginer ma vie si tu en faisais partie. Et à la fin, je me rends compte de ma stupidité, parce que tu ne feras jamais partie de mon quotidien. »

Auteur inconnu.

1

24 septembre, 17 h 54.

À l’âge de six ans, on prend la vie comme elle vient à nous. On dessine, on saute, on court, on joue avec nos copains devant nos maisons. On va à l’école, on apprend à écrire, à lire. On se dispute avec nos camarades, on écoute de jolies histoires lues par nos institutrices puis on attend avec impatience papa ou maman devant la grille de l’école. On attend dix à vingt minutes un de nos parents qui finit par arriver dans les alentours de dix-sept heures. Ce n’est rien, on est heureux de rester à la garderie et de pouvoir jouer avec nos amis. Le temps passé avec nos géniteurs n’est pas encore aussi précieux qu’il ne le sera dans quarante petites années. Je veux garder mon âme d’enfant. J’aimerais avoir le pouvoir d’arrêter le temps et de vivre éternellement la même journée. Maman vient me lever à sept heures trente, elle choisit mes vêtements et m’enfile mes chaussures. Papa dort toujours, papa a eu une dure journée. On me fait croire ça au lieu de me dire que papa a encore abusé de la drogue hier soir. Papa est là, papa est dans sa chambre mais papa ne veut pas voir sa fille.

Appelez-moi Chloé. J’ai six ans et je vis avec mes deux parents et ma grande sœur, Leïla. Nous habitons dans une petite maison d’une des nombreuses rues de Seraing. Ma maman, Marie-Ange, est puéricultrice dans une école spécialisée tandis que mon papa, Christophe, n’a pas de travail spécifique. Il fait, de temps en temps, quelques petits dépannages à gauche et à droite, par-ci et par-là. La plupart du temps, il vit grâce à sa passion : la musique, le son. Il passe la plus grande partie de son temps à la zone, c’est une salle de concerts en Outremeuse, je pense. Il fait partie d’un groupe de Jazz nommé Amsha. Il s’occupe de la sonorisation. Malheureusement, nous ne vivons pas encore dans un monde assez développé au point de pouvoir partager des chansons à travers un livre. Sinon, je sauterais sur l’occasion et je vous ferais part de mon morceau préféré. Il s’occupe également d’organiser des concerts. Nous allons tous ensemble à la zone au moins une fois par semaine. Il y a quelques enfants de l’âge de ma sœur ou alors, ils sont plus jeunes que moi. On s’y plaît, on joue sur le palier qui donne accès à l’appartement du dessus. On s’amuse à descendre les escaliers sur les fesses – ça fait un peu mal au début mais on s’y habitue – Quand, ma sœur et moi, nous ne sommes pas à la zone, on est généralement chez Ophélie et Medhi. Ophélie est la meilleure amie de ma sœur depuis son plus jeune âge. On joue souvent à papa et maman mais je n’ai pas vraiment de rôle utile dans cette partie de jeu. Non, je suis simplement leur chien. Je dois rester couchée sous le bureau, comme la plupart des chiens doivent rester dans un cagibi aujourd’hui.

