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Récit de vie d'un marin

De
196 pages
Capitaine au long cours, Maurice André a parcouru "un monde toujours plus vaste" pendant vingt-deux ans. Il relate un naufrage vécu dans des conditions épouvantables sur la Cote de la Mort et sur la route de la peur qui lui a succédé sur un pétrolier qu'il découvre en mauvais état. Ces évènements extérieurs si forts soulignent la personnalité du marin courageux. L'auteur témoigne "pour plus de justice" des conditions scandaleuses dans lesquelles les marins peuvent être conduits à travailler.
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A Raymonde, mon épouse qui, avec courage, a supporté le poids de mes longues absences professionnelles et assumé avec bonheur le quotidien du foyer, nos enfants et petits-enfants, ma sœur et toute la famille, tous mes amis de jeunesse, complices de nos facéties plancoëtines.

PREFACE Le récit de soi comme un legs

Sans les avoir jamais vus, j’ai reconnu Maurice André à deux de ses tableaux. On ne sait pas lequel, de la mer ou du ciel, a le premier absorbé l’autre. Un arbre seul s’émeut de cette douce indécision, essaie de se montrer, léger, mouvant. Les enfants sur la plage ont la joue froide, on le sait, on le sent, et l’âpre sable qu’ils farfouillent à la recherche d’un trésor, amuse aussi nos doigts mouillés. Nous respirons les embruns de la côte bretonne ! Ma première rencontre avec Maurice André, pourtant, n’avait pas trait à l’aquarelle. Invité aux « Paroles d’un soir » de l'association culturelle bretonne de Saint-Cast-le-Guildo, « Emeraude, Culture, Loisir et Développement » (ECLD), il venait faire part d’un naufrage sur la côte espagnole (p. 119). Second à bord d'un navire frigorifique, il avait eu la chance d’en sortir, comme l’ensemble de l’équipage, quand le bateau épuisé finissait de couler. L’homme est grand et carré ; les mots sont simples, précis, les gestes, mesurés. Un croquis quelquefois, soutient l’explication. Le commandant s’impose, souriant, parle sans fard à l’auditoire. Celui-ci réclame un nouvel exposé, et il n’est pas le seul conquis : Maurice André prend goût à dire. Mais mieux encore et autrement : il a envie d’écrire. De publier. Pourquoi ? Pour témoigner, d’abord. Pour dire que l’océan déchaîné n’est pas toujours le seul fautif des catastrophes, des perditions. Pour dénoncer, en plusieurs lieux, la cupidité des oligarques internationaux, leur meurtrière indifférence

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aux vies humaines embarquées sur des bateaux usés, ou piégées dans d’autres situations des plus périlleuses qui soient. Ce qui fait le prix de ce récit, ce qui le justifie et le rend si attachant, c’est d’abord la capacité d’indignation de son auteur. En cette année où Camus est enfin célébré, nous ne pouvons que reconnaître chez le marin qui s’exprime, la marque humaine de la révolte. Elle trouve un lieu ici où se manifester. Combien d’entre nous n’ont-ils pas fait à eux-mêmes cette promesse, rarement tenue, il faut le reconnaître, de dire un jour quand ils l’auront quitté- ce qui, dans leur travail, les a profondément choqués ou fait souffrir et qu’ils ont tu, par légitime prudence ou manque de courage, ou pour d’autres motifs ? Chacun de nous s’arrange comme il le peut avec sa conscience, ses aptitudes et ses possibilités. De plus, le temps qui passe se prend à adoucir, en subreptice, l’arête vive du souvenir. Mais quelquefois, bien au contraire, il en lave les ombres, et le fait devenir exigeant. Dès lors, le vécu est trop fort, il faut le déposer. Le moment est venu. Le temps de la retraite, qui a sonné depuis vingt-cinq ans déjà, est un temps -presque- de liberté. Après la marine marchande qu'il quitte en 1972, Maurice André est promu directeur de l’Administration Générale au Centre Français du Commerce Extérieur à Paris. Il cesse toute activité professionnelle en 1984 et accepte d’être maire de Matignon le temps d’une mandature. Après cela, l’auteur décide de se consacrer définitivement à la vie familiale et à la peinture. Aujourd’hui, donc, l’heure est arrivée, de la dépose, du rassemblement des heures fortes de sa vie, et du legs. Catharsis d’abord. Dévoilement de dures réalités sociales, économiques et politiques, que les marins fragiles et courageux ont à subir comme si l’océan ne pouvait leur suffire en tant que leur pire ennemi. Comment ne pas partager son point de vue ? En plusieurs lieux dans cet ouvrage, le récit prend la forme insistante d’une déposition dans l’espoir qu’on puisse un jour, peut-être, « enrichir les moyens et améliorer la connaissance 10

