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Mamadou Racine Sy

De
173 pages
Mamadou Racine Sy est le premier capitaine noir de l'armée des Tirailleurs sénégalais qui a connu tous les honneurs qu'un Noir de son époque ne pouvait imaginer obtenir. Enrôlé très jeune, il s'est mis exclusivement au service de la France. Il a combattu les plus grands chefs noirs aux côtés des plus grands officiers de l'armée des Tirailleurs sénégalais, pionniers-bâtisseurs de l'empire colonial d'AOF. Néanmoins, cet homme qui aida le système colonial à s'installer, a su faire preuve auprès de ses frères de race des valeurs traditionnelles d'un chef coutumier.
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Mamadou Racine Sy
Premier capitaine noir des Tirailleurs sénégalais (1838-1902)

Collection « Mémoires & Biographies » N° 2

« Mémoires & Biographies »
Collection dirigée par Abdoulaye DIALLO et Abdoul SOW Dernières publications KÉBÉ Abdoul Aziz, Serigne Abdoul Aziz Sy Dabbâkh. Itinéraire et enseignements, Collection « Mémoires & Biographies », n° 1, juin 2010.

Ce livre est édité grâce au soutien de la famille du Capitaine Mamadou Racine SY en hommage à leur ancêtre. Nous citerons entre autres : - Professeur Seydou Madani SY (ancien Recteur de l'Université Cheikh Anta Diop et ancien Ministre de la Justice) - Mr Seydina Oumar SY (Ambassadeur et ancien Ministre des Affaires étrangères) - Mr Mamadou Racine SY (Président de SénégalTours et du Groupe Sénégal-Hôtels).

ABDOUL SOW

Mamadou Racine Sy
Premier capitaine noir des Tirailleurs sénégalais (1838-1902)

L’HARMATTAN-SÉNÉGAL

Du même auteur
- Le Sénégal, Géographie physique, humaine, économique, étude régionale. Manuel pour les classes de terminales, Paris, Edicef, 1989. - Manuel de référence Sénégal, l’Éducation à la Vie familiale et Matière de Population (EVF/EMP). Projet SEN 93/PO4/MEN/ UNESCO/FNUAP-GEEP. - Manuel d’Histoire du Sénégal, 2e étape, Versailles, Les Classiques Africains, 1995. - Manuel de Géographie du Sénégal, 2e étape, Versailles, Les Classiques Africains, 1995. - « Les traitants Saint-Louisiens dans les villes-escales 1850-1930 », in Commerce et Commerçants en Afrique de l’Ouest (Sous la direction de Boubacar Barry et Léonard Harding), Paris, L’Harmattan, 1992. - « Le système de contrat foncier en milieu colonial sénégalais (XIXe siècle- XXe siècle) », in Exploiter la terre. Les contrats agraires de l’Antiquité à nos jours. Actes du colloque de Caen (10-13 sept. 1997), édités par Gérard Béaur, Mathieux Arnoux et Anne Varet-Vitu, Rennes, Presses universitaires de Rennes, 2003. - « Les sociétés Indigènes de Prévoyance : un instrument de l’impérialisme colonial », in Revue Historiens-Géographes du Sénégal, n° 3, avril 1999. - « L’épopée populaire, œuvre littéraire et source historique. L’exemple de la bataille de Maka », in Revue Civilisations. Institut de sociologie, Université libre de Bruxelles, volume XLV, N° 1, 2 janvier 1998. - « Témoignages de Tirailleurs Sénégalais sur les événements de Madagascar 1947 ». Actes rassemblés par Francis Arzalier et J. SuretCanale, Paris, Le temps des Cerises, 1999.

© L'HARMATTAN-SENEGAL, 2010 « Villa rose », rue de Diourbel, Point E, DAKAR http://www.librairieharmattan.com diffusion.harmattan@wanadoo.fr senharmattan@gmail.com ISBN : 978-2-296-10276-7 EAN : 9782296102767

Dédicace

À tous les Tirailleurs sénégalais À tous les Jaambars de l’Armée sénégalaise À mes deux parents À mon épouse À mes enfants

Remerciements
Ce travail est le résultat de cinq années de recherche. Les difficultés rencontrées font que j’apprécie à sa juste valeur la contribution des uns et des autres. Je remercie très sincèrement mon collègue Cheikh Faty Faye qui m’a accompagné dans le processus de collectes des sources à Paris et à Bamako. J’associe à ces remerciements : - Mes collègues Babacar Fall, Mamadou Diallo pour les échanges et suggestions, - Dr Amadou Yoro Sy, médecin-colonel (R/Armée sénégalaise), auteur de la postface, - Madame Annie Coly Sagna, Racine Senghor et Guedj Fall pour la lecture du texte, - Colonel Birama Thioune, - Ahmadou Bamba Sané et Ousseynou Seck pour les cartes et les photos, - Tous les membres de la Commission sénégalaise d’histoire militaire.

