Nénette, l

Nénette, l'héritage d'une sacrée génération

-

Français
172 pages

Description

À travers les yeux d'une petite fille issue de la génération des années 80, découvrez l'héritage des traditions françaises familiales reçues de son aïeule. Plongez au cœur de l'histoire de la grand-mère d'Audrey qui lui a laissé de nombreuses valeurs et habitudes, dans son quotidien actuel, mais qui lui a aussi transmis l'histoire de la France depuis la Seconde Guerre mondiale. Chaque jour, un geste, une situation, lui rappellent le cadre familial français dans lequel elle a évolué. Des souvenirs de bonbons de l'enfance aux réunions de famille, ce livre vous rappelle l'importance des valeurs familiales et l'héritage laissés dans nos habitudes quotidiennes, cela au travers de toutes les générations, grands-parents, parents et petits-enfants.


Revivez les émotions de cette relation de grande complicité avec sa grand-mère jusqu'à la disparition de celle-ci, véritable bouleversement de la vie.


Sujets

Informations

Publié par
Date de parution 06 septembre 2017
Nombre de lectures 3
EAN13 9782414122660
Licence : Tous droits réservés
Langue Français

Informations légales : prix de location à la page €. Cette information est donnée uniquement à titre indicatif conformément à la législation en vigueur.

Signaler un problème

C o p y r i g h t













Cet ouvrage a été composé par Edilivre
175, boulevard Anatole France – 93200 Saint-Denis
Tél. : 01 41 62 14 40 – Fax : 01 41 62 14 50
Mail : client@edilivre.com
www.edilivre.com

Tous droits de reproduction, d’adaptation et de traduction,
intégrale ou partielle réservés pour tous pays.

