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Mon Périple d'aidant (crépuscule et solitude) - Livre II

De
228 pages

Loin, très loin des belles phrases qui se disent sur tous les plateaux de télévision quand le sujet des aidants est le thème du débat, cet auteur, qui se signale par ses prises de positions claires, raconte la vie de l'aidant qu'il a été durant de longues années au chevet de sa mère.
Il montre la répétition journalière, harassante, fastidieuse, très astreignante du travail de l'aidant. Il insiste sur le fait que trop souvent ce travail retombe sur un seul membre de la famille. Il insiste sur cela : l'aidant est seul. Irrémédiablement seul. Son univers quotidien est fait de crasse, urine, déjections diverses, répétitions monotones.


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Cet ouvrage a été composé par Edilivre

175, boulevard Anatole France – 93200 Saint-Denis

Tél. : 01 41 62 14 40 – Fax : 01 41 62 14 50

Mail : client@edilivre.com

www.edilivre.com

 

Tous droits de reproduction, d’adaptation et de traduction,

intégrale ou partielle réservés pour tous pays.

 

ISBN numérique : 978-2-334-14233-5

 

© Edilivre, 2016

1a
Avant « Avant-propos »

Pour mon premier ouvrage j’avais mis en ce qui suit :

« Mon ouvrage est dédié aux mandarins de la Chine, aux scribes de l’Egypte, aux moines copistes de l’Europe ainsi qu’aux aèdes de la Grèce et aux griots de l’Afrique.

J’associe à ces transmetteurs du Savoir les enseignants de mes années des Cours Complémentaires qui me l’ont inculqué. J’ai une tendresse particulière pour l’une qui parlait sans cesse de « la notion qui permet à l’homme d’avancer » et pour elle il s’agissait de « la curiosité intellectuelle ».Je ne vois pas pourquoi j’en changerais.

Et aujourd’hui, j’ajoute ce qu’un grand auteur, Albert Camus, a écrit : « Nous ne pouvons juger du degré de civilisation d’une nation qu’en visitant ses prisons. ». Cette phrase est aussi attribuée au grand Fédor Dostoïevski.

Et j’accole ce que j’ai dans mon for intérieur : « Et aussi ses écoles, ses hôpitaux. Et aussi, ses vieux, ses vieillards, ses personnes âgées. »

1b
Avant-propos

Ayant pour habitude de noter la plupart de mes faits et gestes dans des cahiers ainsi que faisait ce cher Commines, le chroniqueur de Louis XI, c’est-à-dire de manière manuscrite, je dois dire que la venue de Hal 9000, le nom de mon premier ordinateur, dans mon cursus, a augmenté ma production de textes, alors que je croyais que j’avais atteint un niveau qu’il me paraissait difficile de dépasser ou même de maintenir tel quel.

N’étant pas un nostalgique professionnel, je n’ai pas regretté la disparition des mots raturés, corrigés, remplacés, j’ai abandonné sans soupirs de regret les recherches dans mes dictionnaires, les tableaux de conjugaison et je les ai remplacés sans état d’âme par leurs équivalents sur le Net. J’arrête là cette digression car je suis interminable sur ce sujet ! Aussi relater les conséquences, charges ou autres obligations qui découlent pour une personne qui a en charge une personne âgée légèrement, puis totalement dépendante, a été ajouté sans problème à mes écrits.

Je constatais que physiquement ma mère diminuait petit à petit, j’ai consulté les livres et autres revues que je possédais mais, j’avoue que sur ce sujet je n’en avais pas énormément et les articles que je possédais traitaient du général.

Personnellement je n’ai jamais rencontré des conseils pratiques sauf des généralités un peu nunuches du genre « Il faut penser à faire boire une personne âgée pour qu’elle ne se déshydrate pas ! »

Le problème est qu’une fois que vous avez lu ce conseil, vous êtes devant l’aînée qui vous dit d’un ton péremptoire qu’elle n’a pas soif ! Et vous restez devant elle à vous balancer votre timbale à la main. Personnellement je n’ai trouvé aucun conseil sur la manière de l’amener à boire. Je vais insister lourdement : ce conseil de faire boire dit d’un ton enjoué tend à faire croire que c’est un moment de détente. Dans la réalité, il faut avoir la personne disponible, prête à abandonner pour un instant ses occupations pour aller au réfrigérateur, prendre une bouteille d’eau, verser l’eau dans un verre et l’apporter. Facile n’est-ce pas ? Et là l’aînée vous dit qu’elle n’a pas soif ! Et vous avez quelque chose sur le feu ! Et je pose la question bête, mesquine : Combien de fois il vous faudra essuyer ce refus avant de lui lancer que lorsqu’elle aura soif, elle va appeler ? Je répète : Combien de temps ?

