PAR COURS D

PAR COURS D'UN JOURNALISTE AUTODIDACTE

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Pape Ngagne Ndiaye, par son style, est devenu un rendez-vous incontournable de l'espace audiovisuel sénégalais. L'émission "Faram Faccce" qu'il anime présentement sur TFM est très courue des hommes et femmes politiques pressés de se soumettre au feu roulant et nourrie des questions du redoutable interviewer, unique dans son genre. Ce livre n'est pas seulement une autobiographie, mais aussi une réflexion thématique et une sélection rigoureuse de certains numéros de la célèbre émission qui se veut "un décryptage des questions majeures de l'actualité nationale".

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Ajouté le 15 janvier 2017
Nombre de lectures 142
EAN13 9782140028229
Langue Français
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« De “Pencco” à “Faram facce”, entre autres hauts faits d’armes Pape Ngagne Ndiayede sa pratique, Pape Ngagne, par son style, est devenu un
rendezvous incontournable de l’espace audiovisuel sénégalais. L’émission
“Faram Facce” qu’il anime présentement sur TFM est très courue
des hommes et femmes politiques pressés de se soumettre au feu
roulant et nourri des questions du redoutable intervieweur, unique
dans son genre.
Ce livre, Par-cours d’un journaliste autodidact, ne ’est pas Par-cours
une autobiographie. Plus exactement, il n’est pas qu’une
autobiographie. Tout en retraçant la trajectoire professionnelle de d’un journaliste l’auteur avec ses succès et ses échecs (premier acte), il n’en contient
pas moins une réflexion thématique et une sélection rigoureuse de
certains numéros de la célèbre émission qui se veut “un décryptage autodidacte
des questions majeures de l’actualité nationale” (deuxième acte).
Mais cet ouvrage, en trois temps majeurs, est aussi un regard
critique et assumé d’un journaliste sur son métier, sa fonction et
sa responsabilité sociale dans un pays où l’État et la Nation sont
encore en construction (troisième acte).
À travers Par-cours d’un journaliste autodidact, Pe ape Ngagne
Ndiaye fait une pause, un bilan à mi-parcours d’un parcours
singulier. C’est un livre où leçons professionnelles et leçons de
vie tout court se bousculent, s’opposent, s’entrechoquent et,
paradoxalement, se complètement en même temps. Sa richesse en
anecdotes croustillantes et révélatrices témoigne aussi du caractère
bien trempé d’un journaliste atypique et fier de l’être.
Par-cours d’un journaliste autodidact, ue n livre à lire. »
Mamoudou Ibra KANE
Pape Ngagne NDIAYE est un journaliste autodidacte, né à
Pikine où il fut ses premiers pas à Oxyjeunes, première radio
communautaire de la ville. Après il rejoint Wal Fadjiri où il fait
une revue de presse captivante et anime l’émission politique
Pencco. Au Groupe Futurs Médias, son talent, sa liberté de
ton et son professionnalisme se sont conirmés. En 2015,
Pape Ngagne Ndiaye a été plébiscité, par les téléspectateurs,
meilleur journaliste télé et l’émission Faram facce (décryptage)
désignée meilleure émission politique de l’année, selon une étude des cabinets
Synchronix et Afrique Communication. En 2016, il reçoit deux distinctions : celle de
la Calebasse de l’Excellence et celle de la Calebasse d’Or.
ISBN : 978-2-343-09916-3
37 €
Pape Ngagne Ndiaye
Par-cours d’un journaliste autodidacte









PAR-COURS D’UN JOURNALISTE
AUTODIDACTE


PAPE NGAGNE NDIAYE
PAR-COURS D’UN JOURNALISTE
AUTODIDACTE
Préface de Mamoudou Ibra Kane



































© L’HARMATTAN, 2016
5-7, rue de l’École-Polytechnique ; 75005 Paris

http://www.librairieharmattan.com
harmattan1@wanadoo.fr

ISBN : 978-2-343-09916-3
EAN : 9782343099163


« Ne regrette rien, il faudra toujours continuer à
apprendre et à te perfectionner, et ce n'est pas à
l'école que tu pourras le faire. L'école donne des
diplômes, mais c'est dans la vie qu'on se forme ».
Amadou Hampâté Bâ
7

DÉDICACES
Je dédie ce livre, fruit de mon parcours professionnel :
À mon cher père El Hadji Boucounta Ndiaye
À ma chère mère Adja Maguette Mbaye
À mon épouse Fatou Mboup
À mes enfants Serigne Saliou Mbacke Ndiaye - Ndèye
Fatou Mass Ndiaye - Adja Maguette Mbaye Ndiaye
À l'ensemble de ma famille
Et à tout le Groupe Futurs Medias