ISBN numérique : 978-2-414-12264-6

© Edilivre, 2017En haut de gauche à droite, les frères « Loulou » (Louis) et « Banban » (Herman), la sœur Odette, Léon,
En bas, Lucienne dite « Nénette », son père, son frère Lucien au milieu, sa mère, et Jeanine la petite sœur
Je dédie ce livre à ma grand-mère,
Ma mère Catherine,
Mon frère Thomas,
Et tous les membres de ma famille.Remerciements
Chaleureux remerciements à Pascaline et Robert qui m’ont aidée à finaliser ce manuscrit.
Chères lectrices, Chers lecteurs,
Après cette lecture, rappelez-vous des valeurs fondamentales de la famille dans votre
quotidien.P r é a m b u l e
« Grand-mère », « Mamie », « Mémé »… chaque famille a ses habitudes pour appeler ses
grandsparents, et parfois même pour pouvoir se distinguer entre famille et belle-famille. La grand-mère est un
sacré symbole dans une famille. Pour ma part, je la surnomme « Mamie » et elle représente de nombreux
rôles à mes yeux : elle est ma grand-mère, ma mère, mon amie, ma confidente. C’est avec elle qu’on ose
même davantage parler de sujet plus intimes, de nos amourettes, qu’avec sa propre mère. Ma grand-mère
et moi, nous avons toujours eu une relation extrêmement proche et beaucoup d’empathie l’une envers
l’autre. J’arrive parfois même à croire que la télépathie pourrait même fonctionner entre nous. D’ailleurs,
en cette année de mes trente ans, supposée être une belle année de jeunesse à vivre, les pressentiments
n’ont fait que se confirmer. J’étais en voyage professionnel pour mon entreprise pharmaceutique en Asie
lorsque ma fameuse « moitié matriarcale » est tombée chez elle en pleine nuit, se cassant deux vertèbres.
Et… depuis, elle a été hospitalisée et son état n’a fait qu’empirer pour finir aux soins palliatifs,
victime, soi-disant du syndrome du glissement. Tous ces mots, palliatifs, syndrome du glissement…
J’étais loin d’imaginer devoir un jour les comprendre, les utiliser, me les expliquer… J’ai navigué sur
Internet à la recherche d’informations, de solutions, de compréhension. Le syndrome du glissement serait,
paraît-il, un terme utilisé en 1967 par Docteur P.Graux pour désigner un changement de comportement,
notamment chez les personnes âgées se manifestant par un désintérêt de la vie, de bouger, de
s’alimenter… un refus inconscient de vivre ? Mais, l’acceptation de ce « chemin de vie », c’est-à-dire
accepter qu’un être cher arrive à sa fin, comme m’a dit la psychologue de la clinique, est un cap… Et là,
les larmes ne font que couler. Oh combien il est difficile d’accepter… d’accepter que c’est le dernier
bout de chemin, d’accepter qu’elle ne viendra plus chez moi où j’ai plaisir à lui montrer mes travaux de
décoration, partager des moments de joie ensemble, d’accepter qu’elle ne retournera plus chez elle, dans
son lit, dans son canapé à jouer sur ses grilles de mots fléchés, à regarder l’émission « Questions pour un
champion » (génération de nos grands-parents : qui ne connaît pas un grand-parent régulé chaque soir par
cette fameuse émission ?), à passer du temps en cuisine… Ses derniers moments seront à mes yeux bien
trop tristes, dans cette petite clinique vieillotte, sur un vieux matelas, soit-disant spécialement conçu pour
les escarres mais pour lequel le doute m’a envahie… Souffrir et finir endolorie, sous morphine, le regard
hagard, seule le matin, seule le soir et la nuit, avec uniquement des visites de la famille, amis et voisins
l’après-midi. Quelle triste fin… je ne peux l’accepter, je n’y arrive pas… d’autant que mon corps passe
au travers de nombreux questionnements et sentiments dont la colère envers le traitement médical de ma
grand-mère apporté par la clinique sur ces dernières semaines. Est-ce là une échappatoire de l’esprit afin
de chercher absolument un coupable ? L’être humain veut-il toujours chercher une cause à un effet… Je
n’ai peut-être pas eu la chance d’avoir réponses à mes questions pour accompagner la fin de vie de ma
grand-mère car malheureusement, à chaque fois que je lui rendais visite, il m’était impossible d’avoir un