Ayant constaté cette perte physique, j’ai commencé à noter toutes les conséquences qui en découlaient. Je savais que je finirais par mettre ma mère dans la maison où j’habite. Et comme j’avais commencé à noter, j’ai continué de relater par le menu cette nouvelle péripétie. Mais comme le dit mieux que moi le chroniqueur de Conan le Barbare ceci est une autre histoire.

J’avais noté les soucis que me causaient ma mère. Je dis bien soucis en sachant que les bonnes âmes vont se sentir choquées, et vont sans doute le brailler, mais dans la réalité pratique, dans la vraie vie et non la vie idéale, tout ce qui dérange vos habitudes EST un souci, terme employé pour resté poli sinon désagrément, emmerdement sont des synonymes beaucoup plus adéquats. Je me suis occupé de ma grand-mère Manfo de temps en temps car le gros du travail si je peux dire revenait à ma mère qui vivait avec elle. J’ai eu l’occasion de la promener, de l’emmener au docteur, au cimetière lors de la Toussaint, à la messe et j’avais déjà, à cette époque noté quelques principes, pratiques et non théoriques, réfléchis dans le confort douillet d’un fauteuil. Et avec sa mort (celle de ma grand-mère) je me suis retrouvé désormais seule avec ma mère. Je me répète, ayant remarqué que la majorité des jocrisses ne lisent jamais et surtout n’écoutent jamais non plus si bien qu’ils vous posent des questions les plus incongrues possibles, que bien avant que ma grand-mère ne décède, je me coltinais mes deux personnes âgées et que ceux et celles qui me voyaient pensaient que cela ne me causait pas de gêne. Je rigolais intérieurement quand ils me voyaient attendant dans le cabinet d’un médecin, d’un laboratoire d’analyses médicales, devant l’église ou la salle paroissiale, dans un supermarché et qu’ils me félicitaient de le faire, qu’ils me disaient que c’était mon devoir de les rendre la pareille, et patati et patata, s’étant autoproclamés autorisés à décerner des bons points. Dans ces instants, Joseph me revient à chaque fois, Joseph (alias Staline) et sa question dite d’une voix douce : « Où sont vos fils camarades ? » car les siens étaient à la guerre au front et les dignitaires du Parti avaient les leurs à l’arrière, que je transforme par un : – Où sont vos vieux, vos vieilles à vous ? ».

J’ai noté, ai-je dit, sous forme de principes que j’ai tenté de transformer en conseils peut-être à ne pas suivre tels quels mais qui peuvent donner une idée de la marche à suivre. Ces conseils portent dans la maison, les sorties et chez les autres.

Ensuite pour bien montrer le côté astreignant, contraignant, obligatoire, j’ai une longue chronique, en plusieurs parties et pratiquement au jour le jour, une chronique pleine de redites lassantes, fastidieuses, ceci pour faire ressentir cette répétition d’actes, des gestes qui n’ont rien d’exaltant, de glorieux, de valorisant comme tendent à le faire toutes mes autorités dites compétentes.

Je dis brutalement aux jeunes à qui l’on fait miroiter le plein emploi dans ce domaine, c’est-à-dire les métiers qui concernent une population âgée, voici ce qui vous attend. Je ne parle pas pour ceux qui seront du bon côté de cette industrie, vous savez ceux qui viennent inspecter, constater, goûtent du bout des lèvres le repas servi, font trois petits tours et s’en vont. Je parle pour ceux et celles qui seront les employées du « Front Line », les personnes qui seront au contact avec l’usager, le malade, en prise réelle sur la réalité comme une personne couchée dans un lit médicalisé, qui a un dérèglement intestinal. Dit de cette manière édulcorée, beaucoup ne saisissent pas. Cela signifie la chiasse, la diarrhée, braves gens et la personne qui en souffre baigne dans son jus et il est 22 heures ! Là vous commencez à saisir hein ?

Loin des discours poétiques, lénifiants, que j’entends voici la réalité telle que je l’ai vécue.

