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Nous sommes une erreur statistique

De
198 pages
Comment un élève dit en "échec scolaire" est devenu PDG avec désormais une seule idée en tête : mettre tout en oeuvre pour faire de son cas singulier une généralité ? C'est la question à laquelle répond le parcours atypique de Rodolphe Pedro : un trentenaire d'origine modeste aujourd'hui à la tête de la CFCI et Associés, première compagnie financière française indépendante. Son ascension met également en lumière des enjeux différents comme la discrimination par les diplômes, la difficile réinsertion des anciens détenus...
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Nous sommes une erreur statistique

Rodolphe Pedro
Avec la collaboration de F A. B.

Nous sommes une erreur statistique
Du dern;er de la classe au prem;er rang de la (;nance

Avec l'aimable participation d'Aziz Senni,
l'auteur de L'Ascenseur social est en panne, j'ai pris l'escalier

L'HARMATIAN

Comme

le souhaite

Rodolphe

Pedro,

ses droits d'auteur

seront reversés:

d'une part à l'OIP (Observatoire international présidé par Gabriel Mouesca, et d'autre part à l'Association présidé par M'jid El Guerrab.

des prisons)

http://wwwooipoorg/ «Atlas Réseau Avenir»

@

L'HARMATTAN,

2008

5-7, rue de l'École-Polytechnique; http://www.librairieharmattan.com diffusion.harmattan@wanadoo.fr harmattan l@wanadoo,[r ISBN: 978-2-296-06743-1 EAN : 9782296067431

75005 Paris

Sommaire

RODOLPHE

PEDRO,

du dernier de la classe

au premier rang de lafinance.

..

Pour commencer 1. Héritage de déracinés.. .. .. .. .. .. .. .. .. .. .. .. .. .. .. .. .. ..

.p.7 p. 9
...p.B

2. « On ne peut pas êtrefort dans la cour et dans la classe»

3. Les montagnes russes de la réussite. . . . . ... .. . .. . .. . .. . ..p.21
4. « Comment une élection de Miss Striptease Caraïbes change ma vie. ». . .. . .. . .. . .. . . . . .. . .. . .. . . . . .. . ... . . . . .. . ... . pAS

5. Garde-à-vue.

. .. .. . . .. . .. . . . . .. . ... . . . . .. . . .. . .. . .. . .. . . "
Travailler comme un malade, comme

p.53

6. « Comment remonter?

d'habitude!»

p.61

7. (( Rester droit et repartir à Zéro.. .encoreunefois )) ..
8. L'épée de Damoclès tombe

.

'"

. . p.71

...p.77

9. Ma nouvelle ère: De la SFP à la CFCI & Associés.. ...p.97 10. Objectif: 10000 emplois pour les quartiers
populaires. . . . . .. . .. . .. . .. . .. . .. . .. . .. . .. . .. . .. . .. . .. . .. . .. . . ..p.l 05

LE CLIN D'ŒIL d'AZIZ SENNI

Pour commencer 1. Un livre. . .une tournée

...p.l09 ...p.lll

2. A l'action :BAC (Business Angels Cités.) 3. Aziz chez les Géo Trouvetout ou l'épisode M6 plein la tête» 4. La suite? ((Des Pl'o/'ets

p.129 ..p.151 .p.161

FACE-À-FACE

1. Rodolphe et Aziz, le face-à-face. ... . La conclusion de Rodolphe

.

..

p.165 ..p.17s p.19s

2. Aziz et Rodolphe, face à des collégiens du 93

QUI EST RODOLPHE PEDRO?
Introduction Une présentation simple pour un homme simple. Inutile de mettre les mots sur leur 31 pour un homme qui aime la spontanéité et met de la convivialité même dans les rapports professionnels. Revenir sur le parcours de Rodolphe Pedro, c'est revenir sur la transformation d'un enfant qui défiait l'autorité, passait d' heures de colle en renvois définitifs, en un homme sûr de lui, défiant seulement la fatalité pour les jeunes soit disant condamnésà /'échec. Revenir sur le parcours de Rodolphe, c'est aussi évoquer ses mois de prison car il n'en rougit pas. Tel un Claude Gueux moderne, il faut tendre l'oreille et éviter de juger trop rapidement la qualité d'un homme uniquement sur ces mois d'enfermement. Se demander « Pourquoi?» plutôt que « Combien de temps? ». Revenir sur son parcours, c'est aussi parler de l'avenir, de son désir de créer encore de nombreux emplois pour ceux qui ont l'énergie et la volonté sans qu'on leur accorde la confiance, une formation et une chance. Si Rodolphe, comme Aziz Senni, n'a pas pris L'Ascenseur Social, en panne mais l'escalier... il est désormais prêt à construire son propre ascenseur pour ceux restés en bas. Loin de nous l'idée de présenter un super-héros, mais pourquoi pas le « superman outsider» que nous pourrions tous être. . . Le mieux est de lui laisser la parole, et revenir avec lui sur un parcours loin d'être linéaire. Des bribes de phrases, des souvenirs et une voix, la sienne, qui se regarde de loin.