9
REMERCIEMENTS
Serigne Cheikh Saliou Mbacké, Serigne Bassirou Mbacké Abdou
Khadre, Serigne Maodo Malick Sy, fils du Khalife Général des
Tidianes, M. Youssou Ndour, PDG Groupe Futurs Médias - Ministre
Conseiller, M. Cheikh Amar, DG Holding Amar, M. Mamoudou Ibra
Kane, DG Groupe Futurs Médias, M. Birane Ndour, DG Adjoint
Groupe Futurs Médias, M. Ndiaga Ndour, Directeur de la Télévision
Futurs Médias, M. Boubacar Ndour, Directeur des programmes TFM,
M. Pape Diop, Président de Bokk Gis Gis, Babacar Diouf, inspecteur
des Douanes, M. Babacar Touré, Président C.N.R.A, M. Aramine
Mbacke, DG Dangote Sénégal, M. Mamadou Camara, DN Bceao,
M. Abdou Salam Fall administrateur Seneweb.com, M. Bamba Ndiaye,
DG Bamba Ndiaye SA, Dr Djibril Safi Seck, DG Cabinet Ethicom,
M. Lamine Diouck, Politologue-Directeur Exécutif Cabinet Rapeid,
M. Mohamed Ndiaye, DG Crédit Mutuel du Sénégal, M. Serigne
Mbaye Thiam, Ministre de l’Education nationale, M. Ibrahima Khalil
Seck, DG Rezopropartner, M. Abass Ka, DG Sicopres, M. Gora Thiam,
Maître Forgeron à Tivaouane, M. Sadaga Diabaye, Instituteur à
Tivaouane, M. Samba Ndiaye, Instituteur à Tivaouane, M. Cheikh
Yerim Seck, Journaliste, M. Souleymane Jules Diop, Ministre,
Secrétaire d'Etat en charge du suivi du PUDC, M. Mame Less Camara,
journaliste-formateur, M. Barka Ba, journaliste, M. Mamadou Diagne
Sy Mbengue, DG Ipres, M. Mountaga Sy, DG Apix, M. Madiambal
Diagne, Journaliste, M. Ndiogou Wack Seck, Journaliste, M. Alioune
Badara Bèye, Président de l’Association des Ecrivains du Sénégal,
M. Pierre Goudiaby Atepa, architecte, M. Meissa Ngom, PDG Chaka,
M. Malick Mbaye, DG Anamo, M. Idrissa Seck, Président de Rewmi,
M. Pape Sagna Mbaye, ancien maire de Pikine, M. Baba Ndiaye, DG
Socomi, M. Babacar Thiam, ancien PCA, Mme Adjaratou Ndiémé
Diongue et toute la famille Diongue, feu Issa Sène de Mandel Couture,
M. Momar Wade, journaliste et toute la famille Fall, Mme Tacko
Ndiaye, Mme Ndèye Thimbane Sène, sans oublier son fils Cheikh
Ahmed Tidiane Dione et toute sa famille, M. Babacar Ngom, PDG
Sedima, Serigne Cheikh Béthio Thioune, Serigne Mouhamadou Kara
11 Mbacké Noreyni, M. Aly Mané, opérateur économique, mon frère de
Mbakhol Babacar Fall, journaliste et tout le Thilmakha, M. Malick
Cisse, DG Electronic Corp et sa femme, M. Demba Ka, DG EDK Oil et
son ami feu Maguette Kankou Thiam, M. Alioune Diop, DG Sahaba
Groupe, M. Cheikh Tidiane Niang, PDG Asmar, M. Pape Alé Niang,
Journaliste, Maître El Hadji Diouf, Honorable député, M. Demba Diop
dit Diop Sy, Honorable Député, M. Abdou Mbow, Honorable Député,
Maître Oumar Youm, Directeur de Cabinet du Président de la
République, M. Dame Dieng, PDG Leral.Net, M. Abdou Aziz Sy, DG
Teranga Gold, M. Moustapha Sy Djamil, opérateur économique,
M. Aly Ngouille Ndiaye, Ministre, M. Mame Mbaye Niang, Ministre,
M. Matar Ba, Ministre, M. Diène Farba Sarr, Ministre, Dr Abdoulaye
Diallo, Directeur Harmattan Sénégal, M. Sidy Lamine Niass et tout le
Groupe Walfadjiri, M. Oumar Seck Ndiaye, journaliste ainsi que tous
les journalistes de Oxyjeunes FM, Feu Pr Oumar Sankharé, Aïssatou
Diop Fall, journaliste, M. Bougane Guèye Dany, PDG D-Media et sa
femme Mame Marie Niang, M. Bara Gueye, DG Clean Oil et
l'ensemble de sa famille, M. Pape Moctar Sélane, journaliste, M. Aliou
Ndiaye, Directeur général de Pikini Productions, M. Mouhamadou
Badiane, Administrateur Dakar7.com; Dr Cheikh Kanté, DG Port
Autonome de Dakar, M. Makhtar Diaw, DG Bissai Assurances,
M. Serigne Mboup, DG CCBM, M. Souleymane Ndéné Ndiaye, ancien
Premier ministre, Tonton Oumar Thiam, Conseiller Premier ministre,
M. Khalifa Ababacar Camara, DG Synergies Afrique, M. Modou
Mamoune Samb, PDG Socabeg, M. Abdoulaye Diouf Sarr, Ministre,
M. Ndoffène Fall, Président de la section de Football de l'ASC Jaraaf,
M. Bara Bèye, First Class, M. Ousmane Cissé, Directeur général des
mines, M. Malick Gackou, Président Grand Parti, M. Mbaye Kane Lo,
operateur économique, M. Boubacar Camara, Ancien DG Douanes,
M. Alioune Fall, Administrateur Général Servir le Sénégal, M. Abdou
Aziz Tall, Ministre, M. El Hadji Malick Gaye, DG AGETIP,
M. Amadou Hott, ancien DG FONSIS, M. Aliou Sall, Président AMS
et maire de Guédiawaye, M. Bara Sady, ancien DG Port Autonome de
Dakar, Mme Oumou Ndiaye Ba, SG GFM, M. Amadou Mbaye,
conseiller en communication au COSEC, M. Oumar Dieng, responsable
commercial GFM. Une pensée pieuse à mon feu père Bara Sidy Ndiaye
et toute sa famille.
12