2
Seule et âgée chez soi

Je vais narrer la vie de tous les jours d’une personne âgée, seule dans sa maison, avec une aide ménagère qui vient trois fois par semaine. C’est un personne que je connais bien puisqu’il s’agit de ma mère, qui habite cette rue depuis plus 60 ans. Je venais le soir dans la semaine et les jours où je ne travaillais pas, dans la journée, je restais parfois deux à quatre heures à regarder la télévision avec elle et je lui faisais la conversation sur les sujets qui l’intéressaient. Je lui posais des questions sur la manière dont elle se débrouillait dans la journée pour vaquer à ses occupations.

Je vais faire ici une chose que j’aime bien : l’aparté. J’ai découvert le taylorisme et la standardisation et j’ai adoré. Depuis j’aime bien décomposer ce que je fais ou qu’une personne fait pour que cela s’exécute de la manière la moins fatigante possible tout en étant réussi.

A mes questions, invariablement, elle me répondait que cela allait et comme en ma présence, à l’heure où je venais, elle était devant la télévision la plupart du temps, j’ai pris du temps à ma rendre compte que cela n’allait aussi bien qu’elle le disait.

Et voici une autre chose que j’aime bien : la phrase explicative. Quand je me suis rendu compte de cela, je me suis demandé pourquoi j’ai pris autant de temps.

Les explications que je donne sont les miennes et n’ont pas de valeurs universelles, elles ne sont pas des dogmes. Il est donc inutile que les jocrisses de service montent sur leur gros chevaux l’indignation sur le visage et l’écume aux lèvres !

Je pense que la seule explication qui domine est celle-ci : comme toutes les personnes âgées, ma mère devait être terrorisée à l’idée de quitter un endroit où elle vivait depuis plus de 60 ans, d’abandonner sa maison. Elle savait, je le lui avais dit, que dès qu’elle me dirait qu’elle n’y arrivait plus, j’allais la loger dans la maison où je vis. Elle le savait et le moins que je puisse en dire c’est que cette perspective devait être effrayante pour elle. Si bien que jamais, elle ne s’est plaint de ses difficultés physiques de peur d’être emmenée.

La seconde raison est aussi que les personnes de sa génération qui ont dû se débrouiller très tôt dans la vie, ont l’habitude de tout faire par elles-mêmes et je me rappelle ses critiques quand la première aide à domicile est arrivée. Rien n’était fait à son goût car elle me disait qu’elle, elle l’aurait fait mieux !

La troisième raison à mon avis est en rapport avec la mentalité de cette génération : elle n’aime pas se plaindre, se raconter, dévoiler une partie d’elle d’où un mutisme certain sur les petites difficultés qu’elle rencontre.

Et enfin, je crois qu’elle ne voulait pas m’embêter avec ses problèmes, vu le nombre de fois qu’elle m’a dit que personne ne veut mettre sa mère ou son père chez elle car le mari ou la femme ne veut pas alors que je lui dis que je vais le faire. Elle me demandait si venir m’asseoir pour l’écouter parler, ou regarder la télévision ne me fatiguait pas (ce verbe est ici employer comme ennuyer, embêter, et même emmerder !)

Je réclame ici un droit que j’adore et que j’ai découvert en Quatrième, l’aparté, l’aparté avec Marcel, mon Marcel Proust. Je peux assurer que la majorité des vieilles personnes disent qu’elles ne voient pas leurs enfants et leurs petits-enfants et je précise de ceux qui sont restés en Guadeloupe. Ceux qui sont partis ne reviendront pas finir leurs vieux jours en Guadeloupe et leurs enfants, à partir de 15 ans, ne viennent plus. Je sais et j’entends déjà les cris indignés de personnes qui connaissent des Guadeloupéens qui sont retournés, une fois à la retraite, qui connaissent des jeunes nés en France qui s’installent en Guadeloupe. Je les entends et je rigole car arrivent-ils à 5 % ceux qui apportent leur contribution à ce romantisme exacerbé dont mes élites sont engluées.

Oui, ceux qui sont restés ne sont pas visibles pour leurs parents, je parle de la réalité pratique pas de la réalité passée par les désirs d’un monde idéal. La grande majorité ne téléphone guère non plus, cela, c’est la réalité.

Ma mère savait cela, d’où son étonnement devant le fait que moi je venais quotidiennement et surtout, restais si longtemps. La vieille dame savait pourquoi car je le lui racontais de temps en temps le paragraphe sur le rite dans Le Petit Prince et le Renard et celui d’Alphonse Daudet sur sa visite aux parents d’un ami. Je les ai rencontré en Quatrième avec une dame qui a marqué des générations de potaches aux Cours Complémentaires du Moule. Je dis bien Cours Complémentaires et non C.E.G et encore moins de C.E.S. Je parle d’un temps où une commune n’avait que deux Troisièmes, une pour les garçons et l’autre pour les filles !