devant parvenir à élucider le processus d’une catastrophe, lorsqu’il n’y a eu aucun survivant, par conséquent aucun témoignage » (p. 117). Plus loin –tout praticien des entretiens ouverts a appris que le plus important se disait juste avant la fin, voire hors micro, Maurice André plaide en faveur des familles brisées par la mort du pêcheur perdu en mer. En la matière, nous pouvons effectivement évoquer le legs : la connaissance inestimable d’un familier des océans et des situations difficiles, l’analyse pointue que le commandant a pu en faire sont offertes à la grande famille des marins, ces professionnels trop méconnus du grand public qui s’en laisse conter. Et l’auteur de dénoncer les médias qui oublient vite les naufragés pour mettre en avant des informations superficielles (p. 179)1. Ce témoignage nous apporte tant d’informations sur le monde et les pratiques de la marine marchande, la vie et les coutumes, la culture des équipages sur les navires, le travail sur les docks et autres, que nous en sommes aussi enrichis. Ce d’autant plus que les savoirs apportés sont à la fois universels (entre autres maintes questions et notions maritimes) et situés dans l’espace et dans le temps. Par le biais des multiples voyages racontés, nous révisons l’histoire contemporaine : le temps critique de la décolonisation africaine, la guerre d’Indochine, le blocus de Cuba… Comment ne pas recevoir, nous aussi, comme un don qui nous est destiné, l’élan donné à l’écriture de telle manière que nous percevions les incidents sur le pont, les découvertes et les réflexions, avec les yeux et les émois, et les mots du narrateur ? Je pense par exemple, aux cargaisons de bananes à Conakry, où les serpents cachés dans les fruits sont… « Vivants ! Mais fort heureusement endormis par le froid de la cale » (p. 105) ou, à Saïgon, aux « petits bonshommes dévêtus, dégoulinants de sueur, trottinant pieds nus sur les planches, un sac de riz de quatre-vingts kilos sur l’épaule » (p. 90), ou encore, à ce moment hilarant de la rencontre avec le « roi Pelé » et le « goal Gilmar » (p. 70).

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Castoriadis, C, 1996, La montée de l’insignifiance, Paris, Seuil.

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Les deux évènements les plus forts, à l’origine du désir de témoigner de l’auteur, sont posés dans l’histoire de la profession de marin, elle-même plantée dans l’Histoire. Celle des peuples et des Etats. Mais le naufrage du Banora et la « route de la peur » sur un pétrolier armé sous pavillon monégasque que le commandant va devoir « appareiller à ordres » (chapitres XIII et XIV), s’inscrivent d’abord dans le passé du narrateur, et le récit prend tout le poids et le sens, d’une autobiographie. Avec ses mots premiers, embarqués d’un seul élan dans l’histoire de son enfance à Plancoët, Maurice André nous en fait connaître de son village natal pendant la seconde guerre, comme il a pu la vivre à dix ans. Nous entendons le « pleupleu » du pivert, « le glissement furtif d’un serpent sur l’onde pure », nous sommes même prêts à apprécier l’efficacité de la bonne « trochée » de lombrics confectionnée pour la pêche aux anguilles ! (p. 27). A Plancoët, la vie quotidienne des villageois tâche de se maintenir sous la botte allemande, et dans ces circonstances des moins sereines et favorables qui puissent être, les plaisirs des gamins malicieux, débrouillards, travailleurs et joyeux (p. 30), l’emportent par moments sur la gravité des situations. Mais la résistance des Plancoëtins a marqué l’enfant : nous le voyons campé devant une femme faisant mine de lui tirer dessus avec un revolver… heureusement enrayé, et quelques lignes plus bas, nous sommes à ses côtés, face à la mort d’un proche. Aujourd’hui, Maurice André met à profit cette occasion d’écrire pour rendre hommage aux hommes courageux que l’histoire, même locale, n’a pas toujours remerciés à leur juste valeur. « Adolescence heureuse » (chap.II) : le « p’tit gars » breton grandit, rêves et hardiesses mêlés, dans la pauvreté des moyens mais la richesse de la douceur familiale, jusqu’à ce jour d’humiliation… Atteint par l’injustice, il se révolte. Il prend sa vie en charge. Il voulait être enseignant. Il cherche un autre métier. Il a quinze ans. Le jeune André sera marin, puisque tel est le lot de la plupart des hommes de son village.