unique médecin comme point de contact et un diagnostic clair afin de simplement COMPRENDRE. Un
mois plus tôt, elle n’était rentrée que suite à une chute causant deux vertèbres cassées et maintenant on
parle de syndrome de glissement ? Mais, peut-être pour alléger ma conscience après de multiples
renseignements, il paraît que ce n’est pas forcément mieux ailleurs, dans un autre hôpital… Les personnes
âgées seraient-elles ainsi déconsidérées, dénuées de respect ? Les médecins, infirmier(e) s,
aidesoignant(e) s n’ont-ils pas de parents vieillissants également ? La colère m’envahit tellement que je
n’arrive pas à comprendre objectivement l’attitude du personnel médical environnant. Toujours est-il que
ce moment de l’acceptation du départ d’un être cher est arrivé : Une « Mamie » que j’ai tant admirée, si
aimable, cordiale et au service de tous ? Comment peut-on finir sa vie ainsi dans de telles souffrances ?
De nombreuses choses dans nos vies quotidiennes nous rappellent nos grands-parents : ne serait-ce
qu’un restaurant dans lequel on retrouve des saveurs, des odeurs, un goût particulier dans la bouche,
réminiscence d’un plat de notre enfance, que nous ne serions pas capables de reproduire. Ce sont souvent
ces saveurs si particulières et inimitables que l’on recherche, et pourtant basées sur quelques ingrédients
secrets sortis de la poche de nos mamies.
En ces moments d’accompagnement de fin de vie, de nombreux souvenirs resurgissent à une vitesse
impressionnante… Le cerveau est fascinant de, par ses capacités à ne focaliser nos émotions, nos pensées
et notre concentration que sur cet être si cher à nos yeux et notre cœur… Il est capable de faire fourmiller
en un temps record, des bruits, des voix, des odeurs, des moments de complicité, des repas de famille,
des partages… Par peur de perdre tous ces merveilleux moments vécus ces trente dernières années, j’ai
décidé de coucher par écrit chaque instant, chaque souvenir mais aussi de partager cette fin difficile afin
que peut-être si on me lit un jour, on améliore la fin de vie des personnes âgées, qui un jour, seront nous-mêmes, et méritent d’être considérées à leur juste valeur et non pas, comme de simples numéros parmi
tant d’autres…
Une chose à graver à jamais : « Mamie, je t’aime »Chapitre 1
Qui est Nénette ?
Nénette, Tante Nénette, Marraine Nénette… je me souviens quand j’étais petite n’entendre que ce
surnom… Je m’étonnais à chaque fois car pour moi, elle ne s’appelait que « Mamie ». Ma grand-mère
s’appelle Lucienne. Elle n’a jamais aimé son prénom… Elle trouvait que cela faisait « vieillot »
(peutêtre son côté moderne…). Cela me faisait rire d’autant quand on sait pourquoi elle s’appelait Lucienne :
elle me disait toujours que ses parents ne savaient pas comment l’appeler et comme elle est née après son
frère Lucien, ils ont tout simplement prolongé son nom en Lucienne. Si simple mais efficace. À l’époque,
on ne devait pas se poser tant de questions sur les prénoms. Le monde a tant changé : aujourd’hui, il existe
de nombreux livres sur les prénoms, l’analyse des tendances par génération, l’étymologie de ces derniers
ou encore des analyses astrologiques, comportementales de l’influence de certains prénoms sur la
personnalité et le caractère. Mais dans ces années d’entre-deux-guerres, on choisissait certainement avec
moins d’analyse et de réflexion sur les combinaisons nom-prénom, les prénoms de nos enfants.
Je vais ainsi faire un aparté sur le prénom de Lucienne et son origine. Ce dernier est dérivé du
prénom latin « Lucius » et tient son origine du mot latin « Lux », signifiant la lumière. Nous fêtons les
Lucienne le 8 janvier… et je ne me rappelle pas lui avoir fêté une seule fois en 30 ans… tellement elle
n’aimait pas son prénom. C’est bien malheureux quand on comprend la belle histoire d’origine de ce
prénom. Le 8 janvier est le jour où l’on honore Saint Lucien de Beauvais, l’un des prêtres qui
èmeévangélisèrent la Gaule au III siècle de notre ère. Il est mort en martyr vers l’an 290. Le prénom de