Le rite est quelque chose que les hommes ont oublié disait le Renard au Petit Prince et pour moi aller chez la vieille dame était un rite entre nous deux. Elle guettait le bruit de ma voiture et je savais qu’elle m’avait entendu. Elle se pointait alors à la porte en souriant. Ne voulant pas continuer pour ne pas tomber dans le mélo, j’arrête là ce paragraphe !

Et je m’étais dit, dans cette classe, après la lecture du récit de ce cher Alphonse, Daudet cela va de soi me semble-t-il, que jamais, je n’enverrais pas un ami voir ma mère pour moi. Et voilà pourquoi j’étais chez ma mère aussi souvent et aussi longtemps !

Les problèmes domestiques d’une personne âgée ne commencent que lorsqu”elle se retrouve seule dan la maison. Une fois que l’aide à domicile partie, une fois le repas apporté, une fois un visiteur parti, elle est seule, désespérément seule.

Mon Boileau disait : ” Ce que l’on conçoit bien s’énonce clairement, et les mots pour le dire arrivent aisément.” Voyant très bien ce que j’ai constaté en observant ma mère, je vais sérier une liste qui bien entendu n’a pas la prétention de couvrir tout ce qui peut poser problème à une personne âgée.

Quelques incontournables :

1) Prises électriques :

Il est recommandé et je crois même obligatoire que les prises électriques soient le plus près possibles du plancher. C’est un cauchemar pour brancher ou débrancher un appareil car les personnes âgées ne se baissent plus aussi aisément, ne se plient pas non plus mais ceux qui ont édictés ces normes n’y ont pas pensé !

Et actuellement les prises vendues réclament une force assez conséquente pour brancher un appareil, force que la grande majorité n’arrive plus à exercer. Cela ne paie pas de mine mais les prises électriques modernes n’aiment pas du tout les personnes âgées !

J’ai une anecdote qui m’a marquée profondément : ma mère était en Métropole, je m’occupais de ma grand-mère qui à cette époque avait bon pied bon œil. Un midi j’apporte une bouteille de Coca-Cola que je laisse sur la table car elle va déjeuner dans quelques minutes. Elle me dit qu’elle mettra des glaçons dans un verre. Le soir, elle me dit qu’elle a pris son repas sans boire dans le soda que j’avais apporté car elle n’a pas pu l’ouvrir. Pour ceux qui ne le savent pas, les sodas secoués sont très difficiles à ouvrir. Et quelques années encore et elle me demandera de décapsuler les bières et d’ouvrir les sodas même non secoués.

2) Portes et fenêtres :

La cérémonie de fermeture des portes et des fenêtres, mêmes dans les maisons dites de construction récentes est aussi un cauchemar et je ne parle pas de celles à l’ancienne, avec une ribambelle de crochets, de barres à mettre parfois à coups de marteaux. Et ne croyez pas que c’est plus facile à l’ouverture !

Très vite ma mère m’a dit de fermer certaines portes à midi, si je lui disais que le soir elle n’allait pas me voir. Je vais être plus précis : je fermais alors que le soleil était au zénith et cela signifiait qu’elle allait avoir très chaud tout le reste de la journée. Je dois dire qu’elle a quand même dormi, la nuit, une bonne dizaine de fois avec des portes et des fenêtres qu’elle avait simplement tirées.

Je passe sur la venue de la pluie ou du soleil qui s’invitent durant la journée pour les maisons qui réclament une fermeture temporaire dans ces moments-là. La personne âgée doit aller le plus vite possible sur ses jambes fatiguées.

3) Attendre :

Une personne âgée apprend à connaître les expressions suivantes : prendre son mal en patience, toujours remettre à demain. Je vais expliciter ce que j’entends par « Attendre ». Il s’agit de cette litanie de choses simples mais qu’elle ne peut plus faire elle-même : une ampoule à changer, une bouteille de gaz à remplacer, ramasser les débris d’un verre, d’une bouteille, boire un peu d’eau aussi y figure croyez-moi !

