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Quelques confidences

De
82 pages

« Ce livre est un simple témoignage d'une vie ordinaire mais vécue avec des moments extraordinaires. On ne connaît pas d'avance les chemins qu'il nous faudra suivre, pourtant on doit tous les faire.
J'aurais pu désespérer devant l'adversité rencontrée et les regards porteurs de jugements mais je suis passée outre pour réussir ma vie. »


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Cet ouvrage a été composér Edilivre

175, boulevard Anatole France – 93200 Saint-Denis

Tél. : 01 41 62 14 40 – Fax : 01 41 62 14 50

Mail : client@edilivre.com

www.edilivre.com

 

Tous droits de reproduction, d'adaptation et de traduction,

intégrale ou partielle réservés pour tous pays.

 

ISBN numérique : 978-2-334-13978-6

 

© Edilivre, 2016

Citation

 

 

Je t’aime non seulement pour ce que tu es mais pour ce que je suis quand nous sommes ensemble.

Roy Croft

L’Enfance (1948-1957)

Écrire sur mon enfance, je l’ai déjà un peu fait plusieurs fois sans doute pour exorciser les zones d’ombre, les points d’interrogation encore mis sur des pourquoi, des comment et des quand.

Hier, je rencontre ma sœur jumelle qui me montre aussi quelques pages écrites sur un cahier d’écolier avec un stylo bleu et qui veut noter ses souvenirs d’enfance pour en laisser une trace à ses petites-filles.

Et je me dis pourquoi pas, je vais en faire autant, car passé soixante ans, on a déjà beaucoup de choses derrière soi, et cela occupera mes loisirs où je ne sais pas quoi faire et cela empêchera les araignées de tourner en rond.

Je suis donc née en Bourgogne, à Dijon, en mai 1948, d’un père italien, dont les parents émigrés sont venus en France au début du XXsiècle — ils ne parlaient pas un mot de français — et d’une mère française née à Allerey en Côte-d’Or, en 1927.

Mes grands-parents paternels, je les ai peu connus, mes parents ayant divorcé quand nous avions à peine neuf ans. Lui s’appelait Giuseppe, ma grand-mère Lucia, et nous ressemblons beaucoup à elle d’après les photos anciennes retrouvées.

Mes grands-parents maternels vivaient dans un petit village à quinze kilomètres de Dijon, Lantenay, à flanc de coteau, au milieu d’une végétation luxuriante et dans un cadre de vie agréable. C’était la campagne d’autrefois avec les chevaux et les vaches qui venaient boire dans l’abreuvoir de la fontaine ; aujourd’hui plantée de fleurs, elle n’est que décorative. Ma grand-mère Berthe était une grande femme mince et effacée, elle parlait peu, et malheureusement habitant loin d’elle, je n’ai pas eu le bonheur de bien la connaître, mais je l’aimais comme elle était. Mon grand-père Auguste est mort pendant la guerre en février 1944, il faisait partie des résistants qui œuvraient dans le maquis et récupéraient des parachutistes la nuit. Cet hiver-là dans la neige et le froid, il a attrapé une maladie et il est mort des suites de refroidissement fatal, il avait quarante-huit ans. Dans le village, il est sur le monument aux morts et sur une plaque au cœur du village sur une maison qui était le siège de la résistance locale et le domicile du chef de groupe, en bas est inscrit : « Français souvenez-vous, ils sont morts pour que le pays soit libéré ». Quand je vais à Lantenay, je suis quand même fière de ce qu’il a fait. Sa tombe est toujours dans le petit cimetière tout en haut, sur une butte où se trouve l’église Saint-Martin avec une belle sculpture de ce saint partageant son manteau avec un pauvre.

Autour de nous, il y avait aussi nos oncles et tantes, on se rencontrait peu ; enfant, j’ai peu de souvenirs d’eux.

Je n’ai pas vraiment de mauvais souvenirs de ma petite enfance, et les images qui me reviennent ne sont jamais tristes. À cinq ans, j’ai été à l’école communale accompagnée de ma sœur, et nous hurlions de terreur et nous nous retenions aux chambranles de la porte pour ne pas entrer dans ce lieu, mais la force des adultes a eu raison de nous. Nous avons passé un an avec une institutrice que nous aimions beaucoup et qui nous apprenait plein de choses. Je me souviens surtout des cartons avec des dessins d’animaux reliés avec des points, et nous devions passer un fil de laine en piquant dans les points. J’aimais l’école pour découvrir plein de nouvelles histoires et apprendre tout ce que je ne savais pas. J’ai au moins une photo de groupe avec l’école, et avec ma sœur nous avions à notre blouse une médaille accrochée, car nous avions les premières places.

Puis nous avons eu un maître avec une classe d’une trentaine d’élèves de tous les niveaux, des C.M.1 jusqu’au certificat d’études. Nous étions à deux sur les tables d’école, l’encrier plein d’encre violette, car nous écrivions avec des plumes Sergent-Major pour bien faire les pleins et les déliés des lettres de nos pages d’écriture. Nous étions très appliquées, mais souvent, les pâtés entachaient nos cahiers. Dans notre case du bureau, on cachait des choses hétéroclites, des marrons, des sauterelles, des hannetons, des grillons, ou des petites couleuvres trouvées dans la cour ; il fallait savoir cacher tout ça et ne pas se faire surprendre pour éviter la punition.

À la rentrée, on ramassait des marrons, mais c’était interdit. Bien après on comprendra pourquoi : car ils devenaient des projectiles dangereux. Mais combien de fois j’ai copié : « Je ne dois pas ramasser des marrons », pour enfin abandonner cette manie.