PRÉFACE
Selon un adage africain bien connu, « tant que les lions n’auront pas leur propre historien, les histoires de chasse tourneront toujours à la gloire du chasseur ». Ce proverbe décrit, d’une certaine manière, ce que fut, pendant longtemps, la place des Tirailleurs dans l’historiographie officielle : une place très marginale. Pour réaffirmer leur rôle important dans l’histoire militaire de la France au XIXe et XXe siècles et, par la suite, dans l’émergence de nos nations, il est apparu nécessaire de s’atteler à notre propre travail de mémoire sans autoglorification et à un effort de recherche historique sans concession. Ce devoir de mémoire a été concrétisé par la décision des autorités sénégalaises de consacrer le 23 août comme « Journée des Tirailleurs » afin de rendre un hommage mérité à ces héros longtemps méconnus. Parallèlement, des institutions telles que la Commission sénégalaise d’histoire militaire, dont l’auteur de ce livre, le Professeur Abdoul Sow, est l’un des membres les plus éminents, œuvrent inlassablement à donner une plus grande visibilité historique, à leur action. Cet ouvrage sur le Capitaine Mamadou Racine, premier capitaine noir du Bataillon de Tirailleurs sénégalais, participe de ce projet ambitieux. Dans l’imaginaire collectif, le tirailleur évoque automatiquement l’ancien combattant. Celui-ci est la figure

symbolique et dominante la plus célébrée du fait de sa participation aux deux sanglants conflits mondiaux du XXe siècle et du fait qu’il nous est contemporain. Pour le reste, en dehors de la littérature coloniale, un voile épais recouvre l’histoire de la génération précédente du corps des Tirailleurs dont la création remonte quand même à 1857. Sans nul doute, leur rôle dans l’expansion et dans l’installation du système colonial a contribué à maintenir leur action dans l’ombre. D’ailleurs, le Professeur Sow reconnaît, sans ambages, l’ambivalence du regard que nous pouvons porter sur eux. Cependant, dépassant cette ambigüité et nous ramenant au contexte de l’époque, il nous ouvre un pan de notre histoire qui mérite d’être mieux connu. Comme souvent, c’est à travers des personnages d’exception que l’on peut mieux comprendre ce que furent ces périodes troublées. En ce sens, le capitaine Mamadou Racine, premier officier indigène à atteindre ce grade, constitue assurément une figure incontournable en raison de son rang hiérarchique, de ses faits d’armes et de sa personnalité. En effet, il est très peu commun qu’un indigène ait pu se hisser à un tel niveau de responsabilités à une époque où régnaient les préjugés les plus tenaces sur leurs prétendues incapacités ; le livre rend amplement compte, d’ailleurs, des réticences et des oppositions à son ascension, au cours de sa longue carrière. Au plan militaire, sa renommée est bien établie par sa participation aux campagnes décisives, notamment au Soudan, à côté des chefs militaires français les plus prestigieux, contre les plus grandes figures de la Résistance telles que Mamadou Lamine, Ahmadou et Samory. Enfin, personnalité bien singulière que cet officier noir qui, maîtrisant les rouages du système et entouré de soutiens

puissants, d’engagé volontaire dans l’armée coloniale accède à sa retraite au prestigieux titre de Fama du Bambouck. Ce parcours exceptionnel témoigne de la détermination, du courage et de l’abnégation que tous les témoins, partisans ou adversaires, reconnaissent au Capitaine Mamadou Racine. Ces vertus préfigurent celles des combattants de la Force Noire dans les tranchées de Verdun, et c’est de cette filiation ainsi que de celle de nos héros traditionnels que se revendiquent aujourd’hui les Jaambars. Seul le travail salutaire de vulgarisation, déjà entamé, permettra aux jeunes générations de saisir le sens de cette filiation. Ce livre dédié à la vie et à la carrière du Capitaine Mamadou Racine en est une première étape. Je suis rassuré de savoir qu’il annonce une longue liste de publications à venir de la Commission sénégalaise d’histoire militaire dans ce chantier vaste et indispensable qu’est la réappropriation de notre histoire. Le général de corps d’armée Abdoulaye FALL Chef d’état-major général des Armées