4) Dans la maison :

L’aide qui vient est là trois fois par semaine et cela suffit largement pour que la maison soit parfaitement tenue si le travail est fait consciencieusement. Seulement, elle part après une heure et demie et elle n’est pas présente quatre jours sur sept, soit un temps de 4 heures trente dans la maison par semaine. Le reste du temps, tout le reste, la personne âgée est seule ! J’allais dire : ” Et la galère commence ! ” Non le mot est trop fort et ne traduit pas la pénibilité, le manque de fluidité des gestes les plus anodins. Je vais dresser la série de problèmes qui la guette dans les pièces de la maison.

a) Les sièges :

Je vais être très clair pour ce que j’ai pu vérifier, tester. Je commence par les sièges. Quel est le premier cadeau que l’on offre à un vieux ? Une berceuse ! Je dis qu’elle ne s’offre que si des gens sont dans la maison à longueur de journées sinon la personne âgée restera clouée dedans tôt ou tard, ne pouvant se mettre debout seule. Ne parlons du cas où tentant de s’aider de la berceuse elle chute et ne peut se relever en espérant qu’elle ne s’est rien cassé.

Cela est valable pour le fauteuil aussi, le risque de chute en moins. La berceuse, la jolie berceuse qui, dans les années passées se querellait avec un « pliant » dans une jolie chanson de Daniel Forestal, peut s’avérer un instrument de misère car très souvent, devant l’effort à faire pour se lever, la personne âgée qui a soif, va contenir cette envie et attendre le midi quand le déjeuner lui sera apporter. De la même façon, elle fera l’impasse sur le cachet à prendre ou le remède à boire et tôt ou tard, je me répète, elle va uriner et déféquer dans le fauteuil et va rester avec jusqu’à la délivrance quand arrivera quelqu’un qui, espérons-le, va nettoyer les dégâts.

Je noircis volontairement le tableau et surtout je décris par le menu et ce n’est pas l’effet du hasard. J’ai rencontré trop de sourires niais quand j’essayais de narrer les problèmes pratiques que je rencontrais physiquement avec ma mère. Mes interlocuteurs ne voyaient pas. Ils sont comme les officiers d’Etat-major qui sur leur carte comptent 9 km et donnent 2h aux soldats qui portent entre 30 et 40 kg plus leur arme dans les montagnes d’Afghanistan et s’étonnent qu’en 4 h, ils n’y sont pas encore, arguant que les talibans le font, eux, oubliant, négligeant que ceux-ci n’ont que leur arme à porter !

Je préconise fortement un divan, ce meuble où l’on s’assoit comme sur une chaise, a deux places ou trois de préférence, car elle pourra déposer les télécommandes de la télévision, du ventilateur, ou du climatiseur, les remèdes à prendre et une bouteille d’eau ou mieux un thermos fermé pas trop fort pour qu’elle puisse l’ouvrir et cerise sur le gâteau, elle pourra se mettre debout seule pendant plusieurs années supplémentaires !

Je passe sur les cas de télécommande tombée, ou du verre qui se brise, de la bouteille d’eau en plastique qui éclate à la chute, du thermos qui tombe, ou pire du cachet qui roule au loin sous un meuble quelconque !

b) Les tapis :

Je passe ensuite à des objets qu’adorent les aînées comme il est recommandé de dire de nos jours, je veux parler des tapis, ceux qui se mettent aux entrées, ceux qui se mettent sous le petite table de salon ou sous la table à manger. Leur seul but est faire trébucher les vieilles personnes et de les faire tomber plus ou moins lourdement. Ma mère est tombée – je n’aime pas le mot « chute », c’est trop édulcoré – par deux fois avant d’admettre que ses tapis étaient dangereux et elle n’était pas particulièrement têtue !

c) Le téléphone :

Un seul impératif, soit mettre le fixe là où la vieille personne est le plus souvent, soit lui donner un portable avec un abonnement avec prélèvement mensuel et rire au nez de nos élites qui dès qu’ils prennent la parole pour parler du progrès, clament que ce n’est pas bon pour nous en dénigrant les écrans divers qui font partie de l’environnement des peuples qui vont de l’avant. Le fixe est rassurant pour les aînées et beaucoup rechignent devant un portable. Mais petit à petit, elles commencent à ne pas vouloir se hâter lentement de la chambre à coucher ou de la cuisine pour se diriger vers le lieu où l’appareil se trouve et la facilité, le confort d’utilisation d’un portable finit par convaincre même les plus récalcitrantes.

d) La télévision :

Qu’elle soit dans le salon ou dans la chambre, elle risque de temps en temps de rester allumée toute la nuit et si elles sont deux (télévisions), le risque est multipliée par deux ! Mais la fréquence sera pour le salon, la personne âgée s’endormira plus souvent devant l’appareil. Et à mon humble avis, il faut accepter qu’une personne âgée qui vit seule s’endorme ainsi de temps à autre. Je pencherai pour qu’elle regarde plutôt dans le lit le soir mais après des décennies dans le salon, c’est difficile de passer dans la chambre à coucher à moins d’y être obliger.