Lucienne est le féminin du prénom Lucien (le grand-frère, quel beau lien familial, n’est-ce pas ?). Ce
prénom s’est vite répandu au début des années 1900 et sa popularité a atteint son apogée dans les années
folles vers 1920, et aujourd’hui, il est devenu un prénom très rare. Quant au caractère des Lucienne, j’ai
été très surprise de découvrir finalement une description très proche de celle de ma grand-mère. On dit
des Lucienne, une femme discrète et réservée, dotée d’un tempérament plutôt cérébral. Ici, nous la
retrouvons bien notre grand-mère, toujours « fausse calme » discrète mais très intelligente et raisonnée.
Elle serait une personne pragmatique et rationnelle, qui fait preuve de sérieux en toutes circonstances. Je
ne peux que confirmer : même en situation de crise ou de manque de respect face à une personne, elle a
toujours su garder son calme. Toujours présente et à l’écoute des autres (oh que oui ! elle a toujours fait
preuve d’une empathie exemplaire pour ceux qui l’entourent, toujours une oreille à qui se confier), elle
sait se montrer serviable (en effet, elle a toujours eu un bout de gâteau de yaourt à proposer avec un café,
toujours prête à rendre service pour une course en voiture, aux dons du sang, aux bonnes sœurs à la
chapelle de Saint-Pol-sur-Ternoise !). C’est une amie précieuse et une épaule sur laquelle on aime se
reposer pour trouver douceur et réconfort. Lucienne est entière et prête à se battre pour ses valeurs. Elle
aime défendre les grandes causes et en fait même parfois sa raison d’être. Pour ma part, je note qu’une de
ses grandes valeurs traditionnelles était la famille, l’éducation. Modeste, elle saura récolter le fruit de ses
efforts le moment venu, mais ne cherchera jamais à se mettre en avant pour le bien qu’elle fait. Lucienne a
besoin d’amour, de sécurité et d’affection. Elle déteste la sophistication et les mondanités et craint
particulièrement l’imprévu (oh que oui ! nous ne pouvons que confirmer. Elle aimait tout organiser,
arriver à l’avance chez le médecin et pouvait paniquer si on lui proposait d’aller quelque part à la
1dernière minute). C’est pourquoi elle planifie et organise toute sa vie dans les moindres détails.
Ainsi est née Lucienne le 27 octobre 1930, fille d’une grande fratrie de sept frères et sœurs. C’était
l’époque des familles nombreuses, aussi parce que les épouses restaient à la maison et les moyens de
contraception n’existaient pas encore. Je me souviens qu’elle me contait souvent étant petite un soi-disant
secret de famille, dont personne d’autre ne m’avait jamais parlé : son père n’était pas le père de ses deux
premiers grands frères. Sa mère, Lydie, donc mon arrière-grand-mère, s’était mariée à Louis Sauvage et
avait eu deux garçons. Malheureusement, son premier mari, Louis est mort en 1919 en revenant de la
Première Guerre Mondiale, des suites de ses blessures, notamment gazé. Alors, à l’époque, il n’était pas
bon être mère seule et veuve si jeune… alors elle s’était remariée avec le frère de son mari, Herman
Sauvage et ils ont eu d’autres enfants dont ma grand-mère. D’ailleurs, lui qui était son beau-frère
s’occupait déjà beaucoup des deux premiers enfants. Finalement, ses premiers frères sont bien plus que
des demi-frères, techniquement parlant, étant donné que les deux pères étaient frères. C’est ainsi qu’il y
eut Louis, surnommé « Loulou » né en 1914, Léon né en 1919, Herman, surnommé « Banban » né en 1922,
Odette née en 1924, Lucien né en 1928, Lucienne née en 1930 et Jeanine née en 1935. La famille des
« Sauvage » me disait-elle, était bien sauvage, sauvage de caractère, et d’origine de Wallonie, partiefrancophone en Belgique. Les parents étaient tous deux nés dans le même village, à Marbais exactement,
dans une région belge que l’on appelle le Brabant Wallon, enfants de mineurs Arthur Tournay et Adèle
Couvreur. Le père de ma grand-mère est né le 15 août 1890 tandis que sa mère le 28 mai 1889. C’est