PRÉFACE
Dans le métier qu’il s’est choisi, et dans la profession qui est la
sienne aujourd’hui, Pape Ngagne Ndiaye s’est assurément fait un nom
et incontestablement un style. Son style, qu’on l’aime ou pas, n’en
demeure pas moins un espace de dialogue fécond et fécondant qui
contribue à asseoir, comme pour mieux le consolider, ce lieu de débats
et d’échanges contradictoires absolument nécessaires à toute
démocratie.
Si l’on s’en réfère à la conception de Camus du rôle du journaliste,
c’est une entrée possible, on peut dire que par son lignage, notre auteur
était préparé pour ce métier qu’il aime. En effet, l’auteur de Actuelles,
quelque part dans son œuvre, témoigne de la condition du journaliste
qu’il assimile à un historien du monde. Pape Ngagne, fils du grand
historien Boucounta Ndiaye est aussi le neveu du regretté Ndiaga
Mbaye, l’incomparable Maître d’une parole éclairée et éclairante.
Notre auteur a donc la chance de porter avec lui et en lui ce bel
héritage qu’il tient d’une prestigieuse lignée de communicateurs
dépositaires des fondamentaux d’une culture de l’histoire et de la
mémoire sans laquelle il est impossible de concevoir un quelconque
avenir. Qui n’a pas de mémoire n’aura point d’avenir.
Dès lors, notre journaliste, « historien du présent » est dans son
rôle, bien calfeutré entre le passé et le futur. Entre un père virtuose du
xalam, tel Mozart pour le piano et un oncle maître du verbe et de la
verve, avec sa voix de stentor. Entre ces deux monuments, l’enfant de
Tataguine et de Tivaouane a su trouver sa voie et sa voix. Une voix qui
tonne et qui détonne dans un océan d’ondes plurielles.
Le titre de son ouvrage est révélateur de sa personne et de sa
trajectoire. Il nous offre à lire le Par-cours d’un journaliste autodidacte.
Autodidacte comme le fut Ousmane Sembène pour l’écriture et le
cinéma.
Journaliste de formation et ayant le plaisir de pratiquer l’auteur
dans le métier et dans la vie sociale, en me faisant l’honneur d’être son
préfacier, Pape m’offre l’occasion, avec lui et avec tous ceux qui
aiment ce métier, avec un regard objectif et critique, de me pencher sur
notre corporation, en ces jours, ô combien chahutée. Fort
13 heureusement, Ngagne est de ceux qui ont compris que le journalisme
ne saurait être une friperie qui s’achète au marché aux puces. Petit
pays qui, dans un environnement de présidences à vie, s’est payé le
noble luxe de plusieurs alternances démocratiques, le Sénégal de
Léopold Sédar Senghor, grand homme de culture doublé d’homme
d’État, a su asseoir une presse libre et professionnelle en dépit des
imperfections inhérentes à toute œuvre humaine.
Par sa formation sur le tas qu’il assume fièrement, et par son
exemplaire humilité, il s’est offert un esprit d’ouverture qui commence
par l’autocritique avant d’aller à la critique, disposition et démarche
qui sont la règle d’or pour ne pas dire la voie royale pour percer dans
ce noble métier qu’est le journalisme. De « Pencco » à « Faram
facce », entre autres hauts faits d’armes de sa pratique, Pape Ngagne,
par son style, est devenu un rendez-vous incontournable de l’espace
audiovisuel sénégalais. L’émission « Faram Facce » qu’il anime
présentement sur TFM est très courue des hommes et femmes politiques
pressés de se soumettre au feu roulant et nourri des questions du
redoutable intervieweur, unique dans son genre.
Ce livre, Par-cours d’un journaliste autodidacte, n’est pas une
autobiographie. Plus exactement, il n’est pas qu’une autobiographie.
Tout en retraçant la trajectoire professionnelle de l’auteur avec ses
succès et ses échecs (premier acte), il n’en contient pas moins une
réflexion thématique et une sélection rigoureuse de certains numéros de
la célèbre émission qui se veut « un décryptage des questions majeures
de l’actualité nationale » (deuxième acte). Mais cet ouvrage en trois
temps majeurs, est aussi un regard critique et assumé d’un journaliste
sur son métier, sa fonction et sa responsabilité sociale dans un pays où
l’État et la Nation sont encore en construction (troisième acte).
À travers Par-cours d’un journaliste autodidacte, Pape Ngagne
Ndiaye fait une pause, un bilan à mi-parcours d’un parcours singulier.
C’est un livre où leçons professionnelles et leçons de vie tout court se
bousculent, s’opposent, s’entrechoquent et, paradoxalement, se
complètent en même temps. Sa richesse en anecdotes croustillantes et
révélatrices témoigne aussi du caractère bien trempé d’un journaliste
atypique et fier de l’être.

Mamoudou Ibra Kane
14

AVANT-PROPOS
Pourquoi ce livre ?
Je n’écris pas pour enseigner des cours de journalisme, encore
moins pour raconter une vie extraordinaire. J’écris uniquement dans le
souci de partager l’expérience d’un parcours médiatique de 17 ans.
Partager semble être la loi de la vie dont le jaillissement est le fruit
d’un amour partagé entre deux êtres. Nous partageons également le
monde dont la préservation incombe à tous les peuples et à tout un
chacun. Nous partageons des croyances, des richesses, des joies, des
peines, des rêves, des destins, des informations et décibels. La paix et
la solidarité auxquelles fait appel la stabilité des nations ne peuvent se
faire sans l’esprit de partage.
Aussi l’exercice de la démocratie exige-t-il le partage des opinions
et des visions dont le canal médiatique demeure aujourd‘hui le moyen
privilégié de transmission.
J’ai eu l’immense chance de travailler dans trois grands organes
médiatiques du Sénégal (Oxyjeunes, Walfadjiri et Groupe Futurs
Médias) où j’ai pu bénéficier de l’expertise de personnes
expérimentées dans le traitement de l’information et l’animation
d’émissions.
Je ne suis sorti d’aucune école de journalisme formelle ; je suis un
journaliste autodidacte, c’est-à-dire « formé sur le tas » et j’en éprouve
une immense fierté. La passion pour le métier, la volonté d’apprendre,
l’esprit de sacrifice, le sens de la responsabilité, le travail bien fait et
la conscience professionnelle sont les moteurs qui m’ont toujours
mobilisé, galvanisé et hissé au niveau où je suis aujourd’hui dans
l’exercice de ma profession.
Qu’il me soit permis de rendre un vibrant hommage aux pionniers
du journalisme autodidacte qui, de par leur expertise avérée, leur
professionnalisme et leur éthique, ont donné au journalisme toutes ses
lettres de noblesse. Beaucoup d’entre eux ont été cités dans ce livre.
Leur contribution à l’évolution du journalisme au Sénégal est plus que
majeure. Qui plus est, sans les journalistes autodidactes, le
15 journalisme n’aurait pas atteint son niveau de performance actuelle au
Sénégal et dans le monde.
Dans l’exercice de mon métier de journaliste, la conscience éthique
que m’a inculquée l’éducation familiale est la sève nourricière de ma
conscience déontologique. Les valeurs de vérité, d’équité et de probité
qui ont forgé mon caractère depuis l’enfance sont celles qu’exige,
pour moi, l’éthique journalistique.
La pratique de mon métier m’a fait connaître deux mondes qui se
caractérisent par leur complexité et leur rapport au pouvoir : le
journalisme et la politique. Le premier dessine les contours de mon
métier et la seconde est mon domaine de spécialisation dans cette
corporation.
Le journalisme est un métier noble et une presse libre traduit le
degré de maturité démocratique d’un pays. En même temps,
l’information confère au journaliste un certain pouvoir dont le
traitement n’est pas toujours sujet à l’éthique.
Toute action politique est souvent dictée par la conquête ou la
conservation du pouvoir. Les enjeux qu’elle suscite font que les jeux
ne sont pas toujours clairs sur le terrain politique. La politique est
comme une scène de théâtre dont les acteurs changent souvent de
costumes et de discours en fonction des différents rôles qu’ils sont
appelés à jouer.
Tout au long de mon parcours professionnel, j’ai pu évoluer dans
ces deux mondes en essayant de garder mes principes et de respecter
les règles déontologiques du journalisme.
Et c’est avec cette même veine que j’anime l’émission Faram facce
à la TFM du Groupe Futurs Médias de Youssou Ndour. Menée selon
un style d’échanges contradictoires, Faram facce est une émission qui
aborde les questions majeures de l’actualité nationale, qui pose les
enjeux politiques, économiques et sociologiques constituant les
préoccupations majeures du peuple sénégalais.
Les profils des invités sont dictés par l’actualité du moment qui
justifie la pertinence de leur présence dans l’émission. Une vingtaine
d’émissions sont transcrites dans ce livre. Le choix porté sur ces
émissions ne signifie pas qu’elles ont plus de valeur que les autres qui
auront certainement l’occasion d’être mises en exergue ailleurs.
J’anime Faram facce avec désintéressement et impartialité en ayant
comme exigence majeure le devoir de bien faire mon travail et le
16 souci de satisfaire les attentes des téléspectateurs. Ces derniers me le
rendent bien ! Je leur exprime ici toute ma gratitude pour m’avoir
plébiscité meilleur journaliste télé de l’année 2015, selon une étude
des cabinets Synchronix et Afrique Communication. Ils ont également
désigné Faram facce meilleure émission politique de l’année. Loin de
me reposer sur mes lauriers, je prends cette distinction des
téléspectateurs comme une exhortation à redoubler d’efforts dans la
pratique de mon métier de journaliste que je considère comme un
sacerdoce.
Ce livre est un témoignage d’une partie de l’histoire journalistique
et politique du Sénégal. La motivation de son écriture est la volonté de
partager l’expérience d’un parcours qui n’est pas encore achevé, mais
qui cristallise, par les histoires singulières qu’il raconte, certaines
leçons de vie professionnelle et de vie personnelle dont le lecteur
pourrait peut-être tirer quelque profit.