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1. Héritage de déraciné...
((

Je suis né en Suisse en 1972 mais ma famille et moi, l'avons
d'humeur de mon père avec les
))

quittée à 6 ans pour incompatibilité
Suisses.

C'est avec pudeur et sans emphase que Rodolphe parle de ce départ alors qu'il constitue dès le début un déchirement et une forme de déracinement. Ce début de biographie commence paradoxalement sur une fm. Né à Aigle dans le canton de Vaud, Rodolphe Pedro, comme ne l'indique pas son nom, est né en Suisse, mais ilIa quitte très tôt. Fin de sa petite vie de Suisse où tout semblait évident, comme écrit à l'avance. Qui pense famille suisse associe immédiatement l'idée de famille très aisée mais ce n'est pas le cas des Pedro. Là, Rodolphe et ses parents vivent dans un immeuble mais il n'existe pas de «quartiers» comme en France. Une famille de classe moyenne avec un père éducateur, une mère vendeuse et un petit frère. Néanmoins, la solidarité familiale permet de bien vivre car la grand-mère paternelle et la tante ne sont pas loin. Le couple formé par la jeune tante et son époux, un riche médecin, épaule volontiers les Pedro fmancièrement. Rodolphe ne conserve de cette période qu'un souvenir idéalisé d'une famille solidaire et heureuse menant une vie paisible. Ainsi, avec ce départ, c'est la fm d'un mode de vie mais aussi la fin de ce qu'il était. En Suisse, les classes et les instituteurs ont de ce garçon le souvenir d'un enfant tout à fait ordinaire, discret et vif. Les tests de motricité sont bons et les dessins sont ceux, harmonieux et épanouis, d'un petit bien entouré.

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C'est cet équilibre et cette évidence qu'il a l'impression de laisser avec ses six ans. Ce n'est pas par hasard si Rodolphe parle « d'incompatibilité d'humeur» comme dans les causes de divorce. Ses parents restent en couple bien sûr, ce n'est pas d'eux qu'il s'agit, mais Rodolphe ressent ce départ comme une séparation particulière: celle de ses parents, de son père surtout, avec un pays. Les enfants font partie des dommages collatéraux. Rodolphe est suffisamment petit pour ne pas tout comprendre de ce départ, mais suffisamment grand pour en souffrir. Quitter un pays, c'est quitter des amis d'enfance avec lesquels on voulait grandir, des repères fIxes, des jeux près de l'appartement, sa tante, son oncle et sa grand-mère. En somme, tout quitter pour un ailleurs. Mais pourquoi tout quitter? Rodolphe donne le motif d' « incompatibilité d'humeur» mais la formule reste vague, aussi énigmatique que les bribes de conversations saisies par l'enfant. La cause du départ est floue et le restera même en grandissant. Rodolphe n'a jamais osé aborder directement le sujet avec son père. Ce thème fait partie de ces dossiers de famille que l'on n'ouvre jamais, sans même savoir pourquoi. Pourtant rien d'exceptionnel, de honteux ou de grave dans ce secret. Son père s'est, semble-t-il, fâché avec un de ses supérieurs hiérarchiques, un Suisse Allemand très influent. Des divergences d'opinions qui mettront en péril toute possibilité d'évolution professionnelle de son père dans son secteur. On aurait pu passer sur quel est le lien avec la suite? Alors N'y a-t-il pas dans cassure à réparer? N'est-ce et le professionnel quand on cet événement et se demander: Il a déménagé à 6 ans, et alors? toute quête professionnelle une pas artificiel de séparer l'intime découvre qu'ils sont liés? 10