5) Le corps :

a) Propreté du corps

La souplesse du corps appartenant au passé, prendre soin de son corps au quotidien est devenu un cauchemar pour la personne âgée. Je rigole, je ricane et je secoue la tête, admiratif que je suis devant la phraséologie en vigueur. Je refuse de dire qui a instauré cette technique de mots édulcorés reprise par tous les gouvernements car loi me l’interdit absolument.

Personnes dépendantes, aider à la toilette des aînées, participer aux gestes corporels de l’entretien du corps sont des expressions passe-partout et surtout incantatoires car restant, j’ose le dire, volontairement dans le vague et ceci, à mon avis, pour ne pas effaroucher devant la brutalité du travail, la masse de personnes que l’on doit trouver pour s’occuper de la recrudescence du Quatrième Âge et cela sous réserve que l’on trouve le financement nécessaire pour les payer.

Petit à petit et à sa grande honte, la personne âgée se rend compte qu’elle arrive à se brosser les dents assez correctement, la figure, les bras, et le buste. Petit à petit, elle constate qu’elle n’arrive plus à se frotter le dos, l’entrejambe, les pieds, à faire un shampoing. Et ce qui finit de briser le moral des personnes âgées c’est le fait qu’elles n’arrivent pas à s’essuyer correctement quand elles se rendent aux toilettes et ce détail les rend malheureux.

Jamais je n’ai vu un débat parler de tout ce que je viens de dire plus haut. Je crois que je peux dire que j’avais préparé ma mère, vu qu’avec ma grand-mère, j’avais été sensibilisé sur la question. Elle savait que cela lui arriverait et que des mains étrangères allaient la manipuler et je crois que je peux dire qu’elle a accepté cela assez bien. Cependant je dois dire que l’aide me signalait que temps en temps elle refusait de se déshabiller pour la douche.

J’ai fait une petite enquête qui vaut ce qu’elle vaut : nombre de personnes âgées rechignent à la douche même si l’eau est chauffée. Une fois ce constat fait, une fois qu’on a déploré, regretté, la question à poser est : pourquoi ? J’ai deux explications qui valent ce qu’elles valent mais qui ont le mérite d’exister vu que je n’ai jamais vu ce sujet traité dans les jolis débats sur les aînés.

La première est que la personne âgée n’aime pas être vu nue par des étrangers, chez elle en plus et être touchée enfin. Une seconde raison à mon avis peut amplifier ou au contraire diminuer cette mauvaise volonté.

Ma grand-mère aimait, exigeait même, qu’elle soit douchée par l’aide ou par ma mère et a tempêté jusqu’au bout quand elle dut rester alitée et être nettoyée avec un gant de toilette. La sœur de ma grand-mère, Christine dite Mantine, elle, refusait, mais absolument la douche tous les jours et ne la voulait que le dimanche car disait-elle, c’est le jour du Seigneur et ajoutait immanquablement que c’est gaspiller l’eau que de se doucher chaque jour. Je pense que ces personnes âgées se sentant inutiles, et qui ont vécu dans la crainte des sécheresses trop longues, pensent que c’est du gaspillage. A l’inverse celles ayant vécu en se douchant tous les jours veulent que cela continue. C’était le cas de ma grand-mère qui depuis ses 14 ans a vécu chez les patrons où elle servait comme bonne et se douchait chaque jour d’où le fait de la vouloir de manière journalière.