17


PREMIÈRE PARTIE

PARCOURS PROFESSIONNEL DE L’AUTEUR
19

CHAPITRE 1

MON ENFANCE
Je suis né à Guédiawaye, une banlieue dakaroise, mais dès mon
sevrage, j’ai été recueilli par ma grand-mère maternelle qui m’a élevé
à Tataguine, dans la région de Fatick.
Ma grand-mère s’appelait Coumba Ndakhar Samb, fille d’Alboury
Ciré Samb, Ciré étant le symbole patriarcal de la grande famille gawlo
à laquelle j’appartiens.
Choyé par ma grand-mère, j’étais un enfant terrible et c’est à
Tataguine que j’ai été à l’école coranique et j’y ai également fait mes
premiers pas à l’école française. Au contact de mes camarades, je
commençais à parler un peu le sérère. Le journaliste Khaly Seck fut
mon voisin. Il devint mon frère et confident à Dakar.
J’ai vraiment goûté aux délices du Royaume d’Enfance à Tataguine
sous la houlette de ma grand-mère adorée.
Coumba Ndakhar Samb et Ngor Mbaye sont les parents du grand
chanteur feu Ndiaga Mbaye. El Hadji Boucounta Ndiaye, ce virtuose
du xalam, est mon père. Je suis né dans un milieu d’artistes. Mon
enfance a été bercée par les sons suaves et sacrés du xalam, instrument
musical mythique dont mon père maîtrise les arcanes.
Un des souvenirs qui m’ont le plus marqué à Tataguine est
celuici : des prestidigitateurs et des bardes avaient l’habitude de faire le
tour des écoles à la recherche du gain, ce qui n’est plus fréquent de
nos jours. Ainsi, un jour, un magicien était venu à l’école et, pour son
numéro, il avait proposé de « tuer » un enfant et de le ressusciter par la
suite. Je m’étais proposé, certainement mû par l’inconscience et
l’innocence de l’enfant terrible que j’étais. Un de mes cousins Baye
Ablaye Mbaye, fils aîné du chanteur Ndiaga Mbaye, en avait informé
ma grand-mère qui se précipita aussitôt à l’école. Elle avait bien
sermonné le magicien ce jour-là ; elle ne comprit pas pourquoi, parmi
tous les enfants présents, le magicien ne voulut que « tuer » son
petitfils à elle. Quand ma grand-mère arriva, j’étais déjà couché par terre,
elle m’a pris violemment par la main et nous sommes partis ensemble.
21 En fait, ma grand-mère n’était pas une femme belliqueuse ; elle était
pieuse, elle avait toujours sa natte de prière, son chapelet à la main et
elle ne parlait pas de choses futiles. Mais la force de l’amour peut
mettre toute personne hors d’elle si la vie de l’être aimé est menacée.
Et c’est de cette façon que ma grand-mère avait perçu cet incident
avec le magicien.
Entre l’école et ma maison, il n’y avait qu’une clôture en palissade
et j’attendais toujours le coup de sifflet pour aller en classe. Je ne
connaissais pas l’épreuve de la marche que faisaient bon nombre de
mes camarades de classe qui se levaient à l’aube au premier chant du
coq pour rallier une école. J’étais conscient de cet avantage non
négligeable que j’avais. C’est à Tataguine que j’ai fait mon CI et mon
CP (cours d’initiation et cours préparatoire).
Après ces deux années à l’école primaire, je me retrouvai à
Tivaouane, dans la région de Thiès, chez mon oncle Ndiaga Mbaye ;
j’avais 9 ans. Toutefois, je retournais de temps à autre à Dakar
pendant les grandes vacances. Dans cette cité religieuse, j’ai
également baigné dans un environnement dominé par la vie artistique
et la ferveur musulmane.
Contrairement à ma grand-mère, mon grand-père chantait et jouait
également du xalam. Les Sénégalais ont beau apprécier les
performances vocales de Ndiaga Mbaye, elles étaient en deçà de celles
de son père Ngor Mbaye.
À Tivaouane, j’étais inscrit à l’école élémentaire El Hadji Mansour
Sy, plus connu sous le nom d’école 1 qui est à côté de la grande
mosquée El Hadji Malick SY. D’ailleurs, El Hadji Mansour Sy fut
l’un des fils de ce dernier. Mamadou Diagne Sy Mbengue,
présentement directeur général de l’Ipres et maire de Tivaouane, ainsi
que Tamsir Seck, cadre et syndicaliste à Tigo, furent mes camarades
de classe durant tout le cycle primaire. Tous les deux étaient de
brillants élèves.
Ma vie commençait à changer : Tataguine était un arrondissement
alors que Tivaouane était un département. J’étais un enfant turbulent,
mais pas indiscipliné.
Mes grands-parents sont décédés quatre ans après mon arrivée à
Tivaouane. Le décès de ma grand-mère m’avait beaucoup marqué, car
de Tataguine à Tivaouane, je passais la nuit dans sa chambre et elle
n’acceptait pas que quelqu’un me touchât. Quand mon oncle Ndiaga
Mbaye voulait me frapper, elle s’y opposait farouchement. Pendant les
22 vacances, je partais de temps en temps à Dakar où habitaient mes
parents.
Mon cursus ne s’est pas passé comme je l’aurais souhaité, car je
n’avais pas quelqu’un qui pût m’encadrer dans la maison de mon
oncle. Du coup, je cherchais des soutiens scolaires que j’avais trouvés
auprès de Mbaye Fall, un voisin et de Samba Ndiaye, un grand-frère
qui habitait au quartier Keur Cheikh Awa Balla Mbacké. Le premier
est aujourd’hui directeur d’une école primaire à Pire et le second
enseignant à Tivaouane ; je leur rends un vibrant hommage. Et par la
même occasion, je salue le sens de la générosité dont savent faire
montre ceux et celles qui sont prédestinés à ce que je considère
comme un sacerdoce, l’enseignement.
L’encadrement à la maison est important pour un enfant et un
répétiteur - on n’en disconvient pas - augmente les performances
scolaires de l’apprenant. La répétition, a-t-on l’habitude de dire, est
pédagogique.
Il fut des moments où j’étais seul à la maison pendant des jours et
cela a fait naître en moi le désir de réussir. La solitude porte souvent
conseil. Elle permet de rompre pour un moment le rouleau
compresseur des activités de la vie afin de faire un bilan et de réfléchir
sur l’orientation à donner à sa vie. La vie est une expérience unique ;
on ne vit pas deux fois dans ce bas monde. Donc, autant lui conférer
un sens et la rendre pleine, c’est-à-dire vivre utilement, dignement.
Ces réflexions dans la solitude m’ont permis de prendre une
initiative qui allait m’occuper pendant les grandes vacances. J’avais
décidé d’acheter de la marchandise à vendre pour pouvoir subvenir à
mes besoins lors de la rentrée des classes.
C’était Aragone Seck, un fils de Laye Bamba Seck, qui m’avait
financé pour l’achat de mes premières marchandises (thiouraye,
savon, parfum). En fait, c’était un prêt de 3000 francs CFA que je ne
lui ai pas remboursé jusqu’à ce jour. Je devais avoir 13 ans et j’avais
demandé à mon père de prier pour moi. C’était à partir de ce
momentlà que j’avais commencé à acheter mes propres fournitures à chaque
rentrée des classes. Ensuite, j’allais à Colobane acheter de la friperie
(pantalons, chemises, etc.) que je portais pendant l’année. D’ailleurs
un jour, j’ai été victime d’une arnaque. J’avais acheté de beaux
teeshirts bien pliés dans un paquet ; une fois à la maison, je les ai dépliés
et les dos étaient déchirés. Ce fut la dernière fois que je fus berné
ainsi. Depuis lors, je vérifie bien toute marchandise avant de procéder
23 à l’achat. Le fait de satisfaire moi-même mes propres besoins m’avait
conféré beaucoup de fierté et m’avait appris le sens de l’effort, l’utilité
du travail.
À Tivaouane, mes conditions d’existence étaient difficiles, mais
celles de Dakar l’étaient un peu plus. Mon père avait une grande
famille et notre maison était un carrefour où séjournaient beaucoup de
nos parents qui venaient à Dakar. Nous avions appelé notre chambre
SENZELA, nom emprunté à une série brésilienne, pour qualifier le
surpeuplement et chacun y vivait comme il pouvait tellement elle était
peuplée. Après la classe de troisième au CEM Ababacar SY, un autre
fils d’El Hadji Malick Sy, je retournai définitivement à Dakar chez
mes parents.
À Dakar, je vivais dans la maison familiale avec mon grand-frère
de même père. Ngoma Ndiaye avait un an de plus que moi. La
jalousie et la rivalité que connaissent beaucoup de demi-frères nous