J’avais bien sûr des copines. Et avec l’une d’entre elles, je suis partie toute la journée l’accompagner pour garder ses biques, sans me douter de l’inquiétude qu’a causée ma disparition ; tout le village me recherchait, une belle solidarité.

J’avais aussi beaucoup de copains, car il y avait plus de garçons que de filles. Les jeux de billes, de ballons et autres escapades nous conduisaient souvent à faire des bêtises, à voler dans les vergers, à insulter des vieillards qui ne pouvaient pas nous courir après, à ramasser des escargots, à traîner en bottes dans des fermes dans le purin et les bouses de vaches.

Je me souviens aussi d’une cueillette de houblon sur la route d’Ancey, des fous rires des femmes qui étaient là perchées sur des échelles et du casse-croûte que nous partagions, en sortant des paniers pleins de bonnes victuailles.

Avec ma sœur, on traînait aussi, et souvent, on rentrait très sales, car on jouait dans des granges où on glissait sur les meules de paille qui avaient passé l’hiver dehors, on revenait les habits tout noirs et parfois déchirés, mais je ne me souviens pas de remontrances.

Derrière notre maison, il y avait une ferme avec des chevaux, des vaches, des cochons, toutes les volailles d’une basse-cour, et on ne perdait rien de ce qui s’y passait, bien cachées sur le mur qui nous en séparait grâce à un arbuste bien planté dans le coin. Quand le fermier tuait un cochon, nous étions là, à regarder bouche bée, et à sentir l’odeur du grillé quand il brûlait les soies. Nous étions fascinées.

Dans cette arrière-cour, on pouvait aussi grimper sur le toit d’un appentis au risque de se rompre le cou, mais nous n’avions peur de rien.

Nous avions un grand jardin avec les W.-C. à la turque où nous n’aimions pas aller à cause des moustiques et mouches qui couvraient les murs, mais il le fallait bien.

Mon père avait une grosse moto, une Gillet-Herstal 500, si je ne me trompe pas, on n’avait pas de voiture, et nous allions à la pêche dans le canal à Fleurey-sur-Ouche tout à côté du café où l’on faisait de grands arrêts, et le soir mon père n’allait pas toujours tout droit, d’ailleurs une fois en rentrant, nous sommes tombés avec cette moto à cause de travaux qu’il y avait sous le pont du chemin de fer.

À la maison, je me souviens aussi des disputes entre mes parents, je crois savoir que la raison en a été l’alcool et les sorties à moto de mon père avec ses copains où il dilapidait les revenus du foyer.

Malgré tout on l’aimait pour ses acrobaties, car il faisait le tour de la table de la cuisine sur ses mains, parce qu’il jouait de l’accordéon, parce qu’on aimait le voir se raser avec son grand rasoir coupe-choux bien affûté, parce qu’il nous faisait rire.

Nous allions aussi faire quelques courses, chercher le lait dans le bidon en aluminium, des magazines, des œufs, du pain, des bouteilles, et l’hiver, à la nuit tombée, quand nous étions encore dehors et que la chouette hululait, nous avions la trouille au ventre et courions à pleine vitesse pour rentrer plus vite.

Ces huit années passées-là n’ont pas été tristes, et on ne s’est pas doutées que les parents un jour allaient se séparer et que nous allions basculer dans l’anonymat.

Pour nos cinq ans, nos parents nous ont annoncé la venue d’une petite sœur qui arriverait le soir avec une sage-femme, et quand je l’ai vue arriver avec sa valise, j’ai pensé que m’a petite sœur était sûrement à l’intérieur, ce qui n’a pas été démenti.

Ma grand-mère Berthe est partie en 1947 dans les Ardennes avec ses deux garçons, elle avait trouvé un autre compagnon, un Italien aussi prénommé Jean-Baptiste qui lui en avait cinq ; mais ils ne se sont jamais mariés et sont restés ensemble jusqu’au bout de leur vie.

Lui est mort à quatre-vingt-cinq ans, et elle huit ans plus tard à quatre-vingt-deux ans.

L’Orphelinat (1957-1963)

Il y a des moments comme ça dans la vie où tout bascule, et nous n’y pouvons rien, nous sommes obligés de suivre le cours du temps, la rivière devient torrent, le vent devient tempête, et l’explosion volcanique change le paysage. On ne reconnaît plus rien, il faut se réadapter pour survivre.

Ce matin-là, pas d’école, nous étions début d’année 1957, et ma mère nous annonce qu’on va prendre le train et qu’on s’en va ailleurs, car papa n’est pas gentil. Pas de pleurs ni de craintes, toutes les trois, on suit ce changement. Ma petite sœur à quatre ans, ma sœur jumelle et moi huit ans. À Dijon nous arrivons devant un immeuble avec une grande porte en bois, et il faut sonner pour que quelqu’un vienne l’ouvrir. Une personne avec une grande cornette vient nous chercher, une sœur de Saint-Vincent-de-Paul. Avec maman, nous visitons les lieux, réfectoire, dortoir, cour, c’est là qu’on doit rester, nous pleurons quand maman s’en va avec notre petite sœur, car elle est trop petite pour rester avec nous. Elle nous promet de revenir bien vite. Nous sommes en pleurs ; qu’allons-nous devenir ? Est-ce qu’on ne reverra plus notre papa, peut-être qu’il va venir nous chercher, pourquoi sommes-nous...