INTRODUCTION
Pourquoi avons-nous décidé d’écrire un livre sur le capitaine Mamadou Racine de l’armée coloniale française ? L’idée nous a été suggérée lors d’une discussion que nous avons eue en 2005 avec un membre de sa famille qui détenait des documents, des photographies et des informations sur lui. Mais nous n’avons pas pu accéder à ces supports promis. Jusqu’à cette rencontre, notre champ de recherche dans le cadre du laboratoire d’histoire orale du département d’histoire et de géographie de la Faculté des Sciences et Technologies de l’Éducation et de la Formation (FASTEF) ne s’intéressait qu’aux Tirailleurs de la Seconde Guerre mondiale et des guerres d’Indochine et d’Algérie. À ce jour d’ailleurs, nous avons interviewé plusieurs Tirailleurs sénégalais, transcrit et gravé sur CD une centaine de récits de vie avec des supports. De plus, le contexte s’y prête. En effet depuis 2000, année de l’alternance politique au Sénégal, les nouvelles autorités avaient pris la décision de rendre hommage à nos anciens combattants lors de la « Journée des Tirailleurs » célébrée le 23 août de chaque année. Ces derniers, très amers, déclarent être les oubliés de la France, dénoncent l’ingratitude, l’injustice de la France à leur égard. Le choix de Mamadou Racine s’explique aussi par son parcours exceptionnel : il est le premier capitaine noir de l’armée des Tirailleurs sénégalais, celui qui a connu tous les

honneurs qu’un Noir de son époque ne pouvait imaginer obtenir. Cette recherche offre donc la possibilité de faire connaître une figure méconnue ou oubliée de l’histoire coloniale en exhumant des documents et des témoignages sur la personnalité, les faits militaires et les actions sociales d’un homme qui était à la fois officier français et chef traditionnel. Elle permet ensuite, à travers les différentes perceptions des autorités coloniales comme celles des chefs locaux qu’il a combattus, de présenter le véritable visage de cet acteur important de la conquête coloniale du Haut-Sénégal et du Soudan français. Elle offre enfin aux jeunes générations en quête de repères les exemples de ceux qui, dans des époques troublées, ont aidé le système colonial à s’installer définitivement. Mais il faut surtout retenir que ces hommes ont porté aux yeux de leurs frères de race les valeurs traditionnelles d’un chef, à savoir le courage, l’autorité, la générosité et l’élégance morale et vestimentaire. Tout cela devrait militer pour la prise en compte des Tirailleurs par les manuels et les programmes d’enseignement des établissements scolaires du Sénégal, nonobstant toute controverse autour de la dualité résistance-collaboration. Ce travail a donc pour objectifs : - de retracer le parcours exceptionnel du premier capitaine noir de l’armée coloniale française au Sénégal et au Soudan français ; - d’expliquer le rôle qu’il a joué dans l’édification de l’empire colonial d’AOF ; - de donner au capitaine Mamadou Racine sa véritable place dans le Panthéon national et africain, dans les programmes d’enseignement et les manuels scolaires.

Notre approche méthodologique s’appuie exclusivement sur l’analyse des documents d’archives. Ce choix s’explique par le fait que, dans le cadre du laboratoire d’histoire orale, nous avons demandé à un collègue de collecter les sources orales disponibles auprès des populations de Podor. Ce travail devait être complété par les sources recueillies auprès des populations des régions touchées par les actions de Mamadou Racine, surtout au Mali, et de toute autre personne susceptible de nous donner des informations sur le capitaine. De notre côté, nous avons consulté d’abord les archives du Service Historique de l’Armée de Terre (SHAT) de Vincennes en France ; ensuite nous avons séjourné avec notre collègue Cheikh Faty Faye à Bamako afin d’y compulser les documents classés aux Archives Nationales du Mali (ANM) ; enfin, les Archives Nationales du Sénégal (ANS) ont été analysées. Ces informations sont complétées par des ouvrages, des articles et divers documents1. Le contenu du livre s’articule autour de quatre chapitres. Le premier présente l’homme et analyse sa difficile promotion appuyée par des parrains puissants. Le deuxième décrit ses campagnes militaires au Sénégal et son premier séjour en France. Le troisième couvre la période la plus longue et la plus riche en événements : de 1880 à 1895, Mamadou Racine s’est révélé un acteur incontournable de la conquête du Soudan aux côtés des plus grands chefs militaires, un homme à qui on fait appel pour résoudre les problèmes et situations les plus difficiles. Le quatrième traite sa vie post-militaire, les fonctions administratives qu’il a occupées et l’opération de démythification dont il a fait l’objet de la part de certaines autorités.
Ce choix ne nous a pas empêché de discuter avec trois de ses descendants et parents proches et trois habitants de Podor.
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