pourquoi une partie éloignée de notre famille se trouve toujours en Belgique à ce jour. Cette famille
« Sauvage » de 7 enfants a ainsi migré vers la France en 1914 au début de la Première Guerre Mondiale.
Mon arrière-grand-mère et son mari se sont installés à Compiègne dans le quartier Royallieu. C’est à
Compiègne qu’est né le premier demi-frère de ma grand-mère, Louis. Puis, la famille est retournée en
Belgique, à ses origines, et a eu son deuxième enfant, Léon. Elle est ensuite revenue sur Compiègne car le
père était entrepreneur en maçonnerie et souhaitait reprendre ses activités. Par la suite, la famille s’est
installée dans l’Aisne, dans le village de Sinceny.
Ma grand-mère est née à Sinceny dans l’Aisne le 27 octobre 1930. À l’époque, les lois françaises
étaient plus dures. Elle n’avait donc pas bénéficié de la nationalité française par naissance sur le
territoire et est restée malgré tout de nationalité belge. Elle n’a été officiellement naturalisée que six ans
plus tard le 18 décembre 1936 devant le juge de paix de Chauny (Aisne), déclaration enregistrée au
ministère, dossier n° 52 992 x 36 article 3 de la loi du 10 août 1927. Cette loi a été instaurée après la
Première Guerre Mondiale face à la décrue de la population suite aux nombreuses pertes meurtrières.
Elle a ainsi favorisé l’acquisition de la nationalité française en diminuant l’importance du « droit du
sang » (naître d’un parent français) face au « droit du territoire » (être né sur le territoire français). Cette
loi apporte ainsi une modification à celle de 1889 et a notamment réduit considérablement la période de
domiciliation obligatoire en France de 10 à 3 ans. Ainsi de 1927 à 1940, 320 000 adultes ont été
naturalisés, dont 80 000 enfants, permettant de ce fait, le repeuplement français. Pendant le régime de
Vichy en 1940, les naturalisations ont été interrompues. C’est seulement après la guerre que les
candidatures ont repris de plus belle avec notamment l’arrivée massive de demandes d’Italiens, en
première place, puis d’Espagnols et de Polonais. Je me souviens que ma grand-mère me parlait souvent
de l’arrivée de voisins européens. Elle s’était liée d’amitié avec certains d’entre eux. Cela explique la
variété des origines des noms de famille de ses amis. Ainsi, elle était si fière d’être devenue Française
qu’elle a agi en citoyenne exemplaire de notre chère patrie, véhiculant sans cesse symboles et valeurs de
cette dernière.
Malgré la grande différence d’âge avec ses deux premiers grands « demi » frères (16 et 11 ans
d’écart), ma grand-mère en gardait d’excellents souvenirs : ils étaient très gentils avec elle et lui
ramenaient toujours un cadeau dès qu’ils la voyaient. Ce sont ses frères qui lui ont appris à nager, et
disons plutôt, apprendre d’une manière originale mais qui s’est révélée efficace : la leçon de natation a
été assez rapide puisqu’ils l’ont simplement jetée directement à l’eau ! Elle n’a eu d’autre choix que de
nager pour rejoindre les bords de la rivière. Quant aux sœurs de la famille Sauvage, elles étaient toujours
ensemble, d’ailleurs, on les appelait toujours « les trois sœurs », les inséparables. La famille a ainsi
installé son foyer dans le village de Sinceny, dans l’Aisne, qui a toujours connu quelques 2000 âmes
depuis 1926… Elle logeait au sein d’une grande longère en briques rouges typiques de la région, située
dans la rue Simon Lambacq. Je me souviens de la grande capacité de ma grand-mère à me conter des
détails surprenants de son enfance et de cette maison aux nombreuses pièces s’enchaînant sur la longueur
et le grand jardin l’entourant avec ses animaux participant à la nourriture de la famille : les poules pour
les œufs, les vaches pour le lait… Combien de fois, elle me contait les allées et venues avec les vaches et
les difficultés à faire avancer la vache dont elle s’occupait, prénommée « Catherine ». Ma grand-mère me
disait toujours « mais que c’est bête une vache ! Et en plus, elles sont têtues pour les faire avancer ». Dès