étaient totalement étrangères. Il me protégeait et me soutenait. Il avait
beaucoup contribué à faciliter mon parcours professionnel. Les gens
interpellaient souvent mon père sur telle ou telle chose que j’avais dite
dans ma revue de presse. Mon père était remonté contre moi pour cela.
Et c’était Ngoma, qui d’ailleurs était souvent à ses côtés, qui lui
montrait le journal afin de faire savoir à mon père que je ne faisais que
rapporter ce qui y était écrit. Mais, mon père se demandait pourquoi
c’était moi qui m’en chargeais et pas un autre ou bien pourquoi je ne
faisais pas autre chose. Ngoma lui faisait comprendre que c’était cela
mon travail et c’était pour cela qu’on me payait. Par ailleurs, sa
présence quelque part où je devrais être, une cérémonie par exemple,
me dispensait d’y être. Sa seule présence valait celle de nous deux.
Mon grand-frère Ngoma Ndiaye avait son bac et son xalam en
bandoulière, mais il avait délaissé les études pour suivre les traces de
mon père qu’il remplaçait des fois dans l’émission « Xew xewou
demb » à la RTS et qu’il accompagnait dans beaucoup de festivals à
l’étranger. Quand j’avais besoin de connaître quelque chose dans la
famille, je m’adressais à lui. Il avait une culture de l’histoire que je
n’avais pas. Il aurait pu pérenniser l’héritage familial, mais
l’inéluctable trépas l’emporta à la fleur de l’âge, suite à une longue
maladie, laissant derrière lui un garçon, homonyme de notre père El
Hadji Boucounta Ndiaye et une fille qui porte le nom d’une grande
amie, Khady Camara. Que Dieu les assiste. Au Sénégal, les médecins
nous avaient dit qu’il n’y avait plus d’espoir. Néanmoins, on l’avait
emmené en France pour le soigner. Et c’est quelque temps après son
24 retour de la France qu’il fut décédé. Ngoma Ndiaye avait fait preuve
d’un courage exceptionnel et d’une grande dignité face à la maladie
dont il n’ignorait pourtant pas l’issue fatale. Il lisait souvent le
SaintCoran ; ce qui était dans ses habitudes d’avant maladie. D’ailleurs,
c’est le même Coran qu’il lisait que j’ai hérité de lui. Mon grand-frère,
Mamadou Ngoma Ndiaye, était pieux ; de mémoire, je ne me rappelle
pas l’avoir vu rater une prière quand il était en âge de le faire. Mon
attachement envers lui est désespérément rendu par cette phrase que
j’ai l’habitude de prononcer parlant de lui : « Si on m’assurait de
pouvoir me réaliser un vœu, mais uniquement un seul vœu dans la vie,
je demanderais le retour en vie de Ngoma Ndiaye ». Ç’aurait été une
sorte d’appel christique à Lazare. Qu’Allah l’accueille dans son
immense mansuétude en terre sainte de Darou Salam à Touba où il
repose.
Afin de poursuive mes études à Dakar, ma mère m’avait mis en
rapport avec une de ses connaissances, propriétaire de l’École Mixte
Africaine de Castor, Monsieur Adama Diakhaté qui m’y inscrivit
gratuitement. La seule matière où je n’avais pas de rival et où je
damais le pion à tous mes camarades, c’était le français. J’étais surtout
fort en récitation. Peut-être que les qualités qu’exigeait la matière, à
savoir une bonne intonation et une bonne diction, m’ont-elles aidé des
années plus tard dans mon métier de journaliste. Par la suite, je fus
inscrit à Assafin, une école privée, pour une formation de deux ans en
comptabilité.
Après Assafin, j’avais collaboré avec Khalil Seck, à travers le label
Afrique Loisir Production. On avait fait des spectacles un peu partout
au Sénégal. Puis, Khalil avait voyagé en Belgique et j’avais continué
avec le label Pikine Loisir Production. J’ai toujours aimé la banlieue ;
je suis né en banlieue, j’ai grandi en banlieue et j’habite toujours en
banlieue. Je l’aime toujours profondément. Mon attachement à cette
dernière est viscéral.
Deux spectacles m’ont particulièrement marqué. L’un a été une
réussite et l’autre un échec.
Celui qui avait connu une réussite était organisé au Dagou Sun
Light, une boîte de nuit branchée située à Pikine, avec Viviane Ndour
au début de sa gloire musicale. Bouba Ndour, le petit frère de Youssou
Ndour et mari de la chanteuse à l’époque, nous avait offert
gratuitement ce spectacle, et c’était DJ Boubs qui gérait l’animation.
L’expérience nous a appris que pour réussir dans un métier, il faut y
25 avoir duré. Par la suite, les spectacles continuaient en dents de scie
jusqu’à celui dont l’échec m’avait beaucoup touché.
C’est à Mbour que j’ai connu l’échec le plus douloureux avec la
famille Doudou Ndiaye Rose et le chanteur Assane Ndiaye. L’absence
de ce dernier a largement contribué à cet échec, car beaucoup de gens
étaient venus pour lui. Le propriétaire de la boite, la famille de
Doudou Ndiaye Rose et le public me prirent à partie. Je dus partir à la
gendarmerie pour chercher de l’aide. On me renvoya à la police. Sur
la route, les batteurs de tam-tam de Doudou Ndiaye Rose
m’interpellèrent. Finalement, nous tombâmes d’accord que je leur
payerai une fois à Dakar. Ils rentrèrent avant moi et portèrent plainte
contre ma personne. Ce fut ma mère qui m’appela pour me le dire en
recevant la convocation.
Une fois à Dakar, nous allâmes à la police des HLM. À cause de
ses rapports amicaux avec Doudou Ndiaye Rose, mon père ne voulait
pas aller à la police avec moi, considérant que les enfants de Doudou
Ndiaye Rose étaient également les siens.
C’était après l’échec de ce spectacle que j’avais repris mes activités
de commerce. Je vendais toutes sortes de marchandises, pourvu que je
pusse en tirer quelque bénéfice ; pour cela je faisais beaucoup de
régions du Sénégal. De temps à temps, j’étais journalier à la Soboa.
C’était un travail très dur ; je soulevais des caisses remplies de
bouteilles à longueur de journée et j’étais vraiment lessivé le soir, une
fois rentré chez moi. Quelle que soit la dureté de ce travail, je le
préférais largement au fait d’aller dans des cérémonies chanter les
louanges de quelqu’un. Et c’est un état d’esprit que je partage avec ma
génération. Il est rare de voir aujourd’hui de jeunes gawlos s’adonner
à ce genre de pratiques. Sans renier leur origine, ils ont compris que ce
qui était valable hier pour leurs parents ne l’est plus pour eux
aujourd’hui. Le monde a évolué, le contexte n’est plus le même, les
déterminismes sociaux ne sont plus les mêmes, les réalités sociales ne
sont plus les mêmes, les mentalités ne sont plus les mêmes, malgré
quelques survivances conservatrices qui restent encore tenaces chez
certaines familles castées et non castées. Ces jeunes ont également
compris que le mérite personnel vaut plus que la noblesse héréditaire,
qu’on soit « noble » ou « casté », et que « la naissance n’est rien où la
vertu n’est pas » pour paraphraser Corneille. Par conséquent, qu’ils
soient commerçants, artistes, intellectuels ou artisans, ils travaillent
durement, au Sénégal et à l’étranger, afin de vivre dignement à la
26 sueur de leur front et on ne les entend sur rien de répréhensible. C’est
cette mentalité que j’ai toujours eue et que j’applique dans l’exercice
de mon métier de journaliste. Une petite anecdote : quand Abdoulaye
Diack avait dit qu’il avait partagé l’argent qu’il avait volé avec les
populations de Kaolack, je ne l’avais pas raté dans ma chronique et
mon oncle Ndiaga Mbaye, qui lui avait consacré une chanson
auparavant, m’avait dit : « Ngagne, la chanson que j’ai composée en
l’honneur de Abdoulaye Diack est différente de celle que tu as faite
pour lui ».
Il faut signaler que je suis le seul garçon de ma mère. Cela exigeait
de moi plus d’effort que les autres. Donc, travailler dur était un
sacerdoce pour moi, car malgré mon jeune âge, j’avais déjà
conscience de devoir satisfaire ses petits besoins.
Par la suite, j’avais entendu dire qu’une radio communautaire était
sur le point d’être créée à Pikine. Et ce fut à la radio Oxyjeunes que je
fis mes premiers pas dans le monde des médias.
27