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L’homme qui parle aujourd’hui est celui que dès lors, il a voulu être. Il est devenu commandant. Lorsque de sa place de narrateur de lui-même, il évoque « le destin » ou remercie sa « bonne étoile », nous accueillons dans le sourire, le sien, si confiant… et nous trouvons qu’il l’a bien désirée et repérée d’emblée, cette étoile, avant même d’en faire la démonstration sur le pont du navire ! Portant haut son regard d’adolescent vers la casquette d’officier, il a aussitôt demandé à être « pilotin pont » (un élève futur lieutenant). Plus tard, il a triomphé des orties qui le décourageaient d’avancer –des brimades entre autres–, il a étudié et passé des examens, et franchi les molles ornières où il risquait de s’enliser (p. 78). Alors que je rédige ces lignes, l’auteur de cet ouvrage me dit le plaisir qu’il y prend parce qu’il « aime les défis » qu’il se fait à luimême : il s’agit aujourd’hui, d’écrire. Pour la première fois. Il dit encore que la vie lui paraîtra « toujours trop courte pour apprendre » toutes les choses nouvelles qu’il voudrait acquérir. A lire Maurice André, nous comprenons que l’art de se former pourrait bien être lié, chez le sujet, à sa capacité de prendre appui sur l’environnement, quel qu’il soit, à transformer l’évènement survenu en tremplin nouveau, d’autant plus solide et efficace pour certains, qu’il est dur au contact. L’art de se former d’un sujet ! Artisan ou artiste en la matière ? De belles formules de F. Jacob reviennent à l’esprit : « Cette statue, je l’ai modelée toute ma vie. Je lui ai sans cesse apporté des retouches. Je l’ai affinée. Je l’ai polie. La gouge et le ciseau, ici, ce sont des rencontres et des combinaisons. Des rythmes qui se bousculent. Des feuillets égarés d’un chapitre qui se glissent dans un autre au calendrier des émotions. Un besoin d’infini surgi dans les éclats de la musique. »2

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Jacob, F, 1987, La statue intérieure, Paris, Odile Jacob, p 28