Une chose dont je peux vous assurer c’est que discuter chaque matin avec une vieille personne qui ne veut pas se doucher est plus qu’énervante et seuls les jocrisses de services ne vont pas comprendre que vous vous fâchez !

b) La coiffure

La coiffure est aussi un problème et cela que ce soit un homme ou une femme. Un vieil homme peut vouloir être rasé tous le jours et cela devient vite une rude tâche car il veut être rasé de près donc ce n’est jamais à son goût et si la vieille dame exige d’avoir une coiffure qui ne soit pas des choux ou des nattes, je plains celle qui la coiffe chaque jour et je lui dis de faire attention avec les jocrisses ! Et je parle pas du shampoing qui peut tourner au cauchemar si la personne âgée rue tant soit peu dans les brancards !

c) Ongles

Une industrie s’est mise en place petit à petit pour les ongles car les personnes âgées ont un revenu qui leur permet de faire venir une personne pour leurs mains et leurs pieds. Ma grand-mère et ma mère ont utilisé les services d’une personne adéquate et cela va se généraliser je crois.

d) Je vais encore parler de choses que les débats ne traitent jamais. Les robes à boutons devant sont à privilégier fortement, et de préférence sans col ou manches et sans ceinture aussi, et les hommes ont intérêt à choisir des chemisettes et non des tee-shirt trop difficiles à enfiler et des shorts mi-longs à élastique à la ceinture. Je parle de ce que j’ai constaté en m’occupant un peu de ma grand-mère et beaucoup de ma mère et sur les conseils avisés de l’infirmière et des aides-soignantes.

6) Déambulations

N’en déplaise à certains je fais appel à Brel qui chante, non, qui déclame cette magnifique ode aux personnes âgées intitulée « Les Vieux ». Le grand Jacques – oui je l’appelle par son prénom tandis que Jacques Prévert est Prévert pour moi et je lui dis « Tu »- dans un quatrain dit que les vieux vont du lit à la fenêtre, de la fenêtre au fauteuil, du lit au fauteuil et du lit au lit. J’ai vu ma grand-mère et ma mère respecter cela tout à fait.

Elles allaient dans la cuisine dès le réveil et ont continué jusqu’à la limite de leur force toutes les deux et je rigolais quand vers 8h du matin une bonne âme leur disait : -Tu as déjà pris ton café ? Oui il m’est arrivé d’être là avant cette heure, en particulier quand je n’étais pas passé la veille au soir. Puis aux toilettes, le brossage des dents suivait et là aussi ce fut le plus tard possible que toutes las deux, elles ont cessé.

Ma mère s’asseyait alors dans le fauteuil, c’était avant le divan à trois places, et lisait un passage de la Bible, puis lisait les lettres reçues la veille et mettait à côté celles qui m’étaient adressées et celles qui la concernaient pour que je les lise et y réponde éventuellement. La télévision n’était allumée que vers 11 heures du matin. J’ai vu ma mère marcher dans la maison, puis se traîner de plus en plus lentement et dire assez souvent que tant qu’elle se déplaçait elle n’irait nulle part. Je peux vous assurer que d’entendre une vieille personne dire cela alors qu’elle se traîne difficilement vous fait comprendre que si elle quitte sa maison un jour elle va y laisser ses souvenirs, son cœur et peut-être sa vie même !

Assis ! Couché ! Assis ! Couché ! Marcher ! Voilà le rythme de vie des personnes âgées qui restent dans leur maison, et si je fais la comparaison avec les maisons d’accueil, vu dans un salon où l’on discute de ce sujet, le verdict est sans appel et elles sont pébliscitées. Je note au contraire qu’une écrasante majorité des personnes concernées choisissent de rester chez elles à chaque sondage effectué sur ce sujet. Il m’apparaît incontestable que mes vieux parents ne voulaient pas de maison de retraite et leur vie dans leur maison était mieux que tout autre possibilité. Je note le grand nombre d’activités proposées aux aînés mais je rigole en pensant que personnellement je serai un vieux qui aime ne rien faire de physique. Ma principale activité sera la lecture sur écran et c’est une activité qui ne réclame pas de gestes !

7) Pour conclure

Je rappelle encore une fois que ce n’est pas un texte inerrant et que c’est simplement mon opinion sur ce que j’ai vécu, constaté en m’occupant de mes parents et des conclusions que j’en ai tirées.

Je rappelle aussi que ma liste est incomplète, et partielle même sur les sujets traités. Ce n’est qu’une piste qui doit-être approfondie en évitant la méthode incantatoire qui fait florès dans ce département.

Je pense qu’il faut que la personne âgée reste au maximum dans sa maison – je n’aime pas le mot environnement – et qu’ensuite, inéluctablement, par obligation, parce qu’il n’y aura pas d’autre solution, elle devra être dans une maison faite pour les personnes âgées. La solution que j’ai pratiquée avec ma mère est l’exception car la vie est là, simple et tranquille comme dit Paul Verlaine, et ses contraintes interdisent et interdiront de plus en plus cette solution.

