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Mémoires d'un biologiste

De
232 pages
De son entrée à l'école maternelle à son départ à la retraite, l'auteur a passé 62 ans dans le monde de l'éducation, tour à tour, élève, normalien, assistant à la Sorbonne, chef de travaux puis maître-assistant à l'Université d'Orsay, sous directeur à l'école normale rue d'Ulm puis professeur quai Saint-Bernard à Paris. Cet ouvrage retrace le cheminement d'un petit poulbot de la banlieue parisienne aux milieux étranges du monde universitaire et des relations scientifiques internationales.
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Mémoires d’un biologiste
De la rue des Écoles à la rue d’Ulm
Graveurs de mémoire
Eric de ROSNY,L’Afrique, sur le vif. Récits et péripéties, 2011. Eliane LIRAUD,L’aventure guinéenne, 2011. Louis GIVELET,L’Écolo, le pollueur et le paysan, 2011. Yves JEGOUZO,Madeleine dite Betty, déportée résistante à Auschwitz-Birkenau, 2011. Lucien LEYSSIEUX,Parcours d’un Français libre ou le récit d’un sauvageon des montagnes du Dauphiné, combattant sur le front tunisien avec les Forces françaises libres en 1943, 2011. Sylvie TEPER,Un autre monde, 2011. Nathalie MASSOU FONTENEL, Abdenour SI HADJ MOHAND,Tinfouchy (Algérie 1958-1960), Lucien Fontenel, un Français torturé par les Français, 2011. André ROBINET,Larzac-Millau-Grands Causses, Elevage et partage des savoirs, 2011. Dmoh BACHA, Palestro Lakhdaria,Réflexions sur des souvenirs d’enfance pendant la guerre d’Algérie, 2011. Robert PINAUD,Dans la gueule du loup, 2011. Lina BATAMI,Algérie, mon enfance v(i)olée, 2011. Jean-Paul FOSSET,Histoire d’amour, histoire de guerres ordinaires. 1939 -1945 Évian 1962, 2011. Oruno D. LARA,La magie du politique. Mes années de proscrit,2011. Jean Michel HALLEZ,40 boulevard Haussmann, 2011. Yvon CHATELIN,Recherche scientifique en terre africaine, 2011. Pierre REGENET,Ma dernière pomme. De PRETY à Bissey, Chroniques en culotte courte, 2011. Jean-Paul KORZEC,Dans l’ombre du père, 2011. Rachel SAMUEL,On m’appelait Jeannine, 2011. Michel LAPRAS,Culottes courtes et bottes de cheval,«C’était comment la guerre ?»,2011. Béatrice COURRAUD,Non je nai rien oubliéMes années 60,2011. Christine BELSOEUR,Une vie ouvrière. Un demi-siècle de parcours militant, 2011. Jean-René LALANNE,Le canard à bascule, 2011. Louis NISSE,Lhomme qui arrêtait les trains, 2011. Danièle CHINES,Leur guerre préférée, 2011 Jacques FRANCK,Achille, de Mantes à Sobibor, 2011. Pierre DELESTRADE,La belle névrose, 2011. Adbdenour Si Hadj MOHAND,Mémoires d'un enfant de la guerre.Kabylie (Algérie) : 1956 – 1962, 2011. Émile MIHIÈRE,Tous leschemins ne mènent pas à Rome, 2011.
