Seul à travers l
160 pages
Français

Seul à travers l'Atlantique

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Description

Gerbault n'était pas le premier, mais son exploit, en 1923, eut un retentissement considérable. Ancien joueur de tennis, Alain Gerbault accomplit un exploit en affrontant la mer. Seul à travers l'Atlantique est un Témoignage du navigateur sur sa traversée de l'Atlantique en solitaire.

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Date de parution 01 avril 2012
Nombre de lectures 35
EAN13 9782919084609
Licence : Tous droits réservés
Langue Français

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Seul à travers l’Atlantique
À Pierre Albarran, mon ami ; Au marin français, mon frère.
CHAPITRE PREMIER
Dans une maison amie près de New York, une soirée calme, si calme que je me demande si mon extraordinaire aventure des mois derniers est bien arrivée. Par la fenêtre, j’aperçois le détroit de Long Island et le mât de mon petitFirecrest, à quelques centaines de mètres de là, le long de la jetée de Fort Totten. Ce n’est pas un rêve. J’ai traversé seul l’Atlantique et je suis maintenant aux États-Unis. Il y a moins d’un mois, dans les tempêtes au milieu de vagues immenses, j’avais à lutter à chaque instant pour défendre ma vie contre les éléments. J’ai là, sous la main, mon livre de bord que j’ai fidèlement tenu, même par les plus gros temps. J’en tourne les pages, où l’eau de mer n’a pas encore tout
à fait séché, et mes yeux tombent sur ce passage de ma croisière : « À bord duFirecrest, le 14 août, en mer par 34 degrés 45 minutes de latitude nord et 56 degrés 10 minutes de longitude ouest, fort vent d’ouest. Le bateau a été terriblement secoué toute la nuit, et des paquets de mer viennent s’y briser à chaque instant. À 4 heures du matin, l’écoute de foc casse et je dois faire une épissure. Le pont est complètement submergé. Bien que toutes les issues soient closes, tout est trempé à l’intérieur. Ce n’est pas une petite affaire que de préparer mon déjeuner, et il m’a fallu deux heures d’efforts acrobatiques avant d’avoir réussi à préparer une tasse de thé et quelques tranches de lard grillé, et cela non sans m’être maintes fois cogné la tête contre les panneaux. « À 9 heures, la trinquette se déchire. Le bateau est
tellement secoué à ce moment et le vent est si violent que je ne puis tenter de la réparer. Tous mes verres et toutes mes tasses sont en miettes. « À midi, une vague monstrueuse s’abat sur le pont et emporte le panneau de la soute aux voiles. Les vagues vont grossissant, la mer est maintenant énorme et le vent
souffle en furie. Il vente si fort que mes voiles ne peuvent tenir. Un trou apparaît dans ma trinquette et ma grand-voile se déchire le long de la couture médiane, laissant apparaître une fente de trois mètres. Il faut que j’amène mes voiles pour les sauver. C’est très difficile par un tel vent, par une telle mer, sans m’exposer à tomber par-dessus bord !
« Sur le pont mouillé et glissant, je puis à peine me tenir, et il me faut une bonne heure pour accomplir ma tâche périlleuse. J’ai envie de hisser la voile de cape, mais le vent augmente encore. C’est maintenant une vraie tempête. Aucune voile ne supportera pareil temps. La vibration des haubans rend exactement la même note qu’un train rapide. Cela veut dire que le vent a acquis une vitesse de plus de soixante milles à l’heure. « C’est ou jamais l’occasion de me servir de mon ancre flottante, qui est un grand sac de toile conique dont l’ouverture est maintenue béante par un cerceau de fer. Attachant une extrémité d’une corde de quarante brasses à l’ancre marine et l’autre à la chaîne de mon ancre, je jette le sac à la mer, le reliant à une petite bouée en guise de flotteur. Le sac
s’emplit sous l’eau, la corde se raidit et, très lentement, l’étrave de mon bateau se tourne face au vent. « LeFirecrestmaintenant roule moins fort, bien que je sois encore très secoué par la mer. Il me faut mettre de vieilles toiles sur la soute aux voiles pour empêcher l’eau d’y pénétrer. Je suis à bout de forces, mais j’ai encore beaucoup à faire. J’emporte dans ma cabine mes voiles déchirées et, refermant derrière moi toutes les issues, je passe la soirée et la plus grande partie de la nuit à les réparer avec une paumelle et une aiguille. « Maintenant, il pleut à torrents. Dans le salon, l’eau est au niveau du plancher. Et je m’aperçois, à mon grand dépit, que ma pompe ne marche pas. Il pleut de plus en plus fort ; je suis trempé jusqu’aux os ; il n’y a plus un seul endroit sec à bord, et je n’arrive pas à
empêcher la pluie de pénétrer en plusieurs endroits
par les claires-voies et la soute aux voiles. »