son plus jeune âge, tous les jours, elle faisait la traite pour obtenir son lait afin d’aider sa mère et famille.
Ses sœurs, Odette et Jeanine étaient grandes et minces et Lucienne, était quant à elle, plus petite et un
peu plus ronde. J’ai toujours connu ma grand-mère complexée par ses rondeurs… finalement ces
complexes de rondeurs traversent toutes les générations. Elle me disait avoir essayé de nombreux
régimes, se mettre à fumer pour maigrir lorsqu’elle était jeune mariée après avoir eu ses premiers enfants.
Notez, qu’à l’époque, on ne se préoccupait guère des effets néfastes du tabac. En avions nous
conscience ? Et puis, elle avait réussi à une époque à bien maigrir… et voilà qu’elle s’est retrouvée
enceinte de ma mère. Je me souviens combien de fois elle me disait avoir pleuré de tomber enceinte après
avoir fait tant d’efforts pour maigrir. Elle savait qu’elle allait tout reprendre, si ce n’est plus. C’est
peutêtre pour cela qu’elle a toujours focalisé sur le poids que ses petits enfants (surtout « filles ») semblaient
prendre… suite à son propre complexe qui a dû la perturber depuis l’enfance face à des sœurs, grandes,
fines et belles. Et c’est peut-être pourquoi ce « monsieur » (un voisin certainement ?), à Sinceny l’avait
surnommée quand elle était jeune « la petite nénette » ? Ce surnom est resté depuis, et dans toute la
famille et amis, il l’a poursuivie jusqu’à tante Nénette, Marraine Nénette… Malgré ce complexe, Mamie
a un visage rond, toujours très jovial, très souriant (ah ce magnifique sourire si agréable à regarder, nousobligeant à sourire en retour) et une peau à faire envier les stars. Je l’ai toujours connue très soignée,
avec une belle peau abricot, et si douce. Elle a des yeux marron, doux invitant au calme et à la paix. Nous
l’avons toujours connue avec ses cheveux courts et blonds avec des grosses boucles préparées par
bigoudis et permanentes. Qui n’a pas connu les fameux bigoudis de nos grand-mères ? Je crois que,
d’ailleurs, ce mot n’est plus d’actualité, et je parierais que si l’on prononçait ce mot auprès d’un jeune
enfant aujourd’hui, il ne saurait ce que cela veut dire… C’était tout un art cette pose de bigoudis : des
rouleaux de toutes les couleurs et de différentes tailles selon la forme des boucles souhaitées, piqués
pardessus par des piques en plastique de couleurs, le tout surmonté d’un filet pour maintenir cette magnifique
composition de bigoudis. Et, puis nos grands-mères mettaient leurs têtes surmontées de bigoudis sous un
énorme casque chauffant en plastique qui faisait preuve de révolution technologique à cette époque.
Mamie n’est pas très grande, 1m60 tout au plus. Elle a une forte poitrine et une taille bien ronde.
Quand j’étais petite fille, j’admirais comme de nombreuses jeunes filles, cette forte poitrine. Elle mettait
toujours une gaine, serrant très fort la taille et le dos, peut-être pour paraître plus mince ? La gaine,
encore un symbole de la génération de nos grands-mères. Et par-dessus, elle enfilait toujours un long
caraco en soie et dentelle, puis sa robe. J’ai toujours trouvé ce caraco en soie et dentelle d’une élégance
merveilleuse, avec un soupçon de « sexy », même si ce mot n’est pas approprié pour l’époque. Je me
souviens, étant petite, avoir tant admiré ce caraco et lui avoir piqué à plusieurs reprises un de ses caracos
en soie et dentelle blanche pour jouer à la mariée avec mon cousin Jérôme, un an plus jeune que moi.
J’aimais regarder sa photo de mariage en robe blanche avec sa traîne, qui me faisait rêver. Il paraît
qu’elle n’aimait pas son bouquet de mariage car il ressemblait à un gros « chou-fleur ». Elle était fière de
montrer son diamant sur sa bague de fiançailles ainsi que son alliance en or blanc sertie de nombreux
petits diamants tout autour. Comme de nombreuses femmes de l’époque, elle n’a toujours porté que des
robes. Ce n’est que tardivement, après la retraite, qu’elle s’est mise au pantalon. Le pantalon, connu par
notre génération, a été le témoin d’une grande révolution au sein de notre société et de l’évolution de