Nous aurions pu aussi modifier son enfance, faire croire que Rodolphe était un premier de la classe levant le doigt à chaque question. . . On aurait pu. Mais c'est dans la souffrance du cancre que réside l'essentiel de l'énergie dans laquelle puisera l'adulte. Rodolphe aime le cancre qu'il a été d'autant plus qu'il forme l'assise de son désir d'entreprendre. Derrière le nom clair de «Rodolphe» il y a aussi, comme pour Aziz Senni, une histoire familiale de déracinés. Rodolphe a reçu une forme d'héritage de déracinement qu'on ne peut comprendre qu'en fouillant un peu plus dans les racines enchevêtrées de la famille Pedro. A travers ce patronyme, on devine des résonances italiennes ou encore espagnoles. Et c'est bien le cas. Le père de Rodolphe est un pied noir espagnol qui a quitté l'Algérie dans les années soixante non pas pour la France, comme beaucoup d'expatriés, mais pour la Suisse car il y a déjà de la famille. Là, il retrouve sa sœur, mariée avec un médecin suisse et surtout sa mère, la grand-mère de Rodolphe, qui vit en Suisse depuis qu'elle a fui le communisme. Et c'est encore une histoire de départ. La grand-mère est en effet d'origine yougoslave et suisse, d'une famille de riches serbes. Son père, l'arrière grand-père de Rodolphe, était chirurgien. Il faisait partie des grands notables de Yougoslavie. Cette famille aisée perdra toute sa fortune lorsque le dictateur Tito arrive au pouvoir et nationalise les biens. Le père de Rodolphe garde de cette origine serbe le surnom« Micha ». Pour compliquer cette généalogie familiale, l'héritage maternel est lui aussi métissé. La mère de Rodolphe, Bernadette, est française d'origine franco-italienne: sa propre mère italienne ayant fui le fascisme en Italie pour se 11

réfugier en France où elle rencontre son époux, le grandpère maternel de Rodolphe. Triple fuite, triple héritage de déracinement. Comme le dira Rodolphe au sujet de son père: (( c'est un
homme qui a connu le déracinement et peut-eîre qu'inconsciemment, lJoulu nous lefaire vivre à nous aussi, mon frère et moi. )) il a

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2. « On ne peut pas être fort dans la cour
et dans la classe»
Un accent suisse en banlieue parisienne.
En 1979, la famille Pedro quitte donc la Suisse pour la France, direction Savig'!Y-Le-Temple dans le 77. (( . .. en face de l'usine Nivéa. )). Rodolphe donne cette indication, comme un enfant qui précise comment se rendre chez lui, bien qu'il n'y soit jamais retourné à l'âge adulte. Ses parents, son frère et lui s'installent dans cette ville de banlieue parisienne très différente de la Suisse. Il est assez simple d'imaginer Rodolphe petit: un garçonnet avec le même visage qu'aujourd'hui, mais encore lisse de toute expérience. Il a pourtant déjà un regard de grand, un regard qu'on disait très dur car peut-être trop lucide. Deux grands yeux d'adulte, un regard franc, des cheveux lisses et surtout un gros accent de Lausanne. Un bon accent qui fait sourire quand on le voit à la télévision pour la publicité Ovomaltine mais qui fait pleurer quand on est le seul à le traîner dans une cour d'une centaine d'enfants des quartiers. Rodolphe est indissociablement lié à son accent qui l'estampille, indiquant sa provenance, le dénonçant aux yeux de tous comme l'étranger. Persona non grata. Etranger dans la classe, étranger dans la cour. Le petit Suisse se fait insulter. Son accent, ses manières, tout devient prétexte aux railleries. Décalé et différent, Rodolphe commence par encaisser les insultes, les prendre en pleine face. L'accent est trop résistant pour être gommé si vite. Les jeux sont déjà faits et les codes trop nombreux pour les intégrer en quelques jours.