CHAPITRE 2

MES DÉBUTS À OXYJEUNES
Ma première expérience médiatique commença par des
participations régulières à des émissions de radio dans les années
9394.
J’intervenais souvent dans l’émission thématique de DJ Paco qui
passait tous les mercredis de 23 h à 2 h du matin sur les ondes de la
radio Sud FM qui fut la première radio privée au Sénégal. J’appelais à
partir d’un télécentre avec des amis ; c’était à l’époque où les cabines
téléphoniques pullulaient un peu partout dans le pays.
Mes interventions étaient très appréciées par les auditeurs qui y
revenaient lors de leur temps d’antenne. Ce qui me réconfortait et me
donnait encore plus envie de prendre part à l’émission.
Par la suite, DJ Koloss animait une émission du même genre à
Dunya FM. Mais cette fois, j’étais invité sur place pour participer à
l’émission. Dunya FM fait partie également des premières radios
privées du Sénégal.
À Walfadjiri, j’étais également souvent l’invité de Khalil Seck qui
y animait une émission thématique. J’avais donc participé, pendant
cette période à des émissions dans les trois premières radios privées
du Sénégal.
Ce furent précisément ces participations sporadiques à ces
différentes émissions qui m’avaient donné le goût et l’envie de faire
de la radio.
Il se trouvait qu’à l’époque, une première radio communautaire
venait d’être créée à Pikine, au Complexe culturel Léopold Sédar
Senghor. Cette radio était l’œuvre d’un groupe de promoteurs
sénégalais avec l’appui des Canadiens, coproducteurs. C’était dans les
années 99-2000. La radio Oxyjeunes a été plusieurs fois et de façon
successive lauréate de concours destinés aux radios communautaires
de l’Afrique de l’Ouest.
29 Ce fut Omar Seck Ndiaye, futur directeur de la station, qui m’avait
fait passer l’audition qui se focalisait sur deux points : la voix et la
culture générale.
Après l’audition, je fus terrassé par une longue maladie. Par
conséquent, je ne savais pas la suite qui était donnée à ma demande.
En revenant de l’hôpital un jour, j’étais passé à la radio et le directeur
m’avait informé que j’avais été retenu, mais qu’il n’avait plus eu de
nouvelles de moi.
C’est ainsi que j’avais commencé ma première émission qui
consistait à faire passer de la musique traditionnelle et à commenter
les morceaux. J’animais l’émission avec Mbaye Bams.
Nous avions eu l’immense chance de subir une formation interne
en journalisme avec les Canadiens ; en ce qui me concernait, je
n’avais jamais fait d’école de journalisme.
C’est ainsi que j’avais commencé ma propre émission dont la
thématique était socio-politique. Mes invités étaient tantôt des
politiques, tantôt des acteurs de la société civile.
Moustapha Diakhaté Khadimoul Khadim fait partie des invités qui
m’ont le plus marqué, car sa venue coïncidait avec un événement qui
avait secoué les médias et la population sénégalaise à l’époque. En
effet, Joe Ramaka venait de sortir son film Karmen. À la mort de la
directrice de prison qui était lesbienne et chrétienne, les gens qui
l’accompagnaient au cimetière scandaient un khassaide de Serigne
Touba. Ce qui avait créé beaucoup de controverses autour de ce film.
Moustapha Diakhaté Khadimoul Khadim fut l’un des pourfendeurs
les plus acharnés du film de Joe Ramaka, car il considérait cet acte
comme une profanation de l’œuvre du saint homme Cheikh Ahmadou
Bamba.
Pour avoir une autre position sur cette affaire, j’avais invité Sidy
Lamine Niasse, mon futur patron à Walf, qui défendait la dimension
artistique du film. Je me rappelle lui avoir posé cette question :
auriezvous eu le même point de vue si le film avait mis l’accent sur les écrits
de Baye Niasse à la place de ceux de Serigne Touba ? Sa réponse était
qu’il allait le défendre, quel que soit l’auteur des écrits sur qui portait
le film.
Il convient de noter que de retour d’un séjour d’une décennie aux
États-Unis, l’actrice Karmen, en l’occurrence Dieynaba Diop, mariée
à Joe Ramaka à l’époque, s’est expliquée sur le film dans un entretien
30 qu’elle a accordé à nos confrères du Populaire. « Pour me mettre dans
la peau de Karmen, on a fait venir un professeur russe de Moscou, un
professeur de théâtre qui a fait les premiers pas de Robert de Niro
ainsi que toute une équipe technique ». De confession musulmane et
mouride, elle regrette le choix du réalisateur du film qu’elle a pourtant
tenté de dissuader, en vain, de prendre le khassaide de Serigne Touba
comme chant funèbre. Dieynaba Diop, Karmen, a souligné « deux
chocs sociaux » liés au film : l’un, c’est « quand on sortait le corps de
la directrice de la prison qui était une lesbienne et une chrétienne. Sur
cette image, on a superposé le chant de Cheikh Amadou Bamba, une
erreur du réalisateur ». L’autre, c’est qu’« à l’époque, je n’étais pas
mouride, mais je savais parce que c’est moi qui ai transcrit le texte au
réalisateur pour qu’il comprenne, puisque je connais bien l’arabe (…)
je n’ai pas pensé par contre, que ça allait passer sur cette scène-là.
C’est au montage au Canada que j’ai vu qu’il allait faire passer ce
chant sur cette scène ».
Quelque temps après, j’avais intégré la rédaction en faisant la revue
de presse. La rédaction est importante dans un organe de presse. On y