Roland Bauchot
Mémoires d’un biologiste
De la rue des Écoles à la rue d’Ulm
© L«Harmattan, 2011 5-7, rue de l«Ecole-Polytechnique, 75005 Paris
http://www.librairieharmattan.com diffusion.harmattan@wanadoo.fr harmattan1@wanadoo.fr
ISBN : 978-2-296-55481-8 EAN : 9782296554818
Ce texte n±est pas un journal car je n±ai pas, au cours de ma vie, noté au jour le jour les événements auxquels j±ai été mêlé ou les sentiments que j±ai ressentis devant les aléas de la vie. Ce n±est qu±un essai d±autobiographie. J±ai commencé cette rédaction en 1994, quand j±ai quitté le laboratoire d±anatomie comparée du quai Saint-Bernard à Paris (Université Paris VII devenue université Denis-Diderot) pour laisser la place à mon successeur, un arracheur de dents (au sens propre, un stomatologue). Je l±ai fait pour fixer sur le papier, avant qu±elles ne se perdent dans le brouillard de l±oubli, les principales étapes de ma vie, tant familiale que professionnelle, pour commenter les événements que j±ai vécus pendant plus de quatre-vingts ans et pour évoquer les divers personnages que j±ai côtoyés. Je l±ai complétée au fur et à mesure que me revenaient les souvenirs du passé, avec le souci de les situer dans l±ordre chronologique. Contrairement à mes craintes, ces souvenirs se sont révélés vivaces, et chaque fois que je reprends ce texte, des détails surgissent de la nuit où je les croyais enfouis. La mémoire ne cesse de surprendre ceux qui l±étudient ou qui, comme moi pendant plus de vingt ans, en ont enseigné les arcanes à leurs étudiants. C±est une invitation que je fais à quiconque est tenté par une telle aventure mais craint de ne pas en venir à bout.
J±ai admiré, il y a quelques annéesbien que n±en ayant lu que quelques pages dactylographiéesl±autobiographie (Des bords de Loire aux rives du Niger,l±Harmattan, 2003) qu±avait commencé à écrire mon collègue et ami Jacques Daget (1919-2009), polytechnicien, directeur du laboratoire d±ichthyologie au Muséum, qui a longtemps vécu et travaillé en Afrique noire. Un tel effort n±est pas hors de portée de tout un chacun, d±autant qu±il ne peut que favoriser le bon fonctionnement du cerveau, aérer les neurones, comme on dit, et retarder la décrépitude due à l±âge. Lors d±un voyage en Islande, on m±a assuré que l±édition littéraire, en ce pays peu peuplé et à la langue restreinte à un petit nombre de locuteurs, était très riche tant les Islandais, fidèles aux sagas légendaires de leur pays, se font un devoir de raconter la vie qu±ils ont vécue.
Je me demande, tant un premier souvenir en appelle d±autres, si cette quête aura jamais une fin. Marcel Prenant (1893-1983, normalien de la promotion 1911), qui fut mon patron et à qui j±ai succédé en 1966, disait de son collègue Albert Vandel (1894-1980, alors professeur dezoologie à Toulouse et directeur du laboratoire souterrain de Moulis) qu±ilétait arrivéà
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l±âge où l±homme de science se met à philosopher. Nous en avons un autre exemple avec Maurice Fontaine (1904-2009, ancien professeur de physiologie animale et directeur du Muséum national d±histoire naturelle de Paris, membre de l±Académie des sciences), qui nous a gratifiés en 1999 de Rencontres insolites d’un biologiste autour du monde(L±Harmattan, 1999). Je n±ai pas la prétention de faire ¥uvre philosophique, et cette mise au point n±a pour but que de me mettre en paix avec moi-même.
En écrivant ce livre, je ne cherche qu±à fournir à mes trois fils et à leurs compagnes, à mes six petits-enfants, depuis peu à mes deux arrière-petits-enfants et à ceux à venir, que j±espère nombreux, ainsi qu±au reste de ma famille, à mes collègues et amisbeaucoup hélas ont disparu !des chapitres de mon histoire. Elle est mêlée plus ou moins étroitement à ce que fut l±histoire du monde jusqu±à la fin de la Seconde Guerre mondiale en 1945, à l±histoire de la décolonisation en Algérie, à laquelle j±ai involontairement participé en 1955, enfin à l±histoire du milieu universitaire dans la seconde moitié du vingtième siècle. Ce dernier témoignage est celui d±un biologiste qui s±est intéressé au domaine complexe du système nerveux et des organes des sens et qui a parfois flirté avec les médecins. Des conversations avec mes fils, avec Delphine, l±aînée de mes petits-enfants, avec mon amie Marie-France, grande bridgeuse devant l±éternel, avec quelques amis ou avec Paulette, sévrienne pleine de talents avec qui je partage l±amour de la montagne, m±ont conforté en ce sens. Une autre raison, plus personnelle et égoïste, est que je me fais plaisir.