3
Chez les autres

1) Le départ

Emmener quelque part une personne âgée est en soi une prise de risque pour elle, une série d’exigences à respecter et une surveillance de tous les instants sans oublier tout ce qu’elle tient à avoir avec elle. Vous êtes prévenu dès les premières lignes car vous vous attaquez à quelque chose qui est tout sauf une partie de plaisir.

Dans les journaux, à la télévision, ce sujet est traité d’un ton édulcorant où il est sujet d’activité bénéfique pour le moral de la personne âgée, du changement de décor qui lui fait du bien, des nouvelles têtes qu’elle voit. Je vous rassure tout de suite : c’est totalement vrai. les débats, les articles ne traitent que de cet aspect auquel j’y souscrit. Et tout le monde avec moi.

Je pense sincèrement que les hautes instances savent que le revers de la médaille n’est pas aussi idyllique et qu’elles évitent d’en parler pour ne pas effaroucher ceux et celles qui mettent les mains dans le cambouis, je parle bien entendu de ceux qui comme moi sont des aidants (puisque c’est le terme choisi).

Je vais parler d’une personne que je connais bien, ma mère et de tout ce que je fais quand je l’emmène passer une journée chez moi. Il me faut l’avertir plusieurs jours à l’avance sinon elle va refuser c’est certain car, me dira-t-elle, elle n’est pas une enfant et surtout pas la mienne. Quand vous lisez qu’une centenaire a son caractère et que vous souriez, je vous souhaite de ne pas avoir à vous en occuper tous les jours. Demandez hors caméra à celles qui s’en occupent et je peux vous assurer que le langage tenu sera absolument différent de celui devant l’objectif. Une fois qu’avec mille précautions, j’ai arraché, oui arraché car le mot n’est pas trop fort, son accord, j’écoute religieusement ses premiers désirs.

Si je raconte cela comme si je suis averti de ce qui va se passer, ce que quelques années auparavant, alors que ma mère était en Métropole, j’ai eu à faire ces déplacements avec ma grand-mère et j’avais été sidéré de ses exigences, de ses caprices avant qu’elle accepte de dire qu’elle est d’accord pour y aller. Aussi quand le cas s’est présenté à nouveau avec ma mère, je savais déjà ce qui m’attendait. Je n’étais pas surpris par son comportement.

Durant les deux ou trois jours précédents la sortie, à chaque venue, elle revient sur ses craintes car pour la majorité des personnes âgées que j’ai côtoyées, ce qui domine c’est la crainte d’aller quelque part et je rappelle que mes deux parents avaient l’habitude de venir chez moi, que toute la famille de Flore venait chez elles et pourtant, elles m’ont fait, toutes les deux, le même cinéma !

Le jour venu, très tôt, je suis chez ma mère qui a déjà bu son café car je parle bien entendu de la période où elle vaquait à ses occupations, péniblement certes mais elle y vaquait. Et alors sous un déluge de recommandations, j’embarque et je me permets de dire que c’est dans un ordre parfait car ceux qui me connaissent savent que même dans mes désordres l’ordre règne. Et il ne faut pas oublier que grâce à ma grand-mère, j’avais acquis un certain savoir-faire dans ce domaine !

Ne pratiquant pas les incantations, je vais expliciter ce que j’embarque. Vous constaterez que c’est rébarbatif, astreignant et peu valorisant pour la personne qui effectue cela. Je commence toujours par les remèdes que ma mère prend dans la journée et je vous conseille si vous êtes dans ce cas de prendre votre temps pour vérifier que vous n’en oubliez aucun, d’abord parce les conséquences de cet oubli peuvent être graves et surtout pour éviter les remarques du genre : « – Mais comment as-tu fait pour oublier ce remède ? ». Je ne mets que la plus gentille et je passe sur les autres.

Et si quelqu’un pense que donner un cachet ou un sirop chez quelqu’un est facile, je rappelle que vous devez demander à quelqu’un de la maison, un verre et sûrement de l’eau non glacée. Imaginez-vous une petite fête familiale, genre anniversaire, première communion, des gens assis un peu partout et qui n’ayant rien d’autre à faire, observent l’ingestion du remède et vous abreuvent de force conseil. Autant vous y faire vous n’allez pas y échapper à ces attitudes bienveillantes où subitement tout le monde fait assaut d’amabilité envers la personne âgée. Mettez bien dans votre tête que vous...