Moments de vie

Moments de vie

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Français
180 pages

Description

Avec cet ouvrage, Michel Verret poursuit ses Dialogues avec la vie. Sa biographie singulière ouvre les pages de son passé à ses petits-enfants, leur laissant « la page blanche de l'à venir à écrire ». Son récit traverse le XXe siècle et met au jour les sources qui l'animent : une sensibilité poétique née en Artois, les convictions militantes et politiques du jeune homme désireux de changer le monde après l'expérience de la guerre, l'amour « la seule chose que le partage grandisse » (Shelley). Le Parti communiste et l'Ecole normale supérieure formeront le philosophe marxiste devenu enseignant et militant, puis sociologue du monde ouvrier.

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Date de parution 14 janvier 2019
Nombre de lectures 0
EAN13 9782140110399
Langue Français
Poids de l'ouvrage 5 Mo

Informations légales : prix de location à la page €. Cette information est donnée uniquement à titre indicatif conformément à la législation en vigueur.

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Michel Verret
Moments de vie
Itinéraire d’un intellectuel
Prologue de Thierry Guidet
Moments de vie
© L’Harmattan, 2019 5-7, rue de l’École-Polytechnique, 75005 Paris www.editions-harmattan.fr ISBN : 978-2-343-16285-0 EAN : 9782343162850
Michel Verret Moments de vie Itinéraire d’un intellectuel
À Axel, Galla, Marc, Éric et Mona
Prologue Souveraine liberté de l’âge Ce livre en surprendra plus d’un. Il n’y est pas question de philosophie ou de sociologie, les deux disciplines où Michel Verret laisse des œuvres marquantes. Enfin, pas directement… Non, il s’ouvre sur l’éternel printemps de l’enfance heureuse : canaux de l’Artois ; Bêtises de Cambrai ; amour des parents ; cousinage des bêtes pourtant promises à la mort sous le couteau du grand-père, le boucher du village ; juteuses reines-claudes chapardées au jardin ; volumes rouge et or récompensant, déjà, les prix d’excellence. Et puis la guerre qui saisit à Paris un Michel presque adolescent, la débâcle, le retour, quelque chose qui ressemble à la Résistance – à laquelle participe activement son père, armes à la main –. La libération de Paris contée en deux scènes tragi-comiques : « Comment je n’ai pas été un héros » ; « Comment je n’ai pas été fusillé ». Suivent la khâgne d’Henri-IV, l’adhésion aux Jeunesses communistes, l’École normale supérieure, l’agrégation de philosophie, la théorie marxiste, la pratique politique qui offre au jeune homme à l’existence somme toute confortable l’occasion de rencontrer le peuple comme on tombe en amour : « les meetings ou les Six Jours cyclistes, aux tribunes près, c’était tout un. Même public […] Même goût de l’exploit, même esprit de loyauté. Grande émotions, grandes rumeurs… Un peuple juste : on vibrait. »
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Un tel résumé du livre, de son début du moins, pourrait faire croire à ce qu’il n’est pas : une autobiographie, des mémoires en bonne et due forme. Mais non, nous sommes en présence de « moments de vie ». Ils suivent parfois le fil de l’existence. Ailleurs, une fois rebattues les cartes du souvenir, ces moments enjambent les années, regroupés en saisons : l’enseignement, la militance, les ruptures, la solitude… Le philosophe deThéorie et politique, le sociologue deLa culture ouvrièrese révèle comme un prodigieux conteur, pétillant, attentif, drôle, capable d’une fantaisie insoupçonnée. Ah ! son récit de Mai 68 à l’université de Nantes, dans le rôle de la « crapule stalinienne » en butte aux gauchistes… Ou la succulente scène du repas partagé avec l’aumônier du lycée Clemenceau où Michel Verret enseigna longtemps la philosophie en Terminale et en classes préparatoires : parquets cirés de la cure, meubles luisants, soupe délicieuse, omelette divine, interlocuteurs « modestes et raffinés » dont deux devinrent évêques tandis que le narrateur était promis à de plus hésitantes vocations : « théoricien marxiste (en CDD, dirait-on maintenant)… Et puis sociologue au long cours, puis caboteur retraité… » Il se montre aussi tendre portraitiste, qu’il évoque son amitié avec l’historien François Furet, rencontré à Henri-IV en 1944, ou sa rupture, presque amoureuse, avec Louis Althusser, « au grand regard doux », dont il fut l’élève, rue d’Ulm, puis le disciple et le camarade de parti. Le tout, troué d’ellipses, semé de silences. Il faut les respecter, ces pudeurs, même si souvent, on aimerait en savoir davantage. Comment s’est prolongé le dialogue avec Furet après que celui-ci eut opéré le tournant
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intellectuel et politique détaillé dansLe Passé d’une illusion. Essai sur l’idée communiste au XXͤsiècle.Quelles ont été les causes et les circonstances de l’écart croissant puis de la faille qui le sépara d’Althusser. Et pourquoi Verret et sa femme Éliane quittèrent en 1978 le Parti communiste sur la pointe des pieds. Contentons-nouslà-dessus de quelques vers rédigés sur le vif, sous le titreFin de parti: « Déposé sur le bord du chemin / Par les erreurs de mes camarades / Qui furent les miennes / Et par ma propre fatigue… / Je les regarde partir / Dieu sait où / Mais ils chantent… / Chante / Qui a peur de la nuit…/ Ce n’est pas que je n’aie pas peur… » À mesure qu’on avance dans le livre, la poésie, les aphorismes, les bouleversants récits de rêve, les citations puisées dans d’immenses lectures prennent une place prépondérante. Comme si, habité de la souveraine liberté de l’âge, l’auteur préférait désormais les rebonds, les ricochets, les chemins de traverse à la chronologie du récit, à l’ordre des raisons. Le livre se fait archipel, carte du Tendre, errance aux « palais de la mémoire », comme disait saint Augustin, pour brasser les deuils et l’amour retrouvé, faire dignement face au soir qui vient. Pas de quoi étonner les amis qui s’étaient accoutumés à recevoir par La Poste en guise de nouvelles des brassées d’images et de vers, accompagnées d’une dédicace choisie. Ou bien des cartes représentant souvent des maîtres orientaux : ne s’était-il pas plu à se peindre en « marxiste zen » ? Elles peuplent mes tiroirs, parfois complétées d’unpost-it de couleur où court la calligraphie tourmentée de Michel, lettres tordues comme de vieux ceps de vigne, signes aux allures de bonsaïs.
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Eh bien, un peu plus d’un an après sa disparition, voici que cesMoments de vie font entrer dans l’intimité de Michel Verret un public élargi au-delà du cercle des proches. En 2012, L’Harmattan rééditait le premier de ses livres, Les marxistes et la religion. Essai sur l’athéisme moderne, paru près d’un demi-siècle auparavant. Cette nouvelle parution était précédée d’un avant-propos de l’auteur. Il se terminait par une citation de Yannis Ritsos, le poète communiste grec, qui vit périr, après guerre, dans un camp l’un de ses co-détenus, le père Mitsos « dont les yeux étaient comme deux dimanches ». Le sourire de Michel, lui, était comme un dimanche de printemps, demeuré intact jusqu’au cœur de l’hiver. Visible sur le beau portrait signé par Walter Forssell, il court, ce sourire, tel une frise tout au long de ces pages. Lisez et voyez. Thierry Guidet
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« N’en fais pas trop », Avait dit Monsieur le Temps … « Sinon, Je n’aurai plus rien à faire … »
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