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Il faisait très froid, un froid glacial même, m±a dit mon père, ce samedi 23 février 1929. Charles Clément, vingt-sept ans, ouvrier lunetier, divorcé d±un premier mariage mais sans enfant, constatant que sa jeune épouse, Marcelle Pauline, couturière, qui n±avait pas vingt et un ans, ressentait les premières douleurs de l±accouchement (ils s±étaient mariés seize moisplus tôt), sortit casser la glace devant la maison dont ils occupaient lerez-de-chaussée,pour que la sage-femme, qu±il allait chercher, ne fît pas de mauvaise chute. L±accouchement fut long et l±enfant vint au monde le lendemain à l±aube, un beau bébé (si je puis dire) de neuf livres. Ainsi suis-je né, dans une famille de la banlieue ouvrière, du 9-3 dit-on aujourd±hui. Bien des ouvriers de cette époque avaient le souci d±échapper à la condition sociale que connaissait leur famille. Pour mes parents, parisiens l±un et l±autre mais venus, pour ce qui concerne leurs origines géographiques, de Lorraine, de Normandie, du Morvan, de la Sarthe ou de l±Oise, voire de Belgique, de Suisse, d±Espagne ou de Pologne, un élément primordial d±évolution sociale était de substituer la qualité à la quantité. Plutôt que d±élever une ribambelle d±enfants pour assurer leurs vieux jours, espérant en voir survivre quelques-uns à la mortalité infantile si fréquente alors, ne valait-il pas mieux consacrer soins et ressources à un petit nombre d±enfants qu±on élèverait le mieux possible et auxquels on donnerait un bon métier et un avenir décent ? Peut-être est-ce le même raisonnement qu±avaient tenu mes grands-parents car ils n±ont eu, les uns et les autres, que deux enfants alors qu±ils étaient issus de familles nombreuses. Les mêmes raisons ont dû pousser mes parents à limiter leur parentèle à un seul enfant. Mon statut de fils unique, même s±il m±arrive de le regretter aujourd±hui, n±est pas pour m±étonner car, autant que je m±en souvienne, aucun de mes petits camarades de l±école maternelle ou de l±école communale des Lilas n±appartenait à une famille nombreuse. Quelques-uns avaient un frère ou une s¥ur, et beaucoup étaient, comme moi, fils uniques. Comme mon oncle paternel, père de quatre enfants, vivait loin de Paris, à Azay-le-Rideau en Touraine, et que mon oncle maternel n±apas eu d±enfants, je n±ai eu ni cousins ni cousines de mon âge. Etais-je pour autant un enfant seul ? Non, car durant ma tendre enfance nos voisins immédiats avaient deux garçons à peu près de mon âge. Ma mère travaillait à la maison et je voyais très souvent mes grands-parents qui habitaient tous les quatre aux Lilas. Ma grand-mère paternelle Lucie garda pendant quelques mois,
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quand j±avais moi-même trois ans, l±aînée de ses petits-enfants, ma cousine Jacqueline, de six ans plus âgée que moi. Je partageais sa compagnie le jeudi, jour de congé scolaire. Son attitude autoritaire me fait goûtera posterioril±avantage de n±avoir pas eu de s¥ur aînée. Mes petits compagnons de jeu, je les retrouvais à l±école ou dans la rue. A l±inverse de ce qui a souvent lieu aujourd±hui, les enfants de cette époque et dans le milieu ouvrier allaient rarement les unschez les autres. Dans les années trente, la circulation automobile aux Lilas n±avait rien des dangers actuels, lesappartements des milieux ouvriers étaient petits et les jeux avec les autres enfants se passaient souvent dans la rue. J±ai peu de souvenirs des camarades de cette époque, si ce n±est d±un certain Roger Logel qui a fait carrière comme lutteur professionnel. Un autre, dont le nom m±échappe, était fils d±institutrice. Un soir, à la sortie des classes, sa mère me demanda quel métier je voulais faire plus tard. Contrairement aux jeunes garçons qui se voyaient fréquemment pompiers ou aviateurs, je répondis : « Maître d±école », ce qui la fit rire et me répondre : « C±est bien trop difficile pour toi ». Effectivement je ne suis pas devenu maître d±école.