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Au-delà de la précieuse « résilience » que B. Cyrulnik3 a si heureusement mise en exergue, et des approches de la formation en termes de processus et de procédures dialectiquement liés, l’activité autopoïétique –la création personnelle du soi– demanderait, il me semble, à être davantage observée sous l’angle des procédés en lien avec la philosophie qu’ils révèlent. Intuitifs ou appris, imposés quelquefois, ils sont aussi reçus et admis. Choisis. Inventés par le sujet. Non seulement pour se nourrir des autres et de l’environnement (cf. les travaux de G. Pineau4 sur « l’auto », « l’éco » et « l’alter »… formation), pour réagir aux évènements, se les approprier pour avancer, mais encore en créer, donner lieu à quelque autre transformation personnelle. Pour provoquer, en somme, ses propres avènements. Révéler ce faisant des aspects inédits de son ipséité. Nous voyons bien ici, dans le parcours de Maurice André, combien les choix, contraints ou non, de se confronter à telle ou telle épreuve, concourent à faire de lui sa propre belle œuvre : celle tout au moins, qu’il s’est proposée à l’adolescence, un jour particulièrement critique. Dans l’art de se former, l’éthique et l’esthétique se rejoignent chez la personne à l’endroit où les idéaux et les valeurs humanistes traversent la production de soi, l’orientent, la subliment. Ce, quels que soient l’âge et la période de vie. Dans ces pages, l’identité narrative5, à la fois participe à la mise en mots de l’expérience, à une intégration de celle-ci dans le for intérieur du sujet, créative car nouvellement mise en sens, et à la transmission aux autres pour en améliorer la vie. L’auteur revient à son image et y travaille, pour lui. Ce faisant, il la donne à voir et à confirmer, en même temps qu’il fait preuve de générativité. Pour les autres. Nous savons que prendre le temps de rassembler son expérience, ses espoirs et ses actes, ses joies et ses angoisses, d’exposer, même en partie seulement, son itinéraire singulier, est une démarche narcissique qui correspond à cette période de la vie où l’homme, la
Cyrulnik , B, 1999,Un merveilleux malheur, Paris, Odile Jacob Pineau, G, 1998, Produire sa vie. Autoformation et autobiographie, Paris, L’Harmattan (1re édition, 1983) 5 Ricoeur, P, 1990, Soi-même comme un autre, Paris, Seuil
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femme, ont déjà pu percevoir la « légèreté de l’être ». Même alors qu’ils s’accommodent avec bonheur de la période d’après emploi, même s’ils en jubilent comme le disent nos amis espagnols, ils ne sont pas sans ressentir que la société fait fi, souvent, de ses acteurs les plus fidèles quand ils ne sont plus à leur poste. Pourtant, chaque personne garde en elle, importante et active dans sa vision du monde, dans son style relationnel et dans des compétences toujours là, cette présence de l’être professionnel qu’elle a été et qui l’a fait connaître aux autres, voire s’auto-identifier, peut-être même, se sentir exister. Quand lesdits « retraités » voient s’approcher le dernier quart de leur parcours de vie, nombre d’entre eux éprouvent le désir de ne pas s’effacer avant d’avoir indiqué et fait reconnaître ce qu’ils sont, à travers ce qu’ils furent. Laisser une trace, mieux encore, une marque : le besoin anthropologique de transmettre s’accorde au désir individuel de pérennité… ou l’inverse. Quoi qu’il en soit, la mise en actes existentielle va dans le sens de la générativité, cette capacité qu’Erikson a énoncée, quand la créativité, la productivité de la personne, concrétisées dans une « production créée, pensée, un outil ou une idée » prennent sens dans leur « orientation vers les autres, vers la société. »6. Le psychosociologue met en avant la générativité de la personne –si celle-ci en fait preuve– quand elle franchit la septième étape de sa vie. Opposée à la « stagnation », la générativité soutient le processus d’intégration de l’histoire de vie du sujet, et cette intégration est source et preuve de « sagesse ». (Au passage, nous pouvons noter que la sagesse manifestée ici n’est pas synonyme de tranquillité résignée, mais plutôt d’une revendication d’« institutions plus justes » pour une « vie bonne »7). Intéressés par la générativité en question, d’autres chercheurs la reprennent ; ils soulignent qu’elle peut se manifester plus tôt dans la vie du sujet, et ils l’inscrivent dans le monde anthropologique8. Encore faut-il prendre en compte ces deux conditions fondamentales : la générativité, chez la personne, est
Erikson, E H, 1972, Adolescence et crise : la quête de l’identité, Paris, Flammarion 7 Ricoeur, P, 1990, op cit, pp 202-227 8 Müller, R, 2007, Jean Rouppert, un dessinateur dans la tourmente de la grande guerre, Paris, L’harrmattan.
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une affaire d’abord de désir, et aussi, pour se concrétiser, de possibilité9. Le désir et la possibilité d’être génératif sont bien présents dans ce récit, « espace-charnière »10entre le narrateur et son monde social, et chez le narrateur, entre le contenu qu’il veut énoncer, et son énonciation. Le récit lui-même est porté, médiatisé, par le projet du livre qui le rendra public. A toutes fins utiles ; à tout le moins, heuristiques. Tel est le souhait, ici, de son auteur. Aussi, je voudrais redire ce qui est apparu d’emblée dans ces pages : en plus de ses fonctions de mise en cohérence et en continuité de l’identité personnelle, de sa mise en exergue pour qu’elle soit reconnue et assurée peut-être de quelque pérennité, le récit de soi peut se vouloir comme un legs. Offrande sociale et culturelle, certes, mais aussi, don de son histoire à ses proches, apport de quelque vérité personnelle ignorée. Don, sentiment d’un devoir, d’une dette, demande ? Le récit de soi comme legs mériterait d’autres développements qui n’ont pas lieu d’être ici. Disons seulement que considérée sous cet aspect, l’autobiographie s’avère toujours plus complexe et périlleuse ! In fine, je livrerai cette réflexion nouvelle que m’inspire ce livre. On sait que le legs, comme l’héritage, nécessite d’être accepté par son destinataire pour qu’il en soit fait bon usage. Il me semble qu’à l’inverse, pourrait bien être perçu comme un don ce qui, d’un sujet à un autre, a fait que le second, heureux récipiendaire, se ressente comme tel, même à l’insu du premier. Et s’en empare, en nourrisse son style d’être ou de faire. « Chance » d’avoir trouvé le bon objet et/ou rencontré la bonne personne -pour soi- au bon moment ? Maurice André, peut-être, y ferait allusion. Sans doute devonsnous accepter qu’en plus d’un lieu, l’histoire de notre vie conserve

