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Mirages et déraisons

De
102 pages

« Un jour un homme que j’aimais m’a reproché d’être possessive. Pour cette raison, il s’est détourné de moi. Alors, je me suis penchée sur mon cas, avec attention et curiosité et j’ai retrouvé tout un pan de ma vie encore vibrant et si douloureux que je m’en souviens comme si c’était hier. »



Régine Fournon-Gohier donne à lire un récit écrit dans les années soixante-dix, dans lequel elle raconte son histoire à cœur ouvert, sans fausse pudeur, mais avec beaucoup de sensibilité. Nous suivons les hauts et les bas de son amour jaloux et passionné pour... une femme. Attirance homosexuelle ou passion intellectuelle, désir physique ou recherche d’un idéal : la question reste posée. Ce sentiment étrange et violent va l’entraîner vers une recherche intérieure et une totale reconstruction de sa personnalité.



Quarante-cinq ans après, la passion est revenue dans sa vie avec une violence qu’elle ne croyait plus possible. Plus forte, très indépendante, humaniste dans l’âme, elle a su donner du sens à cet amour fou qui lui posait de nouvelles interrogations. Elle poursuit aujourd’hui sa quête de sérénité et de sagesse.



Création originale de Patrick Guibert
Photographe.TV
Titre de l'image : Possession


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Cet ouvrage a été composé par Edilivre

175, boulevard Anatole France – 93200 Saint-Denis

Tél. : 01 41 62 14 40 – Fax : 01 41 62 14 50

Mail : client@edilivre.com

www.edilivre.com

 

Tous droits de reproduction, d’adaptation et de traduction,

intégrale ou partielle réservés pour tous pays.

 

ISBN numérique : 978-2-334-21194-9

 

© Edilivre, 2016

Prologue

Un jour un homme que j’aimais m’a reproché d’être possessive. Pour cette raison, il s’est détourné de moi. Alors, je me suis penchée sur mon cas, avec attention et curiosité et j’ai retrouvé tout un pan de ma vie encore vibrant et tellement douloureux que je m’en souviens comme si c’était hier. Cet autrefois parle de passion, d’amour, de haine, de cris, d’angoisse et de révolte.

« Etre possessif » ?… S’approprier la personne qu’on aime en l’étouffant ? Lui enlever sa liberté en l’emprisonnant sous prétexte d’amour ? Etre jaloux de tout, de ses amis, de son travail, des personnes qui pourraient lui plaire ? Ne pas pouvoir vivre sans lui (ou elle). Ne voir qu’à travers ses yeux et ne pas supporter d’avoir des divergences ? Avoir peur de le (la) perdre à tout moment et souffrir le martyr quand il (elle) n’est pas là ?…

Un peu de jalousie est normal quand on aime mais quand le manque devient extrême, obsessionnel, ce n’est plus de l’amour mais de la peur. Cela correspond le plus souvent à un déficit de confiance en soi en relation avec un roman familial difficile ou simplement à la signature d’un tempérament excessif.

Depuis cette histoire d’amour bizarre et exaltée, 45 ans ont passé. On dit que l’âge apporte un apaisement, une sagesse. Mais changeons-nous vraiment ?

C’était à Paris, au début des années 70, dans le quartier populaire du 18eme arrondissement. Je vivais seule avec ma fille et j’étais institutrice en école maternelle. J’avais quitté ma province, ma fille de cinq ans sous le bras et j’étais entrée, à mon corps défendant, dans la grande famille de l’Education Nationale. Nostalgie… A cette époque, on ne se tutoyait pas spontanément, on portait une blouse pour travailler et il n’était pas toujours très bien vu de venir en pantalons. Les enfants n’appelaient pas les « maîtresses » par leur prénom et les parents respectaient les enseignants de leurs enfants. La hiérarchie imposait ses lois : on disait « Madame la Directrice » et on tremblait de crainte devant « Madame l’Inspectrice ».On travaillait le samedi matin et le jeudi était jour de congés. A priori, je n’aimais pas ce métier, je ne l’avais pas choisi. Cependant, en école maternelle, je pouvais donner libre cours à mes penchants artistiques : nous faisions de la musique, de la danse, beaucoup de dessin et de peinture et les enfants de cette décennie ont eu la chance de développer une habileté manuelle et des talents créatifs magnifiques.

C’est dans ce cadre particulier que ce récit commence. Ma rencontre entre moi, jeune femme passionnée et possessive et Marie-Françoise, personnage secret et glacé, épris d’indépendance et de vérité, enfermé dans une attitude distante et hautaine qui masquait un idéalisme très profond. Un amour étrange et violent adressé par une femme à une autre femme. Attirance homosexuelle ou passion intellectuelle ? Désir ou recherche d’idéal ? La question reste posée. Entre un préau et une cour d’école, un sentiment ardent va naître, s’exacerber et se heurter à un refus farouche.

De cet amour qui cherchait à s’imposer, de cet affrontement déchirant entre deux tempéraments, est née une histoire douloureuse dont l’issue fut une remise en question et une totale reconstruction de ma personnalité.