La maison où je suis né était située 31 rue des Ecoles, à côté du dispensaire municipal dont je garde un souvenir douloureux. Pour guérir un mal blanc mal placé, alors que j±avais quatre ans, on m±avait arraché l±ongle du majeur de la main droite. Il y a près de quatre-vingts ans de cela, mais cet ongle a gardé la forme de griffe qu±il avait prise en repoussant. Maison natale et dispensaire ont aujourd±hui disparu et à leur emplacement a été édifié un petit square sur lequel s±ouvre l±arrière de la mairie. Cette maison était séparée de la rue par un petit jardin agrémenté d±un banc de pierre et orné d±un arbre chétif. Mes parents logeaient aurez-de-chaussée ; l±appartement donnait sur la cour où se trouvaient les latrines, cour qui séparait la maison d±un grand jardin dont chaque locataire cultivait un lopin. Bien que nous ayons quitté ce lieu en 1935, alors que j±avais six ans, j±ai encore des souvenirs précis de cette première maison et je peux en faire le plan détaillé. Je me revois, sur un tricycle rouge, que j±avais probablement reçu en cadeau à Noël, tourner en rond de cuisine en salle à manger, entrée et cuisine, ou jouer avec une grande maison de carton dont on ôtait le toit pour y trouver des meubles minuscules, un jouet de fille en fait. Un autre Noël me fournit une panoplie de Meccano qui me permettait de donner libre cours à ma créativité. Les jeux en plein air, lors de ma tendre enfance, se tenaient dans la cour, agrémentée d±une balançoire. Là venaient me rejoindre deux garçons de mon âge, d±une autre famille de la maison, Louis et Pierre Gianola, fils d±immigrés italiens au français rugueux. Le père était venu de son pays natal pour être maçon, la mère, typiquemamma italienne au fort giron, avait le c¥ur sur la main et aimait faire partager aux voisins ses talents de cuisinière.
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Dans cette maison habitait au premier étage une forte personnalité, Alfred Pouillot. Il travaillait aux Chemins de fer (il n±y avait pas de SNCF alors) comme dessinateur, mais il avait tourné toute son ambition vers la peinture d±art. Il allait au Louvre copier les chefs-d±¥uvre et je ne me lassais pas de l±admirer chez lui en train depeindre. Sa femme, plantureuse et bien en chair, avait une réputation sulfureuse ; on la soupçonnait d±accueillir dans sa couche de pauvres paroissiens en mal d±amour. A la mort de son mari, elle est devenue concierge dans une maison huppée duseizième arrondissement, près du métro Jasmin. Mes grands-parents maternels m±emmenaient lui rendre visite le dimanche. Son fils Charles, fils unique lui aussi, un peu plus vieux que moi, a fait un peu tous les métiers dans la vie, de conducteur d±autobus à gâte-sauce ou pâtissier, et j±appréciais beaucoup ce dernier métier quand nous allions les voir. Il a toujours épousé des femmes plus âgées que lui qui le laissaient rapidement veuf, et je le soupçonne, à la mort de mon père, d±avoir tenté deséduirema mère. Le talent pictural du père Pouillot n±était pas usurpé. Il a fait cadeau à mes parents d±un petit tableau plein de charme, représentant un vieux pont sur la Sioule, en Auvergne, tableau qui ferait bonne figure dans une exposition sur les naturalistes.Chez lui onpouvait admirer des copies très correctes de Delacroix ou de Poussin. De cette période je garde des souvenirs vivaces, des scènes structurées qui ne sont pas le fruit de mon imagination ni le résultat de photos prises à cette époque et que j±aurais conservées. A la mort de ma mère, il y a dix ans, j±ai retrouvé peu de photos de ces années, la plus classique me représentant nu couché sur un lit de plumes, portrait que mes parents avaient probablement fait fairechez lephotographe du quartier. Il y a aussi des photos de mes parents à la fleur de l±âge, de mes grands-parents, de certains de mes arrière-grands-parents, de ma cousine germaine Jacqueline, de la belle Lucienne et d±autres membres de ma famille, mais de la maison où je suis né je n±ai retrouvé qu±une vue de la cour où je ris aux anges sur la balançoire que pousse ma mère.