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Des insultes, des ricanements, des mots... le genre de mots qui met le poing sur la différence aussi violemment qu'un coup de pied mais avec suffisamment de discrétion pour ne pas pouvoir s'en plaindre aux instituteurs. Rodolphe évoque difficilement cette période, il ne développe pas. Des instantanés de l'époque et une constante: la lutte. Et comme s'il n'y avait pas d'autre choix, comme si c'était un instinct de survie -et c'était sans doute cela- il affirme simplement: ((Alors là, il avait deux solutions: soit baisser la tête, soit ne Y pas me laisserfaire.. .j'ai choisi la deuxième solution, je me j'Uisfait respecter dans la cour, mais c'est aussi là qu'a commencé l'échec scolaire.Mais on nepeut pas errebon dans la cour et à l'école. )) Adulte, on oublie combien la cour de récréation est un champ de bataille et combien on peut pleurer de ne pas être de ceux que tous aiment. L'expression un peu clichée « Les enfants sont cruels» se vérifie, mais seuls les anciennes victimes ou les anciens caïds savent à quel point elle peut être vraie. Rodolphe a donc fait le choix contraint d'être « bon dans la cour ». C'est dans la cour qu'il utilise sa finesse, ses stratégies, son attention et sa force pour se faire une place. L'enjeu est de taille: se faire respecter avec ses poings et sa colère. Ça marche. Dans la cour... Rodolphe l'affirme lui-même: «Je me suis mis en marge du !)Istème à ce moment-là )). Pour lui, sa sortie de route est donc datée. Mais lorsqu'il dit «qu'il s'y est mis », tout se passe comme s'il s'agissait d'un choix. La volonté sûrement de ne plus être victime. Mais s'agit-il d'un choix réel lorsque ce sont les circonstances qui poussent à le faire? Pour le jeune Rodolphe, il n'y a aucune question à se poser. Comment agir autrement: impossible de baisser les yeux et d'être la « victime », celui dont on se moquera forcément.

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Bientôt, plus personne ne l'embête, tous se taisent et les railleries changent de cible. Tout se passe comme si son accent ne gênait plus. .. Bien qu'il soit encore présent. Bientôt, il n'entend plus d'insulte: ses coups dans la cour ont porté leurs fruits. Un effet radical sur «les insulteurs» mais également sur les professeurs qui ne peuvent pas garder cet « élément perturbateur» plus longtemps. Rodolphe doit changer d'école. A cette époque, le jeune garçon n'exprime pas sa peine mais en voyant les dessins qu'il faisait alors, elle est manifeste. Il se tait, ses mains se confient. Lors d'un simple contrôle médical de la classe, un pédopsychiatre le fait dessiner. Il a sept ans. Devenu adulte, Rodolphe retrouve ce dessin, l'observe, et est effrayé de s'y découvrir si perturbé. La feuille est divisée en deux avec à gauche une majestueuse montagne enneigée et un drapeau suisse, alors qu'à droite règne l'anarchie, une voiture étrange est renversée tandis qu'un feu rageur envahit le reste de la feuille. Selon l'âge, selon les individus, les déracinements ne sont pas vécus de la même manière. Le petit frère de Rodolphe, lui, s'adapte à cette nouvelle vie. Agé de 2 ans, au moment du départ, il semble déjà avoir oublié la Suisse. Aussi comme dans toutes les familles, la fratrie vit différemment ce « divorce» de pays. Loin de lui, l'idée de voir tous les déménagements comme des traumatismes pour les enfants mais pour Rodolphe, ce déménagement, et ceux qui ont suivi, ont été constitutifs de ce qu'il est et représentent même le point de départ de son parcours atypique. C'est parce que la grande route linéaire des études était encombrée, qu'il a dû emprunter de cahoteux chemins de traverse.

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« Adresse?

Camping municipal. »

(( On est arrivé dans la grande banlieue lYonnaise, à 60 Km de Lyon, dans un village. )) Les parents de Rodolphe, par réflexe, n'ont pas souhaité se réinstaller dans un quartier. Ne sachant pas comment comprendre leur enfant qui s'était métamorphosé en si peu de temps, ils pensent que changer de lieu suffIra. Ils choisissent un village. ((.. .mais œ n'était pas mieux. )) Pas d'amélioration, non pas parce que Rodolphe était asocial mais parce que, par défmition, le déracinement avait déjà eu lieu et ce déplacement ne faisait que répéter les séparations. Le petit Suisse avait cette fois-ci, en plus, commencé à intégrer des codes de quartier totalement inutiles et insolites, déplacés dans un petit village.. ..où tout le monde se connaît. Pour renforcer les difficultés, leur arrivée n'est pas simple. Ils ne s'installent pas immédiatement dans une maison mais doivent temporairement attendre... dans un camping. Ils y restent le temps d'obtenir un logement. L'attente est plus longue que prévue. Une tente dans un camping, un petit village... l'addition est rapide... très vite, les villageois prennent ces nouveaux arrivants pour des « manouches », avec tous les préjugés que cela engendre. Le nom de famille «Pedro» est une preuve de plus pour les enfants du village qui se révèlent aussi cruels que les enfants de banlieue que Rodolphe venait de quitter. L'histoire personnelle bégaie et, pendant des années, on le traite de «sale Gitan ».. .Ses vêtements impeccables n'y changeront rien, seule la caravane compte aux yeux des enfants. A la rentrée, la main de Rodolphe tremble quand il remplit les feuilles de présentation. Adresse: Camping