Venez, je vous amène dans les années 70

I

Je me présente : Régine, 25 ans. Physiquement ? Pas mal. Un type, si vous voyez ce que je veux dire : les cheveux longs, un grand nez, les yeux obscurs et la bouche sinueuse.

Moralement ? Consultez mon portrait psychologique : il parle de timidité, d’indépendance, de réactions impulsives et d’émotivité. Il évoque aussi une forte volonté, un besoin de dominer, un orgueil difficile à canaliser. Vie intérieure et culturelle très riche, alternance entre la fougue, les sentiments excessifs et le repli sur soi, la mélancolie. En fait je suis, comme on dit, une cyclothymique.

Situation matérielle ? Pas brillante. Je fais partie du corps enseignant, n’est ce pas ? Institutrice en maternelle, titulaire depuis cette année. Je déteste le titre mais j’aime bien mes gosses. Il est vrai que j’ai le cœur large : il y en a trente sept dans ma classe ; Suis-je une bonne « maîtresse » ? Aucune idée. Ce métier m’a été imposé par les circonstances et j’ai fini par m’y intéresser. Pourtant je m’étais juré de ne jamais devenir institutrice ou infirmière. C’est le coté artistique, créatif qui me plait dans ce travail, moi qui manque cruellement de sens pédagogique et de patience.

Situation familiale ? Célibataire, une fille de cinq ans. Fille-mère quoi ! Pardon, on dit « Mère célibataire » à présent, c’est plus « tendance » Et pas du tout complexée pour ça. Enfin, c’est ce que je dis ! J’ai aimé un homme, c’est banal : un petit monsieur fort imbu de lui-même, mystérieux, antipathique et sensuel. J’avais vingt ans et il poursuivait sa chimère sans se soucier des réalités de la vie. La pilule n’existait pas. Il m’a fait un enfant sans le vouloir et je me suis trouvée condamnée à mettre au monde une nouvelle existence. Bien sur j’ai été humiliée, trahie, rabaissée, abandonnée et très malade par-dessus le marché. Mais la mort que je guettais n’a pas voulu de moi.

J’ai guéri ma dépression dans les écoles maternelles de Paris. J’ai connu les chambres d’hôtel, les taudis sans chauffage, les fins de mois suspendues à un billet de mille (en francs) Lorsque je me suis installée dans un F2 de banlieue avec ma fille, une table, deux chaises, un lit et un camping-gaz j’ai su que j’avais gagné.

Et coté sentiment me demanderez vous ? Là, c’est plus compliqué. Attendez ! D’abord, quatre ans de liaison orageuse et passionnée avec Tahar, un de ces arabes aux yeux luisants comme des sabres et des colliers. Tahar devenu depuis un médecin reconnu, qui m’amena dans son pays pour Noël et que je quittai sur un malentendu.

Après, quelques aventures sans lendemain, des tocades. Et Philippe… C’est mon amant officiel. Il est marié mais cherchait une « compagne de lit » Nous pratiquons le cinq à sept. Moi qui n’aime que les grands minces, me voila dans les bras d’un garçon plutôt « enrobé », c’est confortable. J’ai une grande affection pour lui. Il est gentil, assidu, un peu léger, un peu frivole, avec un cœur vaste comme une église. Il me parle beaucoup et je l’écoute car son expérience humaine est profonde.

Des amitiés féminines fortes émaillent mes jours : Michèle, Françoise, Josiane… Ah oui, j’allais oublier : Titine, la 2CV cahotante qui se met régulièrement en grève tous les deux mois. Et aussi deux hommes dont je ne dirai pas les noms, S. et N. Deux hommes que je n’aime pas, que je n’embrasse jamais mais qui sont diablement doués pour faire l’amour.

Présentations terminée. J’aborde dans une forme olympique l’année scolaire 1971/72

II

Mon école n’a vraiment rien d’original. C’est une de ces boites sombres aux fenêtres pleines de barreaux comme on n’en trouve qu’à Paris, dans ce quartier du 18eme proche de la Chapelle. Cinq classes s’alignent entre le couloir et le préau. J’occupe celle du fond (section des moyens) Un local supplémentaire s’élève dans la cour et abrite les « grands », on l’appelle « Le château » Ma directrice est un poème : Célibataire, gaie, souriante, spontanée, un peu faible, un peu théâtrale mais un cœur d’or, une quarantaine rondelette, un petit nœud noir sur un chignon bouclé, la blouse fleurie et des souliers à points rouges et noirs, des souliers de « coccinelle »

Nous sommes trois enseignantes déjà nommées. On attend la suite…

Le deuxième jour arriva une fille qui se présenta comme remplaçante et que l’on installa dans la classe des petits « vieux » par opposition aux petits « jeunes ». (6 mois de différence) Elle n’ouvrit pas la bouche et nous regarda à peine.

Presque immédiatement il y a eu des « histoires ». Nos classes sont petites, bourrées, le matériel presque inexistant, les chaises font défaut. Et oui, voyez ici la grande misère de l’Education Nationale ! On trouve des enfants partout : ça crie dans les classes, ça galope dans les couloirs, ça rentre, ça sort, on ne sait plus où donner de la tête. Nous ne sommes encore que quatre institutrices pour six classes. La personne qui s’occupe de la cantine et de la garderie s’énerve à compter ceux qui déjeunent à l’école. Au milieu de son petit monde, la remplaçante parait perdue. Elle oublie régulièrement l’un ou l’autre de ses élèves, se trompe dans les noms etc… J’entends : « C’est une nullité, cette fille ».