apprend beaucoup, surtout par rapport à la pertinence et à la priorité
des informations à traiter ou pas. On a l’habitude de dire qu’en
journalisme « l’information est sacrée et le commentaire est libre », ce
qui est le B.A.-Ba du journalisme. Moi, je faisais le contraire. C’est la
rançon d’être formé sur le tas. C’est par l’expérience qu’on apprend
également. Omar Seck Ndiaye m’avait beaucoup aidé dans cet
apprentissage. Pendant mes revues de presse, il relevait sur une feuille
tout ce qui n’allait pas dans les moindres détails, allant jusqu’à me
signaler mes tics qu’il mentionnait puis rayait sur la feuille qu’il me
remettait afin que je les évite la fois suivante.
Il faut signaler que beaucoup de journalistes, qui sont aujourd’hui
dans de grands groupes de média de la place, étaient avec moi à
Oxyjeunes : Mamadou Ndiaye Doss, Mame Birame Ndiaye, Iba Khar
Mbodj, Tonton Ada et Sylla Mougnal, Doudou Coulibaly, Seydina
Omar Bâ, Mouhamed Biteye, Mbagnick Diouf, Babacar Mbaye Bams,
Astou Mbène Kane, Sophie Ahodécon, Joe Marone. Il y a également
feu Mansour Ndiaye qui avait vraiment beaucoup de talent. Paix à son
âme.
Par la suite, j’avais intégré le Desk Culture que je dirigeais après le
départ d’Amadou Diouf avec qui je travaillais.
31 Aussi ai-je présenté le journal en wolof pendant longtemps ; des
fois, je faisais des reportages sur le terrain et des chroniques. En
somme, j’ai presque visité tous les arcanes du métier. C’est vrai, que
je ne m’étais pas essayé à la photographie à laquelle je m’intéresse
depuis quelque temps, car je connais aujourd’hui plus que jamais
l’importance de l’image en journalisme, sa force illustrative et sa
puissance suggestive.
L’événement qui m’a le plus marqué parmi ceux que j’ai couverts à
l’époque fut l’incendie de la Bourse du travail qui avait causé
beaucoup de morts.
J’avais été beaucoup critiqué par des auditeurs et des
professionnels du métier à cause de la manière dont j’avais couvert
l’événement. En vérité, je suis allé très loin dans le questionnement
des familles des victimes en voulant savoir des détails que la douleur
et la gravité de l’événement m’auraient commandé de ne pas
demander. Mais je l’ai réalisé après coup. Il faut dire que les auditeurs
ont beaucoup contribué à rendre plus droite notre trajectoire.
Au niveau de la radio, j’entretenais de bons rapports avec tout le
monde, la direction et mes collègues. Mais, un jour, je devais faire le
journal et je ne le fis pas ; je ne vins même pas et je n’avertis pas non
plus la rédaction à cause d’un empêchement majeur. Mes collègues
avaient refusé de le présenter en arguant que c’était Pape Ngagne qui
devait le faire. Lorsque je suis arrivé à la radio, on m’a sommé de
m’expliquer. J’ai donné les raisons en ma possession, mais l’argument
qui m’a épargné une sanction est la suivante : « c’est vrai, je n’ai pas
fait le journal pour les raisons que je viens d’avancer. Toutefois, il faut
savoir que le journal n’appartient pas à Pape Ngagne. Le journal est
une institution dont tout un chacun est responsable. Si je ne suis pas
là, quelqu’un sur place devrait le faire ». Le directeur épousa mon
point de vue.
J’avoue que je n’avais pas la notion de régularité et ma direction
me tolérait beaucoup de choses. Au niveau de la rémunération, je
n’étais pas bien payé comme beaucoup d’autres. La radio n’avait pas
beaucoup de poids, la publicité n’était pas au rendez-vous ; c’étaient
les communiqués et les avis de décès qui procuraient de l’argent à la
radio. Cette situation mériterait à ce que l’on revoie la loi interdisant
aux radios communautaires de recourir à la publicité. Ainsi, de 2000 à
2002, j’avais 5000 francs CFA de salaire par mois. Ce montant a
32 considérablement augmenté en 2003 où je gagnais entre 40 000 et
50 000 F CFA par mois.
Heureusement, la radio n’était pas très loin de chez moi ; j’y allais
à pied. La radio n’était pas non plus aussi exigeante que la télé au plan
vestimentaire. La radio est à 80 % de la voix. C’est elle qui captive les
auditeurs. Gagner de l’argent, c’était important, mais le plus important
était de conquérir le talent, d’avoir la compétence, d’apprendre le
métier. À ce titre, Oxyjeunes a été ma première école de formation au
métier de journaliste.
Je ne parlais jamais à la radio de mon père ou de mon oncle Ndiaga
Mbaye que j’avais pourtant invité dans mon émission sans que les
gens ne sachent qu’il était mon oncle maternel.
Mon collègue Mbaye Bams me parlait souvent de Ndiaga Mbaye et
de ses rapports avec Maguette Wade qu’il considérait comme son
père. Un jour, il m’avait proposé d’aller rendre visite à Ndiaga Mbaye
et c’est sur place qu’il a appris, à sa grande surprise, qu’il était mon
oncle maternel.
Parmi les souvenirs qui m’ont marqué à Oxyjeunes figure aussi le
drame du bateau Le Joola. En septembre 2002, j’étais à un séminaire à
Mbour, organisé par l’Union démocratique des travailleurs du
Sénégal. Et, c’est au deuxième jour du séminaire qu’avait eu lieu le
naufrage du bateau Le Joola. Le séminaire prit fin ce jour-là, car la
plupart des séminaristes s’inquiétaient du sort de leurs parents. Après
tout, c’était un drame national.
33