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municipaL.. Et même si son bras cache sa feuille en arc de cercle, il pressent que toute la classe sait déjà. Rodolphe passe sUt cette période. Comme s'il était inutile de s'appesantir encore sur ces moments. ((J'ai déménagé
quatorze fois. . je n'ai pas de copains d'etifance »

Pas de copains d'enfance. Ça ne semble pas grandchose. Mais les copains d'enfance, c'est un bout de mémoire placé en dehors de soi: ces têtes qu'on voit changer et qui nous disent aussi combien on a changé.. .C'est du temps vécu et au final, une partie de notre identité. Rodolphe est sans copains d'enfance: sans ces ombres du passé qui nous font sentir qu'on vient de quelque part. Sans ces gens, comme des amarres. Mais ces manques étaient peut être des chances: se construire autrement. ((Je me suis construit sur des angoissesprcifondes... » C'est pourquoi le parcours d'Aziz Senni et celui de Rodolphe ne sont pas fondamentalement différents. Le déracinement a la même force, même s'il prend des visages dissemblables. Aziz garde en mémoire le déracinement de ses parents. Rodolphe, lui, s'est construit contre et à travers les multiples petits déracinements qu'il a subis et le passé de rapatrié de son père. Pour résumer, on peut dire avec Rodolphe que: (( }<znaiement, erre immigré ce n'est pas forcément erre d'origine étrangère. Etre immigré, ce n'est pas une question de race, on peut se
sentir étranger partout. . . ou chez soi partout. . . on peut ie dire comme ça aUSS1.»

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« De 7 à 16 ans, j'ai été en échec scolaire»
Le parcours premières années: scolaire de Pedro est alors à l'image des en

« j'ai été viré, et de établissement. ))

6èl1lf 6èl1lf, suis passé d'établissement je en

Et c'est Rodolphe qui afftrme lui-même: « de 7 ans à 16 ans,j'étais en échecseo/aire. )). Une formule qui exprime tristement mais avec justesse cette impression d'enfant qui a perduré jusqu'à l'âge adulte. L'impression de n'avoir jamais été à sa place à l'école. La scolarité est vécue comme une suite de déceptions. Comme si, à aucun moment dans cette scolarité, il n'avait pu arrêter cette machine à perdre, comme si rien ne pouvait être rattrapé, comme si à aucun moment on n'a voulu ni pu le stopper. D'années en années, la même souffrance du cancre. Celui qui, au fond, à côté du radiateur, attend. Mais l'adolescent n'est pas le seul à souffrir. « Pour mon père, éducateur, c'était très dur à vivre.)) Incompréhension et souffrance, sont bien les mots qui résument la difftculté de cette situation d'échec. Pour l'enfant bien sûr, mais aussi pour ses parents, Bernadette et Micha. Le couple est présent mais impuissant. Nous sommes loin de l'image clichée et rassurante des parents ayant un enfant agité car leur éducation est laxiste ou démissionnaire. Aujourd'hui encore, nombreux sont les parents qui ont tout tenté, souhaitent redresser le parcours de leur enfant mais ne savent pas ou plus comment en faire plus. Ces parents qui, en regardant les résultats scolaires de leur enfant, se disent: « Qu'est-ce qu'on a fait? », « Qu'est-ce qu'on a mal fait? », « Qu'est qu'il va devenir? », « Qu'est-ce que tu vas faire de ta vie si tu continues comme ça ? »... C'est sans doute aussi pour ces parents démunis que Rodolphe tient à ne pas cacher cette période, son mauvais 18

départ apparent. Un départ qui annonce qu'on va perdre la course... et pourtant. Il ne s'agit pas d'une course de vitesse mais de parcours individuels qui ne sont pas forcément des sorties de piste: nous pouvons tous fInir par gagner.

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