« Cette fille » a pourtant bien l’air de savoir ce qu’elle veut. Ce matin, en conseil des maîtresses, lorsque nous avons décidé de l’organisation des services (récréations et surveillances des portes) elle a avancé un coude sur la table et a exposé carrément ce qui ne lui plaisait pas. Elle parlait d’une voix grave, contenue, un peu cassée… et il y a eu un bref silence. Hier, elle s’est disputée avec les « femmes de services » (on dit ASEM maintenant) : Que voulez-vous, elle ne peut pas porter les lits que l’on déplie pour les enfants qui dorment chaque après midi car elle a une vertèbre abîmée et mal dans un genou. Pour arranger la situation, la directrice lui a demandé un certificat médical. Et cette remplaçante décidemment ni commode ni aimable passe son temps à rouspéter. Son attitude vindicative m’amuse. Comme j’ai déniché un petit bistrot au coin de la rue, je lui ai proposé de venir prendre un café avec moi après le repas de midi. Elle m’intrigue. Lui arrive-t-il de rire ? Elle est pâle dans sa longue blouse rose. Elle a des cheveux courts qu’elle peigne avec la main, des yeux distraits derrière des lunettes, un menton volontaire et des mains d’aristocrate. Attends un peu, mademoiselle, je vais te « dégeler » Alors pour la mettre à l’aise, je me mets à raconter… mes impressions de rentrée, mes projets de travail, mes débuts d’enseignante, les « perles » de mes élèves, bref, je me raconte. Elle se détends un peu, consent à lever les yeux vers moi. Je ne vais quand même pas la laisser s’enfermer dans sa tour d’ivoire ! Elle m’agace ! Prodigieusement ! Diable, que pourrais je bien inventer pour rassurer quelqu’un qui semble perpétuellement sur ses gardes ?

Vers la mi-Octobre on nous envoya deux suppléantes jeunes et sympathiques. L’une était mariée et attendait un bébé, l’autre avait vingt ans. On procéda à quelques remaniements : les arrivantes s’installèrent dans les classes des « petits » et ma collègue-au-mauvais-caractère prit la classe voisine de la mienne qui était une section de « grands » ;

Et ce fut ce jour-là, je crois, qu’apercevant des papiers imprimés sur son bureau, je me risquai à lui demander :

– « C’est comment exactement votre nom ? »

Elle me regarda et sourit :

– « R… Marie Françoise pour les intimes »

Et l’étincelle jaillit.

Son visage et son nom s’accordaient mal ensemble. Ce prénom très féminin, presque mièvre, un peu snob, ne cadrait pas avec ces traits froids et cette allure de garçon manqué.

Comme nous déjeunions presque toutes à la cantine, nous avons eu le temps de faire connaissance. La plus jeune du groupe s’est présentée simplement :

– « Je m’appelle Françoise »

C’est une petite demoiselle charmante et bouclée avec un front rempli d’idées, une incarnation rayonnante de la jeunesse.

L’autre, c’est Monique, douce, ondoyante, des yeux de chatte cernés par la grossesse. La première, elle a commencé à nous tutoyer. Françoise a suivi tout de suite. Nous aussi. Quelquefois on se trompe, on mélange le « Vous » et le « Tu ». On rit. A table, on réussit à ne jamais parler de travail mais de tout et de rien et les repas ne sont pas monotones. Françoise aime Jean Ferrat et Mouloudji, elle a « fait la révolution de Mai 68 » à Nanterre. Elle a toujours un sujet à lancer dans la conversation.

Marie-Françoise semble posséder beaucoup d’expérience. Elle est claire, nette, concise dans ses propos. Elle juge avec sévérité et intransigeance mais beaucoup de bons sens et ne recule pas devant les mots. Elle « plane » un peu. A part cela, un manque de chance certain : mal à l’estomac, mal au genou, mal au dos, myope (elle porte des lunettes, ce qui lui donne un air perpétuellement étonné), les cordes vocales abîmées… C’est tout ?… Le soir, malgré sa résistance, elle traîne la jambe. Elle ne se plaint jamais.

Un jour, surprise de trouver une personnalité si affirmée chez une fille qui parait tout juste majeure, je lui ai demandé son âge : elle a 27 ans. Qui le croirait ?

III

Je suis « de service » à la porte, c’est-à-dire que je surveille la sortie de 16h 30. Marie-Françoise est partie faire soigner son genou et je la remplace. Tout à l’heure, comme je lui disais :

– « Va-t-en puisque tu es pressée, moi j’ai le temps »

Elle a fait :

– « Tu es gentille » avec une douceur, une gène. Elle, la négative qui s’affirme en disant non, qui s’impose en se renfermant. Elle, la défiante, l’archi-sensible qui a dressé un mur entre son âme et le monde. Une seule brèche...