Baillauquès, S, 2007, « Formateurs en partance : dépose, transmission, formation ? La générativité professionnelle comme désir », in Montandon, C et Trincaz, J, Vieillir dans le métier, Paris, L’Harmattan , pp 143-156. 10 Pineau, G et Legrand, J-L, (1993), Les histoires de vie, Paris, PUF, (Que saisje ?)

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des trous de mystère, de l’inexpliqué, du non signifié, voire du non-sens.11 Quant au « destin » de ce livre, nombre d’éléments fournis par le récit pourraient bien intéresser un public plus large que celui auquel il était voué. Je pense, entre autres, aux sociologues, aux chercheurs et aux acteurs de la formation, curieux de ce que le devenir d’une personne peut laisser transparaître de son alchimie au détour d’une phrase, d’une virgule, ou de quelques points de suspension… Simone Baillauquès-Breuse
Maître de conférences en Sciences de l’éducation et de la formation

Legrand, Michel, 2004, « L’histoire de vie entre sens et non-sens ». Horizons philosophiques, vol. 15, n° 1, 2004, p. 1-15

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PROLOGUE

Né sous le signe des Poissons. L’eau est mon élément. Au premier jour de ma vie, Plancoët, jolie ville d’eau bretonne, m’accueille au fond de sa riante vallée. Enfant, avant d’aller courir les mers, j’ai goûté la tasse par trois fois. Au lavoir des Buis. Sous les yeux de ma mère lavandière, on me repêcha au bout d’un bambou. A la plage de Rougeret de Saint-Jacut-de-la-Mer, que mes parents rejoignaient à bicyclette, les dimanches d’été. Ce jour-là, échappant à leur vigilance, je courus vers le rivage pour y clapoter, mais ne sachant pas nager, je faillis me noyer. C’est un monsieur hautement chapeauté qui n’hésita pas à mouiller espadrilles et pantalon pour me tirer de là. Il me gronda sous les yeux de ma mère affolée. Enfin, dernier exploit dans la même cité balnéaire : au cours d’une promenade en mer, à bord d’une petite barque de pêche, je passai par-dessus bord, et coulai à pic. Le patron du bateau plongea aussitôt. J’eus la vie sauve. Signes du destin ?