l’image de la femme, en quête d’égalité au travail avec l’homme. Ma grand-mère était toujours très
soignée : elle me disait qu’elle ne sortait jamais sans un coup de mascara et son fameux rouge à lèvres. Je
me souviens aussi de l’importance d’être bien coiffée : un bon coup de peigne et beaucoup de laque. Oh,
combien je me rappelle de l’odeur de cette laque entêtante. C’était lourd et fort mais combien je paierais
pour ressentir cette odeur de laque portée par toutes les grands-mères de notre génération. J’ai toujours
été impressionnée par cette importance de la coiffure : après son mariage avec Michel Phalempin et leur
emménagement dans la ville de Saint Pol sur Ternoise, dans le Pas-de-Calais, auprès de son mari natif de
ce « pays » (disait-elle), toutes les semaines, elle allait chez son coiffeur habituel, le salon de coiffure
« Paddy ». Et cette habitude, elle l’a gardée depuis son mariage en 1954 jusqu’en 2017. Imaginez ainsi la
relation avec les coiffeurs de ce salon de coiffure. Le coiffeur est un confident en quelque sorte. Elle
allait chaque semaine, tous les samedis, faire sa permanente, se faire laver les cheveux par la
shampouineuse qui a toujours travaillé dans cet institut, se faire couper les cheveux par Monsieur Paddy
puis par sa fille, de génération en génération. Pendant sa retraite, elle a continué à aller chez le coiffeur le
samedi alors qu’elle pouvait très bien y aller en semaine afin d’éviter l’engorgement et la foule des
travailleurs disponibles uniquement ce jour. On s’étonnait et ne cessait de lui expliquer qu’il y avait
toujours beaucoup de monde le samedi, jour réservé normalement à ceux qui travaillent la semaine. On lui
disait, pourquoi n’y vas-tu pas en semaine ? Mais, je pense que les personnes âgées aiment sortir le jour
où il y a du monde en ville pour voir grouiller les gens et se sentir moins seules. À ce coiffeur, elle a
certainement dû conter toutes les histoires de sa famille, donner des nouvelles de ses enfants et
petitsenfants. Je suis d’ailleurs persuadée que la famille du salon de coiffure connaît très bien notre histoire de
famille. Lorsque j’étais encore au lycée, puis jeune étudiante, j’ai moi-même accompagné ma grand-mère
dans ce salon et nous allions ensemble nous faire coiffer : quelles relations de complicité avions-nous.
Elle était si heureuse de partager ces simples moments de vie avec moi… Ce salon donnait sur une place
dans la ville de Saint-Pol-sur-Ternoise. Il avait double vitrine : d’un côté, la parfumerie avec vente de
maquillage, produits esthétiques et parfums ; et de l’autre, salon de coiffure à la décoration qui me
semblait autrefois tellement chic et raffinée, d’un rose poudré, doté de colonnes de style gréco-romain de
chaque côté des miroirs. Notre moment de détente et de complicité commençait par la lecture d’un de ces
magazines people, inintéressants mais qui permettent d’évader, l’espace d’un instant, notre esprit toujours
en ébullition d’idées et de réflexion sur l’organisation de la journée à venir. Puis, nous passions au bac à
shampoing, et ensuite à la coupe. Là, nous nous voyions servir un petit café, le temps de la coupe et de la
discussion avec les coiffeurs (ses). Puis, une fois « brushées » avec le bon vieux sèche-cheveux, moment
sacré pour ma grand-mère, on nous passait le miroir derrière nos têtes afin de vérifier l’arrière de notre
port de tête et coiffure. Même si la coiffure pouvait ne pas répondre aux attentes, ma grand-mère souriait
toujours, acquiesçait « c’est très bien » et remerciait vivement. Puis, une fois sortie, c’était l’heure d’allerchercher du pain chez le boulanger habituel. À son habitude, elle demandait toujours une baguette bien
cuite. Elle n’aimait pas le pain trop blanc et trop peu cuit, trop mou à son palais. Elle aimait que cela
croustille. Mais, finalement, elle n’avait jamais l’occasion d’apprécier le pain frais, puisqu’elle déjeunait
tous les matins du pain de la veille et des jours précédents. Elle avait ainsi pris l’habitude...