CHAPITRE 3

MES DÉBUTS À WALFADJIRI
Le rêve de tout oxyjeunois était d’aller à Walf. Les sondages
montraient que Walf était plus écoutée qu’Oxyjeunes, même à Pikine.
Un jour Alioune Ndiaye, directeur des programmes de Walfadjiri,
m’a appelé, mais je l’avais oublié. Il m’a rappelé quand je dormais et
je lui ai promis de venir le voir le lendemain, ce que je n’avais pas
fait. Je ne savais pas comment dire au revoir à Oxyjeunes, cela me
gênait de dire à mes collègues que je partais.
J’ai continué à travailler à Oxyjeunes, mais je suis parti quand
Alioune m’a rappelé pour la troisième fois. Et, j’ai fait la revue de
presse le jour même sans contrat et depuis ce jour également j’en étais
devenu le présentateur vedette jusqu’à mon départ de Walf. Sidy
Lamine Niasse était très content de ma prestation. Et il a dit que c’est
ce qu’il cherchait, car ma revue de presse était rimée et imagée. J’ai
demandé un bon salaire, mais Alioune Ndiaye m’a rétorqué qu’il me
payerait selon la grille que la radio avait prévue pour les nouvelles
recrues. La radio était située à Sacré-Cœur. Mais mon embauchement
n’a pas tardé.
Mes collègues d’Oxyjeunes ont ainsi appris mon départ en écoutant
ma revue de presse dans l’édition de Walf de 13 h.
Quand je suis retourné à Oxyjeunes dans l’après-midi, je leur ai
expliqué que je n’étais pas fort en séparation. Fort heureusement, ils
n’ont pas mal pris mon départ.
Du lundi au samedi, je quittais Pikine pour Sacré-Cœur et j’avoue
que c’était éprouvant au début. Quand j’étais à Oxyjeunes, c’est à pied
que j’allais au travail. Mais là, il fallait prendre le bus avec tous les
désagréments que cela comportait.
À Walf, j’ai retrouvé mon vrai style, ma revue de presse avait
beaucoup de succès. Il faut signaler que c’est la revue de presse qui
m’a fait entrer à Walf et qui m’en a fait sortir. L’affaire Farba Senghor
n’a fait que précipiter les choses.
35