À la maison, ça ne va pas tant que ça. Mon papa est parti de la maison pendant quelques semaines ou quelques mois, je ne saurais pas vous dire. Il a fini par revenir mais je ne vois pas vraiment de changements. De temps en temps, il reste allongé dans son lit pendant plusieurs jours, sans même descendre voir ses deux filles. Ça devient de plus en plus fréquent, ça me fait peur. Il change complètement, je ne le reconnais plus. Il devient violent avec son entourage, il dit des mots qui blessent. Je n’ai pas vraiment eu le temps d’apprendre à le connaître sur le bout des doigts et de vivre toutes les choses que l’on peut réaliser avec une personne. J’ai tout de même quelques souvenirs de mon enfance. Je n’ai aucun doute sur le fait que c’est une personne exceptionnelle, il est unique en son genre. Il a un cœur en or, il est gigantesque au point d’être prêt à exploser. Il est plus gros que tous les cœurs de cette planète réunis. C’est sûrement ça le problème. Il tient toujours à être présent pour sa famille, ses amis et même pour des personnes qui lui sont inconnues. Il est muni de compassion, il prend le temps d’écouter, le plus attentivement possible, chaque personne qui se confie à lui. Il examine chaque phrase, chacun des mots prononcés. Il en a vécu des choses. Il pourrait écrire un livre pour les raconter une par une, comme je suis en train de le faire en ce moment. Ce ne sont pas des histoires à l’eau de rose mais plutôt des histoires horribles qui nous font faire des cauchemars. Le pire dans tout ça, c’est qu’il a dû les affronter seul. Il n’a jamais eu quelqu’un à qui se confier, à qui parler. Je pense que c’est son passé qui lui a donné l’envie de résoudre les problèmes des autres et d’être à l’écoute de tout le monde. Il serait prêt à rester éveillé une nuit entière pour trouver une solution, pour trouver quelque chose qui pourrait aider les personnes qui l’entourent. Il est extraordinaire. Il aide tout le monde. Il est impossible de ne pas l’apprécier. Mais, à force de penser aux autres, il est incapable de penser à lui-même et ce depuis son plus jeune âge. C’est à la suite de ses mauvaises expériences qu’il n’a plus jamais voulu se confier ou être soutenu. Il commence à sombrer du mauvais côté. D’un point de vue médical, on le considère comme maniaco-dépressif, dit autrement bipolaire. On peut apercevoir chez lui des phases où il se sent capable de changer le monde. Ces périodes durent très peu de temps, ensuite, il replonge dans un enfer indescriptible. Dans ces moments-là, on ne le voit plus pendant plusieurs jours d’affilée. Il se renferme sur lui-même, dans sa chambre. Sa seule source de réconfort, ce sont les drogues. Le cannabis comme les drogues dures. Il lui arrive de sortir de sa chambre mais ce n’est pas beau à voir. Son regard est si vide, dépourvu d’espoir. Au début, je suis contente de le voir descendre les escaliers mais je ne le suis que pendant quelques secondes, je suis petite en même temps, je ne comprends pas trop. Il devient violent, il hurle sur ma maman, il casse les fenêtres de la salle de jeux, ma joie disparaît. Je me cache derrière le divan dans ces moments-là, je me bouche les oreilles le plus fort possible et je ferme les yeux en espérant que ce ne soit qu’un mauvais rêve. Une fois qu’il remonte, je me précipite dans la cuisine pour prendre ma maman dans mes bras. Elle pleure énormément quand il est dans un état pareil. Quand ils se sont séparés, on allait le voir durant la journée. Un jour, il nous a proposé, à ma sœur et moi, de nous acheter un chat. On était étonnées parce qu’il est allergique aux chats. On est donc allés à l’animalerie du coin, j’ai eu un coup de cœur pour un des chatons qui s’appelle désormais Louloutte.

Mon papa maigrit fortement ces temps-ci ; pourtant, il mange comme avant. Parfois, il est brusque avec nous. Il a souvent les yeux tout noirs. Il n’entend pas souvent ce que je lui dis. Bien sûr, il y a des jours où il est comme avant. Il travaille de moins en moins et il n’a plus vraiment de passion pour la musique. Il passe généralement les journées affalé dans le divan et il regarde des courses de formule un. Je ne vais pas lui en vouloir, il reste mon papa après tout. Quand il est normal, on s’amuse à peindre des tortues et des nuages, qui ressemblent plus à du pain français, sur le mur du corridor. On a même acheté un chien, Kenzo. Ce qui me manque le plus, c’est qu’il vienne nous chercher à la garderie. Il nous fait faire à ma sœur, nos amis et moi, des cumulets en l’air. Je vous l’ai dit, tout le monde l’aime, tout le monde.

Je ne sais pas où je me trouve ni vers où je me dirige. Je peux juste vous dire qu’il pleut et que je suis seule. Je ne suis vêtue que d’un blouson et d’un simple jean.

Il fait sombre là où je suis. Je pense qu’il y a du brouillard. Il me pique aux yeux, quelques larmes dévalent le long de mes joues et tombent aussi vite que ces légères gouttes de pluie.

Je marche en espérant trouver un endroit chaleureux où je pourrais me blottir. Je crie plusieurs fois après ma maman. Je hurle « Maman » ou alors, je l’appelle par son prénom en espérant avoir une réponse quelconque.

Sur mon chemin, une ombre autre que la mienne, me suit. Ce que j’aime bien chez ce fantôme, c’est qu’il n’avance pas le long de la route. Non, il voyage le long du ciel, il saute d’une étoile à l’autre. Moi, je fais danser mon ombre en sautillant pour ne pas perdre le peu de joie enfantine qu’il me reste.

J’ai une voix dans la tête qui me dit quelle direction prendre mais, malheureusement, je suis têtue. Je préfère donc emprunter la direction opposée pour découvrir l’inconnu, peut-être un monde meilleur – avec un peu de mon imagination –. Même avec mes mauvais choix, l’ombre qui m’est inconnue, continue à me suivre.

Je n’ai jamais été seule et, en ce moment, je me sens comme une enfant abandonnée dans une allée de supermarché.

Je me demande où je pourrais m’endormir à des minuits passés sans avoir à craindre le pire. J’ai peur alors que j’ai l’air d’être la seule personne marchant sur cette route, qui paraît tellement longue.

Je suis fatiguée, ça fait deux jours que je marche le long des graviers. Pour faire passer le temps, je joue avec le peu des brins d’herbe recouvrant les trottoirs. Il m’arrive de me coucher, dans l’herbe humide, lorsque les étoiles apparaissent...