J±ai repris récemment cet album de photos familiales qui me permettent de situer mes attaches. La première est celle du mariage de mes parents, en octobre 1927. Vingt-sept personnes sont présentes dont quelques-unes que je ne reconnais pas. A gauche de mon père ses parents Charles et Lucie et leur petite-fille, ma cousine germaine Jacqueline. Aux genoux de mon père, Lucienne, sa cousine germaine, âgée de dix ans. A droite de ma mère ses parents Edouard et Pauline, leur neveu René et mon arrière-grand-mère Marie. Les pères sont en costume sombre et n¥ud papillon, les mères en robe sobre qu±égaillent chez Lucie un col blanc et chez Pauline un long collier deperles. Aux rangs supérieurs on trouve, outre deux couples amis de mon père, les frères Brunner et leurs épouses, d±autres membres de la famille. L±oncle Henri, frère de mon père, porte dans ses bras Kléber, son
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fils cadet. Derrière lui sa femme la tante Andrée. L±oncle René, frère de ma mère, n±est pas encore marié à cette époque. Le grand-oncle Henri, frère de ma grand-mère paternelle, et la tante Germaine, sa demi-s¥ur, sont présents, ainsi que Roger, fils de Germaine. Du côté de ma mère on ne trouve que le cousin Marcel et sa femme Marthe. Trois autres photos méritent un commentaire. La première concerne mon arrière-grand-père François Lorion, dans la force de sa jeunesse, regard vainqueur, moustache conquérante, cheveux blonds tirés en arrière. Il était graveur sur camées et j±ai recueilli à la mort de ma mère un des bijoux qu±il avait ciselés. Il est mort en 1887, à quarante et un ans, dans un accident de la circulation à Gentilly. Cette photo, qui date de ces années, est sans doute l±¥uvre d±un professionnel. Il en va de même de la photo de son épouse Victorine Sophie, la trentaine épanouie, en corsage blanc, les cheveux ramassés en chignon. C±est une fort belle femme, même si on n±en voit que le buste, le regard doux, la bouche bien dessinée, le visage épanoui. L±on comprend qu±elle ait pu faire bien des envieux autour de son mari. La dernière photo est celle de Marie, mon arrière-grand-mère maternelle, tout habillée de noir. C±est un agrandissement d±une photo familiale, et je suppose que c±est mon père qui l±avait prise. La mémé a alors près de quatre-vingts ans, cheveux gris mais très abondants, regard clair, quelques rides mais le visage reposé.
Peut-être est-ce un signe du destin qui m±a fait naître 31 rue des Ecoles aux Lilas. De l±âge de trois ans à l±âge de ma retraite, pendant soixante-deux ans donc, je n±ai pas quitté le milieu scolaire, comme élève puis comme enseignant. Les militaires eux-mêmes s±y sont mis. J±ai passé les six premiers mois de mon service à l±Ecole d±application des transmissions de Montargis et les six derniers mois comme officier chargé de l±enseignement à la caserne Malakoff près de Paris. C±est la consécration la plus rapide qu±on puisse imaginer. Le 30 avril j±étais élève officier et le lendemain matin officier instructeur. Au cours des six mois que la République m±a offerts généreusement en me rappelant sous les drapeaux en Algérie en 1956, j±ai été chargé, alors sous-lieutenant, de surveiller en Oranais la rentrée des classes que le FLN avait décidé de boycotter. J±allais tous les matins, en jeep, d±un bourg à l±autre du secteur, recueillir, auprès des maîtres et maîtresses d±école, les noms des absents et je tentais ensuite de convaincre les parents de ne pas céder aux consignes des fellaghas et de donner à leurs enfants l±éducation qu±ils méritaient, indépendamment de toute considération politique.
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